SERMENT DU CROISÉ
« Je soussigné Louis-Camille P. de Francheville, ancien capitaine de dragons, né le 25 décembre 4763, demeurant à ***,
» Profondément affligé des maux que fait peser sur la Grèce Tinsolente domination des Turcs, pensant que nul peuple ne doit prévaloir Tun sur l'autre ;
» Je déclare mo croiser en faveur des Grecs, aux f onditions insérées ci-dessus, le nombre des croisés atteignant trois mille, Tindépendanco de la Grèce n*éldnt pas solennellement reconnue par le Turc, mes facultés physiques et intellectuelles m*étant conservées.
» Je prends sur mon honneur l'engagement d'être rendu à Marseille le i^' avril prochain, et là, à mes risques et à mes frais, réuni aux centuries qui devront se former, et dont je ferai partie, je me porterai à la première occasion qui pourra s'offrir sur le territoire grec, sous les ordres du colonel Fabvier.
> Je serai obéissant aux Joîs de la discipline, aux lois do l'honneur.
» Toute propriété particulière ou publique me sera sacrée; mon but, protégé par Dieu, est do la défendre et d'obtenir l'indépendance de la Grè.co aux dépens de ma vie.
» Je désire servir l'humanité.
» J'en fais le serment.
» Francheville. »
Ce qui suit est plus touchant encore':
« Nous suivrons notre père,
» Cii. DE Francheville, » et H. DE Francheville. »
Et en capitales :
y^ L'ÉLAN DE MES ENFANTS M'HONORE l
Eh bien! une seule réflexion suffit pour corriger l'enflure théâtrale et un peu gasconne de ce manifeste, c'est qu'au moment oîi M. de Franche ville publiait son serment, son fusil à la Paoli, ses pistolets, son sabre, sa baïonnette étaient prêts, sa dépense, ses frais de route calculés ; c*est que, au T' avril, le cas échéant, il n'eût pas hésité d'une minute à faire le sacrifice de sa vie et de celle de ses enfants. Il eût embrassé sans faiblesse sa femme et ses filles, et il eût emmené ses deux fils, sans leur laisser le temps, sans leur reconnaître le droit de se dédire. Il eût agi, j'en suis sûr, avec autant de simplicité que son langage avait d'emphase, et c'est par là qu'il échappe au ridicule ; et C'est ainsi que cette vertu, superflue dans une société régie par la diplomatie et gardée par des armées permanentes, mérite encore tous nos respects. Ce qui sauve d'ailleurs la mémoire du comte de Francheville, c'est Thonorabilité de ses fils, devenus des hommes aguerris et industrieux, à travers cette éducation àe pionniers et de caraïbes.
M. de Francheville fut emporté, en 483*, pa^" l'épidémie. Sa mort dut être un passage sans troubles
€t sans tempêtes. Nulle terrnur, nul remords n*agita son âme prôte à partir; car bien mourir c'est encore h science des béros.
~ isso —