‹ La douce et sainte mortChapitre 8 sur 20 · ARTICLE SECOND · texte numérisé non relu

ARTICLE SECOND

Ce qu'il faut faire au progrès de la maladie.

Comme nous voyons dans la nature ^pie tons les corps ont nn mouYement pins rapide à .mcjeane qu'ils approchent de lenr centre ; anssi le malade qui approche de sa fin > doit déployer tontes les forces de son ftme , et fiiire les derniers efiprts pQor arriver au cieL Au commencement de la nudadie â ne songe qu'à se défendre de son maL A. la; fin il succombe au mal C'est ûooc an milieu de la ladie qu'il doit mettre ordre k ses afiEures , et fiter du tanps qui lui reste pour assuré son sdi

II y a en ce temps trois choses à faire de la dernière conséquence.

La première est de recevoir le Viatique.

La seconde , de recevoir TExtréme-Onctionv

La troisième , de résister aux tentations,

SECTION PREHIËRE.

De la- Communion,

11 est très*-important de recevoir le corps de notre Seigneur en sa dernière maladie. Premièrement , parce que l'Eglise l'ordonne sous peine de. danuia* tioD. Ceux qui empêchent un malade de satisfidte à ce devoir , sous quelque prétexte que ce soit , pèchent mortellement Beaucoup plus le malade, qui se prive de ce bien incomparable > ou par res-

Là SAOITETÉ DE LA MORT. f 651

pect hmnaiD , on par négligence , on par indé?o* tion. Hélas ! que fera celui qui entreprend nn grand voyage sans provisions ? que deviendra celni qui va combattre ses ennemis sans armes et sans dé-^ fense?

Saint CyiMÎen ayant assemblé un concile k Car- ^^diage (1) où se trouvèrent quarante^nq évéqnes , écrivit au pape Corneille de la part du concile , que lecr Pères qui y assistaioit ayant été avertis par beaucoap de visions et de révélations y m» TE^ise était menacée d'une grande persécution ^ avaient été. contraints d'ouvrir les portes dé l'élise à ceux ^gjper la crainte des tourments avait fait tomber dans I^iostasie 5 et de les recevoir à lacommunion du corps de notre Seigneur poor les animer au combat Idomu» enim , disent les Pères ^ e$se non p(H téH ad fhartyrium quiab Ecctesiâ non armaiur ad prMum, et mens déficit quam non recepta ÈUcharietia erigit et accendit. Car celui-là n*ist pas capable de souffrir le martyre k qui TEgUse ne fournit point d'armes pour condiattre^ et le corar manque à celui qui n'est point animé et enflammé par h sainte Eucharistie.

Saint ' Gyprien a toujours été de ce sentiment , et recevait à la communion les {dus grands pécheurs an temps de la persécution , comme il le déclare en ces termes : qiwg contra advereariùm tutos vobnnus , munimento divinœ $aturitatU ar»

(t) EpUt. 51.

166 OU PàBTlf. .

nuantu (1). Nous armoiis de la défense de la di?iiie table ceux que nous Toalons rendre fermes cl intrépides dans les combats Or conunft S s'y a point d'ennemi plus redoutable que le démon ^ et qu'il fait les derniers efforts pour nous perdre en notre dernière maladie ;. ii un chrétien n'est fortifié de cette dime Bovriture 9 et armé de la force de Jésns^Clirist , il est en danger d'être yaincu et de périr» C'est pourquoi c'est avec raison que la sainte. Eglise oblige les fidèles k recevoir ce sacré Viatique.

Biais quand elle ne l'ordonnerait pas, le soin que nous devons avoir du salut de notre âme ne nous permet pas d'y manquer : car c'est la doctrine des Pères et de toute l'EgUse , que le corps de niotre Seigneur a une vertu particulière de fortifier Iç ma-, lade > et de lui procurer la grftce de persévérance» il est vrai que les Sacrements en vertu de leur institution 9 ne la confèrent pas iniaiUiblement , mais il est anssî très-constant que la sainte Eucharistie a un pouvoir spécial de la communiquer.

Les paroles du Fils de Dieu ne nous permettent pas d'en douter : car il nous assure par une espèce de serment deux fois réitéré , que celui qui mangera de ce pian 5 vivra éternellement : Amen, amen dko vobù, gui mamSucai hune panem, vivet in mîernum. U est évident qu'il ne parle pas 4e la vie naturelle du corps : car ceux qui communient meu*

(t) Ephes. 5,

lA 8Aiirrsrf n ia mort. 167

rent aussi bien que ceux qui ne conmuiniait pas.^ n faot donc entendre ces paroles de la vie sumatnreBe de Tftme > qui est conservée et augmentée par rasage de ce cUvin sacrement ^ ai ce n'est qa'mi venflle dire qn'il donnera encore la vie étemdle an corps par une résorreetion glorieuse , dont la chair du Fib de Dieu est, pour ainsi parler , le germe et la semence. C'est le sentiment des Pères et des Docteuiv, fondé sur les promesses formdles qu'il nous eiiabiles.

Ilais^ pour ne parler que de TAme^ il n'y a point de dônie que ce pain divin donne la vie étamelle à eehû qui le mange souvent et dignement ie dis waHM ; car on chrétiens n'a pas de droit k cet bé- Tîtage pomr communier seulement une fois l'an. Je disd^pMBnîent^ parce que les cmnmunions sacrilé^ ges rendent celui qui les fait , digne de mort ; mais cèlèl qui reçoit souvent ce divin sacrement ^ et ea état de grftce , arrive , enfin k l'inmuHrtalité glorieuse; soit par le secours des grâces actuelles que le sacrement confère en abondance ; soit par une proteetimi qiéciale que notre Seigneur doit en quelque fiiçon à ceux qui sont membres de son corps ; soit pour l'union intime qu'il contracte avec celui quilemange^ qui est une espèce de £Hicité commencée ; soit enfin parce que Dieu a résolu de donner son Paradis à celui qui logera souvent son Fils dans son cœur , maintenant qu'il est comme Ranger et voyageur sur la terre.

