‹ La douce et sainte mortChapitre 16 sur 20 · S. fân · texte numérisé non relu

S. fân

Mihi vkere Ckrùtuê est , et mon luerum. Jésus est ma vie > et c'est on bonheur pour moi de pouvoir mourir pour luL

SimonJoamUss ama$me (1) ?Simoii filsde Jean^ m*aimer-TOus : Tu scù^ Domine, quia amo te : ani-^ mammeamprùtepaman^ youA savez. Seigneur, que je vous aime : que je donnerai ma vie pour vous.

Actes et motifs de contrition.

Ces affections sont convenables à toutes sortes de personnes , perce qu^il n'y en a point qui n'ait bien offensé Dieu , et que sans pénitence fl est impossible d'être sauvé : mais ce sont principalement les grands pécheurs qu'il faut exciter à la péniten* ce , en leur proposant de temps en temps quelque motif de contrition, et leur en faisant produire un acte. Comme les malades ne sont pas capables de longs discours , je ne fournis au confesseur que la matière de ces actes , qu'il pourra étendre , s'il le juge à i»*opos , et si le malade le désire.

Miserere met, Deus , secundùmmagnam mite" ricordiamtuami etsecundùm multitudinem miteratùmum tuarum dele iniquitatem meam (2).

Ayez pitié de moi , mon Dieu , selon la plus grande de vos miséricordes, parce que je suis le plus grand de tous les pécheurs. Effacez mon iniquité , je vous en coiyure par la multitude de yq» bonté&

(t) Joaa^ ». — (2} Psai. Mk

LA SADITITÉ M lA MOBT. 371

q/A tOBt infinies. Laves-moi d€ plos en plus démon pieiié» et porifieï-moi de mes offenses ; car je re* connais mon iniquité , et mon péché est toujours contre moi ; sa vue m'aflBige et me tourmente; en quelque lieu que je sois » je ne puis être en repos.

J'ai bien des sujets de douleur; de qudque côté que je regarde mon crime 5 il me paraît effroyable : mais ce qui m*en donne plus d'horreur et qui m'afflige le plus 5 c'est que j'ai péché devant vous , mon Dieu et mon Seigneur ; j'ai commis le mal en votre présence ; j'ai souillé vos yeux très-purs de l'énormité de mes crimes ; j'ai été assez insolent pour vous rendre témoin et spectateur de mon iniquité» TiM êoU peccacis et mabtm coram te feci.

O misârable pécheur > qui as tant de fois offensé «ne majesté si redoutable , qui as tant de fois postposé au]( créatures une bonté si aimable j qui as tant de fois fait servir à te» passions un matire si saint 9 si doux et si puissant 1

Je suis pénétré d'une extrême douleur quand je songe que j'ai offensé Dieu, à qui j'avais de si grandes obligations ; que j'ai si maltraité son Fils « qui m^a aimé si tendrement ; que je lui ai fait plus d'inju^ res et plus d'outrages que ne lui en ont fait tes juïb» et que je l'ai mille fois crucifié dans mon cceur.

O bonté infinie, que le péché est une chose terrible à une âme qui sait combien vous êtes digue d'amour !

Hei mihil quia peccavi nimis in vita mea : quid faciam , miser ? ubifugiam nisi ad te , Deus taeus ?

S12 n. TARTIB.

Hélas I j'ai commis des péchés infiois pendant ma vie ; qoe ferai-je > misérable qne je sois ? où Auraije I où me retirerai-je^ sinon k ¥Ous^ mon Seigneur et mon Dieu ?

CommîssameapaoucOs étante teeruàesco, etc.

Je tremble à la vue de mes crimes , j*ai nne concision extrême de me présenter devant tous après tant d'ingratitudes et tant d'infidélités. Je m'aban^ donperais au désespoir, si je ne connaissais la gran^ deur de vos miséricordes ; mais je sais ce que vous avex dit , que vous ne voulez point la mort du pécheur : c'est ce qui m'anime et qui relève mon courage,

Pater, peccavi in cmlum et cùram te;jam mm mm dignu» vocari filiùs /ut» (l). Mon Père 5 j'ai péché contre le ciel et en votre présence : je ne suis pas digne d'être appelé votre fils ; je mérite d'être traité comme un malheureux esclave , et de souflrir toutes les peines de l'enfen

Hais si j'ai cessé d'être votre enfant » avez-vous: cessé d'être mon Père ? N'avez-vous plus ces entrailles de miséricorde qui vous ont fait livrer k la mort votre Fils unique pour vos cruels ennemis? Si j'ai commis de quoi me damner , avez-vous perdu de quoi me sauver ? non sans doute ! vous êtes toujours le même , vous êtes prêt à recevoir le pécheur à pénitence en quelque temps qu'il se reconnaisse et qu'il se convertisse.

(fl) lue. is.

LA SAINTETÉ ÙB lA MOBT. 179

Ô mon Dieo ^ mon Semeur , je reconnais ma faute , je déteste ma misérable lie , je confesse que j'ai en tort d*offenser un père si bon , un maître si doux 5 un roi si libéral , un ami si fidèle , un époux si bean^ si parfait , si accompli ; un frère et un pasteur si charitable.

O que je suis marri, mon Sauveur, de tous avoir tant de fois trahi , tant de fois renié , tant de fois méprisé, tant de fois souffleté, et postposé à un Barabbas ! O que j'ai de déplaisir de tous avoir fait verser tant de larmes ^ et répandre tant de sang ponr un ingrat !

Yoici que sur ce lit mortel je fais amende honorable à votre majesté infinie que j'ai ofiensée , et à votre cœnrque j'ai affligé. J'accepte la mort et toute» les douleurs que je souflre en satisfiiction de mes péchés ; et si vous me rendez la santé, je me propose, avec votre sainte grâce ( vous savex que c'est mo» cceur qui vous parie ) , de mener une vic^ plus réglée, de réparer les scandales que j'ai donnés, et de faire pénitence jusqu'à la mort des péchés quef j'ai comimis.

