‹ La douceur de croire: pièce en trois actes, en versChapitre 29 sur 33 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Lisbeth, ils vont passer devant notre maison. J'attendrai sur le seuil, sans colère et sans crainte, Et dès qu'ils paraîtront : « Mes frères, me voilà ! J'ai dit que sainte Hilda, la vierge que l'on prie, Fut une femme, et femme, a trahi la patrie, Et vous m'en demandez une preuve?...

Tendant la main yen le maauicrit.

Elle est là ! i>

ELISABETH, éclaUnl.

Oh I père ! par pitié, ne dites pas cela !

Ne brisez pas ce rêve en leur âme inquiète...

MAITRE ANDRÉ

C'est de rêves brisés que la Science est faite I

ELISABETH, avec élan.

La Science !... Empêcher tout un peuple d'aimer,

De croire, de prier... Je ne puis exprimer

Ce que j'ai dans le cœur, tant mon esprit s'égare...

Mais je sens — oui, je sens que votre œuvre est barbare,

Que pour une vengeance étroite, vous allez

Arracher une joie à ces cœurs désolés !

Ah ! dussé-je manquer, père, au respect suprême

Que je vous dois, je veux vous sauver de vous-même

Et ces feuillets maudits, je vais...

Elle tend la main vers le manuscrit.

MAITRE ANDRÉ, l'arrêtant et la prenant doucement sur ses gênons.

Arrête, enfant !

Arrête l Comprends donc qu'elle est notre ennemie. Cette Hilda ! que son culte indigne et triomphant Nous a pris l'être cher que j'appelais ma mie. Ta mère, enfin, ta mère, ange du ciel venu Que tu n'as pu chérir, que tu n'as pas connu !

Ah I si tu l'avais pu, comme moi, voir, entendre

A ses derniers moments ! Lorsque d'une voix tendre

Et si douce et si frêle et voilée à moitié,

Elle disait sans cesse : « Oh ! sainte Hilda ! Pitié !

Laisse-moi vivre, ô bonne Sainte ! Grâce 1 Grâce 1

Et je ferai brûler chaque jour de Noël

Douze cierges luisants devant l'or de ta châsse...

Laisse-moi vivre encor, bonne Sainte du ciel !... »

Rien, rien n'a pu fléchir l'infâme, la traîtresse !

ELISABETH

Mais, puisque vous parlez de pitié, de tendresse, Qui vous dit que là-haut celle que vous aimez Approuve les projets que vous avez formés ?

MAITRE ANDRÉ

Ma mie est avec moi, j'en ai la conscience î J'agis à son désir, en ma pleine raison.

Fort d'une vérité qu'éclaire la Science...

Et je suis approuvé par l'absente !

ELISABETH, avec force.

Non ! non î

Les yeux au ciel, les mains croisées, comme en extase.

mère, mère sainte, inconnue adorée

Que mon regard ignore et que mon cœur chérit ;

Douce brebis du ciel en son bercail rentrée,

Ange aux cheveux d'or pur dont la bonté sourit ;

mère, que parfois j'ai senti dans mes rêves

M'effleurer en passant d'un vol silencieux

Et laisser sur mon front des caresses si brèves

Que le rire et les pleurs se mêlaient dans mes yeux ;

mère, dis-le-lui que le ciel se refuse

En cette œuvre néfaste à lui prêter appui,

Que cette haine aveugle et farouche l'abuse

Si tu l'aimas jamais, dis-le-lui, dis-le-lui 1

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