INTRODUCTION
Il est classique d'affirmer que le diagnostic du Mal de Pott de l’adulte est l’un des problèmes les plus difficiles et les plus graves que puisse poser la pathologie.
Ceci est vrai, non seulement à cause de la gravité inhérente à l'affection elle-même, mais encore à cause de la sanction thérapeutique qu'elle impose.
Depuis l’époque où Percival Pott établissait ses « remarques sur cette espèce de paralysie des extrêmités inférieures que l’on irouve souvent accompagnée de la courbure de l’épine du dos qui est supposée en être la cause », de nombreux cliniciens se sont efforcés de dégager une symptomatologie, de la différencier d’affeclions nosographiquement parentes.
L'algie Pottique a prêté à plus d’une recherche ; mais, peutêtre à cause de son caractère subjectif, peut-être à cause de sa cédation habituelle au repos, ele s'est peu à peu écartée du souci majeur des praticiens. La place prépondérante prise par les études radiologiques, les nombreuses discussions qu’elles ont suscité, ont laissé à l'arrière-plan la sémiotique, les signes fonctionnels, en particulier.
En 1779, Percival Pott écrivait :
« Il (le malade) se plaignait d’une grande douleur, qui descendait depuis la courbure jusqu'aux hanches et cuisses et augmentant quand il se baissait ».
Au cours du siècle dernier, ses successeurs n’ont fait qu’étoffer ce schéma.
En 1837, Nélaton, en 1867, Robert Lee donnent des descriptions très précises des douleurs en ceinture, accompagnées, dit Nélaton « de la sensation douloureuse d’un coup de fouet entourant la base de la poitrine ou de l'abdomen ». Ils distinguent la pseudo-névralgie purement subjective, de la névralgie proprement dite, avec points douloureux au palper.
En 1871, Charcot et son élève Michaux, en 1877, l'Anglais Sayre, ajoutent à celte description les douleurs fulgurantes. Ils s'accordent à leur reconnaître une origine cordonale.
En 1878, Puel, dans une très remarquable thèse d’agrégation, Signiez et Imberdis, un peu plus tard, précisent une symptomatologie fonctionnelle douloureuse, dans laquelle ïls font la part des viscéralgies.
C'est enfin à Lannelongue, en 1888, à Ménard en 1900, qu'on doit les descriptions les plus complètes, les plus systématisées de la symptomatologie douloureuse du Pott. Comparés à des études anatomiques minutieuses, elles acquiéraient une valeur scientifique à laquelle on n'a rien ajouté.
En 1906, Alquier s’attachait particulièrement à définir les signes nerveux : ses travaux remarquables semblent avoir également un caracière définitif.
Depuis, la bibliographie contemporaine s'en est tenue à ces cquisilions. Certains travaux doivent cependant être retenus le livre très remarquable du Docteur Lance, les thèses de Rousset, Cappelle, Blanchard et Delahaye, les articles de George Huc et Massard, de Clavelin, Roederer, Bufnoir, Chatain, Boquel et Nouleau. Mais ces travaux s’en sont tenus surtout au problème diagnostie, à ses aspects paradoxaux, ou bien se sont efforcés de dégager du cadre du mal vertébral les syndromes non tuberculeux.
Sorel et Mme Sorel Dejerine ont envisagé le problème neurologique. Ils ne se sont jamais attardé sur la sémiotique. Leurs différents articles, la thèse de Madame Sorel, ont surtout une valeur anatomique et pronostique. Ils n'abordent pas le problème dans leur travail sur la tuberculose ostéo-articulaire en général. Dans leur article du Traité d'Orthopédie, ils ne donnent que très peu de préeision sur la douleur Pottique, s’en référant à une symptomatique qui équivaut celle de Pereival Pott lui-même. Les feuillets de Longuet et Courvoisier, dans l'Encyclopédie Médico- Chirurgieale, nous ont paru aussi imprécis.
Et pourtant, c’est parce qu'il souffre qu'un Pottique vient consulter le plus souvent.
Sur le conseil de notre maître, le Docteur Georges Huc, nous nous sommes efforcés de reconnaître les caractères de la douleur au cours de la tuberculose vertébrale. Appliquant les disciplines intellectuelles qu’il nous a enseignées, nous avons suivi les règles de l’empirisme.
Nous sommes restés le plus possible au contact de faits.
Dans leur interprétation, nous n'avons rien voulu laisser à l'hypothèse pure. Et si nous avons largement bénéficié. des recherches neuro-physiologiques contemporaines, nous avons voulu vérifier tout ce qu’il nous était possible de contrôler par l’expérimentalion.
Enfin, si nous avons pu dégager une sémiotique qui ait quelque valeur diagnostique, nous nous sommes altachés également à établir une thérapeutique qui, si elle n’est que symptomatique, n’en est pas moins une méthode d'autorité et d'humanité dans une affection où il faut et de l’une et de l’autre.
LA DOULEUR POTTIQUE