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Messiei RS,
Au cours des grandes manœuvres du mois de septembre 1895, une division d'infanterie traversai! le village de Domrémy, lorsqu'un officier h cheval, quittant la tête de ses hommes, vint 8e placer, droil sur l'étrier. devant la maison où naquit la Pucelle, et, la montrant d'un beau geste de sou épée, il criait d'une \ oô vibrante : 0 La tête à droite ! Voici la maison de Jeanne d'Arc. 0 \ ce
(4) Son Ëmk le cardinal Richard, archevêqui ; Paris.
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nom, un grand frisson parcouru! Les rangs, un (•clair brilla dans ions Les yeux, toutes les tailles se redressèrent, tous Les cœurs battirent La charge, ci Les bataillons défilèrent, superbes, La tète à
droite.
11 y a plusieurs années, Messieurs que L'Église vous fait le même geste <'t vous jette La même parole : « La tète vers Jeanne d'Arc ! La tête vers son àme immortelle ! » A cette voix, vous avez levé les yeux, et, sous les traits i l'une jeune fille, nimbée de toutes les vertus et de toutes les beautés, vous avez reconnu l'idéal sauveur que vous appeliez depuis longtemps dans vos rêves désolés : et l'on a même vu des hommes étrangers à la foi de Jeanne saluer en elle la plus suave et la plus fière incarnation de l'àme de la France et s'unir à vous pour acclamer son nom.
Oh ! ce nom, depuis l'Alpe neigeuse jusqu'à la lande bretonne, tous les échos du pays amoureusement se le renvoient ; chaque année, il nous revient embaumé avec le mois des fleurs; il éclate comme un coup de clairon au fond de nos campagnes ; il monte dans nos villes en fusées de joie populaire, et le temps n'est peut-être pas éloigné où les canons nous prêteront officiellement leur tonnerre pour le porter jusqu'aux nues.
D'où \ iennenl donc la popularité <'i la sj mpathie qui B'attachent à ce nom ? Vos cœurs, comme vos regards, me répondent que, s'il vous a ainsi con- (jui^. c'est parce «ju'il remue au plus profond de vos entrailles la fibre patriotique, parce qu'il évoque devant \ous d;ms un merveilleux décor tout ce que vous aimez, Lout ce qui vous rend Gers.
Grracieuse et terrible, Jeanne traverse un siècle de tempêtes, poussée par le souffle de Dieu, et
complissant l'œuvre de justice. L'épouvante la précède, un \<>l d'anges plane sur sa tête et la protège, la victoire chevauche à ses côtés, la pais
leurit et la terre chante sur la trace de ses pieds vainqueurs/A suivre sa course victorieuse, on se croirait emporté dans un rôve d'or ; et cependant c'est bien l'histoire : oui, c'est l'histoire, plus belle que la légende, <>ù la jeune guerrière s'enlève superbement, plus prestigieuse et plus indomptée que les Valkyries Scandinaves, foulant les nuages dans le vertige «le leurs courses aériennes. Oui, c'est l'histoire, car c'est toute la gloire, toute la poésie militaire de la vieille France, c'est tout un déûlé d'héroïques souvenirs <|ui passent avec elle, l'épée au clair, la bannière au vent. Mais pardessus tout, plus haut que la France, plus haut que Jeanne, plus haut que les anges, dans un éclair,
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c'est Dieu lui-même que vous voyez apparaître, lançant couronnes el victoires sur notre pays, comme il ne l'a jamais fait pour aucun peuple : Non /'cri/ taliter omni nationi*
Toutefois, Messieurs, ni I<i charme <!<• ces vieux souvenirs, ni l'orgueil de soulever cette poussière do gloire, ni la reconnaissance pour d'antiques bienfaits no suffîraienl à rendre compte de l'explosion d'enthousiasme national qui nou^ soulève depuis quelcjues années et que n'ont pas connu nos pères. Mettez la main sur vos cœurs el «litr— moi s'il n'est pas vrai que, en face de Jeanne d'Arc, vous songez plus encore à l'avenir qu'au passé '.' N'est-il pas vrai que dans son nom vous avez cru entendre, non pas seulementles fanfares lointaines delà gloire, mais encore le vol très doux de l'espérance ?
Au nom de Jeanne, les femmes de France se sont levées et elles montrent à leur sublime sœur les cbers innocents aux tètes blondes qui dorment aujourd'hui dans leurs berceaux, et dont les petits poings fermés serreront et manieront un jour une épée au service de la patrie.
