‹ La douce et sainte mortChapitre 5 sur 20 · SECTION SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SECTION SEPTIÈME

Exemples des saints qui ont désiré la mort.

On ne saurait concevoir la passion qu'avaient les premiers chrétiens de mourir , pour aller promptement au ciel. Ce désir fut si grand et si violent , ifOLÛ en poussa plusieurs à se défaire de leurs propres mains ^ et à se jeter dans des précipices , s'imaginant que c'était le plus beau sacrifice qu'ils passent faire à Dieu > et de tous les chemins le plus court pour aller au ciel. Les Pères ont bien eu de hk peine à combattre cette hérésie , et à réprimer cette fureur de dévotion : mais quoique les catholiques niaient jamais attenté sur leur vie , cepen-< daBt ils couraient au martyre conune à un festin déUcieux; ils étaient toujours prêts à mourir; et lorsqu'il s'élevait une persécution , on les voyait ji milliers s'aller présenter aux juges.

C'est ce qui étonnait 1rs infidèles, qui attribuaient

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« encore deraeurar dans le dutmp de bataille, et

• retouner au comiNUt? Gommcat donc pouvez- 1» TOas désirer vivre plus longHiemps , vous qui » trouvez la vie si rude , si fftcfaense , si amère et » si misérable? C'est, dit-^l, la diaritéde Jésus- ^ Christ qui me presse et qui me fait préférer le » salot de mon prochain à mes propres satisEac- » tioits. Je désire mourir , je désire vivre : je désire

* mourir pour voir Jésus-Christ Je ne saisque dioi- » sir. Quideiigam ignaro. «

Saint André était dans la même peine que «aint Paul ; mais quand il se vit condamné à momrir , sa joie fut si grande , qu'il ne voulut jamais permettre qu'on fit rien pour le délivrer. Lorsqu'on le menait an supplice ^ il volait plutôt cpi'il ne marchait ; et quand il aperçut de loin le théâtre de gloire qui lui ^tait préparé , alors étendant les bras , êi fléchissant les genoux , il s'écria : O bona crux s fua^ de^ corem ex membris Domini met Micepiui^ •etc.

O bonne croix , qui avez tiré du, corps de mon Seigneur une gloire et une- beauté incomparables! O croix que je désire depuis tant d'années , que j'aime avec tant de passion , ^e je cherche sans relflche , et qui m'a été «nfin accordée \ O sainte croix , ti^ refr-moi de la compagnie des hommes ) et me ren* dez à mon maître ; que je retourne par vous i celui qui m^a racheté par vous. Il fut deux jours attaché à sa croix , prêchant la foi de cette chaire de douleur. Et voyant qu'on le voulait sauver , il pria instamment notre Seigneur , qu'il ne permît

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pas qn'il fftt détaché , et arraché d'entre les bras de fia ehère épouse : ce qui lai fut accordé : car ayant été eBTironné d'une lumière céleste , il rendit son esprit à notre Seigneur.

Saint Ignace le martyr , disciple des apôtres , et rempli de leur esprit , avait une telle impatience de momrir , qu'il n'y avait point de tourment au monde ^tt Be désirât pour être uni à Jésus*Ghrist Voici comme il déclare lui-même les sentiments de son coeur, tt Je suis lié nuit et jour avec des léopards , c'est-A-dire des soldats qui me gardent , auxquels j^QS je fais de bien^ plus ils sont cruels et farouches. Cest ma doctrine qui fait mon crime ; mais Je ne sais pas justifié pour cela. Plaise à Dieu que je sois livré aux bêtes qui me sont préparées. Je le suiqplie de tout mon cœur de ne pas permettre qa'dles m'épargnent^ comme elles font des corps des autres martyrs ; mais qu'elles s'âaneent promptement sur moi ^ qu'elles me brisent , et qu'elles me dévorent Que si elles ne ventent pas venir , je les irriterai et je les forcerai de me dévorer. Ignoscùe, filioli, quid mihi proêit ego scio. Pardonne&4noi y mes chers enfiuitSy je sais ce qui m'est bon. Enfin , je commence k être disciple de Jésus-Christ , ne dé-^ tirant rien de tout ce qui se voit pour trouver Jé-^ sus-CUuîst, et pour jouir de sa précence. »

