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El des soudards , anarchistes avant la lettre, parcourenl les campagnes, terrorisanl les populati* dans des orgies truculentes où le sang coule plus copieusemenl que le vin.
Enfin, au dernier acte de cette tragédie d'une horreur shakespearienne, on voil errer ei gesticuler sur la scène deux spectres fantastiques «le (jui dépend la fortune de tout un peuple : un roi en démence et un dauphin qui désespère !
Sombres jours, Messieurs, jours de sang et de larmes, où Ton pui vraimenl se demander si l'on a'assistail pas à l'agonie de la France : Finis Galliœ? Lorsque, sous les voûtes de Saint-Denis, un héros d'armes cria sur le cercueil de Charles VI : Vive Henri de Lancastre, roi <hi France ef d'Angleterre ! tous les vieux monarques couchés depuis des siècles sous les dalles de l'antique basilique durent constater avec épouvante et se dire en pleurant l'un à l'autre que leur beau royaume, ô honte! ù désespoir! n'était plus qu'une loque attachée au manteau de l'Angleterre.
11 faut l'avouer, ce fut là un superbe triomphe pour la race anglo-saxonne. On aurait pu déjà vanter sa supériorité : et, si l'on avait voulu l'exprimer par les méthodes graphiques usitées de nos jours, en teintant de rouge sur une carte les
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possessions anglaises, c'est la France presque entière < j 1 1 i « * 1 1 1 porté l'odieux Btigmate. Elle allai I donc finir, la belle race latine <|ui avait jeté <l<- si nobles éclairs par les yeux de sainl Bernard ••( par l'épée de sainl Louis, elle allait finir, notre France, el faire place à une rn aie .'
Eh bien! non. Messieurs, l<i ciel ne fui pas de cel avis. Il ne parul pas ébloui par la prospérité anglo-saxonne; il suscita parmi nous une àme qui n'en fui |»as non plus éblouie, une àme bien latine, une âme éprise d'idéal el qui, sans rien emprunter à l'étranger, «mi restant toul bonnemenl elle-même, française et chrétienne, sui renverser les situations el mettre pour de longs siècles la supériorité «lu côté de la France.
Simple petite paysanne à l'âme fraîche el I1<iurie comme les champs '»ù elle menail paître ses brebis, douce comme la boulette don! «'Ile touchai! leur toison, la fille de Jacques d'Arc s'épanouissait au pied < 1 1 1 clocher natal sur un «les coteaux ensoleillés de la Champagne lorraine, ignorante de son parfum, de el des conseils de Dieu sur elle. Le jardin de sa famille n'étant
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séparé de l'église que par !<• cimetière. Jeannette, levée avant l'aube, ai mail à ramasser dans la rosée des brassées de fleurs el <l<' feuillage qu'elle allait répandre avec sa prière ingénue sur l'autel <l<i la Vierge avanl d'entendre la messe. Durant le jour, elle vaquait aux travaux du mena <■ ou des champs; et, lorsque, h l'heure de Compiles, les cloches de Domrémy égrenaient sur la vallée endormie de la Meuse, leurs notes d'or, calmes et lentes, dans la paix du soir, la gentille pastourelle, qui ramenait son troupeau par les prairies, s'arrêtait, joignait les mains, inclinait la tête et récitait dévotement sa patenôtre et son avé; el mince silhouette immobile sur le ciel assombri ajoutait au mystère de la nuit tombante le mystère plus pénétrant d'une enfant, ou plutôt d'un ange en prière.
Vainement auriez-vous cherché dans la vie uniforme de la petite paysanne un indice qui pût faire prévoir son incroyable destinée.
Sans doute, les bruits de la guerre arrivaient jusqu'à Domrémy, et, à certains jours, on voyait passer à travers le village, bride abattue, un courrier qui, du haut de son cheval, jetait quelque triste nouvelle aux habitants consternés.
