LES PROMESSES DE TIMOTHÉE
dissimuler ; mais un seul regard jeté sur lui, sa pâleur, l'agitation de la garde, le désordre du lit où Ton venait de replacer la malade m'avaient tout appris. Ce soupçon d'une violence dont j'étais loin pourtant de comprendre toute la portée, eut l'effet singulier de faire immédiatement cesser mes doutes sur Timothée. Le grand besoin que j'avais de compter sur lui me le fît immédiatement juger sincère. J'entraînai le propriétaire hors de l'appartement et je lui déclarai sans embarras que j'étais accouru pour l'informer d'un mal entendu. Je précisai tout, le titre du journal , le nom du gérant et le chiffre de la somme que j'attendais, ajoutant que si, contre toute vraisemblance , ma certitude venait à être déçue, je quitterais moi-même dès le lendemain matin sa maison, où il ne m'était plus possible de rester.
En descendant l'escalier, la conviction que j'avais cherché à inspirer à mon créancier était entrée en moi. Il me semblait que les choses étant à ce point, Timothée ne pouvait plus trouver de raisons pour manquer à sa parole. Je me sentais d'ailleurs résolu à emporter sa porte d'assaut et à le traîner jusque chez moi pour le soumettre à la sommation du fait.
Par bonheur, Timothée me reçut. 11 vint à moi, et me serrant les mains, me tança énergiquement sur mes soupçons. Il parla avec une telle volubilité que j'en fus un instant étourdi.
— Mais, mon cher, lui dis-je, dès qu'il me fut