Au nom de Jeanne, la jeunesse a bondi, touchée au cœur par une étincelle d'héroïsme et de foi jaillie du cœur de la Pucelle.
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An ddiii de Jeanne, l'épée a Frémi au fourreau : chefs el soldats regardent d'un < ■ i I attendri la virginale enfanl qu'ils auraient voulu suivre à I assaut, et qui sera peut-être demain leur invisible capitaine.
Au nom de Jeanne enfin, L'Eglise, bloquée comme jadis Orléans, a respiré, el du haut de ses remparts, tilt- appelle au loin Ba Libéral rice.
El la voilà la Libératrice ange de l'espérance, couvrant de ses deux ailes les frontières du siècle < j ii î finit h celles «lu siècle qui commence. Oui, son esprit redescend parmi nous ci va être pour notre pays le principe dune régénération comme n en a \ ue aucun peuple : Non fecit taliter omnx nationi,
Voilà. Messieurs, si je ne me trompe, La signification de ces fêtes ui nous étonnenl nousmêmes, nous qui les célébrons : voilà le secret de l'émotion intense qu'elles provoquent. La vier de Domrémy nous apparaît avec une double auréole tracée par Le doigl enflammé de Dieu: deux fois libératrice de son pays. Libératrice d'hier, elle sera encore la libératrice de demain, el sa second.- n 1 1 ^sk ni ne sera ni moins belle, ni moins surnalureile que la première. Au quinzième siècle, «die non uvés par >mi épée, aujour-
d'hui «die nous sauvera par son esprit, par son
10 LA DOUBLE M8SION DE JEANNE h'\M<
programme, épée plus re loutable que la première, acier i rempé au < • * * * i j j - môme de Dieu.
Éminence,
Si l'âme de Jeanne d'Arc doit, comme nous
l'espérons, revenir parmi nous et ramener avec
elle l'honneur de la victoire, ce ue seront plus les voix du ciel, mais des \oi\ de la terre, nos prières ardentes, qui devront l'exciter à de nouveaux combats. Votre Éminence l'a compris, et c'est pourquoi chaque année, au retour de nos glorieux anniversaires, elle invite son peuple à venir prier dans cette vieille cathédrale. Ah! lorsque Jeanne, campant sur les hauteurs qui dominent Paris, apercevait les deux tours de Notre-Dame, et que le vent lui apportait les larges volées de leurs cloches, elle ne se doutait pas, l'humble enfant, qu'un jour ces mêmes cloches se mettraient en branle avec nos cœurs pour chanter sa gloire et lui crier : « Viens, viens, fille de Dieu, viens sauver ta patrie ! »
Puisse-t-elle se laisser attendrir à leurs mâles accents, et, lasse d'entendre toujours répéter ses antiques exploits, en accomplir de nouveaux qui rajeuniront sa louange sur les lèvres de ses panégyristes.
Défendue par Bes puissantes montagnes, bei par les trois mers «jni chantent sur Bes rivages, la France <!<>ri bous la coupole <1<' Bon ciel Mm, offrant aux caresses du Boleil son sol plantureux « ] 1 1 i regorge <!•' fruits et de troupeaux, Bes froments dorés ondulant au loin bous la brise, et Bes riants coteaux où s'enflamme 1«' sang de la \ ierne.
Pays enchanté et fleuri, terre du bon accueil et du Bourire hospitalier, elle a, entre autres préro-
ti\ es, celle de mett re un peu de joie et de dans ce bas monde : Gaudium universi orb Aussi les étrangers ne veulent pas mourir avant de l'avoir vue, et ils quittent leurs brouillards ou leurs plaines brûlées pour venir détendre et
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rafraîchir leur âme dans la pais de ses horizons lumineux. .Non. vraiment, Dieu n'a ainsi traité aucun peuple : Non fecit taliter omni nationi
\i\ pour que le moral «le la France ne le cédai point à l'opulence «lu sol. Dieu lui ;i donné avec quelques défauts à vaincre pour que la vertu ne lui soit point trop facile, avec une nature toujours un peu jeune et parfois un peu folle, un cœur franc connue l'or, un espril limpide connue le cristal, une âme harmonieuse comme la lyre, et ce caractère original el complexe, fail de ce qu'il y a de meilleur dans le sang des r Lces primitives, de bon sens romain, de gaieté gauloise el «le bravoure franque, relevé par je ne sais quoi «l'idéal et de chevaleresque dû à l'eau du baptême. Encore une fois, quel est le peuple que Dieu a ainsi doté? No?i fecit taliter omni nationi.