C'est pourouoi l'Eglise et les Pères appellent ce

168 IL PABTIE.

sacrement nn gage de la vie éternelle > pignus vUm œtemœ. Celui , dit saint Chrysostôme» qoi se donne k noas en cette vie ^ s'engage en quelque manière & se donner à nous al|irès la mort Spem nobis bonam éefuturis prmbet: quippe nobi$ Mcseipium tradi* dits tnultà magis id faciet in future (1). Jeseraisinfini s si je voulais rapporter ce que disent les antres 'Pères sur ce sujet : C'est assez, pour établir noti^ espérance et pour la rendre inébranlable 9 que le Tils de Dieu appelle ce divin Sacrement , Mn testament , comme le déclarent trois Evangélistes : car celui qui est mattre du testament , a droit k rhéri* tage du testateur.

Mais ce qui donne encore une vertu partieulière à la sainte communion de conférer la persévérance finale , c'est que ce divin mystère est la représentation de la mort et de la passion de JéBUSrGbrist : car ensuite elle a deux effets. Le premi^ est de sanctifier les mourants comme des sujets qui représentent mieux la mort du Sauveur , et qui ont plus de conformité avec le principe de la grâce. Déplus, eonmie le Fils de Dieu institua ce Sacrement la veille de sa mort , on peut dire qu'il tient de la nature des arbres qui produisent des fruits ep un temps plutôt qu'en un autre , et qu'ainsi le temps où la communion produit des effets plus admirables , est celui de la dernière maladie. Outre que tes mourants sont mieux disposés k le recevoir , n'ayant plus rien qui les attache à la vie.

(I) Bom. S. in Ep, 3. Car.

JA SAINTETE DE Là UORT. 169

L'antre effet qu'a ce divin mystère comme re* présentatif de la mort dn Fils de Dieu , est de mettre &k fiiite les démons 5 oo de fortifier les malades contre leurs assauts. Saint TboAas enseigne que le diable ayant été surmonté par le sacrifice de là croix> il ne peut souffrir le mystère qui en est la représentation et continuation. Il s'enfuit , dit saint Jean Chrysostôme , criant et gémissant avec les PhOistins quand ils virent entrer rArche d'aK lianee dans le camp des Juifs : Hélas I nous $an^ mes perdus : voUà le Dieu d*Israëiqui vient au se^ cours de son peuple. VoUà F arche d'alliance que les prêtres ont portée dans la maison de ce malade , fuyons g retirons-nous d'ici, iln*y a plus moyen d'y subsister. Assurément c'est ici la table dont parle David^ que Dieu nous a préparée contre ceux qui nous aflligent et qui nous persécutent : Parasti in eonspeeiu tuo mensam adoersus eos qui iribu^ tant me.

Le même saint Jean Chrysostôme assure avoir BRiris d'un saint homme , à qui Dieu l'avait révélé, qae depuis qu'un malade a communié , les anges environncait son lit , et font , pour ainsi dire , la garde autour de lui , jusqu'à ce qu'il ait rendu Tes* prit, pour-le respect qu'ils portent à celui qu'il a re^ ; qu'ensuite ils reçoivent son âme , et la por*tent au ciel avec réjouissance lorsqu'elle est suffisammentpurifiée(l). Quelle grâce ! quelle consola-

(1) Qui de hae rit! mlgratl suât si myfteriorum hujatmodi cnm puran et muadam conieieDUain parlieipes faerlat aiûritiiiii

tion 1 Que peut eraiodre après cela un malade ? Ne peut-H pas dire plus justement que Darid : Siambulavero in medio umbrœ mortis ^ non tùnebo mala, quoniam tu mecuM es. Si je marche au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vous êtes avec moi et dans moi.

Ce serait ici le lieu d'enseigner en quel temps , et de quelle manière il fout recevoir le viatique: mais parce que plusieurs ont écrit sur ce siqet, je ne m'y arrêterai point y non plus qu*au sacrement d'Extrême-Onction , dont j^ai parlé ailleurs.

SECTION SECONDE

Des tentations ùrdinabres aux malades.

Le démon nous tente en tout temps , mais principalement en la dernière maladie , parce que c'est de ce dernier moipent que dépend notre s^lut , ou notre perte, et qu'il n'aura jamais plus Iç moyen de nous tenter. C'est ce qu'enseigne saint iesjx «n son apocalypse , par ces paroles terribles : F0 terres et mari» quia descendit diabolusad va? , habem iram magnam , sciens quàd modicum tempm A^ bet{i). Malheur à la terre et à la mer , parce, que le diable est descendu chez, vous avec une extrême colère , sachant que le temps qui lui reste est Men courtr

efllaturi ab Angeli» iltoriim corpora satellUum more stipàolihiis , propterassumptum iilud Sacrameotum hiac adducualur in o«luni. Chrjfsosi. Ub. 6. de Sacerd. — (I) Apoc. 12. 12.

Lk SAINTETi DE LA MORT. 171

C'€St on combat bien étrange que celui d'un ange avec on homme; d'un esprit immortel avec un homme raonrant ; d'un fort armé airee un pau- Tre malade^ qui a bien de la pmne à ae d^ndre contre son mal , et qui ne songe qu'à sauver sa vie. Comme la faiblesse du corps lut donne beaucoup d'avantage sur notre esprit , et que cet ennemi est infiniment msé, il fout nous tenir sur nos gardes^ et nous préparer d'heure en heurek ce deriiir combat

Pariant en général , le démoi» nous tente de tous vices doM nous avons contracté les^ habitudes r car comme un tuyau d'orgue résonne aussitôt que l'orgàniste met te doigt sur la touche > ainsi lorsque Satan a touché une de nos habitudes qui se sont formées dans notre âme> la passion se sent aussitàt émue et éivanlée ; et bien que le malade n'ait pas asseï de force pour c<Hnmettre le péché ^ il en a assier pour y consentir : ce qui suffit pour le perdra Or il attaque chacun par son faible; il tente un av«^ de larcin , un sensuel d'impureté , un vindicatif die colère et de vengeance. Il teur propose à tous Fappât dont ils sont friands et qu'ils ont avalé soBvelit pendant la vie : c'est pourquoi , sans une grftee particulière de notre Seigneur ^ un homme à la mort 5 quoique muni des sacrements 5 succombe aux mêmes tentations 9 et obéit aux mêmes passions dont il était esclave quand il se portait bien.

Mais entre toutes les tentations , il y en a trois principales contre lesquelles un malade se doit pré cautionner.

172 U» EARTIE.

Première tentation eontre la Foi.