Non intres injudicitan cum servo tuo» guoniam non jmtifieabitur in conspectu tuo omnis vivens. N'entrez point en jugement avec votre pauvre serviteur ; car il n'y a point d'homme vivant > quelque saint qu'il soit , qui puisse se justifier en votre présence.

Si iniguitates observaceris^ Domine ; Domine; quis smtinebit ? Si vous examinez mes péchés à la

(I) Psai. 142. - (2) rsaU 179.

a7ft IL PABTIB.

rigueur ,. bélas ! Seigneur ^ qui pourra subsista* 7 1 Becardare, Jesu pie, causa iuœ vùb ; nemeper^ ^da$ illA die. Souvenei-Tous 9 d doux Jésus , que c'est pour moi que tous êtes venu du ciel eu terre , que c'est pour me chercher que vous avez foit tant de voyages , que c'est pour me rendre la vie que vous £tes mort , que c'est pour me rendre heureux que vous vous êtes consumé de misères : ne perda donc pas mon âme qui vous est si chère et si précietise.

Quœrens me sediiti lasstts, redemùtl erueem passus » ianttis tabor iion $it cossus. Vous vous êtes fatigué à me chercher , vous êtes mort sur une croix pour me racheter ^ vous êtes descendu aux enfers pour m'en tirer : que tant de travaux ne soient pas infructueux et inutiles.

Vous avec pardonné à Madelaine^ vous avex exaucé la Cananéenne , vous n'avez pas voulu condamner ^ femme adultère , vous avez sauvé un voleur qui était exécuté pour ses crimes. O j'espère aussi que vous me ferez miséricorde.

Averte faciem tuam à peccatis mets ^ et omnes iniquitates meas dele (1). Détournez votre visage de mes péchés , et effacez mes offenses ; car vous n'avez jamais méprisé un cœur contrit et humilié^ et vous connaissez la douleur dont le mien est pénétré.

Pardonnez-moi , Seigneur , pardonnez-moi : je vous en conjure par l'amour que vous m'avez

(1) Psah so.

Là SAINTEli DB Ik MOBT. 215

porté; par les soaffirancei^ que tous avei endurées pour moi ; par le sang que toos avei versé pour nlon salut ; par la croix où ?oas avei été attaché ; par les plaies que tous portes encore en votre sacrt C6rps; par les services que vous a rendus votre très-sainte Hère , par les douleurs et les aflBictions qu'elle a souflertes pour vous et pour moi au pied de la croix.

Pie Ie$u Domine, dona di requiem êempiternom. Jésus mon très-doux et très-charitable Seigneur , donnes à mon âme le repos éternel

n y a quantité d'autres passages de TEcriture dont on peut entretenir la dévotion d'un malade. Les paroles du puUicain sont touchantes : Deu$ , propitiue esta mihi peccatori» Seigneur, ayes pitié de moi qui suis un pécheur. Et ces autres de David : Detictajuventutis meœ , et ignoraniias meas ne memineris , Domine. Seigneur ^ ne vous souvenes point des péchés de ma jeunesse et de mes ignorances.

Domine 9 ne infurore tuoarguas ift« ^ et le reste de ce psaume dont on peut tirer des motifs trèssensibles de contrition.

Actes et motifs de désir.

Les désirs sont à Fftme ce que la flamme est au feu, ce que Taile est à Toiseau, ce que le mouvement est à tous les corps ; il doit s'augmenter à mesure qu'il approche de sa fin. Voici deux psaumes de David dont il faut de temps en temps réciter quelques

276 n. PARTIE.

versets aox malades , ou les lire tout entiers i ceux qui les peuvent entendre sans incommodité.

Quàm dilecta tabemaeula tua , Domine mriU'^ tum l concupùcit , et déficit anima mea in atrÙL Domini (1). Que vos tabernacles sont aimables , ft: Seigneur des vertus ! Mon âme souhaite avec passion, et languit du désir d'entrer dans la maison du Seigneur.

Mon cœur et ma chair sont transportés de joie , et désirent ardemment voir le Dieu vivant.

O Seigneur des années I le passereau s'est trouvé une demeure , et la tourterelle un nid poor y mettre ses petits : faites donc que je demeure étemeh lement dans votre temple , et au pied de vos auteb.

Beatiquihabitani indcmo tuâ , Domine i in $ecula secularum laudabunt te. Heureux sont ceux , 6 Seigneur , qui habitent dans votre maison ; car ils vous loueront dans les siècles des siècles.

Heureux l'homme qui met en vous seul tout son appui ; il a disposé dans cette vallée de larmes des degrés dans son cœur pour monter vers vous.

Le Législateur lui donnera sa bénédiction , il ira de vertu en vertu jusqu'à ce qu'il voie le Dieu des dieux en Sion.

O Seigneur Dieu des armées , exaucez nos prières y et jetez les yeux sur le visage de votre Christ » car un seul jour vaut mieux en votre maison , que mille des plus heureux dans un pays de larmes.

Elegi abjectus esse in damo Dei met, magis quàm habitare in tabemaculis peccatorum. J'ai préféré d'être le dernier dans la maison de mon Dieo , platôt qae d'habiter dans les tentes des pécheurs.

Dien aime la miséricorde et la vérité > il nous donnera sa grâce et sa gloire.

L'autre psaume de David propre à consoler un malade 5 est le 41 , dont voici quelques versets.

Quemadmodum desiderai cerms ad fontes aquarum, ita desiderat anima mea ad te Deus (1).

Comme le cerf poursuivi des chiens soupire avec ardeur après la fraîcheur des eaux : ainsi mon flme soupire après vous^ mon Dieu et mon Seigneur.

Elle .est brûlée d'une soif ardente de vous voir y Dieu fort et vivant Quando veniam et apparebo antefaciem Dei? Quand me rethrerez-vous d'ici , et quand irai-je paraître devant votre face 7

Mes larmes sont devenues mon pain durant le jour et la nuit , pendant qu'on me dit à toute heure : David , où est ton Dieu ?

