CHAPITRE I
, Qu'il faut se préparer à ta mort pour la rendre
sainte.
Pour connaître l'importance ^ l'utilité et la nécessité de cette préparation dont on a tant écrit , il
Lk 8AINTETi DE LA MORT. 97
est bon d'examiner une queistion curieuse que proposent quelques savants ^ et qui fait à mon sujet Ifs demandent s'il serait plus avantageux à l'homme de mourir deux fois que de ne mourir qu'une.
B semble que ce serait son bien de mourir deux fois : car d'un côté , il est infiniment important à rhcHnme de bien mourir 9 puisque c'est de cette dernière action que dépend son bonheur ou son raadhenr étemel : de l'autre 5 il est impossible de bien fidre un métier qu'on n'a jamais fait , et par la mène raison , de bien mourir , n'étant jamais mort SÎBOos mourions deux fois , nous apprendrions par la première ce qu'il faudrait faire en la seconde , et nous corrigerions les fautes que nous y aurions cornâmes: mais en ne mourant qu'une fois^ les chutes 9ùat sans ressource , et le mal sans remède.
DloB Chrysostôme dit très-bien , que c'est un grand avantage de travailler sur une matière capable de repentir, c'est-à-dire qu'on peut corriger et réformer : Magnum prœsidium €$t operari in^norteriA capaci pœnitentiœ. Un potier qui manie la terre pem dianger et rechanger cent fois la même figure ; il peut réparer sa faute presque aussitôt qu'il l'a commise : mais celui qui travaille sur le marbre doit prendre garde à tous les coups de cisea« qu'il donne 9 d'autant que les fautes qu'il y commet sont irréparables. Je dis de même de la mort Si l'on mourait deux fois , les fautes de la r preniière pourraient être corrigées par un sage re-
pentir ; mais ne mourant qn'ane fois , les fautes qa'on commet sont éternelles»
De plus , la crainte de la mort est un grand empêchement pour bien mourir ; car la crainte glace le sang , serre le cœur , arrête le cours des esprits , et interdit Tusage des puissances : au lieu que la joie et l'assurance élargissent le cœur^ et le rendent ensuite plus habile à réussir dans tout ce qu'il entreprend. 11 est certain qu'il n*y a point d'homme dans le monde qui ne tremble aux approches delà mort et à la vue de cette effroyable éternité , dans laquelle il va entrer : et comme la crainte enqpêche rame d'agir avec la liberté et la présence d'esprit qui serait nécessaire , le défaut d'expérience la met au même danger que serait un homme qui n'aurait qu'une planche étroite pour passer sur un précipice ; la crainte de tomber troublant ses esprits rendrait sa chute inévitable.
Voilà l'état oh se trouve un malade qui est prè^^ de rendre l'âme : il se voit dans un pays où il n'j jamais été , environné de gouffres et de précipices poursuivi par les démons , obligé de passer sur sentier étroit du temps à l'éternité , sans avoir ui moment de temps pour se reconnaître. Quel moyeKTS qu'il puisse se sauver d'un si mauvais pas^ s'il n'e^"^ particulièrement assisté de Dieu ? Gomment est-c ^ qu'un homme qui n'a jamais été sur mer pourp" ^ gouverner son vaisseau dans la tempête , et arriver heureusement au port? Sans doute il nous eût ét^f ce semble , bien avantageux de mourir deux fois 9
puisque nous eussions moins appréhendé la mort, et que nous eussions eu le moyen de réparer nos fautes.
Cependant ii y en a qui sont d'un sentiment contraire ^ et qui estiment que c'est le bien de l'honune de ne mourir qu'une fois j par la raison que cette unité de la mort le rend plus soigneux et plus vigilant: car, comme dit le philosophe 5 celui qui n'a qu'un œil l'essuie souvent , le chérit , et le conserve soigneusement II faut dire de même de la mort : dès-là qu'on ne meurt qu'une fois > on songe àbiai mourir; Si on mourait deux fois 5 on ne crain* drait pas la première > et on ne serait pas mieux disposé pour la seconde. Nous le voyons par expérience ; car si maintenant qu'on ne meurt qu'une fois, on craint si peu la mort, que serait-ce si on en mourait deux? Combien de gens ont été malades et se sont vus près de sortir de ce monde ? £n sontils devenus pour cela, et plus vigilants, et plus vertueux? Ils n'en seraient pas meilleurs quand ils seraient morts.
D'ailleurs , s'il y avait quelque bien à mourir deux fois, il faut avouer aussi que nous serions doublement misérables. Les païens disaient que Castor et Pollux étaient deux frères, dont l'un naissait quand l'autre mourait, et l'un mourait quand l'autre reprenait la vie. Lactance conclut , ^e si cette fable eût été véritable , ces deux frères fîussent été les plus misérables de tous les hommes, parce qu'ils n'eussent pu moucii* une bonne fois :
lÔ^.L'O
100 II. PÂBTIE.
Castor et Potlux omnium miserrmi, quibm mori non licet (1). Et pourquoi donc estimer heureux celui qui renaîtrait à de nouvelles peines^ qui retournerait dans une nouvelle carrière de souflhuices^ et ^i quitterait le port pour s'exposer à de otouvelles tempêtes ? Si c'est u& bien de mourir 9 pourquoi l'appréhender ? Si c'est un mal ^ pourquoi le multiplier ?
Vous dites que l'expérience rend les honunes sages y et que la première mort ferait craindre la seconde. Je ne suis pas de ce sentiment Voyonsnous que les soldats qui se sont trouvés aux coups en soient plus sur leurs gardes ? Au contraire , c'est ce qui les rend plus hardis et plus téméraires. On méprise un danger 5 quand on y a passé. Si nous étions mcMTts une fois, bous craindrions moins de mourir; et craignant moins la mort^ nous serions moins disposés à bien mourir.
Hais quand cette expérience nous serait avantageuse 9 je puis dire avec quelque vérité , que nous la pouvons avoir sans cela : Car qu'est-ce que la vie 9 sinon une mort continuelle , et pour mieux dire , une chaîne de morts qui se suivent , et se poussent les unes les autres ? Notre mort est aussi longue que notre vie , d'autant que chaque moment nous en enlève une partie. Nous partageons , dit très-bien Sénèque , un même jour entre la vie et la mort f et ce que nous gagnons d'un côté nous le
(I) lib. Inttii. cap. 10.
LA SÂINtETÉ DE LA. MORT. 101
perdons de l'autre : de sorte qu'on pourrait appe- IcjT la tie tme longue misère toute tissue et compo- -séed^^etre et denoù^tre^ de viesetde morts, Hanc diem quant agimm , cum morte dividimm. Saint Grégoire le dit plus nettement , quand il appelle notre vie défaillante^ une mort prolongée. QuotidiatuB vitœ defectm ^quidest aliud nisi quœdam proli' œitas mortùt ?
Qme si cette expérience ne suffit pas 5 il y en a «ne ivire que nous pouvons acquérir sans beaucoup de peine ; air il ne £aut qu'ouvrir les yeux pour voir la mort qui exerce son empire sur tous les hom- SMS; on la trouve dans les villes , dans les campagnes 9 dans les rues, dans les maisons , dans les loavref , dans les cabanes. On ne peut faire un pas sans la rencontrer en son chemin. Hélas I nous la portons dans nos entrailles , elle dort , pour ainsi jMiler 9 avec nous : et nous disons que nous ne savons ce que c'est que de mourir ?
Enfin , si tout cela ne suffit pas pour nous rendre sages 9 nous pouvons tirer tout le profit que produirait une seconde mort en mourant souvent d'esprit , ei nous considérant près de rendre l'âme : tsttr parce moyen nous aurons quelque expérience de la mort , et nous apprendrons sans trouUe et sttQsdonleur la manière de bien mourir. €'est pour-» ^loi, pour accorder ces deux opinions , il fautdire, à mon sens , que l'avantage de l'homme est <le ne mourir qu'une fois corporellement , se préparant à la mort , et faisant d'un sens rassis ce qu'il ne pour-
ra faire , peut-être 9 par la violence de la douleur» C'est l'importance , l'utilité et la nécessité de cette préparation 5 que je prétends déclarer dans le& discours suivants.
SECTION PREMIÈRE
L'importance de cette préparation.
Pour connaître l'importance de cet exercice , il faut présupposer cinq choses qui sont connues par la foi 9 par la raison ^ et par Texpérience. La première 5 que nous mourrons. La seconde ^ que nous ne savons quand nous mourrons. La troisième^ que nous mourrons plus tôt que nous ne pensons. La quatrième ^ que nous ne mourrons qu'une fois. La cinquième^ que nous serons jugés en l'état où nous mourrons.
Ceci supposé^ je dis qu'il est important ^ noiH seulement de penser à la mort, mais encore de fake un apprentissage de la mort , et qu'il n'y a p(Hnt de science qui nous soit plus nécessaire que ceHe-là : d'autant qu'il s'agit de. la plus grande affaire du monde , qui est celle de notre salut. C'est la maxime de tous les sages , qu'il faut songer longtemps à ce qui ne se fait qu'une fois, à cause que la faute en est irréparable : Deliberandum est diu quodstatuendum estsemel{i). Nous avons toujours assez de temps pour les affaires du monde , parce
(I) Senec. tn proverbe
qa'O ne s'y agit que de choses temporelles^ dont la perte est légère ^ et qui se peut aisément réparer : mais nous n'en aurons jamais trop pour l'affaire de notre salut , parce qu'il s'y agit d'une éternité de biens et de maux^ et qu'on n'y peut faillir qu'une fois»^
Les grandes affaires ^ dit un sage politique^ demandent beaucoup de soins et d'études ; mais les petites s'expédient sans beaucoup d'application. Comme c'est la marque d'un esprit faible de s'occuper beaucoup d'une bagatelle^ aussi est-ce le propre d'un esprit bien fait de penser beaucoup à Ql qnf esl de conséquence. Il faut proportionner les soiîns aux affaires. Et quelle plus grande affaire ^pe de bien mourir ? Est-ce trop de la vie pour se djqioser à la mort? Est-ce trop de temps pour se pr^Murer à l'éternité ?
Saint Augustin ne peut assez s'étonner du raisonnement que font les impies chez le Sage : Manducemm et bibamus , crus enim moriemur. Mangeons et buvons^ car nous mourrons demain. Que dites-TOus là^ leur demande ce Père? Répétez ce que TOUS Tenez de dire. Mangeons et buvons : Age, quid posteà dixiêtî » poursuivez ^ qu'avez-vous dit ensuite? Crus enim moriemur, car nous mourrons deniain. misérable ! terruisti nos , non se-^ duxisii{i). Vous ne m'avez pas trompé : mais vous ip'avez épouvanté. Est-ce là raisonner en homme ?
