‹ La douce France. Illus. de J.M. BretonChapitre 4 sur 81 · LA FRANCE EST VARIEE · texte numérisé non relu

LA FRANCE EST VARIEE

Les paysans sont la forte infanterie des nations et les ouvriers seraient plutôt la cavalerie légère. Les paysans se remuent lentement, ils ont la patience, l'endurance, et, dans la France tout au moins, ils sont le nombre, l'élément principal de la population. Mais vous devinez bien que dans cette armée il y a beaucoup de régiments, qui n'ont ni le même uniforme tout à fait, ni les mêmes qualités dans le travail de chaque jour. Comment en serait-il autrement? La France est un pays si varié d'aspects ! Il faut bien que les races qu'elle nourrit soient comme elle, et, fortement unies ensemble pour ne faire qu'un pays, diffèrent cependant, comme les paysages. Prenez une carte de géographie ; tirez une ligne du nord au sud, de Cherbourg par exemple, à la frontière des Pyrénées. Que trouvez-vous? D'abord la Normandie, pa3fs d'herbages et de pommiers. La seule présence du pommier indique •la qualité du climat et celle du sol. Car le pommier n'est pas un bonhomme d'arbre de robuste santé, comme on le croit, et qui se plaît partout, et qui produit chaque année des pommes. Quelle erreur de citadin ! C'est un délicat, au contraire, un difficile, un capricieux. Il lui faut un sol profond et fort, frais -mais non mouillé ; il lui faut de la lumière et de la chaleur, mais l'une et l'autre

tamisées ; le pommier grille vite, il a besoin d'une voilette, comme une jolie femme, et les pays brumeux et tempérés sont les siens. Quand il rencontre ces conditions, il se couvre de fleurs au mois de mai, de fruits jaunes ou de fruits rouges à l'automne. Il est d'une générosité presque régulière, comme l'herbe des prés. La population qui vit aux dépens de l'herbe et du pommier sera donc riche, peu laborieuse, volontiers joviale, et processive comme tous les gens qui ont de grands loisirs pour méditer leurs ennuis.

En continuant de suivre la ligne droite, vous arrivez dans ce qu'on appelle le bocage angevin, pays de collines rondes qui portent à leurs sommets de grandes fermes aux toits de tuiles, et qui ont à leur pied beaucoup de ruisseaux étroits protégés par des aulnes, et souvent contenus entre des bords très rapides plantés de chênes et de châtaigniers. Là les champs parfaitement cultivés donneront toutes les belles moissons que prépare la charrue : le blé, le seigle, l'avoine, et toutes les luzernes, les trèfles, les choux presque aussi hauts qu'un chasseur debout. Là aussi, les hommes seront fermes, ardents, inventifs et de nature très fière. Plus bas, c'est le pays des Charentes. C'est le pa^^s du vin avec ses kilomètres carrés presque sans arbres; plus bas encore les vastes forêts de pins qu'on appelle les Landes, puis la montagne et l'Espagne toute proche. Comment voulez-vous que des terres qui se ressemblent si peu n'aient pas chacune

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