CHAPITRE SEIZIEME
d'Hénin, 3° la Mortemart, 4° Bertrand de Molleville, 5° Breteuil ; et qu'à cette époque la Dubarry lit émigrer la jeune d'Aiguillon, qu'elle avoit fait passer pour une de ses filles de chambre.
Quatrième fait. — Au mois de janvier, la Dubarry, après la mort de Capet, prit le deuil avec le plus Convenue du fait, grand faste anglois. Elle fut à tous les services qui ont été célébrés dans les chapelles des puissances ennemies de la République.
Sixième fait. — Que le témoin, forcé de quitter l'Angleterre par ordre arbitraire du Roy, fut chargé par le comité de sûreté générale de plusieurs opérations importantes, lesquelles lui nécessitoient plusieurs voyages à Louveciennes. Invité par la Dubarry à prendre gîte chez elle, il accepta. Causant avec la Dubarry, il lui parla des voyages qu'elle, Dubarry, avoit faits à Londres et des fréquentations qu'elle avoit eues avec les personnes ci-dessus nommées, qu'il lui reprocha d'entretenir des correspondances avec la Galonné, la d'Hénin, la Mortemart, Ber-
Le témoin n'a pas été entendu sur ce fait comme
1 eût désiré.
Convenue de ce
lait.
trand de Molleville et Breteuil, que la Dubarry lui répondit : « Oui, c'est vrai; mais ce ne sont que des terreà-terre que nous nous écrivons; je n entretiens par cette correspondance que des liaisons d'amitié, rien de plus.» Que le déposant lui mit sous les yeux la loi de mars, la loi qui punit de mort tout particulier qui a des correspondances directes ou indirectes avec les ennemis de la République. Que le lendemain il fut servi un déjeuner aux officiers municipaux de Louveciennes, où il fut invité de se rendre ; que là, la Dubarry avec Morin ayant fortement pressé ces officiers de déclarer pourquoi ils avaient arrêté La Bondie, et que ceux-ci ayant déclaré qu'ils ne le connoissoient pas, les invitèrent ainsi que lui à consigner cette déclaration dans une lettre qui fit sortir La Bondie, le soir même, de prison, mais que Salenave lui ayant dit qu'il étoit un ci-devant dont les parents avoient émigré, le supposant un mal intentionné, il s'étoit retiré de chez la Dubarry.
Septième fait. — Dans une autre entrevue avec la Dubarry, Blachc
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N'a pas été dit raconte que, se trouvant avec les
par le témoin lors , xit * i x ^
desadépositiou. Rohan et la Laporte... et que tout ce monde se qualifioit de prince, princesse, comtesse, comme il s'éle-
voit contre ces qualifications
« Mais, répondit la Dubarry,c'es< une plaisanterie que nous faisions ensemble... n
Le 13 frimaire (3 décembre), I'Acte d'accusation CONTRE Jeanne Vaubernier, femme Dubarry, Jean- Baptiste Vandenyver, Edme-Jean-Baptiste Vandeny- VER et Antoine-Augustin VANDEN-iTER, banquiers hollandais, était lu et adopté à la chambre du conseil, puis imprimé, puis distribué à la séance des Jacobins,puis envoyé aux sociétés affiliées. Les témoins recevaient assignation à comparaître pour les 16 et 17 frimaire. L'acte d'accusation ordonnait que « Jeanne Vaubernier, femme Dubarry, serait retirée sous bonne et sûre garde de la maison d'arrêt de Sainte-Pélagie pour être transférée dans la maison dite de la Conciergerie, sur les registres de laquelle elle serait écrouée pour y rester comme en maison de justice ».
Madame du Barry occupait à la Conciergerie la chambre de Marie-Antoinette, comme s'il eût été dans ses destins d'usurper jusque dans l'agonie la place et le lit d'une Reine.