0) In Pi, W*,
iOU H. PARTIE.
Ne devriez-vons pas dire plutôt : jeûttons et prions, car c'est demain que nous mourrons. Jejunemus et arentîiSs cras enim moriemur.
Nous n'avons pas moins de sujet de nous étonner de la conduite de ces sages mondains , qui pensent à tout ^ hormis à se sauver. Ils se font un point d'honneur de ne jamais dire nne parole, on de ne jamais faire une action dont ils se puissent repentir ; s'il faut entreprendre quelque afiaire de conséquence^ ils examinent long-temps dans leur esprit, si elle est bonne on mauvaise; ils prennent bien leurs mesures pour y réussir ; ils en cherchent tous les moyeis ; ils en prévoient toutes les suites ; ils en remarquent tous les obstacles ; ils emploient tous leurs amis^ et n'épai^ent rt^ pour eh venir à bout. Quoi qu'il arrive, ils se trouvent fort satisfaits de leur conduite ^ quand ils peuvent dire , j'y avais bien pensé , j'avais tout prévu ; j'ai fait humainement tout ce que je pouvais faire , je n'ai rien à me reprocher là-dessus ; au lieu que la plus grande de toutes les confusions est fl'étre obligé de dire avec ces imprudents , dont parte Sénèque : Non putavi, je n'y pensais pas : car mi homme sage doit penser à tout , et ne se laisser jamais surprendre aux événements qu'on peut prévoir.
Voilà les maximes qu'on regarde dans les affaires du monde ; et pour celles du salut , on les compte pour rien : c'est assez qu'un moment pour y songer. On sait que la mort approche , qu'elle
avance ^ qn^elle nous talonne. Que disent les mondains? mangeons 5 buvons, contentons nos sens, assouvissons nos passions/ acquérons de grands biens et de grands héritages, traitons de cette diarge , entrons dans ce parti ; entreprenons ce procès , bfttissons cette maison , car nous mourrons dediàin. Est-ce là raisonner en homme ? Estce là parler en chrétien ? Et n*ai-je pas sujet de dire à ces gens-là y ce que Dieu dit à ce riche avare : Stutte , kae nocte animam tuam repetunt à te : et hœc quœ parasti» cujus erunt ? Insensé , tu vas monrir cette nuit ; et à qui seront tous les biens qine ta as amassés ? As-tu pensé à la mort ? Sais-tu ce que e^est que cette maison d'éternité , dont parlent led saintes Lettres ? Sera-t-il temps de dire alors, Non pntavi , je n'y pensais pas , je ne croyais pas que la mort fût si terrible , le jugement si rigoureux , les tentations si violentes, l'esprit si peu capable de «'appliquer à son salut , et de mettre ordre à «es affaires.
SahMnon dit que le sage a les yeux en la tête ; SapUmtts oadi in capitc iilim. Il semble qu'il ventile dire que le fou les a aux pieds ; sans doute parce qu'il ne regarde que la terre et les choses présentes : mais le sage est comme dans un lieu élevé , d'où il découvre de loin ce grand et ce vaste pays de l'éternité. Il considère la mort , il s'y prépare soigneusement , et c'est en cela qu'il est sage.
(1) Becles. 3.
iOO U. PABTXE.
En effet , la prudence consiste à considérer la fin , et à choisir les moyens propres pour y arriver. Un étourdi y dit Aristote^ marche sans savoir oiH il va ; il travaille sans se proposer de fin ; ou s'il en a une^ il ne songe point aux moyens pour y parvenir (1). C'est ce que font la plupart des hommes ; ils marchent sur la terre sans savoir où ils vont ; ils ne songent qu'à vivre , et ne songent point à mourir ; ils ne considèrent que le temps y et ne pensent point à l'éternité. Quelle merveille y si un homme meurt mal qui n'a jamais appris à mourir?
Dans toutes les affaires humaines on n'entreprend rien de considérable qu'on n'y ait bien pensé auparavant Si un avocat doit plaider une cause d'appareil y il prend du temps pour s'y préparer. Si un gentilhomme doit aller à la guerre y il apprend à faire des armes. Si des musiciens doivent chanter, ils concertent auparavant Si un acteur doit paraître sur le théâtre , il étudie son port, ses démarches, ses entrées, ses sorties, ses gestes, ses paroles : II n'y a que le personnage d'un chré» tien mourant que personne n'étudie : et qui s'étonnera , s'il y a si peu de personnes qui fassent cette dernière action avec toute la grâce et la présence d'esprit qui est nécessaire? Que d'académies dans la France , où les jeunes gentilshommes aph prennent à attaquer et à se défendre , à tuer et à mourir en désespérés. 1 Combien en trouvera-t-on
(2) Impnidentis est finem intendere , et de mediis non cogitare* ArUt. lib. 1. Eihlc. eap. t
LA SAINTfrrÉ DE LÀ MORT. 107
OÙ Ton apprenne à mourir en prédestinés ? Est-ce que ce métier est facile à apprendre ? II n'y a rien , h là Térfté , de plus facile que de mourir ; mais il n'y a rien de plus difficile que de bien mourir. Il faut donc l'apprendre ; il s'y faut préparer par une forte application d'esprit , par de longs et de sérieux apprentissages ; il faut bien étudier son rôle , puisqu'il font faire un jour le personnage d'un homme mourant que cette pratique est belle ! qu'elle est importante ! et qu'elle est utile !
SECTION SECONDE
Utilité de cette préparation.
Aristote a cru que de toutes les professions du monde ^ il n'y en a point jde plus grand profit que cdles des devins et des empyriques. Dçs devins , parce que tout le monde veut savoir ; des empyriques , parce que tout le monde veut vivre. Pour moi je dis avec plus de vérité , que de toutes les pratiques de dévotion 5 il n'y en a point qui nous soit plus utile et plus avantageuse que celle qui nous enseigne à bien mourir , parce qu'elle nous procure la vie éternelle en deux manières.
Premièrement , elle nous retire et nous préserve du pécbé ; car elle éclaire notre esprit ; et lui fait connattre la vanité de tous les biens de la terre. Il n'y a point de prédicateur qui prêche plus éloquemment^ ni qui persuade plus fortement^ ni qui touche plus puissamment qu'un mort étendu sur
iOB n. PÂBTIE.
la terre : aussi rEcclésiastiqoe met les morts an rang des prophètes , parce qu'ils prédisent l'avenir. On Tiaita , dit-il ^ les os de Joseph , et ils prophé* tisërent après la mort Ossa ipaius vùitata sunt ^ et post mortem propketaverunt. Saint Jean ChrysostAme les met au rang des docteurs et des apôtres^ et prouve sa pensée par l'exemple de saint Paul , lequel voyant qu'un jeune eo&nt était tombé du lieu où il prêchait , et s'était tué , quitta son discours f et descendit avec tous ses auditeurs pour voir ce mort. Il crut^ dit ce saint 5 que sa vue ferait plus d'impression sur les esprits que sa parole. Ipse çœsus pro doctare fuit (1). Il mit ce mort en sa place, et le fit prêcher pour lui.
Mais que nous enseigne un mort 7 que nous sommes mortels et criminels. Chose étrange 4 dit saint 7érome , nous mourons tous les jours , et nous ne saurions croire que nous devons mourir. Depuis que le serpent nous a fait espérer que nous seriras immortels, la vue de dix mille morts , et nos propres infirmités , ne sauraient nous persuader que nous sommes mortels, Nous le croyons en spécula* tion 5 nous ne le croyons point en pratique. Qu(h tidie morimur, quotidie commutamur, et tamcn itmnortales nos esse credimus.
C'est le reproche que Sénèque faisait aux sénar teurs romains , lesquels , après s'être enrichis des dépouilles de l'univers, étaient aussi avares que
(I) ChrysosU &omli. 42. in AcU A post.
LK SAUTTETÉ de I4A MORT. 109
s*ils n'eussent pas possédé un pouce de terre. Quelles gens êtes-vous , leur dtsait-il ? êtes-yous mortels ? êtes-TOus immortels ? si je considère la crainte que tous ayez de mourir , je suis persuadé que vous êtes mortels ; mais quand je fais réflexion sur TOtre avarice insatiable , je ne puis douter que vous ne croyiez être immortels ? vous craignez tout comme des hommes mortels , et vous désirez tout comme des hommes immortels : Omnia tanquam mortakê titnetis , omnia tanguant immariates concûpisciîis (1).
C'est cette erreur qui fait tous les avares ^ tous les ambitieux , tous les impudiques j et généralement tous les méchants de la terre : ils se persuadent qu'ils ne mourront point ; ils consultent leur force, leur vigueur, leur santé, leur disposition et leur tempérament, et bâtissent là-dessus comme sur un fonds assuré : du moins il est certain que ne songeant point à la mort, ils la regardent comme en perspective , qui la fait paraître fort éloignée , quoiqu'elle soit tout proche d'eux.
Il n'en est pas ainsi des gens de bien : comme ils ont toujours la mort devant les yeux , ils font tout le contt*aire des Romains : Ik craignent tout y comme étant immortels ;etne désirent rien de ce monde , comme étant mortels. Cette image funeste les avertit i chaque moment que ce monde n'est pas une demeure permanente ; qu'il en faut déloger au plus-
Ci) Seneca de brepitale vitct. . ^
ilO IL PÂBTIE.
tôt ; qu'on doit tenir pour perdu ce que Ton doit perdre 9 et ne point compter pour biens ce qu'on ne peut emporter; que la mort est certaine ; que spn heure est incertaine ; qu'on.peut mourir à tous moments ; qu'U faut donc être prêt à tous mcnnçplSp C'est ce que prêchaient les os de Joseph. C'est -ce que nous disent tous les sépulcres ^ tous les morts> et tous les cimetières ; ils nous instruisent toua que nous sommes mortek, et que la mort par le.p^ché est entrée dans le monde.
Les saints Pères considérant les bons effets que produit la pensée de. la mort 5 demandent avee raison Bi là mprt estv la peine du péché > on le frçin du pécheur? saint Augustin lépond ingénieusement qu'elle est run^ l'autre ; ^le.ce qiû était autrefois la peine des vices.» est devepu maintenant la défense des vertus ; et que ce quiiait le suppBce dupécheur5faitàprésentlemérite.dujuste(l)« Ipta pœna vitiorum tratmi in arma virttUum : fitjmti merftumetiammppliciuntpeccaloris. Voici comme il explique sa pensée : Nos premiers parents sont morts , parce qu'ils ont péché ; et les justes ne pèehentpoint^ parce qu'ils doivent mourir (2). Sieeux-* là n'eussent point péché , ils ne fussent point morts : et si ceux-<i ne devaient point mourir , ils ne se^ raient point sans péché. I^ faute des uns a fait que la mort leur est devenue une peine ; et cette même
(i) jiug. llb. tS. de Ctvtt, cap. 4. — (1) Mortui tant im qaia pcccavenint. Non peccaoC isti , quta moriuatur.