La première est la tentation contre, la foi : car comme c'est le fondement du sahit, le diable fait tous ses efforts pour Fébranler. Et de meme^ qne le gouverneur d^une place n'attend pas qu'elle soit bloquée pour y trayailler^ mais la munit et la fortifie long-temps auparavant ; ainsi nous ne devons pas attendre à la mort k nous défendre^ mais il nous faut aguerrir pendant la vie*

C'est ce que nous recommande instamment TÂpôtre des Gentils. Mes frères ^ ditnl , fortifiez-vous dans le Seigneur , et dans là puissance de sa force. Induite VUS armaturam Dei, ut pasiitis store adver" sus insîdîas diabùli (1). Revêtez*vons des armes de Dieu j afin que vous puissiez vous défendre des embûches et des entreprises du démon. U décrit ensuite sa force et sa malice 9 puis il conclut : Propterea accipîte armaturam Dei, ut possitis resistere in die malo. C'est pourquoi couvrez-vous des armes de Dieu , le Grec porte toutes sortes d'armes de Dieu , pour résister dans le mauvais jour qui est celui de la mort Or il déclare que ces armes ^ sont le bouclier de la foi dont il nous fa||t couvrir pour repousser les traits de notre ennemi : In omnibus sumentes scutum fidei, etc.

Saint Pierre dit de même : Mes frères s soyez so^ bres , et veillez : car te diable notre ennemi ,

(1) Eph, 6.

LA. SAINTETÉ DE U UORT. i7S

carméie un £on rugmant tcume auteur de vous , eterchmU qui U pourra dévorer ; résàiez^ui donc demeurant ferme en la foi (1). Voilft ce qui nous ràidra mviiliiérables à tous les traits embrasés de cet enneiiii. fiatut opposer à toutes ses tentatfoBs la parole de Dieu , et faire bouclier des vérités de la kn, sans entrer en dispute avec lui , car il n'y a rien de plus dangereux que de présumer de la science et de son esprit Ceux qui emploient les armes de la raison pour se défendre y sont en danger de perdre la f oL

Nous en avons un exemple funeste en ce docteur, qui voulut Caire le suffisant et tenir tête au démon : c'est le cardinal Bellarmin qui le rapporte ; et qui Ta aiqpris , dit-il , de Barocius , évêque de Pavie , auteor très--digne de foi. Je ne ferai point de difûcaité de le rajqMxrter après lui (2).

U dit donc qu'il y avait dans une académie célèbre deux docteurs qui s'étaient promis mutuellement de .se faire savoir , après leur mort , Tétat où ils seraient L'un d'eux étant décédé saintement en apparence , apparut quelques jours après envi- Fcmné de flammes à son ami , et lui dit qu'il était damné pour avoir voulu disputer contre le démon, et pour avoir trop présumé de sa science et de son esptit: qu'après avoir soutenu quelque temps les premiers assauts , enfin il s'était rendu et avait nié la divinité de Jésus-Christ En disant cela , il jeta tm grand cri et disparut

(f) I. Peir. 5. 8.— (2) lib, 2. âebene moriendi- ^ap. 9.

ViU U. PABTIB.

L'autre étrangement étonné de ee spectacle 5 et voulant profiter delà faute de ce malheureux ^ va trouver ses amis , leur déclare ce qui lui est arrivé , et leur demande ce qu'il doit faire. On lui conseilla de n'entrer jamais en dispute avec le démon ; mais d'opposer à toutes ses tentations la créance de l'Eglise. C'est ce qu'il fit ; car peu de temps après étant tombé dans une grosse maladie » qui l'emporta y le malin esprit enQé de sa victoire ne manqua pas de l'attaquer et de l'interroger sur sa créance. Celui-ci répond comme il avait arrêté : Je crois tout ce que croit la sainte Eglise , et jamais le diable ne put tirer d'autre réponse de lui.

Tous ceux qui étaient présents , entendaient le malade qui faisait cette réponse , sans entendre celui qui l'interrogeait. Il apparut après sa mort à un de ses amis , à qui il avait demandé conseil , et lui rapporta comme le démon l'avait tenté, furieusement , mais qu'il l'avait vaincu avec le bouclier de la foi , et qu'il était ^uvé.

J'ai bien voulu , dit cet Auteur ^ rapporter ceci en particulier, afin que vous soyez sage aux dépens des autres ,■ et que sans entrer en dispute avec . notre ennemi , vous demeuriez ferme dans la soumission que vous devez à la sainte Eglise. Il est vrai que ceux qui n'ont point d'étude , ne doivent pas se contenter de dire, je crois ce que croit la sainte Eglise , car ils doivent savoir distinctement les principaux mystères de notre religion : comme ont celui de la Trinité et de l'Incarnation. Mais

LA SkimKTi DE LA MORT. 175

ceux ^i en sont suffisamment instruits 5 doivent s'attacher inséparablement à Tautorité de TEglise y sans raisonner avec le démon.

Seconde tenUtion de préieinptioo»

n y a denx autres tentations qu'on peut appeler les denx écneils de la mort L'une est la présomption de ses mérites ; Pautre est le désespoir de son salut. Ex utroque « dit saint Augustin , homînes pericUtantur et sperandù et desperando (1). Les hommes se mettent en danger de se perdre en deux manières 5 ou par Tespérance ou par le désespoir. Gdni-Jà pèche par trop d'espérance ^ qui dit : Dieu est bon ; Dieu est miséricordieux , je n'ai qu'à contenter mes passions , et après cela je hii diemanderai pardon (2). Ceux-là tombent dans le désespoir, lesquels ayant commis de grands péchés croient infailliblement que Dieu les a réprouvés , et disent en eux-mêmes : C'est fait de notre salut , nous sommes danmés (3). Voilà les denx écueils qu'un malade doit éviter.

Pour la présomption , elle n'est pas tant à craindre que le désespoir ; car il est rare que les hommes à la mort présument de leurs mérites. Ceux qui ont mal vécu sont tellement effrayés à la vue de

(I) Aug* iraei, 3. in Joan. — (2) Sperando qais decipitiir qui didt ; Bmus etl Dent, miierieofs est Deus, etc. — (8) Desperatione pericUtaotar qui c&m inciderioi-jB ^ravia peccata y stalriieotes ad dJivinatioiijBni. sine diihio se deslioaios , dicunt apud semeliii- KM : Jam daouiati sumuu.

leurs crimes , qa'ils tombent ordinairement dans le désespoir. Ceux qui ont bien vécu connaissant mieux que les autres la malice du péché , et le compte rigoureux qu'il faut rendre , appréhendent infiniment les jugements de Dieu.