Je me suis souvenu de ces choses , et j'ai répandu mon âme en moi-même , parce que j'entrerai dans une tente admirable^ jusque dans la maison de Dieu.

In voce exultationis et confessîonis sonus epulantis. Je chanterai de joie , et je bénirai le Seigneur , et je me réjouirai comme une personne qui est b un festin délicieux.

O mon âme I d'où vient que tu es triste ? et

(!) Piol. 4t. 26

278 IL PAlTUt

pourquoi me troubles-tu ? espère eu Dieu » car je lui rendrai encore mes actions de grftee ; c'est ha que je regarde comme mon salut et mon bien.

On peut joindre à ces deux psaumes le 121 » ùk David témoigne le désir qu'il a d'entrer dans h maison de Dieu , qui était non-seulement b Jérusalem terrestre , mais encore la céleste..

Lœtatus sum in hù qiuB dicta sunt rnihi, in dih mttm Damini ibimm. Je me suis réjoui lorsqu'on m'a dit , nous irons en la maison du Seigneur.

Nous avons établi notre demeure dans votre enceinte , ô belle ville de Jérusalem !

Jérusalem qui est bfttie comme une ville dont les habitants sont unis ensemble par un lien de concorde et de paix. C'est là que sont venus toutes les tribus du Seigneur 5 pour y louer et bémr um nom» comme il l'a ordonné.

C'est là que sont dressés les trônes de Injustice^ les trônes sur la maison de David.

Demandez à Dieu la paix de Jérusalem 9 et que ceux qui l'aiment soient dans l'abondance de toutes choses.

Il n'y a rien de plus doux à un malade j que la pensée du paradis 5 et le cantique que chanta David dans le désert d'Idumée. DeuSs Deusmeus, ad te de luce vigib : sitivit in te anima mea , quàm mut" tipliciter tibi caro mea (1 ) . Mon Dieu 9 mon Dieu ^ je veille, et je pense à vous dès le point du jour : mon

LA aAINTETÊ DE Lk UORT. 279

ime. brûle d'mie soiC ardente de vous voir ; et combien plus ma cbair d*etre délivrée de toutes ses misères!

Hélas^! je sute ime terre déserte et abandonnée où il n'f a ni chemin pour se conduire , ni eau pour se désaltérer : c'est pourquoi je me présente^ mon Dieu , dans^ votre sanctuaire pour y voir votre magnificence et votre gloire,

Metior est mùeticordia tua super vitas , labia mêla, laudabunt te , etc. O mon Dieu 1 votre miséricorde vaut mieux que toutes les viea, mes lèvres chanteront étemellemeot vos louanges.

Hé I quand viendra ce jour? quand est-ce ^ mon Dieu , que vous nous rappellerez de cet exil pour retourner à notre chère patrie ?

Nous sommes ici sur le bordUles fleuves de Ba^ byloné , oà nous mêlons nos larmes avec le courant deseaux; onnousdit: chantez-nous les beaux Psaumes de Sion (1). Hélas \ comment pourrons-nous chanter les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère? O Jérusalem I sainte Sion ?

Si oblitus fuero tut, obliviomdetunkxterameiu Sijefoublie jamais^ que je m'oublie de ma main droite , que ma langue s'attache à mon palais si je m'oublie de toi ^ et si je ne me propose Jérusalem comme le principe de ma joie.

Mon Dieu ^ je vous demande la même faveur que vous demandait autrefois votre serviteur Moïse.

(I) PiaL ts&

Siinveni gratiam in conspectu tuo, ostende mihi faciem tuam (1). Si j'ai trouvé grâce en votre présence^ montrez-moi votre face 9 afin que je vous connaisse ; découvrez-moi votre gloire ^ faites-moi voir ce bien universel et accompli après lequel je soupire.

Unam petit à Domino : hanc requiram ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitœ mea. J'ai demandé une chose à mon Dieu , et je ne cesserai de la lui demander , jusqu'à ce que je l'aie obtenue , qui est d'habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie ; de voir et de contempler les beautés de son palais qui nous combleront de délices.

Expectam eccpectavi Dominum (2). J'attends le Seigneur depuis long-temps avec beaucoup de patience , il m'exaucera bientôt y il me tirera du fond de la misère 5 et de ce lac bourbeux où je suis plongé.

Deus inadjutorium meum intende. Seigneur, hâtez-vous de venir à mon aide : délivrez-moi des douleurs et de ces misères qui m'accablent.

J'ai crié vers vous , Seigneur. Je vous ai dit : Tu €8spesmea,portiomeainterrâviventium (3). Vous êtes mon espérance^ vous êtes mon partage dans la terre des vivants. Soyez attentif à ma prière , car je suis humilié dans l'excès.

Délivrez-moi de ceux qui me persécutent, car ils sont devenus plus forts que moi.

Educ de custodiû animam meam ad confitendum

(I; £xod. 33. 17 et 18. — (î) PsaL 19. — (3) Psal. 1 , 17.

nomini tuo : me expecUmt justi donec rétribua* mihi\i). Tirei mon flme de sa prison , afin qu'elle bénisse YOtre saint nom : lés justes m'attendent » rendez-moi ma récompense.

O qn'il m'ennnie de vivre 1 quand sortirai-je de ce monde ? Quand serai-je dépouillé de ce corps mortel ? Quand entrerai-je dans la maison du Seigneur?

O supemœ cmtatis mamîo beatissima ! O dies œtemitatîs ctarissima (2) / demeure bienheureuse qoe celle de la Jérusalem céleste ! jour de Téternhé infiniment agréable ; qui ne sera jamais obscurci d'aucunes ténèbres , ni troublé d'aucune crainte , ni sujet à aucun changement !

O plût à Dieu que ce jour-là fût venu , et que cette vie temporelle eût pris fin I Hélas ! quelle vie est-ce que la nôtre ^ où nous sommes souillés de tant de péchés 9 combattus de tant de passions , saisis de tant de craintes , travaillés de tant d'inquiétudes ^ divertis de tant de curiosités^ engagés dans tant de vanités ^ enveloppés de tant d'erreurs, usés de tant de travaux , harassés de tant de tentations , énervés de tant de &ux plaisirs ^ tourmentés de tant de véritables misères !

