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Le journal de Hardy à la date du 1" février 1769. — Est/tei--dvi Barry et Aman-Choiseul. — La lutte du parti encyclopédique et du parti dévot. — La multitude républicaine. — Choiseul se défendant sur sa reLgion. — Acte de naissance de Jeanne Béqus dite la du Barry. — Son enfance. — Elle est placée chez la Frédérique. — La communauté de Sainte-Atire. — La Cour-Neuve. — Le magasin de modes de madame Labille. — Le comte du Barry. — Son passé. — Le brocantage de ses maîtresses. — Souper chez Lebel.
Un bourgeois de Paris, qui eut au dix-huitième siècle la patience de tenir registre des faits divers de son temps, des bruits et des nouvelles de la ville de Paris, de toutes les choses qu'il voyait, entendait, apprenait, Hardy, dans son Journal manuscrit (1), jusqu'ici inédit, raconte que, le 1" février 1769, veille de la Chandeleur, un ecclésiastique de ses amis alla dîner dans une maison qu'on ne lui a pas nommée. C'était le moment oti il n'était bruit à Paris que de
(1) Des fragments de ce journal ont été publiés par la Nouvelle Bévue Enq/clopédique, mais le manuscrit n'a pas eu encore la publicité du livre.
la comtesse du Barry. Au dessert, un autre ecclésiastique, qui dînait dans cette maison avec deux de ses confrères, invita l'ami de Hardy, ainsi que toute la compagnie, à boire « à la présentation >^\ et, comme l'ami de Hardy ne comprenait guère ce que cela signifiait et demandait si c'était à la Présentation de Notre-Seigneur au Temple qui devait avoir lieu le lendemain, le prêtre, qui avait porté la santé, lui répondait : « C'est à celle qui a eu lieu hier ou doit avoir lieu aujourd'hui, à la présentation de la nouvelle Esther qui doit remplacer Aman , et tirer le peuple juif de l'oppression (1). » La nouvelle Esther était madame du Barry; Aman était le duc de Choiseul. Pesez cette scène et cette parole : la raison de la fortune de madame du Barry est là.
Dans cette guerre des idées, la grande guerre du dix-huitième siècle, dans cette mêlée des esprits et des âmes, ardente et sans merci, dans cette guerre civile des consciences où le sang ne coule plus, mais où la persécution continue ; au temps des excommunications et des proscriptions de l'opinion publique, alors qu'une sorte de revanche de l'édit de Nantes est prise sur l'ordre militant des Jésuites, sur cette armée de vieillards poussés par la main de Choiseul hors de
(1) Journal des événements tels qu'ils parviennent à ma connaissance, par Hardy. Bibliothèque nationale, manuscrits, Supplément français, 6680-6682.