‹ La double mépriseChapitre 34 sur 61 · UN ERMITE · texte numérisé non relu

UN ERMITE

LE KUUM.

SOPHIE

Chœur de jeunes garçons.

Chœur des Svafi.

Chœur de jeunes filles.

LES JEONES GENS

Jeunes gens de Vrachina, sellez vos coursiers noirs, sellez vos coursiers noirs de leurs housses bro-

1 Ce morceau, fort ancien, et revêtu d'une forme dramatique que l'on rencontre rarement dans les poésies illyriques, passe pour un modèle de style parmi le^ joueurs de guzla morlaques. On dit qu'uue anecdote véritable a servi de thème à cette ballade, et l'on montre encore dans la vallée de Scign un vieux tombeau qui renferme la belle Sophie et le bey de Moïna.

S38 LA GDZLA

dées : aujourd'hui parez-vous de vos habits neufs ; aujourd'hui chacun doit se parer, chacun doit avoir un yatagan à poignée d'argent et des pistolets garnis de filigrane. N'est-'^e pas aujourd'hui que le riche bey de Moïna épouse la belle Sophie?

NICÉPHORI

Ma mère, ma mère ! ma jument noire est-elle sellée? Ma mère, ma mère! ma jument noire a henni : donnez-moi les pistolets dorés que j'ai pris à un bim-bachi ; donnez-moi mon yatagan à poignée d'argent. Écoutez, ma mère ; il me reste dix sequins dans une bourse de soie; je veux les jeter aux musiciens de la noce. N'est-ce pas aujourd'hui que le riche bey de Moïna épouse la belle Sophie ?

LES SVATI'

0 Sophie, mets loii voile rouge, la cavalcade s'avance ; entends les coups de pistolet qu'ils tirent

1. Ce sont les membres des deux familles, réunis pour le mariage. Le chef d'une des deux familles est le présideat

en ton honneur *■ ! Musiciennes, chantez l'histoire de Jeaa Valathiano et de la belle Agathe ; vous, vieillards, faites résonner vos guzlas; toi, Sophie, prends un crible, jette des noix ^ Puisses-tu avoir autant de garçons ! Le riche bey de Moina épouse la belle Sophie.

80PHIK

Marchez à ma droite, ma mère ; marchez à ma gauche, ma sœur. Mon frère aîné, tenez la bride du cheval ; mon frère cadet, soutenez la croupière. — Quel est ce jeune homme pâle qui s'avance sur une jument noire ? pourquoi ne se mêle-t-il pas à

des svati, et se nomme stari-svat. Deux jeunes gens, appelés diveri, accompagnent la mariée et ne la quittent qu'au moment où le kuum la remet à son époux.

1. Pendant la marche de la mariée, les svati tirent continuellement des coups de pistolet, accompagnement obligé de toutes les fêtes, et poussent des hurlements épouvantables. Ajoutez à cela les joueurs de guzla et les musiciennes, qui chantent des épithalames souvent improvisés, et vous aurez une idée de l'horrible charivari d'une noce morlaque.

2. La mariée, en arrivant à la maison de son mari, reçoit des mains de sa belle-mère ou d'une des parentes (du côté du mari) un crible rempli de noix; elle le jette par-dessus 8ft tôte et baise ensuite le seuil de la porte.

2iO LA GUZLÂ

la troupe des jeunes svati? Ah ! je reconnais Nicéphore ; je crains qu'il n'arrive quelque malheur. Nicéphore m'aimait avant le riche bey de Moina.

HICÉPHORE

Chantez, musiciennes, chantez comme des cigales! Je n'ai que dix pièces d'or; j'en donnerai cinq aux musiciennes, cinq aux joueurs de guzla. — 0 bey de Moïna, pourquoi me regardes-tu avec crainte ? N'es-tu pas le bien-airaé de la belle Sophie? N'as-tu pas autant de sequins que de poils blancs à la barbe? Mes pistolets ne te sont pas destinés, flou, hou ! ma jument noire, galope à la vallée des pleurs. Ce soir je t'ôterai bride et selle ; ce soir tu seras libre et sans maître.

LES JEDNES FILLES

Sophie, Sophie, que tous les saints te bénissent! Bey de Moïna, que tous les saints te bénissant ! Puissiez-vous avoir douze fils, tous beaux, tous blonds, hardis et courageux ! Le soleil baisse, le bey attend seul sous son pavillon de l'entre : Sophie,

hâte-toi, dis adieu à ta mère, suis le kuum ; ce soir tu reposeras sur des carreaux de soie ; tu es l'épouse du riche bey de Moina.

L'KRMITE

Qui ose tirer un coup de feu près de ma cellule! qui ose tuer les daims qui sont sous la protection de saint Chrysostôme et de son ermite? Mais ce n'est point un daim que ce coup de feu a frappé; cette balle a tué un homme, et voilà sa jument noire qui erre en liberté. Que Dieu ait pitié de ton âme, pauvre voyageur ! je m'en vais te creuser un tombeau dans le sable auprès du torrent.

SOPHIE

0 mon seigneur, que vos mains sont glacées ! ô mon seigneur, que vos cheveux sont humides ! Je tremble dans votre Ht malgré vos couvertures de Perse. En vérité, mon seigneur, votre corps est glacé ; j'ai bien froid, je frissonne, je tremble ; une sueur glacée a couvert tous mes membres. Ah ! sainte mère de Dieu, ayez pitié de moi ! mais je crois que je vai mourir.

242 Là GUZLA

Page 1