C'est pourquoi j'estime que c'est une grande imprudence pour ne pas dire cruauté à ua confesseur de proposer des motifs de crainte à un malade qui est à l'extrémité. Il est bon de l'intimider un peu avant qu'il ait fait sa confession ; mais après qu'il a reçu le viatique^ il ne faut plus l'entretenir que des bontés de Dieu , que de ^es miséricordes infinies , que de ses bienfaits en général et en particulier y que de la gloire du paradis , et du bonheur de l'autre vie.

Troisième leetatioa de désespoir.

L'autre tentation plus dangereuse est celle du* désespoir. C'est par cet endroit ^ comme j'ai dit, que le démon attaque les bons et les' méchants ; les bons ^ leur cachant le bien qu'ils ont fait ; les méchants ^ leur montrant le mal qu'ils ont commis. Ce qui arriva à saint Elzéar en sa dernière maladie , et à ce religieux dont parle saint Jean Climaque , est une chose si terrible , que je n'ose le rapporter, de peur que la conscience des gens de bien n'en soit troublée et inquiétée. Comme cette tentation est ordinaire, il est bon de proposer ici quelques motifs qui nous fortifieront contre

tk SAINTBTi DE LA MORT. 177

«es assauts , et qai nons établiront dans nne parfiiite confiance en Dieu.

SECTION TROISIÈME

Uotifê dCespérance contre la tentation de désespoir.

Celui qoi assiste nn malade tenté de désespoir , lai doit proposer pour premier motif, Tamour que Dien p<Nrte aux pécheurs , et les douces invitations qu'il leur fait dans TEcriture de retourner vers lui. Retournez àmoi , leur dit-il par la bouche d'Isale , et je retournerai à vous , faites pénitence , et venez à moi (1). Je veux bien être condamné de vous, si je manque à ma parole. Quand vos péchés seraient aussi rouges que C éçarlate ^ ils deviendront aussi blancs que la neige.

Je ne veux point la mort du pécheur, dit-il chez un autre prophète^ mais plutôt qu^ilse convertisse (2). Et pourquoi mourrez-vous , enfants d'israëi? Je sais que tu fes prostituée honteusement , âme infidèle , et que tu m* a» abandonné pour courir après tes amants : cependant retourne à moi, et je te donnerai la vie.

Voilà des paroles qui doivent relever les plus abattus , et donner de la confiance aux plus désespérés.

Non-seulement Dieu invite les pécheurs à faire pteitence ; mais il leur promet le pardon en ter-

(!)/««. f.~C3} JSzech, 18.

mes si clairs et si formels^ qu'il passerait pour un menteur, s'il manquait à sa parole. C'est ee que dit saint Grégoire de Nazianze (1) d'une expression forte et hardie , répondant à la question que fait le prophète Joël ; Quis scio , siconveriaiur Dominas, et benedictîonem retinquat (2)? Qui sait si Dieu ne se convertira point , et s'il ne nous donnera point sa bénédiction , au lieu de sa malédiction 7 Egoptanè scio, dit-il^ et sum divinœ tnùericordiœ sponsor. Je le sais bien moi^ et je me fais garant de la miséricorde de Dieu ; car la colère étant contraire à sa nature, il se laissera facilement toucher de compassion:

En effet, quelque grande que soit la multitude de nos péchés ; elle n'est pas comparable , dit saint Jean Ghysostômè,à la miséricorde de Dieu qui est infinie : c'est une mer immense et profonde , où Dieu promet de jeter tous nos péchés : projidet Deus in profundum maris omnia peccata vestra. Aussi tous les prophètes donnent à Dieu la qualité de doux , de patient , de miséricordieux , de charitable , de bon par-dessus toutes les malices des hommes , et autres titres semblables d'amour et de tendresse qui montrent l'inclination qu'il a de faire grâce au pécheur.

On peut, dit saint Basile, mesurer la grandeur de nos péchés , et en savoir le nombre , mais la miséricorde de Dieu n'a ni bornes ni mesures (3). C'est

(t) Gregor, Ttaz» Grat. de plag. grand, — (2) Joei, 2. — (3; Basa, in Reg, brevU Misericordi» Dommi nec men^uraf pgt*

LA SAINTCri DE LA UORT. 179

une téfluérité étrange , lyoute saint Léon , de lui en fooloir prescrire : car Dien ne difiière jamais à ]iardomiier à celui qui se convertit véritablement , suivant ce qne son Esprit dit par un prophète : Si tu gémù^ tu seras sauné.

Il y a nn troisième motif de confiance qui doit assurer une flme contre tontes les frayeurs de la mort : C'est la promesse solennelle que Dien fait par la bonche de ses prophètes , de sauver tous ceai qui espéreront en lui.

Le sage fils de Syrac donne le défi à tons les hOQUBes du monde de trouver une personne qni eapèpe en Dieu , et qui ait été frustrée de ses espérances (i). Begardez , dit-il , enfants des hommes , et reconnaissezque nul n*a espéré en Dieu, qui soit tombé dans la confusion. Qui est-ce qui Va invo^ que, et qui en a été méprisé ? Cela ne se trouvera iamais , d'autant qu'il est bon et miséricordieux , il remet les péchés au temps de TaflELiction : qtuh niampius et miser icors est , et remittet in die tri-butationis peccata.

L'imirie passe dans les Ecritures pour le plus méchant de tous les hommes ; cependant Dieu nous assure par la bouche du prophète Ezéchiel , que Vil fiait pénitence des péchés qu'il a commis , il ne s'en souviendra point ^ et lui fera grâce. Omnium

fumos nec tempora definire, apud quem nollas patitnr feniap mo«

ras vera conveniOy dicenle spiritu Del per ProphetaoB : ciim con*

^ rertiii Aterlt , tnnc salviu eiii. S. leo ep. 9.^ (8) Eccles. 27.

180 n. PABTIE.

iniquitatum ejm guas operatm e»t , non reccrda^ bor (i). La raison qa'U en rend est eitrCmeoient touchante : Croyez-Yous y dit Dieu , que je veaille It mort de Timpie 7 non y je ne veux point sa mort , mais qu'il se convertisse et qu'il vive : Numquid voluntatis meœ est mors impîi, dkit Dominuê > ei non magîs ut corwertatur et vivat f

Le dernier et le plus puissant motif de confiance , est l'amour que Jésus p<Nrte aux pécheur» , pour lesquels il est venu au monde 5 il a versé son sang et a donné sa vie. Ensuite de qnoi tous ses mérites sont à nous : car il nous en a fait un transport , et nous les pouvons présenter à Dien son Père en paiement de nos dettes , et en satisfaction de nos péchés , comme un fonds qui nous aj^rttent.