LA SAISTETB DE LA MOBT. ilf
peine fait que les antres ne commettent point de (aute(l). Ce n'est pas que la mort quittait autrefois un mal y soit devenue un bien ; mais Dieu a communiqué une telle vertu à notre foi , qu'elle a fait que la mort y qu'on sait être contraire à la vie > soit à présent le moyen pour arriver à la vie.
CS'est donc y conclut-il > par la grâce admirable de notre Sauveur, que la peine du pécbé est devenuerinstmment de la ju8tice(2). On disait autrefois à Phomme , vous mourrei, ri vous péchei ; maintenant on dit au Martyr, moorrex pour ne pas pécher. Tune dtctum est homni , tMrieriê $i pec^ caoerù} nunc dicitur Martyri, morere ui non peecet,
Noos pouvons dire de la pensée de la mort ce que ee saint Docteur dit de la mort même : elle tue ceux qni ne pensent point à elle. La peine de notre péché eM devenue la ruine du péché : Ipsa pœna vitiorum ifùnsii in arma vîrtutù (3). C'est pourquoi le meilleur conseil qu'on puisse prendre en ses affaires est célni de la mort Je veux dire qu'il faut songer dans toutes ses' délibérations ce qu'on voudrait avoir fait au lit de la mort ; et jamais on nefiera rien dont on puisse se repentir. Ipsi in nobis responium mortis habuimm.
Si la mort est une maîtresse qui nous instruit >
(1) Faetam «si per illonim colpam ot veikiretur in ponam. Fit per btornm pœnain , ne ▼eniator in culpam , etc. — (2 ) Nnnc ma joreet mirabiliore gralià Salvaloris noslri in usus jmtitin pecca toril p«nia convena est — (8) 2. Cor. U ff.
Gt qui nous éclaire > on peut dire encore que c'est une bonne inère'qui nous donne la vie ; car die nous retire du péché , et nous excite à foire péni-^ tence , laquelle rend la vie à notre âme , quand elle est morte par le péché, RemirUscentur et camer^ ientur ad Dtmiiniimunweni fines teriyB{i). Tontes les extrémités de la terre ^ dit David ^ se souviendront et se convertiront au Seigneur. Saint Bernard entend par ces extrémités de la terre , Textrémité de la vie. Ils se souviendront , dit*il , qu'ils ne sont que cendre et poussière ^ et ils se convertiront an Seigaeïa,Becar(iabuntur quodpuhUet cinù mni»
et convertentitr ad Daminum (2).
invention admirable de la sagesse de Dieu , qui se sert de la mort pour nous donner la vie I Sapknr tia filiis mis vitam inMpirat{i) • La sagesse inspire la vie à ses enfants. Les Septante ont traduit : Saptenr tia jugulât filios suùs. La sagesse égorge ses enfonts. Conmient s'accordent ces deux propositions? Si la sagesse donne la vie à ses enfonts, comment leur donne-t-elle la mort? TertuUien qui suit les Septante» les accorde ingénieusement , en disant que la sagesse nous donne la vie quand elle nous propose devant les yeux Timage de la mort la bonne mère, s'écrie-t-il , qui tue ses enfontis pour les empêcher de mourir ! Elle leur donne la vie en les tirant do sein de la corruption , et leur conserve cette même vie en leur proposant devant les yeux leur fin et leuf corruption.
(3) P$aL 21. 28* — (i)ftfni. in Medlt. —(2} Mceles, 4. 12*
LA SinmEXt DE Là MORT. 113
Voilà le premier JBroit de cette préparation ; elle nous bit souTenîr de notre fin ^ et ce souvenir nous tient dans Pinnocence. II y en a un antre fort considérable 9 c'est que jamais on n'est surpris de la mort Fouissons un peu dans nos cimetières pour y jtrouYer ce tréson
. On dit que de tous les maux de la vie il n'y en a point de plus terriUe que la mort , et moi je dis que.de toutes les morts il n'y en a point de plus effiroyable que celle qui est subite et imprévue.
Premièrement , pour l'étonnement qui saisit un bomme qui se voit surpris : car , comme dit saint Thomas 5 l'expérience rend un homme adroit^ hardi et intrépide ; elle diminue la crainte , et auginente le courage. Ainsi le soldat qui a vu cent fois la mort devant ses yeux j ne s'étonne point voyant sies mnemis. et entendant siffler les balles à ses oreiD^ : au lieu qu'un jeune cadet qui fait sa preinièrie campagne , baisse la tête h chaque coup de mousquet , et croit que c'est fait de sa vie. Un homme qui a passé plusieurs fois par une forêt ^ y m^i^e la nuit avec assurance : mais celui qui ne s'y est jamais trouvé , tremble à chaque pas qu'il fait» et ne sait de quel côté tourner. C'est la peine où fie trouve celui qui est inopinément surpris de la mort ; comme il ne s'est jamais trouvé dans ces combats , et qu'il n'a jamais fait ce voyage , lorsqu'il se voit dans l'occasion, il perd le cœur et l'es*
(I) lt,quœtL 45. a. S.
prit : quand il se voit eiqpigé dans de grands pays où il n*a jamais été ^ et obligé de passer par ce chemin étroit de la mort , bordé de part et d'autre de deux grandes éternités , il se trouble et s'épouvante> il perd contenance, il lait de faux pas, et tombe ordinairement dans le désespoir.
Il n'en est pas ainsi de Thomme de bien qui se prépare à la mort : comme il fait presque tous les jours le voyage de l'éternité , il en sait toutes les routes et tous les chemins. Le visage de la mort ne rétonne point , parce qu'ils ont vécu long-temps familièrement ensemble.
D'ailleurs , tous les biens et tous les maux de cette vie paraissent petits à ceux qui les regardent de près , et grands à ceux qui les regardent dé loin : d'autant que c'est l'imagination qui les regarde de loin , et la raison qui les regarde de près. Or l'imagination se trompe , et donne une couleur infidèle aux objets qui lui sont représentés , au lieu que la raison est juste et conforme à la vérité. Comme donc tous les biens et tous les maux de cette vie sont effectivement légers et superficiels ; ceux qui les regardent de près, les méprisent ; ceux qui les regardent de loin , les estiment II n'en est pas ainsi des biens et des maux de l'autre vie ; ils paraissent petits et imperceptibles de loin , grands et effroya* blés de près , parce qu'ils sont spirituels et infinis : c'est pourquoi l'on ne peut exprimer l'étonnement d'une âme qui approche de l'éternité , si elle ne l'a pas prévenue pendant sa vie : et comme un hommes
qui est sur le bord d'un précipice ^ frémit d'hor* reor lorsqu'il regarde en bas ^ de même le pécheur se voyant sur le bord d'un précipice infini , où il va tomber , sera saisi d'une crainte et d'une frayeur infinie.
Et ce qui lui fera paraître encore ce changement plus terrible ^ c'est la nouveauté des objets qui se présenteront devant ses yeux : car un contraire paraît plus grand , quand il est proche de son contraire ; de là vient que celui qui tombe tout d'un coôp d'ane grande abondance dans une extrême pauvreté , sent bien plus son malheur , que celui qui a toujours été dans la misère 5 ou qui est descendu par degrés dans la dernière nécessité. Jugez donc de Tétonnement et de ta consternation d'un homme qui passe tout d'un coup de la paix au trouble ; ' de l'honneur à la confusion ; du plaisir h la douleur ; de l'abondance à la pauvreté ; de la vie à la mort ; du temps à l'éternité,
n me semble qu'alors un malade est semblable à un vaisseau qui fait naufirage : ceux qui sont dedans ne 6avent quelle résolution prendre. L'un embrasse le nrfit ; l'autre se jette sur une planche ; celui-ci se précipite dans l'eau ; cet autre se tient au cordage ; tous lèvent les mains au ciel , et jettent des cris lamentables. Yoil5 ce que fait une âme voyant son corps prêt à faire naufrage de la vie : elle est dans une confusion étrange ; elle ne songe qu*à se sauver de la mort ; elle s'attache à tout ce qu'elle rencontre ; elle se débat , et se tourmente d'une ma-
Bière étrange ^ et se voyant obligée de sortir , elle s'écrie : Sic séparas, amara mors. O cruelle mort , est-ce ainsi que tu me sépares de tout ce que j'aime ! enfer , je ne croyais pas que tu fusses si efiroyable I éternité y je ne pensais pas que tu fusses si longue I mort , je ne croyais pas que tu fusses si proche ! Voilà ce que dit et ce que pense celui qui est surpris de la mort
Or ce malheur n'arrive jamais à ceux qui s'y préparent ^ car il est.de la bonté et de la justice de Dieu , de ne pas abandonner à la mort ceux qui loi ont étéfîdèlespendant la vie (1) ^ et de ne pas prendre au dépourvu celui qui a presque toujours été sur ses gardes. Il déclare qu'il surprendra celui qui ne veille pas : mais on ne peut pas croire qu'il en use de la sorte envers ceux qui se tiennent toqours prêts à rendre leurs comptes; au contrahre.^ il ordonne par ses prophètes de dire à l'homme jpste qu'il l'assistera dans l'extrémité ^ et qu'il ne sera point tourmenté des firayeurs de la mort II a révélé à sainte Gertrude , que la préparation qu'od fait pendant la vie , suppléera au défaut de celle que l'on n'aura peut-être pas le temps de faire à la mort
Et certes^ il n'arrive jamais dans la nature ^ qu'une disposition introduise une forme contraire à celle qu'elle doit produire. Quel moyen donc qu'une disposition à une bonne mort puisse produire une mauvaise mort?
(I) Timenti Domiouin benc erit iù extremis. Eceles. I. IS.
