LE BET DE MOÏNÀ
Où est-elle, où est-elle ma bîen-aimée, la belle Sophie? Pourquoi ne vient-elle pas sous ma lente de feutre ? Esclaves^ courez la chercher, et dites aux musiciens de redoubler leurs chants ; je leur jetterai demain matin des noix et des pièces d'or. Que ma mère remette la belle Sophie au kuum de la noce ! il y a bien longtemps que je suis seul dans ma tente.
LE KUDH '
Nobles svati, que chacun remplisse sa coupe, que chacun vide sa coupe ! La mariée a repris nos
1. Le kuum est le parrain de l'un des époux. Il les accompagne à l'église et les suit jusque dans leur chambre à coucher, où il délie la ceinture du marié, qui, ce jour-là, d'après une ancienne superstition, ne peut rien couper, lier ni délier. Le kuum a même le droit de faire déshabiller en sa présence les deux époux. Lorsqu'il juge que le mariage a été consommé, il tire en l'air un coup de pistolet, qui est aussitôt accompagné de cria de joie et de coups de feu par tous les svati.
sequins, elle a volé nos chaînes d'argent* ; pour nous venger, ne laissons pas une cruche d'eau-devie dans leur maison. Les époux se soni retirés ; j'ai délié la ceinture de l'époux; livrons-nous à la joie. La belle Sophie épouse le riche beyde Moina.
SOPHIE
Mon seigneur, que t'ai -je fait ? pourquoi me presser ainsi la poitrine ? Il me semble qu'un cadavre de plomb est sur mon sein. Sainte mère de Dieu ! ma gorge est tellement serrée, que je crois que je vais étouffer. 0 mes amies! venez à mon aide, le bey de Moïoa veut m'étouffer ! 0 ma mère, ô ma mère! venez à mon aide, car il m'a mordue à la veine du cou, et il suce mon sang!
1. La femme n'a pour dot que ses habits et quelquefois une vache; mais elle a le droit de demander un cadeau à chacun des svati; déplus, tout ce qu'elle peut leur voler est de bonne prise. En 1812, je perdis de cette manière une fort belle montre; heureusement que la mariée en ignorait ]a valeur, et Je pus la racheter moyennant deux sequins.