O quando finis horum malorum ! quand viendra la fin de tous ces maux I Quand serai-je délivré de la misérable servitude de mes passions? Quand ne serai-je , Seigneur , occupé que de vous seul ?

(I) rers. 10. — (2) Ub, 3. imii. Chr. c. 18.

282 II. PABTIE.

Quand me réjoniraUje pleinement en tous ?'Qaand serai-je sans aucun embarras y et dans la vraie Ii-< berté y sans aucune peine de corps et d'esprit ?

Quand jouirai-je d'une paix solide y d'une pair assurée de toutes parts ?

/^u bcne , quando stabo ad videndutn te ? etc* bon Jésus y quand sera-ce que j'aurai le bien de vous voir? Quand contemplerai-je la gloire de vor tre royaume ? quand me serez-voùs tout en toutes choses ?

O quando ero tecum in regno tuo , etc. O qnand sera-ce que je serai avec vous dans votre royanmé, que vous avez préparé de toute éternité à vos élusl

Hélas I on m'a abandonné ici dans une terre ennemie , dans un eiil affreux où je suis dans la dernière pauvreté , toujours dans les combats et dans des a£9ictions très-grandes.

Consolare exilium tneum. Consolez mon exil , et apaisez ma douleur; car mon cœur ne soupire qu'après vous.

Ce chapitre du petit livre de l'Imitation de Jésus- Christ est tendre , dévot , et très-propre à consoler un malade , qu'on finira par cette prière amoureuse dont saint Jean finit son Apocalypse : Feniy Domine Jesu (1). Venez^ mon Seigneur Jésus^ venez au plus tôt ; et ne vous faites plus attendre : venez à mon secours y venez et m'emmenez avec vous dans, le (Sel. Ou par celles de l'Apôtre.

(I) Jpoc,22.

LA SAINTETÉ DE lA HÛRT« 283

Coaretor i duobus » deiiderium habem di$$oh>i et esse cum Christo , multo magU mettus : permantre autem in carcere necessariumprapiervas (1).

Tons les motifs que j'ai proposés pour désirer la mort, peuYent être suggérés doucement à un malade pour élever son cœur au ciel , et pour le détacher de la Yie.

Actes et motifs de conformité à la volonté de Dieu.

Voici la principale vertu qu'il faut pratiquer à la fin de sa vie ; car comme c'est l'acte d'une charité trte-parfaite , et qu'elle regarde le plus terrible de tons les olgets 5 qui est la mort et le$ suites de la mort 5 il est hors de doute qu'elle suffit pour effacer tous les péchés de la vie , et pour mériter une trèsgrande gloire. Outre qu'elle a une vertu admirable de calmer le cœur 5 d'adoucir Teq^t, de charmer les douleurs » et d'affermir la patience.

Le Fils de Dieu nous en a donné un exemple merveilleux dans le jardin de Gethsemani. Ce sont ses paroles qu'un malade doit toujours avoir en bouche.

Pater mi s ^i possiMle est > transeat à me calix iste ; verum tamen nOn sicut ego volo , sed sicut tu (2). Mon Père , s'il est possible, faites que ce calice passe , et que je ne le boive point : toutefois que votre volonté soit faite , et non pas la mienne.

Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibam illum, fiatvoluntas tua. Mon Père , si ce ca-

(I) PhUlpp. 1. — (2) Maitn. îa. 39.

lice ne peut passer sans que je le boive , que votre volonté soit faite.

Ceipi qui assiste le malade , peut appliquer ces paroles à tout ce qui le peut affliger , et loi faire produire sur tous ses maux des actes de conformité et de résignation.

O Seigneur s je me résigne entièrement à votre divine volonté ; et Je vous laisse le soin de mon corps et de mon âme. Si vous voulez par cette maladie me tirer de ce monde, que votre volonté soit faite. Que si vous me voulez laisser encore tur k terre pour faire pénitence , pour pratiquer de bonfies couvres , je ne refuse point le travail : que vo^ tre volonté soit faite.

C'est Pacte admirable de résignation que saint Martin produisit à la mort, et qu'il nous faut imiter, en disant en tous nos maux, et en tontes nos craintes : Oui, inon Père y que cela soit ainsi, parce quec*est votre volonté (1). Si vous voulez que je meai*e, j'en suis content, que votre volonté soit faite. Si vous voulez que je vive , j'y consens , que votre volonté soit faite. Être ce que vous voulez que je sois , faire ce que vous voulez que je fasse, souffrir ce que vous voulez que je souffre, c'est tout ce que je veux et tout ce que je désire.

Paratum cor meum , Deus ; paratum cor meum.

Mon cœur est prêt , mon Dieu , mon cœur est prêta tout II est prêt à vivre , il est prêt à mourir ; il est

(1) âfaU/t. lf.2G.

LA SAIHTETÉ DB Lk MOBT. 285

prtt à allor au ciel , il est prêt à demeurer sur la terre; ilestpretàagir» il est prêt à souffrir.

Sivê fnorimur s sivevmntta,Dominismmiê(i).

Nid de nous , dit saint Paul , ne vit pour soi-même, etnal de nous ne meurt pour soi-même ; car soit que nous vivions , c'est pour le Seigneur que nous Yivons; soit que nous mourions, c'est pour le Seigneur quenous mourons. Soit donc que nous vivions^ soit que nous mourions , nous sommes au Seigneur.

PlaceotnihiininfirmitatitmsmeU (1). Jemeplais dans mes maladies , J'ai de la satisfaction à souflrir , parce que c'est votre volonté que je souflre.