Lorsqu'il parut dans l'amphitéâti^c , et qu'il enten-

dit les lions qui rugissaient , il s'écria transporté de joie : Frumentum Christî sttm, dentibm be$tîarvm molar. Je suis le froment de Jésos-^Christ ^ je serai moulu par les dents des bêtes. Voilà la passion qu'avait ce saint évéque de mourir.

Celui qui a composé layie de saint Ambroise, qui Ta envoyée à saint Augustin 5 nommé Paulin , qui n*est pas le saint évéque de Noie 5 mais un dia^ cre qui était avec saint Ambroise 5 et qui assista à sa mort ; cet auteur , dis-je 5 rapporte que ce grand docteur de l'Eglise étant tombé malade 9 le comte Stilicon croyant que sa mort attirerait la ruine de l'Italie 9 appela les principaux de la ville de Milan , qu'il savait être chéris de ce saint , et les obligea , partie par menaces ; partie par promesses ^ de l'aller trouver , et de le conjurer dé demander à Dieu sa santé. Le saint les ayant entendus, leur répondit : Non lia inter vosvixi, ut pudeat me vwere , née limeo moriy quia Dominum bonum habemus. Je n'ai pas vécu parmi vous de telle manière , que j'aie honte de vivre ; mais je ne crains point aussi de mourir , parce que nous avons un bon mattre.

L'auteur ensuite rapporte que notre Seigneur lui apparut d'un visage riant, et qu'il avertit l'évoque de Verceil de lui porter le Viatique. Ce saint prélat l'ayant reçu , rendit son esprit , priant dévotement , les bras étendus en forme de croix.

Joignons au maître son disciple incomparable saint Augustin. Il nous a déclaré lui-même le désir ardent qu'il avait de mourir , dans les doux entre-

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tiens qa'il avait avec notre Seigneur. Foriaue mihidice$ guôd nento te vîdet» et vivet. Eia , Dq^ mines mariar, ut te videam, te videam ut mo^ liar. Vous me direi , peat-étre , que nul ne vous Terra ^ tandis qu'il sera en vie. Hé bien , Seigneur , que je meure donc pour vous voir 5 et que je vous voie pour mourir.

Le même saint Prélat ^ comme rapporte Tauteur de sa vie 9 louait fort la réponse que fit saint Ambtoise aux députés de Stilicon , qu'il n'avait point honte de vivre y et qu'il ne craignait point de mourir ; non pas ^ dit-il , qu'il eût présomption en ses mérites » mais parce qu'il avait un bon mattre. Il estimait encore beaucoup la réponse d'un antre évéque son ami , dont j'ai parlé 5 qu'il visita dans sa maladie. Gomme il lui eut fait signe de la main qu'il s'en allait ^ et que saint Augustin lui eut représenté qu'il était encore nécessaire à l'Eglise , le malade lui répondit : Si nunquam , benè : si aUr quando , quare non modo ? Si je ne meurs jamais , voilà qui est bien : s'il faut mourir un jour , pourquoi non à présent : saint Augustin admira cette sentence , et l'avait souvent en bouche.

Saint Martin , évéque de Tours , a fait de grands miracles en sa vie ; mais le plus surprenant de tous 5 est celui de sa mort : toute l'Eglise en a été ravie , et nous ne saurions guère proposer aux âmes timides d'exemple plus capable de les encourager^ que celui-là. Sulpice-Sévère qui a écrit sa vie, rapporte que sentant tout d'un coup ses forces

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défaillir , il sppe\a ses disciples , et leur déclara qa*il allait mourir (f )• A cette nouvelle tous fondant en larmes loi dirent d'âne voie entrecoupée de sanglots: i7^ !pourqim^ mon Père , nom wttlez-4xm$ quitter ? D'où vient que vous voulez abandonner vos pauvres enfants désolés ? Les loups, après votre mort se jetteront sur votre troupeau , qui les dé* fendra , n'ayant plus de pasteur ? Nous savons bien que vous avez un grand désir d'aller avec JésuS' Christ : mais votre salut est en assurance ,etvo* tre récompense ne diminuera pas pour être un peu différée. Ayez pitié de nous s et ne nom abandon-nez point.