Ceux qui doutent de cette vérité , se désespère ront à la mort; car^ comme dit sagement saint Bernard^ Dieu fait justice à ceux qui combattent sa miséricorde 5 et refuse la grâce de rédemption à ceux qui en veulent frustrer les antres : Si nutgis pretio fraudant s qui alios evacuare conantur»

En effet; quel moyen d'espérer ce qne l'on ne croit pas f demande saint Augustin (2) T Quid sperari potest quod non creditur ? La foi est le fondement de l'espérance : celui donc qui ne croit pas que Jésus-Christ soit mort pour lui ne peut espérer en lui [Vj : car toute notre espérance, et toute la certitude de notre confiance, ajoute ce saint docteur, est

(t) Ezeeh. 18.— (2) Aug. im Snckir, ad laur. cap. S.— (3) Med. cap, 24.

fondée sur le précieux sang de Jésas-Christ qui a été répanda pour nous et pour notre salut Cknnù gpes et totius fidei certitudo nobis est in pretioso sanguine ejus, qui effusus est prapter nos, et propter nostram salutem. Si donc je ne crois pas que ce sang a été répandu pour moi 5 je ne puis avoir d'espérance en lui^ du moins eUe ne peut être certaine 5 par conséquent ce n'est plus une vertu théologale et surnaturelle , comme une foi dou* teuse n'est plus une foi divine.

C'est pourquoi ceux qui doutent de cette vérité de notre religion , sont dans une nécessité fatale^ à la mort 4 de tomber ou dans la présomption , ou dans le désespoir. Dans la présomption y s'ils se croient prédestinés ; dans le désespoir ^ s'ils ne le croient pas. Ge malade ne peut aussi recevoir aucune consolation de la passion du Sauveur ; car s'il regarde un crucifix, qui est toule la joie et l'espérance d'un malade , le diable ne manquera jamais de lui suggérer que c'est en vain qu'il espère en lui , puisqu'il n'est pas mort pour lui : que s'il était des- prédestinés, il aurait eu des grâces victorieuses qui l'auraient empêché de pécher, et que puisqu'il a commis tant de crimes , c'est une marque qu'il n'est point des élus , et que le Fils Dieu n'est point mort pour lui.

O que cette tentation est dangereuse ! O que ce

loute est funeste à une âme ! Si les plus grands

»aints qui ont cru d'une foi certaine cette vérité ,

3t qui ont reçu pendant la vie des preuves si sensi-

Mes de l'amonr de notre Seigneur , et des marqua si visibles de leur prédestination , ont cqiendant été si sérieusement cdmbattns du démon en leur dernière maladie , qu'il ne s'en est rien falln qu'ils ne soient tombés dans le déseqioir ; comment pourront lui résister ceux qui doutent de cettevérité , et qui ne Yoientrien dans leur ?ie qui ne leur doive don«ner de la défiance de la miséricorde de Dieu? U faut donc nous établir dans cette créance^ et ensuite tenir pour indubitable qu'il ne tiendra qu'ft nous d'être lutuvés , quelques péchés que nous ayons commis. Le désespoir^ dit saint Thomas, est un^plus grand péché que la présomption , parce qu'il combat la miséricorde de Dieu, qui est la source de toutes les grâces qui coulent dans nos ftmes par le canal de l'espérance. Cest pourquoi saint Augustin oe fSut point de difiSculté de dire , que Judas est damné , plutôt pour avoir désespéré de la miséricorde de son mattre que pour l'avoir trahi (1) : Judam traditatem non tam scehis quod eammisit , quàm indulgentÙB desperatîofecîtpenitùs interire. L'avis qu'il donne ensuite aux pauvres pécheurs est d'une consolation infinie. Ne vous trottUez point y leur dit-il , à la vue de vos crimes ; n'entres point en défiance de la bonté de Dieu : celui-là seul peut se désespérer ^ qui peut être autant pécheur que Dieu est hwïdik desperet, qui taniùm peccare pùte^t» qtumtkm Detts bonus est.

(1) 4ug» de util. agenilpmtUU

LA SAINTETÉ DE Là MORT. 183

O quelle consolation a un pauvre malade d'embrasser les pieds de son Sauveur , de le mettre sur son sein , de se cacher dans ses plaies , d'entrer dans son côté et dans son cœur ouvat pour sou amour ! C'est alors qu'il dit avec saint Paul : Qui est-ce qui se déclarera partie contre tous les Elus de Dieu T voilà son Fils qui me justifie , qui estee qui m'osera condamner ? Jésus-Christ^ qui est mort pour moi , qui est ressuscité pour moi 5 qui est à la droite de Dieu , qui intercède pour moi. Beee Deus êaboator meta j fiduciatiter agam , et non îimebo. (i) Voilà mon Dieu et mon Sauveur , je traiterai confidemment avec lui , et je ne craindrai point ; un homme qui peut dire : Voilàmon Sauveur qui est mort pour moi, n'aura rien à craindre à la miHrt Hais que ne doit point appréhender celuï qui ne le peut dire ? et comment le pourra-t-il dire » •*il ne le croit pas?

Samt Augustin expliquant ces paroles de David : Deàuxifii me, quia factu» es spes mea (2) : Vous m'avei conduit 5 |>afce que vous êtes devenu mon espérance : demande comment est-ce que le Fils de Dieu est devenu notre espérance ? Il répond , parce qn'il a été tenté , parce qu'il a souffert , parce qu'il est i*essuscité (S). Car Dieu^ poursuit-il, ne vous perdra pas , puisque c'est pour nous qu'il a voulu que son Fils ait été tenté , qn'il ait été crucifié , qu'il soit mort y et qu'il soit ressuscité.

(1) /«• 12. 2. — (2) Pt, 60. — (3) QaU tentatni ett, «lola pauat est , qnia remrreiit.

iStl U. PARTI£.

Ce qu'il ajoute est tendre et consolant : Non nos verè despicit Detis propter qtw$ proprio Filio non pepercits sedpro nobis omnibus tradidit illwn (1). Dieu véritablement ne nous méprise pas , puisqu'il, n'a pas épargné son propre Fils ^ et qu'il Ta livré à la mort pour nous tous. Vous voyez en lui et votre travail et votre récompense ; votre travail en sa passion^ votre récompense en sa résurrection. C'est ainsi qu'il est devenu notre espérance (2). Il appelle la passion du Fils de Dieu notre travail, et sa résurrection notre récompense , parce qu'il a souffert pour nous , et qu'il est ressuscité pour nous rendre la vie.