Aussi quand la grande nation, lasse de son repos, se lève et fait signe qu'elle va parler ou agir, le monde se tait pour écouter les beaux poèmes qui s'envolent de son âme ou de ses mains : poème de ses chevaleries et de ses emprises merveilleuses, écrit avec du sang de héros ; poème de sa pensée, que disent des sages ou des a£des à la harpe d'or ; poème de sa piété et de sa foi, que des saints et des saintes ont commencé
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dans ses vallons el qu'ils B'en vont achevant par huiles les routes «lu paradis.
Ali! terre des grands souvenirs, ô toi que qous baisons avec amour ei respect, ô patrie, patrie! Quelle mère a été plus aimée. «pie toi, plus aimée dans ses gloires et plus aimée dans Bes malheurs? Quand tes fils, soldats, marins, missionnaires,
n vont au loin défendre la justice ou la foi, ils emportent ta douce image dans le repli le plus n' de leur cœur : et . quand ils tombent . leur dernière pensée B'envole dans un dernier Banglot vers ton rivage adoré, et c'est ton nom, ô France, (jui moule encore à leurs lèvres avec le llol de sang qui les étouffe. Non, ma mère. Dieu n'a donné à aucune pairie ta beauté et ton charme: Non fecit taliter muni nationi.
Mais, quand l'amour est plus tendre, il est aussi plus jaloux, et, devant l'infidélité, Bes justes colères sont aussi plus terribles, tassi, lorsque, à certains jours «le folie, ivre de volupté <>u d'indépendance, la France prévarique, Dieu l'arrête sur la pente de l'abîme, il la frappe «le coups douloureux, comme il ne Frappe aucun peuple : si bien que, «les châtiments comme des bienfaits, on peut toujours «lire : Non fecit taliter omm nationi.
1 I la DOUBLE MISSION
Mais — et c'esl ici que reparaîl La prédilection divine — en flagellant La nation coupable, Dieu ne La rejette jamais. Aussi, quand, dégrisée de son orgueil et du vin de ses passions, humiliée et sanglante, elle tombe aux pieds de son Maître, quand de l'albâtre brisé de son cœur * - 1 1 • * lui les parfums de son repentir, le Ghrisl essuie Les larmes de la pécheresse, la relève avec bonté, et bientôt les plus effroyables prostrations sont suivies de relèvements inattendus h rendre jaloux tous les peuples : Non fecit taliter omni nationi.
La plus mémorable de ces résurrection- esA celle dont Jeanne d'Arc fut l'instrument au quinzième siècle. Jamais le doigt divin ne resplendit si visiblement dans la politique humaine.
Depuis plus de cent ans que la justice est remontée au ciel avec l'àme de saint Louis, le pharisaïsme gouvernemental, inauguré par Philippe le Bel, renouvelle en France la Passion du Sauveur. Si le Christ est encore roi pour la masse du peuple, sa couronne est mêlée d'épines, et son sceptre n'est plus, aux mains des politiciens de haut et de bas étage, qu'un roseau h lui frapper
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la tôte. Il a été insulté par l'un d'eux dans la personne d'un Pape : et !<• grand schisme d'occident a déchiré sa robe sans coulure.
C'est alors qu'éclate sur la France un de ces terribles cataclysmes, où, suivant I apocalypse, les sept coupes de I 'ire divine versent sur la terre leurs fléaux de sang et de feu.
L'Anglais envahit notre territoire el !«• ciel est avec l'Anglais. En vain, l'armée française, aussi héroïque dans ses désastres que jadis dans ses victoires, déploie-t-elle un suprême courage, vertu de rare « j ni survit chez nous à tout le reste, mais qui ne Buffît pasà repousser l'ennemi, quand l'onnemi c 'esl Dieu. Elle est forcée de reculer pas à pas, la rage au cœur, disputant, mais abandonnant lambeau par lambeau, le sol sacré de la pairie, et jalonnant «le B"es cadavres l<i> grandes voies douloureuses, qui vont de Grée] à Poitiers el de Poitiers aux champs d'Azincourt.
Et, comme si ce n'était pas assez d'être renversée et piétinée par l'ennemi «lu dehors, la France, en proie à des haines fratricides, se déchire et se soufflette elle-même de ses propres mains. C'est la politique du guet-apens, du poison el de l'assassinat <|ui triomphe. L< sang d'un duc de Bourgogne venge le sang d'un duc d'Orléans.