Les bons soins de la femme Richard ne pouvaient
tirer madame du Barry de son accablement. Elle avait appris par une personne sûre que Zamore, ce domestique chassé par elle de sa maison, était aujourd'hui le maître à Louveciennes. Elle savait sa cave mise au pillage, ses cartons de dentelles les plus chères disparaissant tous les jours, enfin son joli pavillon sondé, fouillé, déménagé peu à peu. Puis, sous le coup de l'accusation mortelle, à toutes ces morts violentes qui l'avaient pour ainsi dire effleurée, la mort de Brissac, la mort de Maussabré, etc., tristes et effrayants présages! venait en ces derniers jours s'ajouter la mort de ce républicain, payant de sa vie le sentiment amoureux qu'il semble avoir éprouvé pour madame du Barry, de ce Lavallery, qui s'était jeté dans la Seine au Port de Marly (1).
(1) Voici un bout de lettre de ce Lavallery, de ce membre du district de Versailles, à madame du Barry, publié par M. Le Roi : « Citoyenne... soj-ez convaincue que s'il est des occasions où je désire donner du prix à mon travail, vous avez droit à les faire naître. Votre sexe vous donne le droit de désirer la tranquillité et votre amabilité... Mille pardons, citoyenne, un républicain et un inconnu ne doit parler que la langue des affaires. Agréez l'assurance de mon respect et de tout l'intérêt que vous avez droit d'inspirer. Lavallery, Versailles, 17 mai » (an II de la République).
Séance du tribunal révolutionnaire du 16 frimaire an II (6 décembre 1793). — Réquisitoire de Fouquier-Tinville. — Audition des témoins. — Greive, Salenave,Zamore, etc. — Réponses de l'accusée. — Résume du vice-président Dumas. — Condamnation de la du Barry et des Vandenyver. — Lâche épouvante de la condamnée. — Sa déclîyration entre deux guichets de la Conciergerie le matin du 18 frimaire. — Exécution le même jour, à quatre heures trente minutes de relevée.
Le 16 frimaire de l'an II de la République (6 décembre 1793), à neuf heures du matin, l'audience du tribunal criminel révolutionnaire était ouverte.
Le tribunal se composait des citoyens René-François Dumas, vice-président faisant fonction de président; de François-Joseph Denisot, d'Alexandre- Edme David, de Charles Bravet, juges; d'Antoine- Quentin Fouquier, accusateur public ; de Robert Wolf, greffier. Au banc des jurés siégeaient les citoyens Trinchard, Prieur, Billion, Mercier, Klispis, Meyer, Martin, Topino Lebrun, Lohier, Sambat, Vilatte, Payan.
Le tribunal et les jurés ayant pris place, on introduisait les nommés femme Dubarry et les Vandenyver père et fils, et aussi les citoyens Chauveau et
Lafleutrie, hommes de loi, conseils et défenseurs officieux.
Dumas, vice-président, à l'accusée.
Demande. « Vous, accusée, qui êtes assise au fauteuil, quels sont vos noms, âge, profession, lieu de naissance et demeure?
Réponse, (.i Jeanne Yauhernier, âgée de quarante-deux ans, née à Vaucouleurs, vivant de mes revenus, demeurant ordinairement à Luciennes. »
D. « N'êtes-vous pas la femme du ci-devant comte Dubarry(l)?))
R: a Nous somines séparés de droit. »
Vandenyver, ce vieillard de soixante-six ans, et ses deux fils donnaient leurs noms, leurs professions, leurs demeures.
Puis, après que le président eut recommandé l'attention aux accusés, le greffier donnait lecture de l'acte d'accusation.
A^!TOI^'E-QuENTIN FouQuiER, accusateur public du tribunal criminel extraordinaire et révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention nationale
(1) Hard}- dit dans son Journal manuscrit, à la date du 3 juin 1772 : ic On est informé que le lundi précédent les inamovibles du nouveau parlement avaient prononcé la séparation de corps et de biens du comte du Barry avec son épouse, et Ton prétendait que plusieurs seigneurs de la cour avaient déposé contre ce comte pour favoriser et appuyer les prétentions de la dame son épouse. On s'étonnait qu'elle n'eût pas fait plus tôt annuler et casser son mariage. Le procès des héritiers nous informe que par sentence contradictoire du Châtelet de Paris, du 1" avril 1772, elle fut séparée d'habitation avec son mari, Guillaume du Barry, auquel elle constitua 5,000 livres de rentes. »