ACTE TROISIÈME
ELISABETH, très troublée, montrant la Ubie de travail.
Ne devinez-vous pas? J'ai tout lu, tout appris... Et dès les premiers mots par votre main transcrits. J'ai cru mourir... Hildal quelle honte suprême 1
MAITRE ANDRÉ
Ma Lisbeth !
ELISABETH
Ah ! pourquoi m'avoir ouvert les yeux ?
Pourquoi ?
Pour dissiper un mensonge odieux.
Un impudent mensonge... insulte à Dieu lui-même !
Il s'assied à droite.
ELISABETH, avec élan.
Ah I comme à ce mensonge, à ce divin poème
Fier comme un cri de guerre et pur comme un printemps
Il était doux de croire... et depuis si longtemps !
mon père, songez qu'en ma petite enfance.
Dès que j*ai pu parler, je l'ai balbutié
Ce nom de sainte Hilda, nom d'amour, de pitié,
Et que douter de lui me semblait une offense
Si grande, que le ciel vous en eût foudroyé!
Et voilà tout à coup votre science amère
— Car elle est infaillible, hélas 1 je le sais bien 1 —
Qui fait tomber les ailes d'or de ma chimère...
De la Sainte adorée il ne reste plus rien 1
Ne vous étonnez pas, mon père, que je pleure...
Quand instruite par vous, j'ai compris tout à l'heure
La sèche vérité dans toute sa rigueur.
J'ai senti, sous un vent de tristesse glacée.
S'effeuiller brusquement ma croyance passée...
Et c'était comme un lys qui mourait dans mon cœur !
Elle tombe à genoux, accablée.
MAITRE ANDRÉ
Je comprends ta souffrance, enfant, et je déplore
La rougeur dont ton front bien aimé se colore.
Les larmes dont tes yeux si chers se sont voilés ;
Mais ces soucis d'un jour seront vite envolés
Et se dissiperont, pareils à la rosée
Qui monte dans l'azur, par le soleil baisée.
Tu souffres de la fin d'un rêve qui berça
En ses illusions ton enfance trompée ;
C'est la réalité, moi, qui me terrassa.
Et dans mon cœur saignant tremble encor son épée !
S'animanU
Mais le jour vient enfin, que dis-je ? le moment
Où je vais me venger de la Sainte maudite
Qui me prit mon bonheur... et mon cœur bat plus vite...
Et dans mon être entier c'est un frémissement !
• n se lève.
ELISABETH
Quoi, VOUS voulez toujours?...
Plus que jamais ! ma haine Se double maintenant d'un devoir...
ELISABETH
Un devoir?
MAITRE ANDRÉ
Tout à l'heure, là-bas, devant le reposoir
On m'insulta... je veux, je dois leur faire voir
Que ma parole est sûre et ma raison certaine !
Montrant le fond.
Dans peu d'instants, chantant la dernière oraison, Pour rapporter la châsse au caveau de la Sainte,