‹ La double vieChapitre 13 sur 26 · LES PROMESSES DE TIMOUIÉE · texte numérisé non relu

LES PROMESSES DE TIMOUIÉE

J'allai do nouveau me réfugier chez l'ami qui m'avait hébergé la veille, et qui, en vertu de cette hospitalité était devenu mon confident.

Le récit que je lui fis de mon dernier entretien avec Timothée l'édifia médiocrement.

— Votre homme du Midi, me dit-il, est en même temps un finot et un lâche. Je parie qu'il n'osera pas dire un mot à D***, par crainte d'user do son crédit, ou de compromettre sa position. En attendant, il vous amusera le plus longtemps possible, afin do conserver son rôle de protecteur. Ce qui peut vous arriver de plus heureux, c'est qu'il vous rende ce .soir votre manuscrit avec un refus définitif.

Afin de vérifier sa prédiction, mon hôte m'accompagna jusqu'à l'imprimerie.

Tl ne s'était pas trompé.

Le premier homme de service à qui je m'adressai me remit de la part de monsieur le gérant un paquet et une lettre.

Timothée, tout ou mettant à ma disposition plus que jamais sa montre, sa chaîne et jusqu'à son lit, m'avertissait Inijalcnunt qu'il \\\ avait pas à compter sur le genre de service que j'espérais de lui et, toujours aussi lovalernent, me remettait mon manuscrit.

m LES PROMESSES DE TIMOTHÉE

.souhaitant que j'eu pusse faire ailleurs un usage plus conforme à mes désirs.

Je refusai l'offre que me fit mon ami de m'accompagner plus loin, et seul, rompu de fatigue, la tête à peu près perdue, je pris le chemin de mon domicile avec le sentiment de résignation désespérée du soldat qui s'en va mourir à son poste.

Comme je remontais péniblement le faubourg, quelqu'un me barra le passage.

Ce n'était pas Timothée.

C'était X..., l'homme le plus décrié du journalisme, un de ces écrivains sans talent, sans la moindre qualité d'invention ou de style, ne vivant qu'en spéculant sur le talent et sur les besoins de leurs confrères, accumulant les combinaisons de journaux les plus impossibles, et comptant leurs fondations par leurs faillites; un de ces hommes, en un mot, pour qui l'on ne se découvre même plus, et avec lesquels on ne traite que la copie dans une main et l'argent dans l'autre.

Quelques semaines auparavant j'avais à peine rendu à X. .. son salut ; mais ce jour-là les hommes m'étaient devenus tellement indifférents que je serrai la main qu'il me lendit.

— Qu'est-ce que vous avez? dit-il en m'attirant sous une lanterne.

Je fis la réponse ordinaire : — Rien.

— Ahl vous n'avez rien... Vous n'êtes pas malade?

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