UL sauteté d£ ia mort» f f 7
. ViiBeuri.y on bit bien un métier quand on a ité IOB9-4aD|» k rapprendre ; et par la memeraison an homme meort bien qoi a bien appris k môorir. Qm pourrait alors lui faire de la peine ? Si la mort eit ^obite.9 il n'en est point surpris ; car outre, GoauBe j'ai dit , que Dieu lui tient compte de toutea les pr^[iarations {vécédentes, il ne lui faut qu'un moment pour réitérer, et pour ratifier toutes les léMrtutions qu'il a prises dans ses retraites. Ainsi, bien que sa mort soit subite , elle n'est jamais impiéTBe. Que s'il a du temps pour se reconnaître avantque de mourir , quelle paix I quelle douceur I qiadie consolation I qndle assurance I II regarde la.mort dDun Yîsage serein , et la reçoit comme un ami Mlle meilleur de ses amiç. Il pratique alors sanp pdne ce qu'il a pratiqué pendant la vie ; il pMsedn temps à l'éternité avec autant de tranqnU- Ktâ que s'il allait faire un voyage à la campagne. Ornons est donc très^vantageux de nous préparer k. la mort Hais j'ajoute que cela nous est nécessaiie. Cest ce qu'il nous fiiut montrer par les prin* eqiesde la raison et de la foL
SECTION TROISIÈME
Nécessité de cette préparatioru
Tous les articles de notre foi sont également certains, parce qu'ils sont tous fondés sur l'auto» riift de Dieu qui les a révélés , et qui ne peut jamais ai se tromper ni nous tromper : mais s'il ^ a^^Ji^
plus OU du moins dans les vérités de notre je dirais que la plus certaine et la plus inCadUiUede toutes , est celle qui regarde la nécessité que nous avons de nous préparer à la mort, parce qu'il n'y en a point dont le Fils de Dieu nous ait ni plus souvent ni plus fortement assurés que de cdle-là.
Le chapitre 3& et 35 de saint Matdiiea, et le 12* de saint Luc , sont presque tous de cette ma* tière, Ce que dit le Fite de Dieu k ses disciples en ce dernier chapitre , est fort remarquable. Que v€$ reim» leur dit-il , ioierU ceinU, et sasfez sembla* ble$ à des serviteurs qui attendent que leur muOre retienne des noces » afin que lorsqu'il sera vemts et qu*U aura frappé à la porte , Us lui Otforeftf «ssitôt». Heureux ces serviteurs que le tnattre. à son retour trouvera dam leur devoir, etc. Sachez que si le pire de famiUe savait F heure que le votsur viendra, il veillerait sans doute , et ne laisseraii pas percer sa makon. Tenez^voue donc aussi toU' Jours prêts , parce que le FiJbde Phomme vimdra à f heure que vous ne pensez pas. C'est la conclusion du Fils de Dieu. Et vos estote paraît, quia qnâ horâ non putatis Filius hominis venieU
Il déclare cette même vérité au même chapitre par la parabole d'un serviteur, lequd pendant Tabsence de son maître s'enivre et traite mal les domestiques de la maison^ Veniet dominus servi illius in diequâ nonsperat, et horâ quA nescit, etc» Son mattre viendra au jour qu'il ne s'y attend pas , et à Fheure qu'il ne sait pas ^ et l'ayant chassé ^ il le
LA sAnnrETÉ de la HORT. iî9
punira avee les infidèles. Saint Matthieu dit : Il le fiparera et te mettra axiee te$ hypocrites ; là il y aura deepteun et des grincements de dents (1). IL appelle hypocrites ceox qui ont lenr devoir en la présence de lenrmattre, et qui dissipent son bien en son absence.
Oatre ces deux similitudes , le Fils de Dieu en pn^ose trois antres pour nops obliger à nous tenir prêts* La première est do déluge , qui enveloppa tons tes hommes lorsqu'ils y pensaient le moins.
La seconde est celle des vierges folles qui ne forent |Niint admises à la salle des noces ponr s'être endonnies > et où il n'y eut que celles qui étaient bien prtpa ié c s qui entrèrent : Qum paratœ erant (2). La troMème est celle dn serviteur qui enfouit le talent de son mattre , et qui fîit livré aux bourreaux pour être tourmenté. Vigilate itague, conclut notre Srigneur^ et crate, quia nescitis quando tempus sit (S). Yeillei donc, et priez , car vous ne savez quand ce temps viendra.
Tontes ces vérités de foi que je viens de proposer 9 nous obligent à croire que celui qui ne se prépare point à la mort, mourra dans son péché. En void la preuve renfermée dans ce raisonnement Ctthomme meurt mal qui est surpris de la mort ; cTesi le sens et la fin de n>utes ces menaces et de tontes ces paraboles. Qr celui qui ne se prépare point , est surpris de la mort : c'est , comme j'ai^
(I) C«/. SI. SI. - (») Êt^tk. î^ 18. * (i) Mère. 8. 88.
120 IL PÂATI&
dit 9 de toutes les ?érités de noltre religion ^ la plus certaine et la plus infidllible ^ si l-nne le pouvait^tre plus que l'autre : c'est donc une chose indubitable qu'un homme meurt mal qui est surpris de la mort ; c'est-à-dire , qui ne s'y est point préparé.
En effet , vous m'avouerez qu'il est moralement impossible de bien réussir en une affaire qui est difficile de sa nature ^ qu'on ne lait jamais qu'une fois^ qu'<m n'a jamais pratiquée, et qui est travenée par de très-puissants ennemis. La mort est une aF« (aire de cette nature : car on ne meurt qu'one foîs^ et il est très-difficile de bien mourir ; le temps ; et la connaissance numquent iMDuvent à un malade ; les tentations ne lui manquent jamais. Diai^ sm côté refuse souvent à la mort les grâces qiédale^ que les méchants se promettent alors par une témérité présomptueuse* U arrive encore , dit saint Augustin , par un juste châtiment , qu'un homme s'oublie de soi-même à la mort , qui s'est oublié de Dieu pendant la vie.
Il faut ajouter à cela ce qu'on enseigne en théologie , que si jamais on est obligé de produire un acte de foi , d'espérance > de charité et de contn* tion surnaturelle de ses péchés , c'est prinçqxi^ ment à la mort , soit pour l'obligation que tout effet a d'honorer son principe , et de reconnaître ses bienfaits ; soit pour le danger qu'U y a de succom^ ber aux tentations du démon , qui sont alors très* violentes. Or il n'y a aucune apparence qu'un homn^e puisse pratiquer des vertus à la mort^ dont
LIL SAINTETÉ HE Ul MORT. 121
il i|'a fait aucun acte pendant sa vie. Comment fera-t-il des efforts surnaturels , ^qirès avoir toiy ours suivi le cours et les inclinations de la nature ? Par oà s'y prendra-t-il dans rétonnement de son esprit, jdans la confusion de ses pensées, dans le trouble de ses passions, dans rabattement et Tinterdiction de toutes ses puissances 7
Hais laissons là les gnoids pécheurs , et prenons une personne qui vit moralement bien, mais qui ne pense point à la mort Je dis qu'elle aura bien de la peine alors k sati^ûre aux devoirs de sa conscienoe : car il est certain que les accidents imprévus étonnent l'esprit et abattent le cœur , par conséquent empêchent l'flme de se reconnaître et de dMDor 4)rdre à ses afEaJres. Saint Jean dit qa/d la (Abrité. chasse la crainte du cœur i.Caritas per- {fctafûràê pellit timorem. Ce n'est pas qu'elle soit mnvaise, mais parce ^eUe est imparfaite. Et comment donc aimera Dieu , celui qui- a le sang et te cœur tout glacé de crainte? Si la foi demande oneforte élévation de l'âme au-dessus de toutes les choses sensibles , et l'espérance au-dessus de. toutes lesfiNTces naturelles , comment se peut-il faire qu'un hpinme croie et espère en Dieu , quia un-mal de tjftte qui l'accable , d|e violentes douleurs qui le tour- ^Bjfitent j ;Uiie fluxion sur la poitrine qui l'étouffé , ope femme qui pleure , des eo&nts qui crient > des créanciers qui pressent , une infinité d'affaires qui l'occupent , l'aflSigent et le divertissent?
(1) 1. Joan. 4. 18.
péchés , je la désire , je la reçois avec respect et amour; et j'espère de vos miséricordes qae vous me ferez grâce ^ afin que je vous puisse louer et aimer après ma mort , ayant été si misérable que de vous haïr et offenser pendant ma vie.
SECTION SECONDE
Du Testaments
C'est une ruse ordinaire du démon de persuader aux hommes qu'ils ne doivent songer à leur testament que lorsqu'ils seront c(mdamnés à la mort D sait combien il importe à un malade d'être libre et dégagé de toutes affaires temporelles , pour, traiter paisiblement avec Dieu de celles de l'éternité. C'est pour cela qu'il l'empêche de rien conclure pendant sa vie pour l'accabler de soins à la mort , ou pour lui faire passer quelque article préjudiciable àsa conscience , ou du moins pour se priver du mérite de cette dernière action. C'est pourquoi j'estime que c'est un grand point de sagesse de faire son testament pendant qu'on est en santé r et de ne point attendre à terminer une action de cette importance , lorsqu'on n'est plus capable de rien faire. Pour le faire dans les formes , il faut conserver les droits de la justice et de la charité.
La justice demande que le malade ^ avant toate autre chose , satisfasse à ses créanciers , rende le bien qu'il a pris , restitue l'bonneur qu'il a ôté j, ré-
LA SAUmSTÉ DE LA MORT^ i35
pare le scandale qa'il a donné : car , comme dit saint Angnstin /jamais nn péché n'est pardonné , si on ne restitue te bien qo^on a dérobé : Non dimiu tiiur peccatum , nui resikuatur ablatum.
Il 7 a des gensqni , par une extrême id justice , pouvant satisfaire à leurs créanciers , et payer teurs dettes pendant qu'ils sont en santé, diffèrent jusqu'à la mort, et se croient en sûreté de conscience pourvu qu'ils en chargent leur testament Le cardinal Tolet dît que ces gens-là meurent en état de péché mortel , et que c^est l'opinion commune der^ dôèteurs (1). H dit de même de ceux qui 5 ayant un l^ien douteux 5 ne s'en font point éclaircir , mais le liassent douteux dans leur testament, de peur d'ê-^ tre obKgés pendant la fie de le restituer. Ces genslà font un testament de mort 5 qui ne servira qu'à leur condamnation.
Là même justice oblige un chrétien sain ou malade de laisser aux légitimes héritiers ce que la loi et la coùtuiçe ordonnent , sans détourner par au^ cûiie donation simulée ou fideicommis ce qui leur appartient : car la fourbe et la mauvaise foi ne donàent aucun droit à nn bien qu'on possède injustement.
Pdùr tes choses qu'il peut léguer , la justice lui permet d'en disposer comme nn homme qui va pa-< rattre devant Dieu , sans faire des préciputs qui causent des haines et des inimitiés immortelles.