Sans doute, le soir, à la veillée, quand, filant
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près de sa inriv. Jeanne entendail raconter les malheurs de la France, les Larmes devaienl tomber de ses yeux <'i I-» quenouille s'échapper de ses mains. .Mais elle n'était pas la seule à pleurer. Et puis, qu'y pouvait-elle, la pauvre enfant? Ce n'étail pas sou affaire à elle de combattre : c'était aux hommes, à Bes frères : sa place était avec les femmes, au foyer, à prier pour ceux <|ui mouraient dans la grande guerre.
.Mais voici que, un jour de l'an de grâce 1424, il se passe quelque chose d'étrange dans l'obscur petit village. Jeanne est dans sa treizième année. Des clartés mystérieuses l'environnent. Des anges et des saintes lui racontent la grande pitié «lu royaume. Elle fond en larmes, et les angoisses de la patrie sonnent toutes leurs cloches funèbres au fond de son cœur.
Bientôt les voix lui Tout entendre <ju il ne lui sulïii pas île pleurer et «le prier, et qu'elle doit partir, elle aussi, pour la guerre. Etonnée, épouvantée, elle hésite, liais les voix Be font plus précises, plus impérieuses : pendant cinq ans, chaque Bemaine, elles lui redisent : Va, va fille de Dieu!
Jeanne, il faut obéir, car c'est bien Dieu qui commande et qui te montre au loin la France
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malheureuse. Vois ta patrie, ta mère, prosternée dans son deuil el qui implore le secours du ciel el qui viendrai! te le mendiera deux genoux, si elle savait que le secours c'esl toi. Dis adieu à la gaieté de tes champs et de tes bois, ma pauvre petite Jeanne ! Fille de Dieu ceins répée,chaui l'éperon et [mis en selle! Va, va. beau lis. fleurir dans l'air empesté des camps! Va, enfanl de dixseptans, délivrer le pays que les sages el U forts laissent mourir! Quanl à savoir si tu reviendras jamais sur les bords fleuris de ta Meuse reprendre ta houlette, si tu reverras ta pauvre m< qui pleure en te voyant partir, situ mourras «huila maison paternelle, glorieuse et vénérée de tout un peuple, comme autrefois Judith dans sa vieillesse, ne te le demande pas, chère entant, ne regarde pas en arrière et confie-toi à Celui qui n'abandonne jamais les siens, même quand il les fait passer par l'épreuve du feu !
A quelque temps de là, voyez-vous ce cheval noir lancé au grand galop, et dont les sabots font jaillir des étincelles qui aveuglent et affolent les Anglais? Une petite main de femme le mai-
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trise <'t le précipite dans la mêlée. La victoire dans les yeux sa bannière au vent, lasvelteel blanche guerrière passe comme un ouragan à la tête »lr ses escadrons enflammés, et autour d'elle les chevaux bondissent, crinière flottante, naseaux en feu, respiranl voluptueusement l'odeur <lu Bans britannique, balayant la plaine el fauchant comme l'herbe l< ments de Talbot et <l<' Palstaff; et
la terre retentit au loin bous la charge vengeresse, h bonne terre de France, (îère et attendrie de porter le poids léger et enfantin <lc sa libératrice.
Victoire, Messieurs, victoire! Victoire à Orléans I Victoire sur ses bastilles où flottent les fanions fleurdelisés! Victoire Burtes Unis d'or, ô ma belle Loire ù m. i noble rivière si française, heureuse de couler «le nouveau entre deux rives français! «■I de ne plus boire que l<' sang de Glasdale et «le Bes Anglais! Victoire à Jargeau, où Suffolk et
Guillaui I*' l;i Poule rendent leur épée! Vic-
toire au pont de Weung ! N ictoire au château <le Beaugencj ! Victoire enfin dans les plaines lumineuses de Patay, où Talbot esî fait prisonniei après avoir perdu cinq mille hommes !