Ne vous troublez point, pauvre malade, quelques péchés que vous ayez commis , puisque vous, avez un Sauveur : mais ayez dans le cœur et djEins la bouche ces douces paroles du même saint Augustin : Quid est Jésus , nUi Salvator ? Que veut dire Jésus sinon Sauveur ? Ergo propter teipsum esto mihi Jésus. Soyez-moi donc Jésus pour l'honneur et pour l'amour de vous-même. Noli^ Do^ mine , noli sic attendere malum meum , ut obU" viscaris bonum tuum. mon Seigneur , ne considérez pas tant le mal que j'ai fait, que vous vous oubliiez du bien que vous m'avez fait Si ego commisi undè damnare potes, tu non amisistiundè salvare soles. Si je vous ai donné juste sujet de

(1) Rom. 8. 32.— (2) In illo vides et laborem tuum et mercedem tuam : laborem ia passioae, mercedem io resurrectione, sic ergo factus est spesnostra.

tA SAINTETÉ DE LA MORT. 185

me damner, vous n'avez pas perdu de quoi vous avez coutume de nous sauver.

Voilà les douces pensées de ce saint Docteur , qui doivent dissiper nos craintes et relever nos espérances. J'avoue qne ceux qui ne se convertissent qu'à la mort , ont sujet de craindre, mais jamais de se désespérer : car, comme dit très-bien Saint Gyprien (1) , une pénitence ne se fait Jamais trop tard, pourvu qu'elle soit véritable. Il faut tout craindre pendant la vie , mais il faut tont espérer è la mort , d'autant, dit ce saint, que ni la multitude des crimes, ni la brièveté du temps , ni Cextrémité de la vie ne nous empêcheront point d'obtenir le pardon ,

pourvu que notre contrition soit véritable

Quelque dépit qu'en ait l'hérétique Novatus , ùc grâce de Dieu reçoit en tout temps ceux qui sont véritablement pénitents.

Ce sont les paroles de saint Cyprien , dont !c sentiment est celui de l'Église » qui a établi cette vérité dans le concile de Milève , dans celui d'Orange ^ et dans celui de Trente ; après le grand Concile de Nicée , qui le déclara au huitième de ses Canons. C'est pourquoi le désespoir enferme toujours une hérésie , ce qni nous en doit donner encore plus d'horreur.

fil Nnlb pœnitealia lera est si ta vera : née ifntnlUai erininit, ow brevitas temporis, Dec bons exlremilai, li ytrik eii cootiilio,eicladità veoii...... Velil^ noiit Novatus b»reUcuf,

in omnitempore Dei gralia recipil psoitcotes. ^^pr, ierm, de Cœnà Vonu

186 U. FABTIE.

Voici donc comme il faat fortifier on malade qui est tenté de désespoir. Il faut lui faire entendre que la bonté de Dieu est infinie , qu'il D*y a pdnt de péché , pour énorme qu'A aoit , qui ne puisse être effacé par la pénitence ; que Dieu s'y est engagé par promesse ; que le désespoir de son salut est le plus grand de tous les péchés ; que Dieu aime infiniment les pécheurs ; que son Fils a donné pour eux son sang et sa vie ; qu'une seule goutte de ce sang est capable d'efiacer tous les crimes du monde, et qu'il Ta versé entièrement pour lui ; qu'il ne l'aurait pas attendu si long-temps , et ne lui aurait pas donné le loisir de se convertir^ s'il voulait le perdre ; que Dieu ne peut mentir ; qu'il jure et proteste dans l'Ecriture qu'il ne veut point la mort du pécheur , mais qu'il se convertisse ; qu'il ne nous oœnmande rien d'impossible , et que puisqu'il nous commande de faire pénitence à la mort , il nous donne la grâce pour la faire ; que jamais le Fils de Dieu n'a maltraité un pécheur ; qu'il a pardonné au bon Larron , à la Magdelaine , au Publicain , à la femme adultère , et à une infinité d'autres personnes de très-méchante vie^ dès-lors qu'ils ont conçu un véritable regret de l'avoir offensé ; que la conversion d'un pécheur honore infinimentDieu; que tous les anges attendent la sienne avec une sainte impatience ; qu'ils en feront une grande fête dans le paradis ; qu'elle donnera plus de gloire et plus de satisfaction à Dieu , que la vie tiède de plusieurs personnes innocentes ; que tous les saints

LA SAINTEli 1MB LA MORT. 187

prient pour lui ; que rinteroession de la Vierge est tooteiHÛssaiite ; qu'elle a révélé à sainte Brigitte qa'fl n^y a point de pécheur , pour désespéré qu'il soit 9 qui ne trouve grftce et miséricorde auprès de BônFQs 9 pourra qnil ait recours fc elle; que saint Bernard lui en donne toutes les assurances , et sera pour ainsi parler > sa caution (1).

Il sera bon encore de Ini rapporter les exemples de quelques grands pécheurs > comme de Théophile et de sainte Bfarie l^Qfptienne , qui ont été délivrés de la pnissance du diable par rintercession de la Mère de Diea«

On prat encore relever le courage de ces personnes abattues 5 par ces divines paroles de saint Augustin: Que Se méchant ne te dizespère jamais pour la grandeur de ses crimes^ nous savons qu^on a donaipmtr nous une grosse rançon, puisque nous avons été rachetés par te Sang de Jésus^hrist^ Qu'est'^ee que vous pourra refuser cehi qui s'est donné lui-même pour vous ." Doutez-vous qu'il ne vous fasse part (ksavie, après qu'il a bien daigné prmubre part à votre mort (2)?

On peut encore lui proposer ces autres sentiments du même Père , qui sont infiniment tendres.

(I) Bemmré. in Salve Regloi ei Ham, 3. super Missas* -r- (3) Nmi 4efpem nalas de mnlU malilifl jiiâ ; magmiiii pretiam lira nobiidatiini etae eognetcintiaY quia Cbristi sansnine redempll MMUU. Qeid tibi miam eviilbebit qui semetipsnm pro te tradidit 7 Kl dihilM q«6d doneC tibé viuun saam qui tecum communkavll Me tte» auam ? Ub» de Symb* ad Catee/u cap, S. i. Médit, cep. 2.