{%) lit. 6. fnstr. SiKêrâ, eap. 24« i^. 3»
136 n. PARTIE.
f Cette uême justice ordonne encore à on maître de récompenser ses serviteurs et ses domestiques , ajoutant à leurs gages quelque gratification dont le testament soit chargé^ sans les abandonner à la miséricorde impitoyable des héritiers , qui ne croient jamais en avoir asses , et qui estiment les avoir bien récompensés que de ne pas retenl.* leurs gages.
Enfin, il faut que le testament soit conçu en termes si clairs , si nets et si propres , qu'il n'y ait pas lieu de le chicaner : car il y en a dont le testament est une pomme de discorde qui trouble toute une famille , un flambeau de division qui met le feu partout, et une source intarissid)le de procès dont on ne voit jamais la fin. Un père est bien méchant , qui laisse des querelles en héritage à ses enfants.
Après avoir satisfait aux devoirs de la justice , il faut ménager ceux de la charité , faisant des legs pieux autant que les commodités le peuvent permettre. J'avoue que les aumônes qu'on fait pen* dant la vie , valent mieux que celles qui se font après la mort : cependant il ne faut pas manquer d'en ordonner de considérables , soit pour satisfaire à sa conscience, soit pour donner bonne éducation au prochain , soit enfin pour avoir la bénédiction des pauvres , laquelle , comme parle l'Ecriture , éteint le feu de la colère de Dieu.
C'est une sotte passion que celle de la plupart des hommes qui , n'ayant rien fait de louable peu-
dant leor Tie, veolent qa'on parle d'euï après leur mort Vous verrez des gens^ dit Sénèque^ qui ne travaillent qae pour avoir une magnifique épitaphe sur leor tombeau ^ et qui font des dépenses prodigieuses pour la. pompe de leurs funérailles. Cela était pardonnable aux païens qui croyaient par ce stratagème 5 triompher de la mort^ et acquérir Bii|l^ elle une espèce d'immortalité dans Tesprit des hommes. Hais peut-on excuser un chrétien ^ qni faisant profession d'humilité pendant sa vie , laisse après sa mort des monuments éternels de son ambition ? la sotte vanité , s'écrie saint Proaper ^ de faire dire par des marbres ce qui devrait être publié parla bouche des vertus !
Gardes^vouSy âme chrétienne 9 de tomber dans ee désordre : et si vous avex été assez misérable pour bâtir des temples à la vanité pendant votre vie 9 ne lui en dressa pas enc(Nre après votre mort Faite» mourir votre orgueil avec vous , et si vous vonlez faire parler de vous après votre décès , choisissez les pauvres pour faire votre éloge ^ et pour Ctre les panégyristes de vos louanges.
Les cérémonies que l'Eglise observe dans tes en^ ferrements sont saintes et profitables aux défunts : mi^s il qwA sert cette pompe fanèbre ? cela va phn lAt , dit saint Augustin, à la consolation des vivants qà'àa soulagement des morts. Ne vant-il pas mieux employer cet argent à faire prier Dieu pour vous , qui serez alors dans la dernière nécessité ^ et à délivrer les prisonniers , afin que Dieu vous tire au
plus tôt de la prison du purgatoire , et k secourir les pauvres et les malades qui languissent dans les hôpitaux > afin que Dieu donne du soulagement à vos peines , qu'à vous fiiire porter en terre avec tant d'éclat et de magnificence ?
U est juste que vous donniez à vos amis^ qui vous ont assisté spirituellement ou corporellement , des marques de votre affiection et de votre reconnaissance : mais entre tous souvenei-vous de Jésus- Christ ^ qui est le meilleur que vous ayez jamais en, qui vous a obligé en une infinité de manières ^ qui vous a donné son corps , son sang , ses trésors , ses mérites , et généralement tous ses biens , et qui vous a déclaré en mourant son légataire universel. Plusieurs personnes riches l'ont fait héritier de leurs biens en la personne des pauvres , ne laissant à leurs enfants » de leur consentement^ que l'héritage de la pauvreté et de la confiance en Dieu. D'autres n'ayant point d'enfants , ont fait la Vierge légataire universelle de tous leurs biens, et ont ressenti dès cette vie les effets de sa protection. Ces choses ne se doivent faire que par une inspiration particulière de Dieu , et par le conseil de personnes sages et désintéressées. Hais vous seriez le plus ingrat de tous les hommes , jsi vous ne vous souveniez du Fils et de la Hère en votre testament 5 et » vous ne leur donniez quelque part à votre héritage. Saint Jean Chrysostôme donne cet avis à un chrétien (1) :
(f ) Bom* 18. in cûp, 7. ff^ftr.
LA SAINTETÉ DE LA MORT. iS&
Be tous onblfei pas , dit-il y de Jésus-Christ en ¥Otre testament. Si vous le faites cohéritier de vos eidiintS5 3 les prendra tous sous sa protection , et leur servira de père et de tuteur.
Gommencez donc votre disposition testamentaire par des legs pieux ; lïiites-vous des amis qui vous assistent dans votre dernière nécessité , qui vous reçoivent dans le ciel après votre mort , et qui vous retirent des feux où vous brûlerez , peut-être ^ jusiio'lrhi fin du monde. Comment sera bon aux au^ très, dit le saint Esprit » celui qui est méchant et inhumain à soi-même? que vous servira d*avoir laissé de grandes richesses à vos enfants , si vous B'avei pas une goutte d'eau dans les enfers pour rafraîchir votre langue ?
Or d'autant que le testament est la dernière voix éd la nature et de la raison , et que cette action est de grand mérite , quand elle est faite volontahnement , avec lulnière et connaissance , il est boh d'en faire un qu*on revoie et qu'on récite tous les mois au pied du crucifix. En voici un modèle sur lequel chacun se pourra régler.
PORMOLE DtJN TESTAMENT CHRÉTIEN,
Qu*Uesî bon de réciter une fois le mois devant,
un crucifix.
Au nom delà très-sainte et très-adorable Trinité» le Père Je Fils , et le saint Esprit. Je N. sachant.
que la mort est inévitable , et ne sachant point l'heure de la mienne , je déclare, à présent qne je suis dans une parfaite connaissance et dans wfi pleine liberté , que je veux mourir en enfont d^ là sainte Eglise catholique , apostoOqoe et romaine, et que je la reconnais pour.ma mère et maîtresse , hors laquelle il n'y a point de salut Je crois toot ce qu'elle enseigne, je condamne tout ce qu'elle condamne , et je proteste devant le ciel et la terre, ((ue je meurs son enfant dans l'union de la foi qu'elle tient et qu'elle enseigne.
Je déclare encore que je meurs dans la conunonion du Saint-àSiége, et dans l'obéissance que tout fidèle catholique doit à notre saint père le Pape f comme au vicaire du Fils de Dieu en terre , an chef de l'Eglise universelle , au successeur de saint Pierre, et au souverain pasteur du troupeau de Jésus-Christ.
Je croîs , et suis prêt à mourir pour les vérité suivantes ; savoir : Qu'il y a c^n Dieu tout-puissant et éternel , subsistant en trois personnes ^ le Père , le Fils et le Saint-Esprit Qu'il a créé le ciel et la terre. Qu'il m'a donné l'être pour le servir, pour l'honorer et pour l'aimer. Que Jésus-Christ son Fils notre Seigneur est vrai Dieu et vrai homme ; qu'il règne de toute éternité en tant que Dieu avec son Père , et qu'il est né dans le temps en tant qu'homme , de la vierge Marie sa mère. Qu'il est venu au monde pour nous éclairer par sa doctride , pour nous instruire par ses exemples, pour nous
LA SAINTETÉ DE lA MORT. i&l
racheter par sa mort, pour noiu entchir par ses mérites » pour nous sanctifier par sa grftce^et poor miiis rendre éternellement heurenx par sa gloire. Je crois qn'il est ressuscité trois joors après sa mort, qn*U est monté au ciel, qu'il est à la droite de Dieu son Père, et que c'est devant son tribunal que je ?ais paraître, pour rendre compte de toutes les actions de ma vie.
Je confesse et reconnais que j'ai des obligations infinies à mon Dieu , pour tous les biens qu'il m'a liùts , et pour tous les maux dont il m'a délivré. Je l'adore et le remercie de tout mon cœur. Je voudrais avoir mille vies, pour lui en faire un sacrifice de reconnaissance , et n'en ayant qu'une misérable que j'ai presque toute employée à l'ofiienser, je déclare que je suis ravi de la perdre , pour reoonaaftre le domaine absolu qu'il a sur moi , pour rendre hommage k sa grandeur infinie , pour satisfure k la justice que j'ai ofiensée , pour obéir k ses volontés , pour jouir de sa présence , pour imiter son Fils, et pour lui donner des marques de ma reconnaissance et de mon amour.
Que s'il arrive que je sois surpris d'un mal qui m'Ate l'usage des sens, je déclare k présent que mon intention est de recevoir les sacrements de l'Eigitse ,. principalement celui de la pénitence. Je prie le prêtre qui m'assistera, de me donner Tabso^ lotion sur la déclaration que je fais par cet écrit et par un autre que j'ai signé de ma main, que je la désire , que je la demande instamment , et que je
1&2 n. PABTIE.
déteste de tont mon coeur tous les péchés de ma vie , acceptant la mort an défont des autres pénitences que je ne serai pins capaUe de faire (1). Amen.
O mon Dieu , mon Seigneur , majesté infiniment adoraUe , voici que prosterné devant vous avec toute l'humilité qu'il m'est possible y je confesse et déclare que j'ai en tort de vous offenser ; que je mérite la mort et la damnation étemelle y et que c'est trop peu d'un enfer pour me punir. Je me soumets avec un profond respect à toutes les dispositions que vous ferez de moi dans le temps et dans Tétemité. Je souscris de coeur et d'esprit à la sentence que vons prononcerez pour moi ou contre moi. Je confesse que si je suis assez misérable pour être damné , que ce n'est point vous , mon Dieu , qui en êtes la cause ; mais que c'est l'effet de ma pure malice > et que je me suis attiré ce malheur par mon infidélité , par mon endurcissement^ et par la résistance continnelie que j'ai faite à vos grâces. J'en fois ma déclaration devant tout l'univers y et je me condamne de la jdus grande des injustices , si je suis assez méchant pour munnu* rer contre vos ordres 9 et poar blâmer un jugement que je reconnais très-saint y très-juste y très-équitable. Amen.