Le saint Prélat 5 toucbé de leurs larmes , se mit aussi à^ pleurer^ et s'adressant à notre Seigneur, lui dit ces paroles qui sont les illustres témoignages de sa charité : Seigneur , si Je suis encore nèces^ saire à votre peuple s je ne refme point te travail; que votre volonté soit faite. Sa fièvre continuant , il ne cessait nuit et jour de prier , couché sur son lit magnifique qui était la cendre et le cihce iNobili Ub stratu suo in cilicio et cinere ,recubans. £t« comme ses disciples le priaient de trouver bon qu'on mtt sous lui de méchants linceuls : il ne faut pas, leur répondit-il , mes enfants 9 qu'un chrétien meure autrement que sur la cendre : Non decet, inquii, filii, CAristianum nisi in cinere mort. Ayant donc toujours les yeusi et les mains élevés

(t) Bptsl. 2. ad Battut.

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an cid » U {iriait Diea sans relâche ; et comme les prtms qui étaient auprès de bii le priaient de ' prendre nn peu de soulagement » et de se tourner sur leedté 9 il leur dit: Lamez^moi, mes frères, regarder plutôt le ciel que la terre , afin que mon esprit remarque techeminpar lequel il doit aller au Seigneur; puis ayant aperçu satan , il lui dit : Que fm^tu ici, bite cruelle f tune trouveras rien en moi de quoi te prévaloir: VoUà le sein dtAbra-ham qui me va recevoir. Ayant dit cela, il rendit son esprit & Dieu ^ et son corps parut beau comme le jovr y quoiqu'il fût couvert d'un dlice et étendu sor la cendre.

Wons pouvons joindre à la mort do glorieux saint Martin y celle de saint Severin écrite par raU)é Eugippe qui s'y trouva présent II rapporte qu'après aveir bit un discours de très-frande édification à tes rdigieux, et après les avoir exhortés à la parfeetiM 9 {lies voulut tous embrasser les uns après les autres: ensuite ayant reçu le viatique, il fit le sigtte de la croix sur tout son corps , pois leur commanda de chanter les louanges de Dieu. Comme ib difftraient d'obéir parce qu'ils avaient le cceur outré de douleur et de tristesse , fl entonna le prenner ee beau cantique de David : Laudate Domimu» in sanctis ejus , laudate eum in firmamento tinuiis ejus. Louez le Seigneur dans le sanctuaire de sa gloire , louez-le dans le firmament de sa puissance. Les disciples alors, quoique baignés de larmes , furent obligés de répondre ; et il expira

W U PABTIE.

lorsqu'il prononçait ce dernier verset du dernier psaume de David : Onrnù xpîritm laudet Damùnum. Que tout ce qui est vivant loue le Seigneur. Il mourut Tan 482 depuis la naissance de notre Seigneur.