Quid mihi est in cœb 1 et à te quid volai super terram ? Qu'est-ce que je désire ni dans le ciel ni sur la terre 9 sinon de vous plaire 9 de vous obéir et de faire votre sainte volonté 7

O que je suis content de mourir , afin que je vous puisse éternellement aimer I

In pace in idipsum dormiam et requiescam. Je me vepùse , 6 mon Dieu , sur vous : je vous laisse le soin de mon corps et de monftme^dema vie et de ma mort Je sais qu'il n'arrive rien en ce monde que par vos ordres: qu'on ne peut arracher un cheveu de ma tête sans votre permission : et comment est-ce que la mort arracherait mon âme de son corps , si vous ne l'ordonnez ainsi 7

O mon Père ! mon unique Père I je sais que vous m'aimez et que vous ne voulez point la mort du pé-

(i) nom. II. 7. - (1)3. Cor, 12. fO.

i86 IL PABTIE.

cbeur. Je sais que c'est pour mon bien que yous m*avez envoyé cette maladie. Je l'accepte de tout mon cœur^ iet la mort^ si c'est votre volonté.. Je n'ai rien à vous demander ^ sinon que vons fiissief de moi tont ce qa'il vous platara , et qne vous Atiei de moi tout ce qni se peut opposer à votre sainte volonté.

SECTION TREIZIÈME

Entretien de dévotion mr la passion de Jésuh Christ, gui peut servir aux sains^ aussi bin qu'aux malades.

Ilya deuxsortesde maladies 5 les unes sont courtes et violentes , les auures sont lentes et de durée. Celui qui souffrcrde grandes douleurs ne songe qu'à son mal , et aux moyens de s'en défaire : ainsi te malade étant fortement occupé à combattre son ennemi -f il n'a besoin que de quelques paroles de temps en temps pour fortifier sa patience. Nous avons proc posé quantité de motifs qui serviront à cela.

Hais ceux qui ont de longues maladies qui les obligent à garder le lit ^ ont un autre ennemi à combattre qui n'est pas moins dangereux que la douleur , c'est le chagrin et l'ennui. On passe les jours sans pouvoir rien faire ; on compte toutes les heures de la nuit sans pouvoir dormir ; quand le matin est venu on soupire après le soir , comme Job y et quand le soir est venu on soupire après.Ie

Là SAHimt M n noir. S8T

Miiii. Le mal miige le COI]» ^ et le ehagrU l'è^ Cogiuaionet tarquentes car meum (1)*.

Que peut fiûre un malade pour chiriner ses doakon ? De quoi peat-41 s'entretenir les jours et let Boits 7 Je ne sache rien de plus douxetdeplos consolant qne de songer à lapas»on de notre Seigneur. On troaTe dans cet entretien des satisfactions trës^ grandes: car c'est une ¥érité certaine » qne Jésns- Christ est avec ceux qui souflQrent ^ et qu'il embrase de son amour ceux qui s'entretiennent de sa pasdon, comme il fit ces deux disciples qui allaient k EmmatlSb Ce souvenir est une source de plaisirs intarissaUe pour ceux qui souflQrent les mêmes choses que luL

An reste » U n'est point nécessaire d'ttre un grand homme d'oraison, etde savoir l'art de méditer , pour s'entretenir sur ce sujet II n'y a qu'à savoir Thiatonne de la passion de Notre-Sdgneur , et k le suivre doucement dans le cours de ses souffrances : car c'est le Saint-E^nit qui instmitle malade, c'est son onction qui l'enseigne ; il le fidt entrer daùs une belle prairie où il trouve de riches pftturages pour rassasier sa Mm , et des sources d'eau vive pour éteindre sa soif.

Or pour fociliter cet exercice , il faut avohr à chaque heure quelque point de la passion à méditer, et la considérer comme faite en ce temps-lk , quoi^ qu'elle soit arrivée en un autre. En voici l'ordre et la

S8S n. PABÎIE»

distribatioiij qo*il ne sera pas difficile k apprendre et à retenir. •

A cinq heures du soir. Tranqiortes-vons de pensée au cénacle oii Jésus-Christ fit la cène avec ses Apdtres ; représentez«vons comme il se lève de table f comme il quitte ses vêtements 5 et s'étant ceint d'un linge , met de Teao dans un.bassia , et lave les pieds à ses disciples. Yoyez-le aux pieds de Judas , admirez son humilité , remerdez-le de la cbarité qu'il a eue de vous faire une infinité de fois la même grâce. Priez-le de vous laver de plus en plus de vos iniquités 9 afin que vous puissiez fiiire la cène avec lui dans le paradis.

O Jésus, le Roi des anges et des hommes ! qud orgueil se pourra défendre contre une si profonde humilité 7 je me tenais aux pieds de Judas comme k une place qui m'était due , mais depuis que je vous y vois humilié et prosterné , je ne tais plus oit me mettre. quel exemple vous me donnez d'humilité I accordez-moi , s'il vous platt » la grftce de vous imiter , et de me mettre 9 comme vous , sous les pieds de tous les hommes , puisqu'il n'y en a point qui ne soit plus juste que moi.

A six heures du soir. Représentez-vous Notre- Seigneur, le grand-prêtre de la nouvelle loi , qui donne son corps à manger , et son sang à bohre h ses disciples. Remerciez-le de s'être donné tant de fois à vous. Demandez-lui pardon de toutes les mauvaises communions que vous faites. Espérez qu'il vous donnera son paradis , puisque vous l'avez tant

LA SAlNtEtÉ DE ÎA MORT. 289

de fois logé dans votre cœur lorsqu'il était étranger sur la terre.

O doux Jésus , je vous remercie de m'ôtre venu visiter dans ma maladie : accomplissez , s'il vous platt y votre promesse : et puisque j'ai mangé ce pain de vie, faites que je vive éternellement avec vous.