Au reste 5 quoique je sois indigne de vos misé-
(t) Gel article doit être ^rUdautna billet iéparé, et U fini donner ordre à tes domesUqnef de l'ouvrir qoaod on tombera malade.— (2) Quand on lira ce testament en coomnD les assistant! doivent répondre Aneiw
LA SAINTETÉ DE LA MORT. Ift3
ricordes » j'espère néanmoins ( 6 Dieu de bonté ) qœ TOUS me ferez grftce , et qae vous me sauverez en considération des larmes et du . sang précieux qne votre divin Fils mon Sauveur a versés pour moi. Car je crois > mon Dieu y d'une foi très-ferme qn'il est mort pour le salut de tous les hommes et pour le mien en particulier , et je suis prêt à Bcdler de mon sang cet article fondamental de ma religion.
O Sauveur de mon âme » qui êtes descendu du ciel en terre pour chercher les pécheurs ; voici le plus grand de tous qui va paraître devant le tribuuaL Je snis content d'être jugé pourvu , que vous mettiez votre croix entre vous et moi. Regardez les plaies que vous avez reçues pour mon salut, fouillez dans votre cœur , et vous y trouverez de quoi payer la peine qui est due à. mes crimes. O trèsdoaz Jésus ! souvenezp-vôus que c'est pour me chercher, que vous avez fait tant de voyages; que c'est pour me rendre heureux que vous vous êtes rendu lé^ns misérable de tous les hommes. Ah I ne pardet pas une flme qui vous a tant coûté.
J'ai un regret infini de vous avoir offensé ; et pour marque de ma douleur , j'accepte la mort avec toutes les incommodités de la maladie. Je veux qne ce misérable corps , qui a été souillé de tant de plaisirs criminels , soit consumé de douleurs avant que de mourir , et mangé de vers après ma mort ie vous remets mon âme entre les mains ; et pour a multitude des péchés qu'elle a commis , je con-
ii^ii n. PARTIE.
iens 5 ( si vous en onkmnei ainsi ) qu'elle aille en purgatoire 5 et qn'eUe y demeure jusqu'à ce que votre justice soit satisfaite. Amen.
O Jésus , mon Seigneur et mon Dieu ^ ma vie , mon salut et toute mon espérance I je déclare , à présent que je suis dans une parfaite connaissance 5 et dans une entière liberté de mon esprit, que je désavoue et déteste tout ce que la faiblesse de la nature ^ ou la violence de la douleur ^ On la force de la tentation , ou la malice du démon me pourraient faire dire , ou penser, ou vouloir, ou œ pas vouloir , contre l'obéissance que je vous dois. Je renonce à toutes les suggestions du diaUe mon ennemi , et je proteste que je veux mourir dans une parfaite soumission & tontes vos divines volontés. Amen.
O Vierge très-sainte et très-digne Mère de Dieu ! je vous choisis aujourd'hui pour ma mère , maîtresse et avocate auprès de mon Dieu , et je cemets l'affaire de mon salut entre vos mains. Je déclare que je meurs votre serviteur et votre enfiint , et qu'après votre Fils je mets toute mon espérance en vous. O mère de mon Sauveur, montrez pie Tom êtes mamère^ei priez pour moi celui gui bien daigné naître de vous. Sainte Marie Mired^ Dieu , priez pour moi misérable pécheur. 3 wwwi— tenant et à F heure de ma mort.
Saint Joseph , très-digne époux de la \ieTfo j père et protecteur de Jésus-Christ mon Rédemj^^ teur , obtenez-moi une mort semblable à la vôtre? j
à iBon trépas , et procurez-moi la grâce de mourir , comme tous^ entre les bras de Jésus et de Marie^
Anges de Dieu , célestes intelligences , qui avez pris tant de soin de moi pendant la vie , ne m'abàndonnei pas à la mort Je prie le glorieux saint flfichél de me défendre dans mon dernier combat contre mes ennemis ; mon ange gardien, de me consoler dans ma maladie ; tous mes saints patrons, de m'assister de leurs prières , et de me procurer une bonne mort Amen.
Après cette déclaration de ma foi et de ma patience , je fois la disposition des biens que Dieu niTa donnés, de la manière que le doit faire une personne qui va en rendre compte au tribunal de la justice , n'ayant en vue que la gloire de son nom , qoé le salut de mon âme , que le repos de ma conscience , que la paix et l'union de ma famille. Voici donc mes dernières volontés.
Je donne mon âme à Dieu , duquel je Tai reçue , je la lui remets entre les mains , et je l'abandonne entièrement à sa miséricorde pour le temps et pour TCtèmité.
Je donne mon corps à la sainte Eglise. Je la ^plie de le recevoir dans son sein , et de Tinhumer avec ceux qui meurent dans sa communion ; ^^iqne pour les crimes qu'il a commis il mérite d'être rétranché de la compagnie des fidèles.
1t pardonne & tou$ ceux qui m'ont offensé , et jo
iU6 IL PARTIE.
prie ceux qae j'ai offensés de me pArdoBBer» afia qoe Dieu nous fasse miséricorde. Amen.
Je donne aux pauvres de THôtel-Dieu , etc.
Je donne au Grand-Hôpital f etc.
Je donne aux pauvres de ma paroisse , etc.
Je laisse à mes serviteurs» outre leurs gages , etc.
Et afin que mes dernières volontés soient fid^. ment exécutées » je nomme N. N. pour exécateurs de mon testament Je les supplie de faire resti* tuer entièrement et exactement tout le bien qn'ils trouveront ne me pas appartenir» et dont je n'aurai point eu de connaissance.
Telles sont mes dernières vcdontés , que j'ai signées de ma main , ayant une |deine connaissance et une entière libarté. Fait» ce » etc.
Après avoir dressé votre testament » îl faut vons^ même en exécuter tout ce que vous pourrex pea^ dant votre vie , sans vous attendre ni à vos enfiuaits» ni à vos héritiers » quelque protestation qu'ib vous fassent d'exécuter de point en point vos dernières volontés. Payez vous-même vos dettes» si vous le pouvez » ou marquez-les exactement » si vous ne le pouvez pas. Si vous avez du bien mal acquis » ne mourez pas sans en avoir fait la restitution. Si. vous avez des billets » des obligations , des contrats , que des gens sages et vertueux jugent être illégitimes» déchirez-les » ou les brûlez. S'il y a eu quelque per< sonne scandaleuse en votre maison^ chassez-Ja promptement » et lui en défendez l'entrée » sans lui permettre de paraître devant vous » sous quelque
prétexte qae ce {misse être ; c'est attendre bien tard que de diflérer jusqu'à la mort à réparer cei^ scandales , mais encore ¥aut-4l mieux tard que jamais.
Faites briser toutes les statues impudiques > brûler les mauvais livres, et les tableaux lascifs qui se trouveront en votre maison : vous n'aurez point une bonne mort , si la Vierge n'assiste à la vôtre , et elle n'y assistera point y si vous recelez chez vous ses ennemis : c'est ce qu'elle répondit à l'abbé Gyriacus, qui avait dans sa cellule des livres hérétiques qu'on y avait jetés à son insu (1).
Enfin ne manquez pas d'envoyer saluer vos enne<> mis , et de les assurer que vous mourrez dans les sentiments d'une parfaite amitié pour eux , les con-» jurant de vous pardonner , et de s'oublier de tout le passé.
SECTION TROISIÈME
Intentions qu*(m doit avoir en mourant.
Il n'est pas en notre liberté 4e mourir , ou de ne pas mourir ; mais il est en notre pouvoir de mourir en honmie, ou de mourir en b6te ; ^de mourir en lAint , ou de mourir en réprouvé.
Je ne puis assez admirer l'aveuglement de la plupart des hommes , qui appliquât tous leurs soins A faire profiter les biens de la terre ., et qui rendent
f f ) Prûîum spirtiHaie,
tnfractueuse leur mort , dont le mérite eftt ioestimable. S'ils donnent lenr argent à un marchand, ils en veulent tirer un gros intérêt, et ils donnent leur vie pour rien , pouvant en tirer un profit infini. Je ne parle point de ceux qui meurent en la haine de Dieu , mais de ceux (jui meurent en sa grâce , et qui perdent le fruit de leurs souffrances , fonte de soumission aux ordres de Dieu : car il n'y a point de mérite sans liberté , et la mort n'est lUire qu -en tant qu'on Taccepte volontairement
Toutes les raisons que j'ai apportées pour désirer la mort, sont des motifs pour l'accepter : et d'autant que nous ne savons pas si nous mourrons avec connaissance 5 il faut mourir tous les jours de volonté , pour rendre libre une mort qui sera nécessaire. En voici les principales fins qui doivent régler nos intentions.
La première, est de mourir pour honorer la grandeur et l'immortalité de Dieu par la destruction de notre étre^
La seconde , pour satisfaire à sa justice par la perte de tous nos biens , et de la chose du monde qui nous est la plus chère , qui est notre vie.
La troisième, pour reconnattre sa bonté , et pour le remercier de tous les biens qu'il nous a faits, loi offrant notre vie en reconnaissance , quoiqu'elle soit plus à lui qu'à nous , et que nous ayons mérité une infinité de fois de la perdre.
La quatrième , pour mériter la gloire du Paradis, et la jouissance de Dieu notre souverain bonheur.
lA SAINTETi DE LA MORT. !&$
La cinquième 5 pour témoigner notre amour à notre Seigneur , mourant pour lui , comme il est mort pour nous.
Voilà les cinq intentions qu^on doit avoir en moiffant ^ et qui rendront notre mort d'un prix inestimable. Mourir comme des victimes de la grandeur de Dieu ; mourir comme des victimes de sa justice ; mourir comme des victimes de sa bonté ; mourir comme des victimes de son amour ; mourir comme des victimes de reconnaissance ; c'est là mourir en chrétien et en prédestiné. Disons un mot de ces cinq intentions,
Mourir pour la gloire dt bien,
Quant à la première qui regarde la gloire de Dieu, il est constant qu'il n'y a rien qui lui rende plus d'honneur que la mort acceptée avec joie et amour , du moins avec résignation et patience ; d'autant que c'est reconnaître son indépendance , et le domaine absolu qu'il a sur notre vie. C'est lui timo%ner qu'on l'aime plus que toutes les choses dn monde , abandonnant pour son amour ce que nous avons de plus cher sur la terre. C'est lui sacrifier une victime infiniment précieuse , qui est notreètre avec toutes ses dépendances. Cest embrasser pour lui une pauvreté extrême , se soumettre à la plus grande de toutes les humiliations , consentir au denier de tous les anéantissements , s'immoler à la
plas horriUe de tontes les souflOrances , aeceptar le plus effroyable de tous les exils ^ et renoncer enfin aux plus violentes inclinations de la nature.