Oui , c'est lavictoire, longtemps infidèle, maintenant réconciliée avec Bes vieux .unis et <|ui revient chanter éperdue dans n - étendards Kl
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comme ions Les cœurs chantenl avec elle! EH comme les chevaux hennissent joyeusement dans l'air Libre et français! El comme, ivres de liesse et d'orgueil, Les soldats acclamenl leur gentil capitaine ! El comme les populations acclamenl l<-ur bon ange! lu comme 1rs habitants d'Orléans acclament leur libératrice, lui baisanl les mains, el ne pouvant, nous dit la chronique, se saouler de la regarder! Et comme toute notre terre, des bords de la Loire au pied des Pyrénées, acclame ce nom de la Pucelle qu'elle ne connaissait pas hier, mais qui, aujourd'hui, vole de château en château, de village en village, affolant dans les clochers toutes les cloches de France, qui se mettent à sonner le Te Deumi Oh! oui, Te Deiu/t Laudamus ! C'est tout un peuple qui vous le clame, Seigneur, parce que vous venez de faire pour lui ce que vous n'avez jamais fait pour les autres : Non fecit taliter omninationi.
Mais, dans ce fracas de gloire, que devient Jeanne? Ni éblouie^ ni étourdie, elle reste simple et modeste comme autrefois dans le silence des bois paternels, aussi pure et aussi respectée sous le casque d'acier qui emprisonne ses cheveux qu'une vierge du Seigneur sous le voile claustral, aussi compatissante qu'autrefois quand elle pieu-
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rait sur la pitié de sa [mine, ri c'est merveille de la voir après l'action soutenir de sa main la tête «1rs blessés, de cette douce main d'enfanl qui a séché tes larmes, ù France, et, sur ta robe de lis, la\ é la tache rouge d'Azincourl !
Jeanne avail dit au Dauphin : « Gentil sire, je vous cou. luirai à votre digne sacre. » La promesse est accomplie. Ce <lut être un beau j < > u f . Messieurs, celui <>ù la vieille cathédrale de Reims s'ouvril au cortège royal et au peuple <jui s'engpuffraienl dans Bes nefs, en crianl Noël, et les statues de son portail Bomptueux durent tressaillir en voyant tant de joie passer sous leurs gestes <lr pierre.
La foule se presse pour acclamer le roi, entouré de ses pairs ; mais elle veut voir surtout l'être surnature] à «jui revient tout l'honneur de cette journée. Elle est là. en effet, la mystique enfant, • •Houx sur une des marches de l'autel, en contemplation devanl sa bannière, qu'elle tient à la main, le visage irradié plus encore des Feux de son à n ir que delà suave lumière des vitraux.
Elle pleure, mais c'est de bonheur; car elle voit sur la blancheur «le sou drapeau les deux objets qu'elle aime le plus au momie: le Christ et la France : le Christ . !<■ \ rai roi, celui qui saci
celui qui donne le pouvoir, assis Bur un trôn< ia France, représentée par ce lis que saint Michel et saint Gabriel offrent au Sauveur. Et c'est justice, pense t-elle, car c'est Je Christ qui t'a fait croître si pur et si droit, ô mon beau lis de Francel El Jeanne s'unit aux archanges pour le lui offrir, et son regard extatique semble déjà dire ce qu'elle affirmera un jour à Rouen : « La victoire <le l'étendard ou de moi, c'était tout à Notre-Seigneur. »
Tout à Notre-Seigneur ? 11 est des hommes qui ne l'entendent pas ainsi, et qui cherchent à lui ravir l'honneur des victoires de Jeanne et Jeanne elle-même. L'auréole divine de la Pucelle les irrite ; ils voudraient l'éteindre ; et, de la plus chrétienne de nos gloires, faire je ne sais quelle déesse païenne du patriotisme. Selon eux, ce n'est pas au cœur du Christ que nous la devons, mais à une hallucination bienheureuse née de son amour pour la France, et qui lui a fait croire à une mission surnaturelle.