A sept heures du soir. Suivez votre Sauveur au jardin des Oliviers ; écoutez ce qu'il dit : Mon âme est triste Jusqu'à la mort Souffrez avec patience le chagrin que vous cause votre mal , buvez un peu dans le calice du Sauveur : suez comme lui le sang et l'eau 5 et lui dites:

O Jésus le plus affligé de tous les hommes ! que ferai-je pour vous consoler ? Je ne puis rien faire qui vous soit plus agréable que de souffrir mon mal avec patience* Mon âme , d'où vient que tu es triste ? et pourquoi te troubles-tu aux approches de la mort ? espère au Seigneur , il s'est revêtu de tes infirmités pour te donner sa force : ne veux-tu pas mourir avec lui ? courage , ce sera bientôt fait , tu n'as pas encore sué le sang et l'eau comme lui.

A huit heures du soir. Considérez notre Seigneur tout baigné dans son sang , et prosterné devant son Père , qui lui dit : Mon Père , s'il est possible , que

^ calice passe sans que je sois obligé de le boire, ^tefois que votre volonté soit faite y et non pas la jenne.

Imitez cet acte de générosité et de résignation ; proposez-vous toutes vos douleurs et vos afflictions ; acceptez-les toutes de la main de 3ieu, et dites de

chacune en particulier : mon Père , je vous prie , éloignez de moi ce calice de pauvreté ^ ce calice de souffrance , ce calice d'infirmité , ce calice de la mort : toutefois que votre volonté s'accomplisse^ et non pas la mienne. ,

A neuf heures du soir. Représentez-vous Jésus- Christ qu'on saisit dans le jardin , qu'on mène lié et garrotté à la maison d'Anne , c'est pour vous mettre en liberté qu'il s'est fait captif ; il s'est soumis à la puissance des hommes pour vous retirer de la puissance du diable. Demeurez enchaîné dans votre lit pour l'amour de lui.

O doux Jésus , je vous conjure par les outrages qu'on vous a faits , et par les liens dont vous fûtes garrotté , de rompre les chaînes de mes péchés et mes mauvaises habitudes : puisque j'ai si mal usé de mes membres , je veux qu'ils soient liés et attachés à ce lit ; je veux vivi*eet mourir votre esclave.

A dix heures de nuit. Considérez notre Seigneur abandonné de tous ses disciples ^ et laissé en la puissance de ses ennemis.

O mon maître , je vous suivrai partout où vous irez, je si^'s prêt à mourir pour vous. Quand mes amis m'auront abandonné , et que je n'aurai phis ni force ni consolation , je vous prie , mon Sauveur , ne m'abandonnez pas. Mon âme^ console-toi d'être, comme Jésus^ sans consolation : puisque les cré&Uires te quittent y tu n'auras pas de peine à la trouver.

A onze heures de nuit , le Fils de Dieu reçut un soufflet chez Anne. Représentez-vous cette assem-

LA SAurrrtÉ de ia mort. 291

biéc de juges altérés da sang de ce doux Agneau. Voyez ce soldat insolent qui lève la main , qui le frappe 4 et qui le renverse par terre. Admirez la douceur et la patience de Jésus-Christ Demandezlui pardon de lui avoir fait tant de fois le même outrage.

O bon Jésus! combien de fois vous ai-je donné sur la joue ? autant de fois que j'ai offensé mes frères. Pardonnez-moi mes péchés ^surtout les emportements de ma colère. Donne^moi la patience dans mes maux , et délivrez-moi de cet ange de satan , qui m'afflige et m'outrage si cruellement.

j,4' minuit. Jésus-Christ est mené chez Caïphe , ofk il est accusé, condamné et traité comme un blasphémateur. On lui crache au visage , on lui donne des soufflets , on lui fait tous les outrages possibles. Souffrez tous les mauvais traitements que vous font les hommes et les démons ^ et ne vous plaignez point dans votre maladie»

O très-innocent agneau , vous voilà donné en proie à des tigres impitoyables t O combien de fois vous ai-je craché au visage ! Combien de fois vous ai-je méprisé et déshonoré I Je mérite bien d'être maltraité des hommes , moi , qui vous ai tant de fois offensé. Donnez-moi la patience , Seigneur , et faites-moi la grâce que je puisse imiter votre douceur et votre humilité.

A une keure après minuit. Saint Pierre renie trois fois son maître en la maison de Caïphe. Quelle douleur au Fils de Dieu ! quelle infidélité h ce disciple t

Voilà ce que c'est d'être superbe , et de présumer de ses forces , et de se trouver dans les mauvaises compagnies.

mon âme ! combien de fois as-tu renié ton maître ! combien de fois as4u abandonné son service y de peur de paraître son disciple ! mes yeux y versez des torrents de larmes , et ne cessez de pleu^ rer nuit et jour mes iniquités,

A deux heures après minuit, Jésus regarde saint Pierre y et alors ce disciple» reconnaissant sa faute, sort de la maison » et verse des pleurs en abondance, Il n'a péché qu'une fois» et il a pleuré toute sa vie, Je pèche tous les jours » et je ne pleure jamais.

Qui donnera à mes yeux des fontaines de larmes pour pleurer mes crimes et mes infidélités ? Jésus ! je vous remercie de m'avoir regai*dé d'un œil de pitié après vous avoir offensé ; sans ce regard favorable y je n'aurais jamais fait pénitence » et je serais mort dans mon péché. Je vous prie de ne pas détourner vos yeux de moi » et de tirer des eaux de pénitence de c« cœur de rocher,

A trois heures du matin. Représentez- vous JésuS" Christ , qu'on mène chez Piiate , où il est accusé par les Juifs ; de Piiate chez Hérode » où il est méprisé du roi et de toute son armée. Tous ceux qui veulent être à Jésus doivent souffrir des injures » des calomnies et des persécutions. La première vertu d*un chrétien est de mépriser Iç monde et d'en être méprisé (1).

(I) Hieron,

LÀ SAINTEtt DE Là MORT. 293

Hélas i je ne suis point serviteur de Jésus , puisque je veux encore plaire aux hommes.

A quatre heures du matin. Passez cette heure dans le prétoire , quoique ce ne fût pas à cette heure que le Fils de Dieu y fut fouetté. Voyez le roi du ciel attaché à une colonne et cruellement déchiré de fouets par une légion d'hommes , ou plutôt de démons. Souvenez^vous que c'estpour expier les péchés d'impureté que sa chair innocente a été si maltraitée.