Saint Augustin ' dit que TEg^se sacrifie tons les jours son chef, qui est Jésu^-Christ , et que Jésus- Christ en qualité de chef sacrifie tous les jours son corps qui est la sainte Eglise (1). Si nous sommes membres de TEglise , nous derons tous les jours nous sacrifier avec notre Seigneur. Et parce que la nmrt «st l'essence du Sacrifice , nous devons mourir tous les jours, si ce n*est d'effet , du moins de volonté, acceptant la mort pour son honneur et pour sa gloire. Quotidiè morior pro vestra glaria.
Il n'est plus permis aux hommes d'offrir k Dieu des animaux en sacrifices : ce serait douter de la venue du Messie , lequel , comme dit saint Paul , a consonmié tous les sacrifices de l'ancienne loi par celui qu'il a fait de sa vie. Hais il est permis k chaque homme de se sacrifier soi-même , non en se pnn curant la mort ^ mais en unissant la sienne à celle du Fils de Dieu , qui meurt tous les jours mystiquement sur nos autels. Car^ comme nous ne faisons qu'un même corps avec lui , nous ne faisons qu'ooe même victime et un même sacrifice. Et comme il n'y a rien qui rende plus d'honneur à Dieu que le sacrifice de son Fils , nous ne pouvons en aucooe façon lui procurer plus de gloire , qu'en unissant notre mort avec la sienne , et l'acceptant comme ii l'a acceptée.
(I) Uà. de CiPll. Dei, enp. f .
I^ SAUfTElé I» tk MORT. 151
Dieu témoignmt autrefois qu'il prenait grand plairir à sentir TodenV des sacrifices qui lui étaient o{' fett^OdoraimMDmiiinuêoicremiuamiaU^ (l).Ce if est pas que la fumée d'une chair rôtie et grillée loi pût être agréable ; mais c'est qa'il sentait dans ces Tîctimes la douce odeur des vertus de son Fils qui devait s'immoler i sa f^eire : et néanmoins toutes ces ▼fctîmes de bœn& et de mouton» étaient privées de liberté » et ne pouvaient être considérées comme membres du Sauveur^ mais tout au plus commodes figures sooAres et mortes du grand sacrifice de h croit. Il n'en est pas ainsi d'un chrétien mourant, c'est un homme doué de liberté, par conséqoent plus noble et plus considérable que tous les aniioaux de la terre. C'est encore un membre du sacré corps de Jésus, qui lui est uni par la foi , par repérante, par la charité, et par fa communication du même esjNritqui anime sa sainte humanité. C'est pourquoi l'homme mourant qui unit son sacrifice avec celui de Jésus-Christ, honore plus IMeu que ne faisaîent les Juifs par les milliers d'animaux qu'ils égorgaient dans le Temple.
Mourir pour satbfaiie à la Justice de Dieu..
Après nous être considérés comme des victimes delà gloire de Dieu, il faut nous immoler comme
(I) Gènes» 8.
152 u. F^nriE.
des victimes de sacrifice , et accepter la mort en satisfaction de nos péchés : car quoique la mort soit nécessaire 5 nous pouvons néanmoins, comme j'ai dit , la rendre volontaire , par Tacceptation libre que nous en faisons. Et comme il n'y a point de pénitence sur la terre 'fins grande que de mourir pour Dieu 5 celui qui se soumet volontairement à cette dure nécessité 9 change cette peine en grftce, et du plus grand de tous les maux , il en fait le plus grand de tous les biens. C'est alors , pour parler avec saint Bernard > que la peine de nos vices devient la défense de nos vertus. Pœna viticrum tramit in arma virtututn.
Il vous faut donc imiter le bon roi Eaéchias. et repasser dans votre esprit tous les péchés de votre vie. Entrez dans votre cœur comme dans le tribonal de la justice de Dieu , citez-y tous vos crimes pour s'y voir accusés et condamnés. Faites-leur le procès à tous sans en excepter un seul. Considérez-en la quantité , la qualité , la malice , et la durée. Songei qu'un seul péché véniel mérite la mort temporelle , et un seul péché mortel la mort étemelle. Yofyei combien vous en avez commis , et combien vous méritez de morts. Acceptez l'unique que Dieu voof envoie , pour satisfaire à sa justice , et lui dites ave beaucoup de douleur.
« Je veux mourir , mon Dieu , pour satisfaire » votre justice ; et comme il n'y a point de par » en mon corps qui ne l'ait offensé , je veux ç » toutes lui fassent satisfaction.
L4 SAINTEli PE LA MORT. 153
« Je TeQx qae ces yeux qai ont jeté tant de regards lascifs me soient arrachés de la tête , et que ces deox gardes infidèles soient mis dans une prison obscnre^ où ils ne voient point le joor jusqu'à la fin du monde.
« Je veux que cette langue qui a proféré tant de jurements, tant de blasphèmes , tant de médisances, tant de mensonges, tant de paroles vaines et impudiques, soit mangée des vers et dévorée par les serpents.
« Je veux que ces mains qui se sont irempées dans le sang de mes ennemis , qui ont attenté sur la vie du prochain , qui lui ont enlevé ses biens , qui ont fait tant de faux contrats , et qui ont commis d'impuretés si abominables , soient endiablées dans les prisons de la mort, et engourdies d'un froid mortel jusqu'à la fin des siècles.
Je veux que ces pieds qui vous ont quitté , mon Dieu , pour courir après les créatures , soient aussi chaînés de fers , et qu'ils deviennent immobiles en punition de leurs égarements.
« Je veux que ce méchant cœur qui vous a tant ofiiensé , et qui s'est formé autant d'idoles qu'il a aimé de créatures , soit mangé des vipères , et déchiré par les vautours. Je veux que ce temple d'iniquité soit entièrement détruit, et que cette fournaise d'impureté soit éteinte jusqu'au jour du jugement Je veux enfin que cette chair que j'ai aimée si
15& n. mTiE.
* passionnémeiit > que j'ai odirrie si délicatewent » « qae j'ai adorée et ftit adorer par la plus liiNrrible » de tontes les impiétés 5 soit jetée comme une » charogne à la Toirie , qu'elle soit foulée aux {deds » de tous les hommes , et consumée de pourriture. O mon Dieu , je suis marri de vous avoir offensé , » vous qui êtes le plnsgrand de tous les roia^ le s meilleur de tous les pères^ le plus aimable de » tous les époux ^ le plus fidèle et le plus obligeant « de tous les amis. Me voilà sur ce lit^ comme sur « nnédiafaudy tout nu comme un criminel con- » daumé k la mort 5 pour satisfaire i votre Majesté » infinies Je confesse que j*ai eu tort de vous of- » iettser;j'aeceptelamort et toutes les douleurs de » mamaladie en châtiment de mes pécbéa; je me » soumets k la sentence que vous prononcerea sur » moi, et me confiant en votre miséricorde, je » dis avec tous les sentiments de douleur que peut » avoir une âme pénitente. Ita, Pater s guamamsic » plaeitum fuit ante te. Oui , mon Père , je suis » content de perdre la vie 5 parce que vous le vod- » lez , et que je Tai mérité.
Mourir pour rvconnattre les bontés de Meo.
Saint Augustin expliquant ce passage de David 5 Repteattxr os meum btude, ut cantem ghriam tuam, tota die magnîtudinem tuam : Que maboocbe soit remplie de vos louanges , afin que je chante votre
ul sainteté de la iiobt. t55
gloire Btwtregnndeiir pendaDt tout le jour, dit «pK iN>lis devoBB louer Dieu en tout temps , sans repos et sans relftche.. /e dois, dit-il^ vous louer dam ÊÊ protpiriti; parce que c'est abrs guevous ftmeemotÊ^Je doie vous louer dam Cadcersiti , pareefuet^eêiatùrséiuevousmecorrigez* Je dois vem lùimrpowr le tempe que je n'itaispas, parce qmewmswTaeez crii :. maintenant que je suis, à cause que vous m^aeez rachetée quand f ai picki, parce quewusm'OBSZ pardonné : quand je me suis emmertis car vomm*m>ez aidé: quand j'ai perse* vérép parce que vous m'avez couronné.
■ Or ^ si nous devons lonar et remercier Dieu en. tuât temps 5 c^est principalement à la mort , pour deux raisons. La première^ parée qu'il n'est pas raisoiiiiabie de sortir d'une maison ott vous aves Aé bien logé et bien traité^ sans en remercier le ttdRre» Dieu vous a mis au monde , qui est sa mai- Mi ^ sans y être obligé par aucun service que vous lui eusses rendu : il vons j a traité splendidement reqMtee de plusieurs années ; il vous y a fiiit servir par toutes les créature» qui ont travaillé nuit et jour k votre satisfaction; il a même commandé à sesanges» qui sont les (U'inces de sa cour, devons conduire dans tous vos voyages , de vous assister dans tous vos conèats, de vous instruire dans tous Toadoutes , de vous consoler dans toutes vos pei-^ nea: etvous sortirez de ce monde sans l'en remercier 7 Ce serait une ii^atitude digne d'un chftti-^ ment rigoureux. 11 faut donc s'acquitter de ce der
voir avec d'autant plus d'affection , que c^est le moyen d'obtenir beaucoup de grâces de Dieu , ^i est une autre raison fort considérable.
Saint Ghrysostôme appelle la gratitude que nous rendons à Dieu pour ses bienfaits^ un, grand tt^ sor, un fonds infini de richesses, une source de biens inépuisable , une cuirasse impénétrable à tous les traits de nos ennemis. Magnm thesaunu gratiarum actio^ magrm diviiÙBs ineomumptum bo^ num, armatura fartis (1). En efiet, celui qui est reconnaissant d'un bienfait , mérite d'en recevoir on autre.
Et c'est ce qui nous oblige particulièrement à remercier Dieu avant que de mourir : car si jamais un homme a besoin de ses grâces , c'est en sa dernière maladie ; d'autant que c'est alors -qu'il a toutes les puissances de l'enfer sur les bras , que son esprit s'affaiblit 5 que sa force succombe aux violents assauts de la douleur , que le passé le tourmente, que le présent l'effraie, que l'avenir le désespère. C'est alors qu'il a besoin de la grâce de persévérance, qu'on ne peut mériter, et de justice, san^ laquelle la damnation est inévitable. Puisque donc l'ingratitude tarit la source des libéralités de Dieu , et qu'il donne au contraire des grâces en abondance à celui qui en est reconnaissant, il faut en tout temps, maisprincipalement à la mort, remercier Dieu de ses bienfaits , et lui dire avec David :
(1) Bomil. ad popuim
lA SAIirrETÉ DE LA MORT. 157
Quid retrUnuan Domino pro ommtm qum retri' buit mihi?' Que rendral-je à ummi Diea poor tous » les biens qu'B m'a faits? O mon Seigneur , vos » miséricordes sont infinies ai mon endroit, et tt » me fantnne éternité pour les reconnaître. Qnané » je songe am grices dont vons m*aTez préveno^y » ank dangers fkmt vons m'arex délîYré , anx iûehià » qœ vous m'avez faits dans le temps même que » je Yons offensais le plus cmellement 5 etquefor » étais le plos indigne ; je suis dans nn profond éton- » nement qpie vous ayez souffert sur la terre une » créature si méchante et si ingrate que je suis. » Que vous puis-je rendre en reconnaissance ?