Mais, quoi, Messieurs, est-ce que l'hallucination ne suppose pas une nature physiquement et
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moralement déséquilibrée? Est-ce qu'elle ne se trahit pas par une nervosité maladive, parl'exal bation «les idiM's el du langage, <le fébriles espérances suivies de profonds abattements? Or, Jeanne ne présente aucun de ces symptômes. C'esl la robuste paysanne, florissante de santé el «le bonne humeur, <|ui supporte gaillardement les fatigues el les privations de la guerre, <'i cela n'est pas (Tune hallucinée. C est une intelligence calme, positive, <|iii le- vague jamais dans l'irréel. Elle émerveille les hommes de guerre, et, en particulier, Dunois ei le duc d'Âlençon, par sa prudence, son flair, sa tactique qui dépasse celle «le Talbot ; cela non plu* n'est pas d'une hallucinée. Elle émerveillera un jour les hommes de loi par la rapidité de ses ripostes spirituelles, éblouissantes d'àpropos et de bon sens; la Mue Champenoise, doublée d'une Lorraine, déroutera les juges retors de .Normandie. Encore une lois, tout cela n'est pas d'une hallucinée.
Jeanne n'est 'loue pas victime d'une illusion. Ce qu'elle a entendu, ce n'est ni l'écho lointain de la guerre, ni le vent d'ouest chargé de larmes et de râles, ni l'Âme «le murmure de la forôt : ce sont des \oi\ bien réelles «jui lui ont dit, en syllah bien distinctes : « Va, fille de Dieu. " La lumière
qui a frappé ses yeux, ce n'est pas la pluie d'or du soleil criblant Le feuillage du Bois-Chenu : ce sont bien les auréoles divines et les clartés surnaturelles dont s'enveloppent les anges et les saints en
mission sur la terre.
D'ailleurs, Messieurs, si grande que l'on fasse la puissance de l'imagination, il restera toujours entre les moyens et les résultats une disproportion dont on ne peut humainement rendre compte.
D'un coté,, des chefs illustres tels que Talbot et Bedford, de fameux archers réputés invincibles, une tactique qui devance son siècle, la confiance inspirée par les victoires précédentes, l'argent en abondance, en un mot tout pour l' Anglo-Saxon . De l'autre coté, un roi au-dessous de sa tache, des princes qui se jalousent, une nation divisée, une armée démoralisée par ses revers, la pénurie la plus humiliante de toutes les ressources, en un mot tout contre nous.
Comment voulez-vous qu'une petite bergère ignorante et timide soulève ceci contre cela, cette inertie apeurée contre cet enthousiasme ? Comment voulez-vous qu'elle en ait même l'idée ?
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Mais c'est l'âme de la patrie., dit-on encore, qui la soutien! el la transporte ! Ah ! sans doute quand rllc frémit et se révolte contre une situation vraiment intolérable, quand «'II»' veut énergiquemenl en sortir et qu'elle le crie à i»>us les échos • !<• la terre et «lu <i«'l, l'âme <lr la patrie peut donner le frisson sacré à des êtres d'élite et leur inspirer l'indomptable vouloir «jui renverse tous les obstacles. Mais ce n'est pas ce que l'on voit au temps de Jeanne: l'âme de la patrie est à terre, blessée, silencieuse, découragée. Comment pourrait-elle infuser à d'autres l'espérance qu'elle n'a pas? En vertu <l<' la loi <lu milieu, que les ennemis <lu surnaturel aiment à invoquer, Jeanne eût dû se trouver prise elle-même et enchaînée dans l'engourdissement généra] : elle eût «lu rester comme b petites amies Hauviette et Mengette à Bler sa <jii«'nouille à Domrémy.
Or, c est «'Ne au contraire qui s'en va ramasser l'âme de la patrie à Chinon, à Poitiers, à Orléans, sur les bords <l<i la Loire, partout où la pauvre
ande âme glt éparpillée, brisée : elle la relè^ la réchauffe sur Bon cœur, la retrempe au feu 'l'sou courage et lafait passer frémissante dans ceux qui l'entourent . \a \ oici une natii n qui se i saisi! . une armée qui Bort de terre et qui bondit :
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voici L'abattemenl changé en enthousiasme el la défaite en victoire, Expliquez cela 1 Dites-moi d'où viennenl à cette villageoise cette ardeur el cette vertu guerrière qu'elle ne trouve pas dans la torpeur ambiante : d'où, sinon du Ciel '!
Ecoutez, Messieurs, un gracieux symbole de cette vertu d'En-Haut dans un fait raconté par Guy de Laval qui en fut le témoin.