A la vérité 5 voilà des morts qui sont prédenses devant Dieu et les hommes : nuiis je n'en trouve point de plus admirable et de plus consolante que celle de saint Malachie 5 évêque d'Hybernie , et légat du saint Siège , qui mourut dans le monastère de Glervaux , entre les bras de saint Beniard. Voici ce qu'en dit ce saint àbbé, qui a composé sa vie. Ce grand Prélat , dit-il , ayant assisté à TofiBce divin ; et célébré la messe avec une dévotion extraordinaire , il fut saisi d'une fièvre qui l'obligea de se mettre au lit Tous les religieux en furent extrêmement affligés , et travaillaient à l'en vi l'un de l'autre à lui donner quelque soulagement C*€st en vain , leur dit-il 9 que vous employez tau» vOi remèdes , et c*est pour satisfaire à votre charité que je fais tout ce que vous m^ordonnez. Car il savait ^ ({it saint Bernard , que son heure était venue. Les bons religieux lui disant qu'il ne Cstllait pas désespérer de la vie y et qu'il n'avait encore aucun signe de mort: « Il faut , leur répondit-il ^ » que Malachie meure cette année : voilà le jour » qui approche que j'ai toujours , comme vous » savez , extrêmement désiré. Je sais qui est celui » à qui j'ai confié tnon dépôts et je suis certain » qu'il ne me frustrera point du reste de mes

LA DOUCEUR DE Lk MORT. 89

di$ir$ , m'en ayant accordé une partie^ Quant à ce qui regarde mon corps , c'est ici le lieu de son repos. Quant à Came, Dieu y pourvoira : car il sauoe ceux qui ont espérance en lui, et je n'espère pas peu de soulagement des secours que les vivants donnent en ce jour aux âmes par leurs prières , et leurs bonnes œuvres. Ce jour était le second de novembre, où l'Eglise fait commémoration des morts.

» II n'en était pas éloigné, lorsqu'il tenait ce discours ; c'est pourquoi il demanda l'extrêmeonction. Les religieux se préparant à cette dernière action avec les cérémonies ordinaires , il ne voulut jamais permettre qu'ils montassent au haut de la maison oii il était logé , mais il descendit lui-même en bas , et ayant reçu l'extrêmeonction et le viatique, il se recommande aux prières des frères , et les recommande réciproquement à Dieu ; puis s'en va doucement se remettre au lit II descendait à pied du haut de la maison , et s'en retournait à pied , disant que sa mort approchait Qui eût jamais cra qu'un homme en cet état dût sitôt mourir 7 II n'y avait que Dieu et lui qui le pussent savoir. Son visage n'était ni plus pâle , ni plus maigre qu'à l'ordinaire, ni son front ridé , ni ses yeux enfoncés , ni son nez affilé , ni ses lèvres serrées , ni ses dents noircies, ni ses épaules courbées, ni le reste des membres consumés ou exténués. Il conserva jusqu'à la mort la forme du corps, et

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il la beauté du visage ^ telle qu'ir l'avait pendant p la vie. U parut mort , tel qu'il était vivant

» La fête de tous les saints , qui était un jour de » réjouissance pour nous , et dont la fin nous fut » bien lugubre ^ étant arrivée ^ nous allons au » chœur, nous chantons en pleurant, et pous » pleurons en chantant ; il ny a que Malachie qui » ne pleure point, bien qu'il ne chante point: » car pourquoi eût-41 pleuré approchant des joies » du Paradis ? La fièvre s'augmente , et une sueur » brûlante lui sort de tout le corps, afin qu'il » passât en quelque façon par le feu , et par l'eau » au lieu de rafraîchissement Nous commençons » alors à désespérer de sa vie ; chacun corrige le » jugement qu'il en avait formé ; on ne doute plus » que la prédiction qu'il avait Csdte long-temps » auparavant qu'il mourrait à Clervaux le jour « des morts , ne dût s'accomplir. On nous appelle , V nous y allons : alors regardant tous ceux qui » étaient à l'entour de lui , il dit , Desîderio dew sideravi hoc Pascha manducare apud vas. J'ai » toujours eu un désir extrême de manger , cette » Pâques chez vous : je remercie la bonté de Dieu » qui ne m'a point frustré de mon désir.