188 n. PARTIE.

O mon Dieu , vous êtes le Créateur de toutes cfixh' ses , et bien que vous soyez admirable en tout , cependant je ne trouve rien de plus grand ni de plus étonnant que votre miséricorde. Vous ne méprisez personne , vous n'abandonnez personne , vous n'avez horreur de personne , quelque grand pécheur qu'il soit y sinon de celui qui est si furieux, que d'avoir de l'horreur et de l'aversion de vous. Si Je me repens de mes péchés, vous me pardonnez; si je retourne àvous, vous me recevez (1).

Enfin il lui faut proposer le remède dont saint Bernard (2) se servait lui-même dans ses tentations; il se cachait daus les plaies de notre Seigneur, et là il se trouvait en assurance. J'ai commis , ditil ^ de grands péchés, ma conscience en est épouvantée, mais elle n'en est point troublée , d'autant que je me souviendrai des plaies du Seigneur ^ car c'est pour nos iniquités qu'il les a reçues. Qu'y a-til de si mortel qui ne soit guéri par la mort de Jésus-Christ (3) ?

Yoilà les principales tentations dont le diable tente les malades , et contre lesquelles il faut s'armer et se fortifier pendant la vie.

Quand il vous tentera d'infidélité , dites-lui : re-

(1) Nnllum enim spernis , nemioem abooii , nemioem perfaorrascis , nisi forte qui ameos te eihomieriu SI pœoilet , parcis ; si revertor, suscipls. — (2) Bern. Serm, 6. in Cant. — (3) Peccavi peccatum grande , t urbatur cooscienUa , sed non perturbatur, quoaiam vuloerum Domioi recordabor* Nempe YulneraUis est propieriniquitatesnoslras. Quid tam admortem quod non Chrifli morte sanctur ?

tiïe-4oi , Satan ^ tu es le père du mensonge ^ je cnMS tout ce que Dieu a ré?élé , et tout ce qu'enseigne la sainte Eglise 9 Credo s Domine, adjuva incredutitaiem meam {{). Je crois. Seigneur , aidei , 8*il vous platt , mon incrédulité.

Quand vous serei tenté de présomption , songez k la multitude de tos péchés , et dites à Dieu dans un profond sentiment d'humilité : Non mires in judkiwncumservo tuo, quia nonjustificabiiur in compectu tuo omnis vivens (2). Hélas ! Seigneur, n'entrez point en jugement a?ec votre serviteur, car nul homme ne pourra se justifler devant vous. Si vous examinez nos péchés à la rigueur , hé I qui pourra se justifier ? Domine , quis sustinebit?

Quand vous serez tenté de déseq[M>ir , dites avec David. Domine Deus, in te speravi , salvum me facMon Seigneur et mon Dieu , j'ai espéré en vous, je vous prie de me sauver. In te àperavi, noncon^ fimdar in œternum , in justitiA tuâ libéra me et eripe me (3). Seigneur , j'ai mis mon espérance en vous, que je ne sois jamais confondu. Délivrez-moi, ot sauvez-moi , non pas par ma justice , mais par la vAtre : injustitiâ tuâ. Rendez-vous attentif à la prière de votre serviteur, et me sauvez, car vous êtes ma force et mon refuge. Mon Dieu , délivrezmoi de la puissance du pécheur mon ennemi , qui me veut perdre , parce que je suis votre serviteur, et que j'ai l'honneur de vous appartenir.

(I) Jrarc.9.— (2) Ps. 112. 2.— (8) PsaL 70. t.

190 IL PAATDS».

Vous pourrez encore vous servir de ces paroles de l'Eglise ^ quf sont très-eonsolante& Becaréan^ JesH pie, quadiumcauM iuœvùB, ne me perd»

iUa die. Soavenez«?oas, très-doux Jésas^ que c'est pour me chercher que vous a?ei fait tant de Toya-* ges , que c'^st pour me rendre heorenx qoe vous vous êtes rendu le plus miséraUe de tous les honK mes : Ah I ne perdes pas au jour dn jogemem une créature que vous avea tant aimée 9 et qui tous a tant coûté. Je suis content d'être jugé , ponnna que vous mettiea votre croix entre moi et votre justie& C'est vous , mon Seigneur» qui me justifiei ; et qui m'osera condamner?

Enfin dans toutes les tentations de chagrin et d'impatience, dites avec David : Mon aine » ne ÊePaetu point soumise à ion Seigneur (1) ? c'est de bd que vient toute ta patience. Soumeis^oi à ton Dieu, et Cùwoque dans tes nicessitéSé

Foilà ma chair et mon cœur qui tombent en «tffaitlance, Oman Dieu, vous êtes le Dieu de mon cœur 3 et mon partage pour Jamais (2). Quedisi' rai'je dans le Ciels sinon vous ? et que puis-je stmhaiter sur la terre après vomîJe me suis réjoui quand on m'a dit : nous irons à la maison du Seigneur*

(i; PjgUw et. - <3) Psat. 72.

LA SAINTETÉ DE LA MORT. î9i

ARTICLE TJEU)ISIÈME.

€e gu*ii foui faire à la fin de (a maladie.

S jamais on hoDUBe a eo besoin d'assistance ^ c'eslaa denier combat qne lai livrera la mort, et le d é m on , et cependant c'est oi ce temps qu'il est moins capable d'en recevoir, d'antant qne ponr l'ordinaire il est privé de l'usage des sens et destitué des forces. L'on l'empêche de recevoir des instructions, et l'autre de les mettre en pratique. C'est pomqnoi il est très-important de faire pendant la vie, eeqn'on ne pourra faire à la mort , afin que cette préparation supplée an défont de celle qui nous manquera alors ; et que s'il nous reste encore un peu de lumière , nous pratiquions sans peine et sans application d'esprit , ce qne nous aurons fait souvent pendant notre vie. Je donne deux sortes d'instructions en cette darnière partie. L'une estponr les malades qui pourront encore s'entretenir avec Dieu , l'antre est pour ceux qui assisteront les malades , et qui ont , ponr ainsi dire , entre les mains les clefe de la vie et de la mort , do paradis et de l'enfer.