Ce jeune seigneur écrivait à sa mère le H juin 1429 : « Je vis la Pucelle armée, toul en blanc, sauf la tête, une petite hache à la main, essayer de monter un grand coursier noir, qui, à la porte, se démenait fort, et ne souffrait pas quelle montât, et lors elle dit : Menez-le à la croix qui est devant l'église ; et lors elle monta sans qu'il se mût, comme s'il eût été lié. » N'est-ce pas l'image du pouvoir surnaturel qu'il fallut à Jeanne pour venir à bout de cette armée indisciplinée, véritable cavale rétive qu'elle dompta, monta, et mena enfin à la victoire ! C'est par la vertu de la Croix qu'elle a fait ce prodige !
Mais, dira-t-on, est-ce que les revers de Jeanne ne prouvent pas que Dieu n'a jamais été avec elle?
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Si vraiment il l'avait envoyée, comme elle !<■ prétendait, pour 0 bouter les Anglais hors de toute France ». Dieu l'aurait-il abandonnée avanl l'accomplissemenl de <-h exploil ? Auraii-il permis l'assaut malheureux de Paris l«i h septembre, »'i l'échec devant La Charité? Auraii-il permis les opérations indécises du printemps «I»' 1 130 dans La Brie, le Vermandois el le Beauvaisis, puis La sortie malheureuse «lu 23 mai, la capture de l'héroïne h enfin son effrayant supplice ?
Ces malheurs el le bûcher de Jeanne ne prouvent pas davantage contre Ba mission divine que le Calvaire el la crois contre celle «lu Christ. Oui, Jeanne se prétendait, h avec raison, envoyée par Dieu pour délivrer, non seulement Orléans, mais encore toute la France : elle était même appelée à «1rs entreprises bien plus grandioses, comme nous le verrons. Mais la réalisation de ces projets était subordonnée au bon vouloir H au concours de ses auxiliaires qui devaient en bénéficier : 0 Gentil Dauphin, «lisait-elle, je te conduirai à ton sacre, si lu I»' veux. » Si lu le \<'u\ ! Tout le reste de sa mission dépendait également de ses coopérateurs. Or, ces hommes la secondèrent mal el ne méritèrent pas le surcroîl de gloire qu'elle rêvait et que Dieu eûl accordé à une France plus fidèle. La mis-
sion de Jeanne débordait donc son œuvre mais la promesse divine n'est pas pour cela en défaut. Cette promesse, étant conditionnelle., n<' s'est rè lisée que dans la mesure où La France a rempli la condition : et certes cette mesure est déjà assez brillante.
D'ailleurs, ce revirement subit de Fortune n'est lui-même explicable que si Ton admet que Dieu combattait auparavant avec Jeanne. Si son sua es provenait de causes naturelles, loin de se démentir après le sacre Reims, il aurait dû aller en croissant, car les circonstances étaient plus favorables.
C'est toujours Jeanne, la vaillante et prestigieuse guerrière; c'est toujours le même géni mais grandi par l'expérience; toujours la même ardeur, mais doublée par le succès ; c'est, du moins jusqu'à l'assaut de Paris, toujours la même armée mais fortifiée par ses victoires, ce sont toujours les mêmes Anglais, mais démoralisés parleurs défaites, au point que le roi d'Angleterre, par un édit du 3 mai 1430, doit porter des peines contre les capitaines et les soldats qui refusent de passer en France par crainte de la Pucelle. Puis donc que le changement ne vient pas de la terre, il vient du ciel ; Dieu n'est plus notre allié, voilà tout. Puisque, avec des ressources supérieures,
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Jeanne ne peut plus rien, c'est qu'elle n'était | seule quand «'Ile pouvail tout. Si donc ses triomphes ><>ni la preuve directe «I»' sa mission divine, ses malheurs en sonl la contre-épreuve éclatante.