1» Vous eussiez vu un homme sans crainte en ce » dernier moment , et qui n'étant pas encore mort » était assuré de la vie. La nuit approchant qu'il • attendait , et qui lui devait faire éclore le beau » jour de l'éternité , après nous avoir doucement » consolés : Ayez soin de moi, nous dit-il , et si

Lk DODCEDB DE Lk UOWT, 91

Dieu le permet» je ne m'oublierai point de vous; Je ne doute point qu'il ne te permette , car foi cru en Dieu ; et tout est possible à celui qui a ta foi. J'ai aimé Dieu , je vous aime , etla chariii ne meurt jamais. Alors tenant fies yeax âefés «a del : Mon Dieu y dit-il y conservezles en votre nom , et non-seulement eux , mais encore tous ceux qui se sont consacrés à votre service par le ministère de ma parole.

» Alors nous ayant imposé les mains à tous les nns après les autres y et nous ayant tous embrassés , il nous envoie un peu reposer, parce que SOD heure n'était pas venue. Nous nous en altanSy et nous retournons sur le minuit ^ car on noos avertit qu'il allait rendre l'âme. Tous les religieax se trouvent dans sa chambre avec toancoup d'abbés qui étaient venus sur la nouvdle de sa maladie. Nous chantons des hymaes^ des psaumes et des cantiques spirituels pour accompagner notre ami qui s'en retournait à sa chère patrie , pendant lesquels ils expira au lieu et au temps qu'il avait prédit, la cinquante-quatrième année de son âge. Nous ne Bons aperçûmes point de son décès , quoique Bons eussions tous les yeux arrêtés sur lui. Son Tisage demeura si doux et si beau y que l'on eût dit qa'il dormait, et non pas qu'il était mort » Tcrilà ce que saint Bernard rapporte de la mort de ce saint Prélat y dont il a écrit la vie et les miracles. Le même saint rapporte de son frère Girard ,

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qui était religieux dans son monastère , que sur le minuit; lorsqu'il était près de rendre Tâme^ il se mit à chanter : Laudate Dominum de cœiù i laur date eum in eœcebù. Louex le Seigneur , vous qui êtes dans les cieux , louez*le au plus haut du fir* mament Je fus appelé , dit-il , pour voir un bomme qui chantait en mourant ^ et qui insultait à la mort. Je le vis, je l'entendis , et je dis dans mon ccbht ; Ubiest, mors y Victoria tua? ubi est, mors, stimulus tuus ? mort , où est ta victoire ? mort » où est ton aiguillon ? Jam non est stimulus , sed jubiius* Ce n'est plus un aiguillon , mais un cantique de joie. Voilà un homme qui meurt en chantant ^ et qui chante en mourant Usurparis ad lœtitiam^ mater mœroris : umrparis ad gbriam , gbrim inimica. Tu es maintenant un sujet de réjouissance, toi qui étais une mère de douleur ; tu es une matière de gloire , toi qui étais le sujet de notre conftasion. Usurparis ad introitum Begni, porta inferi , et fovea perditionis. Tu es maintenant l'entrée da ciel 5 toi qui étais la porte de l'enfer ; tu es àpré^ sent l'échelle du salut ^ toi qui étais l'entrée de l'abfme.

Saint Gr^oire-le-Grand était comme un paovre cerf tout brûlé de soif , qui soupirait après la firatcheur des eaux.

Sainte Catherine de Sienne en était dans une « grande impatience , qu'elle en perdait en quelque

(1, Psal. IIS,— (XjSer.2t.in Caat.

LA DOUCEUR m LA MORT. 9S

bçon l'esprit. Tantôt elle flattait la mort y et Fappdait sa belle, sa mignonne, l'invitant à venir avec tontes les paroles de tendresse qu'elle poa-> v»t inventer. Tantôt elle se mettait en quelque eqiice de colère , et l'appelait cruelle , barbare , Brimmaine, de ce qu'elle tardait si long-temps à venir*

Sainte Térèse ne vivait pas, elle langnissait d*amonr, et soupirait incessamment après ce beau jour de Tétemité.

