I.KS PROMESSES DE TIMOTHÉE Hl
ment de la v^'liémencc tragique au ton le plus lin de la comédie. Et si je ne roussis pas dans la huitaine, qu'est-ce que vous en ferez de votre lettre ? la garderez- vous dans votre poche?
J'étais abasourdi. Néanmoins, cette prévoyance d'Iiomme d'alTairos me dégoûta positivement.
— Ah cà, dis-je, vous moquez-vous de moi décidément, Timothée ? Eaut-il que je recommence le récit que je vous fais depuis trois jours? Je vous préviens pourtant que je suis déjà bien las de vous donner ma détresse en spectacle. Comprenez-vous ce que je vous demande, enfin?
— Oui, oui, — je — vous — comprends, interrompit Timothée en parodiant le geste et l'intonation de quelque premier rôle du grand théâtre do Toulouse. — Je comprends tout î reprit-il. Croyezvous que je ne lise pas depuis trois jours dans vos yeux le reproche que je vous vois prêt à me faire ? — Oui ! — J'ai obligé Timothée ! Timothée me doit de l'argent ! J'ai payé les dettes de Timothée ! Timothée est hurux ; il a une belle place ! Et cette place, il ne l'aurait pas eue sans moi, si je n'avais pas dégagé sa malle !
(Je multipliais les signes de dénégation sans pouvoir me frayer un passage à travers cette forêt de point d'exclamations).
— ... Eh bien! savez-vous ce que Timothée avait dans sa poche il y a quatre jours, en arrivant à Pa-
bt LES PROMESSES DE TIMOTHÉE
ris? quarante francs ! qua-ran-te francs! ! et savezvous ce qu'il a aujourd'hui?...
— Tenez ! dit-il d'une voix sourde en arrachant un tiroir contre lequel il frappa du poing pour en faire sonner le vide, — rien ! rien 1 ( — et il repoussa le tiroir de façon à le briser.)
— ... Je comprends encore ceci : Timothée a une montre et une chaîne en or! On peut les vendre, n'est-ce pas? Eh bien, tenez! dit-il en me tendant les deux objets de l'air d'un ambassadeur posant un casus belli, allez les vendre ! Je vous avertis qu'elles ne sont point payées, et qu'il y va pour moi de la police correctionnelle ! !
— Sacrebleu ! m'écriai-je à la fin ; il ne s'agit pas de l'obligation que vous pouvez m'avoir. Je ne veux vous prendre ni votre argent, ni votre montre. Je viens tout simplement vous demander un service, comme à un homme que je crois disposé à me le rendre, et qui même s'y est offert. J'ajoute que dans aucune circonstance de votre vie vous n'aurez mérité plus de reconnaissance. —
Mon manuscrit à demi-déroulé se trouvait sur le bureau; il est présumable qu'il n'avait été ouvert que pour les besoins de la cause, et sur l'appel de mon nom.
Timothée, qui tournait autour du bureau comme une bête fauve, jeta un regard de côté sur le manuscrit.
— Voyons votre article, me dit-il.