Que Dieu ail ainsi frappé sa mes . nous
ne devons |»;is nous en étonner : c'esl la consé craiion sanglante <■! coutumière de toute éminente vertu; c'esl la loi mystérieuse, scandaleuse pour le monde, qui veul que les grands chrétiens Boienl presque toujours de grands vaincus, au soir de ItMir vie, comme le Chrisl lui-même; qu'ils ne montent aux splendeurs apocalyptiques que par la grande tribulation, H après avoir lavé leur robe dans leur propre sang comme dans le sang • le l'Agneau, <ii qu'enfin leur défaite apparente soit une rédemption H une victoire pour la cause qu'ils oui chérie ici-bas.
Enfin, la magnanimité avec laquelle Jeanne accueille Bes malheurs projette une nouvelle lumière sur le caractère surnature] «les succès qui les on! précédés.
Si elle avail obéi jusque-là à des illusions, ces illusions seraient tombées avec la fortune qui les entretenait : bous l'humiliant démenti des faits,
i voix auraient gardé le silence. Au lieu de cria, elles continuent a se faire entendre, les
\\2 i.\ DOI BLE MISSION
douces voix <lu ciel : ils reviennent La visiter lions .unis, [es anges, et leur présence est l<- d< nier rayon qui caresse son âme. Qs L'encouragent à mépriser la mort el Lui promettent une victoire plus belle que celle d'Orléans et de Patay. Non, les illusions ne sonl pas si fidèles, elles trahissent loi ou tard ceux qu'elles ont flattés, et de L'exaltation Les jettent dans le désespoir.
Le desespoir! combien il eûl été terrible pour Jeanne! Voilà une jeune fille qui n'a pas vingt ans, dans' tout l'éclat magnifique de sa force, entourée d'hommages qu'on ne rend pas aux reines, et que de splendides espoirs comme toutes les énergies de sa jeunesse semblent rivera la vie ; et elle est tout à coup précipitée du pavois de l'admiration populaire dans un affreux cachot. Quelles angoisses, quelles terreurs ne dut-elle pas souffrir, la pauvre enfant, lorsqu'elle se vit, un soir, seule dans les ténèbres de son donjon, enfermée dans la cage de fer qui fut son premier supplice ! Et quelles tristes envolées de sa pensée vers le clocher de Domrémy, vers ces jours d'ombre et de paix où sa mère veillait sur elle avec tant d'amour, puis vers ces jours de grande lumière, plus rapprochés mais déjà si loin, où la gloire courait sur ses pas pour la couronner !
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Oh! oui, elle est déjà 1 > i * *i i loin, la victoire, bien loin, l;i paix de son enfance, bien loin, la pauvre mère <jni ne ae doute pas du malheur de sa fille ci qui ii»' l'apprendra que trop tôt ! < Hi ! comme elle est noire la nuil de sa prison, effrayante Ba solitude souterraine, combien hautes
• 'I «'paisses les uni l'ai Iles du donjon de IMiilippe-
Auguste ! comme ils Boni méchants el insolents, les soudards qui veillent la délicate enfant! et plus perfides el plus haineux encore les juges «jui vont la condamner! Pauvre Jeanne! pauvre fille de Dieu! Pauvre chrétienne abandonnée de tout
le monde eoniine son Maître, trahie et vendue au
poids de l'or comme son .Maître ; comme Lui, elle connatl les affres de Gethsémani ; comme Lui,
elle prie Dieu d'éloigner le calice : comme Lui,
elle jette vers le Père un terrible Lamina Sabactanii Mais comme Lui aussi, elle est plus forte que le supplice et l;i mort ; comme Lui, elle est réconfortée par le i anges : comme Lui, elle répond
avec autant de douceur que de 9ageSSC aux insultes et aux questions insidieuses de ses juge
et enfin elle ne sera jamais plus grande et plus
sublime que lorsqu'elle montera sur Bon calvaire de flammes
D'où lui vient donc cette force Burhumaine .' De
34 i>a double Mission
Celui <|ui l'a envoyée el qu'elle aime de plus en plus chaque jour. Oh ! quelles prières onl dû monter du fond «le son cachotl Quelles larmes d'amour ont dû remplacer celles de la tristesse
dans ses yeux brûlés, quand elle contemplail l<* crucifix, son modèle dans la douleur! Quand menée au tribunal, elle passe devant la chapelle, elle demande à y entrer pour visiter le Sauveur; et, comme on lui refuse cette grâce, elle tombe à genoux et ses yeux ardents noyés de tendresse et de désirs semblent vouloir percer l'épaisseur des portes pour rencontrer Jésus. Elle supplie ses juges de la laisser communier, et, quand, après bien des refus, elle obtient enfin, le dernier jour, cette grâce, X alléluia éclate dans son cœur, et lui fait oublier l'horreur sépulcrale où elle gémit encore et celle plus atroce du bûcher qui se dresse.