SECTION PREMIÈRE

Paroles de Jéma-Christ mouranu

Saint Jean de Damas am>elle Thomme d'une manière fort spirituelle ^ un mystère dont l'origine

est de sortir de Diea y et la fin de retourner àDieu. Mysterium cujm initîum exire à Deo , finis ad Deum reverti (1). Il en sort par la naissance » et il y retourne par la mort Nos parents nous font , pour ainsi parler ^ sortir de Dieu : mais les prêtres qui nous aident à mourir , nous font retourner à Dieu, Or c'est principalement à Ti^onîe que se c^asomme ce grand mystère de notre salut ; c'est )k ce temps terrible qui doit faire éclore une éternité bonne ou mauvaise; c'est pour cela qu'il le fiut bien ménager.

Mais la dijQBculté est de savoir ce que doit faire un malade , lorsque la faiblesse de son corps , et la violence de son mal^ ne lui penoettent plus d'appliquer son esprit , ni de recevoir aucune asûstance spirituelle de ceux qui l'assistent. Je . ne trouve point de dévotion plus propre pour ce temps-là , que de regarder des yeux du corps ou de l'esprit un crucifix , et de se souvenir des sept paroles que Jésus-Christ mourant a prononcées sur la terre. C'est la plus belle , la plus douce ^ la plus tendre 5 la plus utile ^ la plus aisée et la plus consolante de toutes les dévotions.

Pour la bien comprendre , il faut remarcpier que le Fils de Dieu est venu au monde pour nous apprendre à vivre et à mourir. Sa vie est l'exemplaire de toutes les belles vies ; sa mort est le modèle do toutes les belles morts. Il faut étudier Tune et l'au-

(f) /. Dimasc. lib. 2. orthod. fileU

tre , piincipalaiiem sa mort , d'autant qae c'est elle qae Dieu nom propose à imiter par ces paroles qu'il dit à Moïse , Inspice » et foc secunditm exemptât ^ quod tibi in manie monâtratum est. Regardez et étudiez ce grand exemplaire qui tous a été montré sur la montagne.

On ne peut ^ la mort , avoir d'objet plus agréable ni de plus consolant que celui-là : car qui craindra de mourir 5 voyant son Sauveur mourant? Qui se désespérera le voyant mort pour son amour ? qui appréhendera le démon , mourant entre les bras de son rédempteur ? Si le signe de la croix met en fuite nos ennemis ^ comment oseront-jls attaquer un malade 9 dont le cœur est attaché à la croix ? Et si la vue du serpent d'airain préservait de la mort corporelle ceux qui le regardaient , qui doutera que la vue du Fils de Dieu qui en avait la ligure , quoi qu'il n'en eût pas le venin , ne préserve de la mort spirituelle ceux qui le contempleront avec foi ?

Quand donc vous serez malade ^ il faut vous persuader que Dieu vous dit comme à Moïse : Regardez , et trmmllez sur le modèk qui vous a été proposé sur la montagne. Ou si vous voulez , figurez-vous notre Seigneur qui vous dit , comme à ses disciples dans le cénacle : Exemplum dedi vobis , etc. Je vous ai donné l'exemple ^ afin que vous fassiez comme J'ai fait - Or, Jésus a prononcé sept paroles sur la croix ,

196 IL PABTtE.

qui sont eomme les sept sceaox da litre 4e ?ie; comme les sept branches du chandelier myatiqne de Salomon ; comme lessept cdonnes du tmple de la Sagesse^qui fournissent k tous les nudades de très* belles instructions ^ et de très-douces consolations. H faut pendant la santé en pénétrer le sens 5 et en ap* prendre la pratique, afin que le malade à la mort puisse 9 sans peine et sans beaucoup d'application d'esprit , en tirer le fruit qu'on prétend.

PREMlBRE PAROLE.

Pater , dimitie iltù , non mhn icwMt quid facùmi^

Luc 23. Vu

Mon Père , par^nnes-Ieur , car Us ne savait ce qu'ils

font

Cette première parole que le Fils de Dieu prononça sur la croix » est une parole d'amour , de douceur et de patience qui nous doit instruire et consoler en notre dernière maladie. Pour en pénétra le sens , il faut remarquer deux choses.

La première , que notre Seigneur nous avait tons alors dans la pensée , et qu'il priait son Père , uodk seulement peur les Juift qui le crucifiaient eorporellement ; mais encore pour tous les chrétiens qui le de?aient crucifier spirituellement. Cur comme le fruit de sa passion devait s'étendre sur tous les hommes jusqu'à la fin du monde 5 aussi sa prière com-

LA sAnrnsiÉ de ta mort. 19$

preiiait géBéralement toiu ceux qai étaiBit béante de sa mort.

Secondement, H faut remarquer qu'il a lait cette oratoon pour noQS obtenir miséricorde de son Père, et pour nous instruire de ce que nous derons iaire à la mort

Ceci supposé , regardes , quand vims^serez malade, votre crucifix des yeux du corps ou de l'esprit , et vous souvenant de cette première parole , croyex très^ermemcnt que c'est pour vous que le Fils de Dieu Fa prononcée , et qu'il l'adresse encore à présent à Dieu son Père dans le ciel , en lui disant : Mon Pire , pardonnez à ce pauvre malade le$ péchés qu'il a commis » car U ne savait ce qu'il faisait.

Faites cette même prière à Dieu , conjurez-le par les mérites de la mort et de la passion àe son Fils, surtout par cette oraison tonte-puissante , de vous pardonner tous les péchés de votre vie.

Mais parce que la miséricorde de Dieu se règle sur la nôtre, et qu'il ne pardonne jamais à ceux qui ne pardonnestpoint , il est absolument nécessaire pour obtenir cette grâce^ que vous la fissiez à votre prochain : c'est pourquoi si vous aves quelque ennemi , ne manqnez pas de vous réconcilier avec lui , protestant k Dieu 9 quelque répugnance que vous y senties, que vous pardonnez à tous ceux qui vous ont oflensé. Offrez-lui la prière de son Fils , et lui dites à son exemple : Paier , dimitte iUis, nm enim sciant quidfaeiunt. Mon Dieu , mon Père , pardonnez & mes ennemis , car ils ne savaient pas ce qu'ils fai-

196 "a. PABTIE.

Baient Pardonnez à ceux qui m'ont ravi mon bien par leur injustice et par leurs violences. Pardonnez à ceux qui m'ont enlevé mon honneur par leur médisance et par leurs calomnies. Pardonnez à ceux qui m*ont aflBigé , et qui sont cause de ma mort. Je vous offre ma vie pour eux ^ et je suis content de mourir , pourvu que vous leur Eussiez miséricorde.

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