» VtSksB I je n'ai qu'une misérable vie que j'ai » raiDè fois mérité de perdre. C'est i vous qu'elle » appartient 5 puisque c'est de vous que je l'ai re-' » çnè; et que vous l'avez acquise pur votre précieux * sang. Qu'est-ce que ma vie en comparaison de te » vdtre ? C'est cependant l'unique diose que je vonr » puis donner , et de tous les biens celui qui m^est » le pfaw dier. Je vous l'offre , mon Dieu et mon » Sauveur, et je vous la sacrifie avec tout l'amour » et toute la gratitude dont le cœur d'une créatmre » est capable. Je chanterai éternellement avec Da«- » vid la multitude infinie de vos miséricordes y et » j'erre que je vous rendrai dans le ciel les de- ^ voirs que j'ai manqué de vous rendre sur la » terre. * '
O Père très-saint , je vous offre les mérites et les reconnaissances de votre Fils Jésus, pour suppléer
158 II* PiRns»
aux défauts (tes miennes^ J'onia flunnoità saiddrt^ mes soofiùrances à ses* soaffirances > et je ¥M»dlîs afcc les méanes sentimems^pie lui : iia, Faier^ qmniam êkpIaeUum est anie te. Oui , non Père.^ ft suis content de mourir, parce cpie vont le dé« sir». Je le wnx encore, pour rtconBitftre les biais iidnis cpe yous m'avei fiuts dansJe tenips» et que VOIS me feres encore, comme j'espèrie , dans Téter-
nit&
Moaiir pour voir IHeu*
Le quatrième motif qui nous doit faâre âci5epter b mort , e^ le désir de voir Dieu. La tîs est misérable, cmnme nous avons fait voir que si Dieu ne nous avait pas imposé la mort comme nue peine , nous la lui devrions demander comme une grftce , pour nous délivrer de tant de misères qui nous accablent Mais notre mort étant l'entrée du paradis , et le passage à une meilleure vie , ne la devonenrous pas désirer avec autant de passion , que noo» désiraas d'être heureux ? David fût une question surprenante dans un de ses psaumes : Qui$ est komo guivult vitam, diligit aies videre bûnm? Qni est rhomme qui désire la vie 7 Qui souhaite vois les jours heureux ? Y-a-t41 homme sur la terre qui ne désire l'un et l'autre ? Sans doute on le veut,: mais pourvu qu'il n'en coûte rien. On veut la fin , mais on ne veut pas les moyens. On veut être henreux
LA SAINTffÉ Dt tk MORT. f S9
dans le «idy tans foidoir être misérable 8«r la terre. Os fe«ttifreélenielleaieiit> matoonne ?eut pas mourir temp^u^leiiieiit On soupire après cette terre désirée 5 mais on la veut avofa* pour rien. Pro nikUo htUmtruni terram desiderabilem, ' En fÊsX 9 dit GiriHaume de Paris , à peine trouve» veMmia on homme qni ne veaille avoir Dieo à raeithsnr marché qu'il ne lui est offert : Fix ùwenitur gui non ietiori pretio quàm offèratur, veKt habere Dêum (1)« Est-ce être raisonnable que de vouloir avoir pour rien ce qui a coûté tant de sang^ tant de larmes^ tant de jeûnes ^ tsmt de pénitences ^ tant de tfottlevs^ tant de tourments ^ et la vie même > an Ffla de Keu et à tous les saints? Ne faudrait-il pas, dit saint Augustin^ travailler éternellement pour anériter un repos étemel , et souffiir des maux infinis pomr gagn^ une gloire infinie? Pro œtema reqvk œiemuê labanubemutuê erat : mUmam fe- HaMem aceepiunt», œiemtu poêsianeê êustinere
Bepasseï donc par votre eq[irit les misères de cette vie , fiiites paraître dans une scène tous les màot, tontes les aflUctions^ toutes les persécutions , toutes les calomnies , tous les mépris , toutes les confusions , toutes les pertes de biens , toutes les Budadies de corps ^ toutes les douleurs et tous ks tourments d'esprit que vous avez soufferts députe que vous êtes au monde. Puis levant les yeux
160 n. PARTIE.
au ciel, regarda cette terre de vifantt^ et ce palais de gloire où vous aurez tout ce que voua d£sirez^etoù vous ne trouYerez rien decequeYona craignez ; et je m'assure que tous n'aurez pas de peine à vous résoudre à la mortj mais que tous direz avec David : Quàm dikcta tabemacula tua , Domine virtuium I concupkcit et déficit anima fnea in atria Domini. Dieu des années I ô Sei-» gneur des vertus, que vos tabernacles sont.ainiablesJ que votre palais est ravissant I que votre demeure est charmante ! Mon ftme languit et se consume du désir qu'elle a d'entrer dans la maison du Seigneur. O quand viendra ce bienheureux mdt ment I quand me rappellerez-vous de cet exil , où je languis depuis si longrtemps , banni de votre présence? Quand me tirerez-vous de cette prison ^ oji je suis enfermé depuis tant d'années ?
Clamaviad te. Domine; dixi: Tu es spes tnea, portio mea in terra vioentium. J'ai crié vers vous ^ mon Seigneur, je vous ai dît, vous êtes mon espérance et mon partage dans la terre des vivants : soyez attentif à ma prière, parce que je suis humilié dans l'excès. Délivrez-moi de ceux qui me persécutent, parce qu'ils sont devenus plus forts que moi.
Educ de custodiâ anîmam meam ad eonfitendutn nomini tuo: me expectant justi danee re^ tribuas mihi : Délivrez mon âme de sa prison , afin que je bénisse votre nom : les justes m'attendent jusqu'à ce que vous me rendiez ma récompeoae.
Vous ayei dit qa^il follait mourir pour vous voùr. Hé bia! Seigneur , j'en suis content O fcm vîUb, moriar ut te videam : mortifieem me ut te fruar (1). O fontaine de Tie> que je meure donc afiù qoe je ¥Ous puisse Yoir ; que je me mortifié pour jouir de vous.
Hélas 1 je suis comme un pauvre , un cerf pomp» suivi de la meute des chiens , qui soupire après la firatcheur des eaux. Je ne puis plus trouver de sa* tisGMtion sur la terre ; ce qui faisait autrefois mon plaisir, fiiit à inrésent mon tourment
Urunn petii à Domino , hanc requiram: ut in^ ^abitem in damo Damini omnibus diebue titto ^uœ, etc. (2). J'ai fait une demande au Seigneur, et je la lui ferai incessamment , qui est d'habité dans sa maison tous les jours de ma vie: jusqu'à ce qu'il m'ut accordé cette grâce , je ne serai point content
O quand ^ra-ce. Seigneur ! 6 que ce jour tarde à venir t Beati gui habitant in damo tuâ» Domine: in secula secutorum laudabunt te. Heureux , Seigneur, ceux qui demeurent dans votre mais<Hi; car ib vous loueront dans les sièdés des siècles»
Mourir pour imiter Jëfus-Christ.
La dernière et la principale intention que nops devons avoir en mourant , est d'imiter et de recon-
(I) Au suit . — C2; Psal. 26.
162 IL KABXIE.
natoe Jésus-Cliriflt notre Sdgneur^ lequel étant. Biort poor noiift , noiw oblige indiflpcBiableaieiit k] iMOiirir pour loi ; car il i^est acquis des . droits iiHi •nia sur notre vie par la pertedela aieime^IKoù. saint Banard conclat , qn'on bomme m^rife ia^ mort , qui ne veut pas vivre pour lui. Digmupkmi e$imorte,qui tSris Domine fem, recutaê vm09v(i). Et aM>i je dis que celui-là mérite nne. infinité de morts 5 qui ne vent pas mourir poor loi^ pnisqne noire vie loi appartient par une infinité de titres. Si le chef est mort pour les memfares^ n'ieat-il pas jnste que les mena^res meurent aussi ponr leur cM? et puisqoil est mort ponr notre amonr^ n| devens-nous pas aussi mourir pour lui donner marqœs du ntoe.
Saint Augustin rapporte en ses Confessfons , que lorsqu'on représentait sur le théfttre la fidélité de ces deux amis qui disputaient à qui mourrait fnn pomr VaxOre, tous les qjhectateurs fondaient en larmes et éclataient en soupirs. Et nous ne serons point touchés de ta mort du meilleur de nos amis qnî est mort pour nous ; et nous aurons de la peine k mourir pour lui? dites-4ai donc arec un grand sentiment d'amour :
O Jésus , mon charitablie^ rédempteur t que je me tiens heureux d'avoir une vie pour vous en faire un sacrifice » et que je meurs volontiers pour vous marquer ', par la perte de ce qui m'est plus cher »
(I) Serm. 10. Cani»
Là aAnmii db lêl mort. 16S
qoe je tous aime plus que moHmémel O si je pou- Yais coBibattre led tyrans^ , et sceller du plus pur sang de mes Teines la vérité de ma foi I
Je ne sois pas digne de mourir pour la foi ; mais Je m'estime infiiiimeiit henrenx de pouvoir mourir parla charité. C'est pourquoi j'dNuràoniie très- TOlOBtlers 9 pour votre amour ^ père H mère , ps^ rents, amis^ honneurs 9 richesses, plaisirs, espérances, et même, mon prqiire corps que je laisse tiû proie aux vers et à la pourriture. Je pardonne k tous ceux qui m'ont offensé , et je dis avec tons les sentiments de respect et d'obéissance qu'il m'est mpéeSMe t Ita, Pater, quoniam aie ptacUum e$t Mite U. Oui, mon Père, je toux mourir pour TOtre gloire, pour votre amour, pour satisfoire à votre justice , pour reconnaître vos bontés > et pour vousdonner des marques de mon amour.
Yoilà les intentions qu'on doit avoir en mourant, et les motifs qui nous doivent fiure agréer la mort Giwime ces actes sont d'un très^-grand mérite, et qu'ils détachent puissamment le cœur, et 'que nous ne savons pas si nous aurons le temps de les produire à la mort , il est bon de les produire eonvoit pendant la vie, afin que , si nous sommes snrpris , nous puissions ratifier en un moment ce qœ nous aurons fait souvent avec liberté et connaissance.
164 II. PAETIE.