Le voilà, le bûcher! Jeanne lui sera douce comme elle l'a toujours été à toute créature du bon Dieu. Elle y monte intrépide, magnifique dans sa résignation. Elle y rend un dernier et sublime témoignage à sa mission, et, par conséquent, à la prédilection de Dieu pour la France. Écoutez ces paroles qui s'élèvent au milieu des flammes et plus haut que les flammes : « Mes
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voix ne me trompaient pas, mes voix venaient «lu Ciel! Jésus! Jésusl Jésus! o Et puis silence! La flamme crépite encore quelque temps, mais 1 âme v de Jeanne est montée au ciel : elle \ esl enti parles portes embrasées du martyre. Il ses anus les anges, et les saintes qui la visitaient sur la terre, et toute la France de là-haut, Geneviève et Clo tilde, Char lemagne et sain! Louis, l'ont reçue et conduite au < Ihrisl bien-aimé I
Sur la terre, il semble que tout est fini pour noire pays, et que son saint est mort avec B8 Libératrice : il ne reste plus d'elle que quelques cendres. .Mais c'est encore trop au gré des Anglais! Ah! si ces cendres allaient se ranimer! Si l'héroïne qu'ils ont brûlée comme sorcière allait en sortir entourée de vengeurs! Il faut les faire disparaître.
\'A l'on VOUS \il alors, ô cendres illustres, j 6-
tées an vent '■( a l'eau ! An vent et à l'eau, ô vous que la France rachèterait aujourd'hui avec tant «le joie au prix «le tous s,-s diamants ! An vent et à l'eau, ô vous que l'Eglise serait si heureuse de placer bientôt sur ses autels, encl dans l'or
et les pierreries.
Ah! ils ont bien pu, les Vandales, vous arracher à notre vénération et nous empêcher de
36 I.A DOUBLE MISSION DE JEANNE l>'\l«
\ous réunir dans des vases funéraires : mais ils no nous empôcheronl pas «I** vous suivre par la pensée sur les ailes de la brise el sur les flots qui vous ont transportées au loin, ni <!<■ vous recueillir dans nos cœurs comme dans des urnes d'or. Et là, o saintes reliques, vous vous ranimerez au souffle de Dieu et c'est <!<• votre poussière bénie que Jeanne va sortir ressuscitée, sa bannière en main, pour nous sauver une second*' fois.
Lorsque La nouvelle < 1 u supplice de Jeanne d'Arc sr Tut répandue dans le royaume, le bon peuplene voulut pascroire que sa chère libératrice fût réellement morte. Respectée par les flammes, enlevée par les an ges dan s une miraculeuse assompti on, Jeanne devail attendre dans quelque mystérieuse retraite que l'heure d'une seconde campagne eût sonné, et alors «II»' reparaîtrait à la tête il une armée, plus irrésistible, plus triomphante que jamais, pour jouer Le dernier acte «le La déln rance nationale.
Rêve poétique, rêve d'espérance et d'amourde L'âme populaire ! Ne L'avons-nous pas recommencé, Messieurs? N'avons-nous pas dil bien souvenl : m oh! qui Doua rendra Jeanne! " Eh bientce
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rêve que le quinzième siècle ne vil pas réali il dépend de nous d'en faire l'histoire de notre
temps et de donner un sens ;i La Légende du retour de la Pucelle. Dans Les heures de crise nationale, on fait appel à La réserve, c'est-à-dire à ceux qui
ont déjà servi le pays, mais qui n'hésitent pas à se dévouer de nouveau pour lui. Certes, Jeanne - est déjà bien acquittée de son devoir patriotique;
mais elle ne refusera pas. si nous l'en supplions, de venir combattre avec nous, chère et précieuse Réserviste, que Dieu nous gardait pour les jours de détresse.