Demandez-lui pardon des vôtres , et recevez les fléaux qu'il plaira à Dieu de vous envoyer. Hélas ! il a été Messe pour nos iniquités , cet innocent agneau. O I je ne veux point vivre sans plaies , puisque je vois mon Sauveur qui en est chargé. Je ne veux plus prendre aucun plaisir sensuel , puisqu'il a fallu le sang d'un Dieu pour l'expier.

A cinq heures du matin. Jésus est couronné d'épines , et présenté aux Juifs ^ qui demandent qu'il soit mis à mort. Us l'eussent reconnu pour roi^ s'il eût eu une couronne d'or sur sa tête : mais le royaume du Fils de Dieu n'est point de ce monde.

O Jésus mon roi , je ne suis donc point votre sujet ^ puis que j'aime le monde.

O malheureux monde , je te hais , je te déteste , je renonce à ton amitié , et je te quitte volontiers pour être à Jésus-Christ. O mon Sauveur ^ j'ai sur ma tête votre couronne d'épines ; car j'y sens de trèsgrandes douleurs : j'espère que vous me donnerez après ma mOrt la couronne de gloire.

A six heures du matin. Jésus est condamné à mort , et livré aux juifs pour être crucifié. Allons et mourons avec lui.

trèS'Saint et trës-innoeent agneau ^ vous avez voulu subir la sentence qui était portée contre tous les hommes ! c'est moi qui ai péché , c'est moi qui dois être crucifié. Je vous remercie de vous être substitué à ma place. J'accepte la mort pour votre amour ; et je vous supplie de ne pas livrer mon âme à mes ennemis.

A sept heures du matin. Jésus porte sa croix et tombe sous sa charge : on contraint un honune de la campagne de la porter pour lui. Les dames de Jérusalem pleurent de compassion. Qui pourrait exprimer la douleur de sa sainte mère ? Qui n'aura compassion de cette fille de Sion ? Sa douleur est aussi grande que son amour ; elle est aussi vaste et aussi profonde que la mer.

le saint et l'obéissant Isaac y qui porte sur ses épaules le bois de son sacrifice ! O l'innocente victime qu'on mène hors du camp chaînée des péchés de tout le peuple ! O que la charge de mes iniquités vous a donné de peine à porter ! Je vous en demande pardon ., mon Seigneur. Je vous prie de m'aider à porter ma croix. Vous voyez qu'elle m'abbat , et que je tombe sous sa pesanteur. Puisque les hommes vous ont aidé à porter la vôtre , aidez-moi , ô bon Jésus , à porter la mienne.

A huit heures du matin. Jésus arrive au Calvaire, où il est dépouillé de ses habits et attaché a la croix.

Ceux qui sont à Jésus-Christ * ont crucifié leurs vices et leurs méchantes inclinations avec lui. Hélas! je ne suis point chrétien , puisque je ne suis point crucifié : mais si mon âme ne l'est points mou cœurTesi à présent : me voilà attaché à une croix qqe j'ai bien méritée.

O Jésus 9 que votre croix sanctifie la mienne > et puisque j'ai part à vos douleurs , que j'aie part ù vos consolations. Je commence à être disciple du Fils de Dieu ^ n'aimant plus rien qui soit périssable. Qu'on ne me donne plus de peine , le monde est crucifié pour moi , et je suis crucifié pour lui.

ji neuf heures du matin^ Jésus prie en croix pour ses ennemis : il prie donc pour moi qui l'ai fait mourir ^ et qui lui ai fait plus d'injure que les juifs.

O Père très-saint^ exaucez la prière de votre Fils ! pàrdonnez-moi mes péchés ^ comme je pardonne à tous ceux qui.m'ont offenséJ J'ai péché par malice y mais ils ont péché par ignorance. J'ai bien mérité le mal qu'ils me font » mais quel sujet m'avez-vous donné de vous offenser ?

A dix heures du matin. Jésus dit au bon larron : vous serez aujourd'hui en paradis avec moi.

Admirez la bonté du Fils de Dieir envers le bon larron , et sa justice envers le méchant : l'un se sauve à côté du Fils de Dieu y et l'autre s'y damne. O je ne veux point blasphémer ni murmurer contre Dieu sur ma croix. Seigneur» souvenez-vous de moi maintenant que vous êtes arrivé à votre royaume ; quand je serai près de rendre l'àme , que je vous

entende dire ces donces paroles , vous serez aujoar< d'hui en paradis avec moi.

A onze heures du matin, Jésus dît à sa mère ; femme ^ voilà votre fils. Tous les prédestinés lui furent donnés en la personne de saint Jean : et ceux qui ne seront point ses enfants ^ ne seront point du nombre des prédestinés.

Priez Marie de vous recevoir pour son enfant Priez Jésus de vous donner à sa Mère.

O bon Jésus , dites à votre Mère : Femme , voilà votre enfant qui est malade^

O sainte Vierge , dites à votre Fils : Mon Fils , voilà l'enfant que vous m'avez donné , qui va mon-» rir. Je vous recommande son âme , donnez-lui votre Paradis,

A midi, JésusrChrist est abandonné de son Père, parce qu'il portait la figure du pécheur qui mérite d'être abandonné à la mort , et il en a voulu subir la peine.

O le grand mal d'être abandonné de Dieu , puisque son ombre seulement a fait pleurer et gémir le Fils de Dieu ! O Seigneur , ne m'abandonnez point à ma mort , puisque c'est pour moi que vous avez été abandonné à la vôtre.

Remerciez notre Seigneur de la grâce qu'il vous a faîte de vous visiter dans votre maladie : et s'il arrive quelquefois qu'il se retire de vous, ne perdez point courage. Perdez-vous dans lui quand il se cachera ; abandonnez-vous à lui , quand il vous abandonnera.

iJl sainteté de la mort. 297

A une heure après midi. Jésus recommaiide son esprit à son Père. *C'est son esprit qu'il lui recommande , et non pas son corps , parce qu'il l'ayait donné à son Eglise ; et qu'il savait que sa Hère^ qui représentait l'Eglise , en aurait soin.