Saint Ignace, notre fondateur, fondait en larmes & la senle pensée de la mort II en avait un si grand désir , que les médecins, dans sa dernière maladie, furent oMigés de lui défendre d'y penser, d'autant qoe eetle pensée allumait son sang, échauffait son cafnr , embrasait ses esprits , détachait son âme , et dbnnait de furieux assauts à sa vie.

yttHA me direz, sans doute, que cela est bon

wor éaints , mais que vous qui ne l'êtes pas , vous

àirei Btijet de craindre la mort, et non pas de la

déïnrcr. Je réponds à cela , que vous n'êtes pas

RiôinB <d>ligé que les saints de vous immoler à la

IJMre de Dieu , de correspondre à son amour , de

AHirfaire à sa justice, et de reconnaître l'excès de

Mttifléricordes ; et puisqu'il n'y a point de moyen

plus avantageux pour cela , que de lui sacrifier sa

vie, vous devez désirer la mort aussi-bien que les

«nfs.

D'ailleurs, que faites-vous sur la terre, sinon tfâiser Dieu? Quel service lui rendez-vous? Quelle

9& L PAHTIB.

gloire lui proGorez-TonB? NTêtefl-TOUs pan tons tes jours en danger de vous perdre t Cesserez-voiui di pécher lorsque vous ferez pénitence de vos péchés] Vos satisfactions égaleront-elles les peines que vont avez méritées ? Quoi que vous puissiez dire ^ c'est assez que vous soyez chrétien pour désirer la moirt : car quel moyen de croire une vie étemelle et ne la point désirer? Et qui peut aimer la fin sanfl aimer la mort , qui est un moyen nécessaire pout y arriver?

C'est dans ce sentiment qu'ont été non-^olement les saints , mais encore les sauvages les plus barbares, après qu'ils ont reçu le baptême. Le père Vimont de notre compagnie^ étant supérieur à Rebec dans Fa Nouvelle France , rapporte dans la relation de Tannée 16/^2 , que le sieur Giffard > médecin , ayant touché le pouls à une femme sauvage nouvellement baptisée ^ et lui ayant dit qn'dle eût courage et qu'elle ne mourrait point de cette maladie, elle regarda le Père qui l'était venu visiter, et lui dit tout étonnée : Cet boinme mit-U que ji suis baptùsée ? D'où vient qu'il me tient ce tGI^ cours ? Peut^-on s'attrister sachant qu'on fait Ia volonté de Dieu, et que si Fon quitte ta terre, c'est pour aller au ciel? Arrive qui pourra , fe suis chrétienne, je ne m'affligerai de rien. Voilà ce qu'on appelle avoir de la foi.

Entrons dans les sentiments de David , et que notre plus grande joie soit d'apprendre la nouvelle de notre mort ; disons quand on nous l'apportera s

fjœiaius sum m his quœ dicta sunt tni/ii, in domum Domini ibimus (1). Je me suis réjout lorsqu'on m'a dit : nous irons à la maison da Seigneur. Nous allons quitter la terre pour aller au ciel ; l'exil pour retourner à notre chère patrie. Nous allons passer du temps à Tétemité ^ de la figure à la Yérité , du changement à Timmutabilité 5 de la mort à Timmorlalité ^ de la misère à la félicité. Nous allons en un lien où nous ne serons plus chargés de misères , déchirés de soins , affligés de maladies^ tourmentés de protsès', souillés de crimes , travaillés de tentations^ et exposés à une infinité de dangers de nou» perdre, fions allons au lieu du repos ^ à la terre des ▼itants , au centre de la paix , au royaume de la gloire , anx noces de l'Agneau , au palais de Jésus* CàahÊL Nous allons voir ce que l'œil n'a point tu , «mtendre ce que l'oreille n'a point entendu , possé* der ce que le cceur humain n'a jamais conçu. Beati qui kaintant in domo tuâ. Domine : in secula se^ euhntm laudabunt te. Heureux ceux qui habitent dans votre maison y 6 Seigneur ! ils tous loueront dans les siècles des siècles , et vous béniront dans toute l'éternité. Amen.

(i) Psai. 121.

96 ** n. PABTIE.

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