Sans doute, elle ne reviendra pas en corps et en âme. Nos yeux n'auront pas cette douceur de voir bondir sur son cheval celle que nos pères ne se lassaient pas d'admirer. C'est une résurrection toute morale qui nous la rendra : c'est dans nos cœurs qu'elle revivra, c'est par nos mains qu'elle agira. Ne nous plaignons pas. Jeanne, descenditelle parmi nous en chair et en os, ne nous sauve rait pas si nous n'acceptions et n'appliquions son programme. Jeanne, sans son programme, n'est rien, tandis que le programme de Jeanne, même sans elle, c'est pour nous le salut, ou plutôt c'est Jeanne elle-même avec tout son cœur.
Mais quel est donc ce programme? Quelle est la
i»i JEANNE i» ARC :{!)
grande i'l<V qu'elle s'esl efforcée avanl toul <l inculquer à nos pères, el qui, dans sa pensée, était mille !<>i^ plus essentielle que la délivrance d'Orléans? La voici : Ces! <|u<' Jésus-ChrisI esl à un titre toul particulier le vrai mi de France, el la France l<i royaume préféré de Jésus-Christ.
\r croy< / pas, Messieurs, que ces mots n'exprimenl qu'une idée vague noyée dans une formule oratoire, llsonl en eux-mêmes, el ils avaienl dans l'esprit de la Libératrice, un sens très précis, très pratique, Bouvcrainemenl important, au point que, je ne crains pas de le dire, quiconque ne les a pas compris n a rien compris à l'âme ni à l'œuvre de la \ ierge lorraine 1 1 i.
Pour saisie toute la portée <lr ce programme,
i Je dois l'idée maîtresse de cette seconde partie, la royauti di I sus « hrist sur la France selon le programme de la Pucelle, h l'homme qui a le mieux compris la mis-
m de Jeanne d'Arc, le I! . P. A> rôles, S J Dans son monumental ouvrage en i inq volumes in-4°, qu'il a justement intitulé : La vraie J D'Arc, il dous a révélé le cœur de notre héroïn< ind cœur qui n'avait d'amour que pour Jésus el pour la France <•( qui ne voyail de silut pour notre pays que dans rattachement el le dévouement .m roi Jésus. On trouve un abrégé de ces idées dans un autre ouvrage du même auteur : Jeanm I mtels el la i '•'/' aération de la France, un volume in-iS
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rappelons-nous deux vérités générales qui s'appliquenl à tous l<v> pays.
Dieu est l'auteur <le la société, non pas seulement en ce sens qu'il a tiré du néanl les individus qui la composent, mais encore parce qu'il lui a donné la vie propre qui la caractérise. Sans Joute il n'a pas jeté les peuples sur la (erre à l'état adulte et dans leur plein développement social, avec leurs chefs, leurs magistratures et les rouages de leur administration; mais il a mis tout cela ru germe au cœur de l'homme dans une faculté spéciale, la sociabilité, qui appelle la société comme la sensibilité appelle la sensation. L'homme s'épanouit en famille, la famille en trihu et la tribu en nation, en vertu d'une tendance et suivant des lois qu'il a reçues du Créateur. Dieu est donc l'auteur «le toutes les sociétés, comme il est l'auteur de tous les épanouissements naturels, comme il est l'auteur de la forêt vierge, bien qu'il n'ait pas «le sa propre main planté et arrosé un à un les arbres qui la forment, mais confié aux vents du ciel le soin de transporter au loin les graines de l'arbre primitif et aux nuées celui de les féconder.
Et, après les avoir ainsi fondées, Dieu fait vivre les sociétés et les gouverne, il leur envoie la richesse ou la pauvreté, les victoires ou les défaites,