Ayez soin de votre âme , c'est l'unique chose qui soit à vous : pour la mettre en bonne main , mettesla entre les mains de Jésus, O Jésus , je vous recommande mon esprit , il est venu de vous , et il s'en retourne à vous. ne laissez pas perdre une âme pour laquelle vous avez donné votre vie I

A deux heures après midi, Jésus dit qu'il a soif; et ayant pris du vinaigre , il dit que tout est achevé.

Souffrez » âme chrétiene , les ardeurs de votre lièvre , brûlez du désir de voir votre Dieu. Hélas ! comment puis^-je dire que j'ai tout fait» moi qui n'ai pas encore commencé à bien vivre ? O Jésus , suppléez par votre bonté ce qui manque i ma justice. Vous avez fait grâce au bon larron» qui ne s'est converti qu'à la mort : quoique je fosse pénitence aussi tard que lui , j'espère que vous me ferez miséricorde aussi bien qu'à lui.

A trois fleures après midi. Jésus baissant la tête» pour marque de l'obéissance qu'il rendait à son Père» et de son amour envers les hommes » rend son divin esprit

La charité de Jésus nous presse : s'il est mort » qui craindra de mourir? et s'il est mort pour nous » qui refusera de mourir pour lui 7 II est mort dans les douleurs : ah ! qui voudrait mourir dans les plai-

298 n. PARTIE.

8îr8 9 puisqu'il nous a rachetés au prix de son sang ? nous ne sommes plus à nous , mais à lui.

O Jésus mon Sauveur, qu'il m'ennuie de vivre, et que j'ai h&te de mourir ! O mon âme, sorspromptement de ton corps : peux-tu craindre la mort qui est entrée dans le cc&ur de Jésus-Christ ? O mort mille fois plus aimable que la vie ! je te donne mon cœur : entre dedans , afin que j'entre au plus tôt dans le cœur de mon Jésus.

A quatre heures après midi. Jésus est déposé de la croix , oint de parfums aromatiques 5 et mis dans lé sépulcre.

Ne descendez de votre croix qu'après la mort Priez Notre-Dame et sainte Madelaine de vous pro^ curer le Sacrement d'Extréme-Onction..

O mon pauvre corps , tu souffres beaucoup : mais encore un peu de patience y tu vas te reposer dans le sein de Dieu. O heureux les morts qui meurentdans le Seigneur ! L'esprit de Dieu les assure dès maintenant qu'ils se reposeront de leurs travaux , et que leurs bonnes œuvres les suivront en l'autre vie.

Voilà une dévotion qui se peut pratiquer par les saints aussi bien que par les malades, suivant d'esprit notre Seigneur à chaque heure du jour , conformément à l'histoire évangélique , autant que faure se pourra. Cette distribution de temps que nous venons de faire , n'est que pour entretenir l'esprit du malade dans le souvenir de la passion du Fils de Dieu : car il n'a pas souffert, comme j'ai dit , à chaque heure ce que nous avons proposé à méditer en ce temps-là.

Lk SAINTETÉ DE LA MORT» 299

Les personnes saines qui voudront s^occuper en ce saint exercice , qui est d'un fruit et d'une consolation inexplicable , pourront distribuer leur temps en cette manière ^ qui est plus conforme à la vérité de TEvangile 5 retranchant le temps de la nuit

A six heures du soir. Le Fils de Dieu se trouve au cénacle avec ses disciples ^ mange TAgneau pascal ^ et leur lave les pieds.

A sept heures du soir. Il leur donne son corps à manger et son sang à boire.

A huit heures du soir. U s'en va au Jardin y H s'abandonne à la tristesse , il prie son Père ^ il sue le sang et l'eau , et il est fortifié par un Ange.

A neuf heures du soir. Il est pris^ lié , garrotté > et mené chez Anne.

A dix heures du soir. Il est interrogé chez Anne> et reçoit un souflDet

A onze heures du soir. Il est mené chez Gaîphe ^ jugé , et maltraité par ses gardes.

A quatre heures du matin. Il est une seconde fois présenté devant les juges et condamné à la mort.

A cinq heures du matin. Il est mené chez Pilate, et interrogé.

A six heures du matin. Pilate l'envoie à Hérode , qui le méprise 9 et le renvoie comme un insensé.

A sept heures du matin. On le remène chez Pilate 5 où il est postposé à Barabbas.

A huit heures du matin. Il est dépouillé de ses

habits, attaché à une colonne 5 et cruellement

fouetté.

A neuf heures du matin. Il est revêtu d'un manteau d'écarlate , et couronné d'épines.

A dix heures du matin. Pilate le présente au peuple qui demande sa mort

A onze heures du matin. Il sort de la ville portant sa croix ; on contraint Simon de la porter^ et on le charge de la croix du Fils de Dieu.

A midi. II est crucifié et élevé en haut entre deux voleurs sur la montagne du Calvaire.

A une heure après midi. Il prie pour ses ennemis y promet son paradis au bon larron , et donne sa Hère à saint Jean.

A deux heures après midi. Il se plaint d'être abandonné , déclare la soif qu'il souQre , et recommande son esprit à son Père.

A trois heures après midi. Il crie , tout est consommé , puis baissant la tête y il rend son esprit.

A quatre heures après midi. On le détache de la croix , et sa sainte Mère le reçoit entre ses bras.

A cinq heures après midi. Il est oint de baumes aromatiques, enseveli et mis danstm tombeau neuf.

On peut, l'heure suivante, retourner avec la sainte Vierge à Jérusalem , prendre part à sa douleur ^ et veiller avec elle, ou suivre l'âme de Notre-Seigneur dans les limbes , ou reprendre le temps de la cène. Il fait bon savoir l'histoire de la passion , pour pra< tiquer aisément cet exercice.

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