CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
ni par les conseils de qui que ce soit, mais pour une infidélité de poj'celaines qui dispai'oissoient journellement de chez moi. »
« Louis-Benoît Zamor, âgé de trente-un ans, né au Bengale, dans l'Inde, employé au comité de salut de Versailles, y demeurant rue de la Loi, déclare avoir été élevé chez l'accusée depuis l'âge de dix ans, qu'il fut amené en France par un capitaine de navire; que, voyant les journaux patriotiques parler souvent d'elle d'une manière un peu leste, il lui avoit conseillé de faire le sacrifice d'une partie de sa fortune envers la nation pour conserver l'autre ; que l'accusée, bien loin de prendre en considération ses sages avis, continua de recevoir chez elle des aristocrates, ce qu'il jugea en les voyant applaudir les échecs qu'éprouvoient les armées de la République ; qu'il fit de nouveau àce sujet des observations à l'accusée, qui ne daigna pas même avoir l'air d'y faire attention ; au contraire, ayant appris que je fréquentois un ancien ami de Francklin et de Marat (Greive), et que j'étois très-lié avecles patriotes Blache, Salenave, Frémont et un grand nombre d'autres, elle se permit de me dire avec un ton impérieux qu'elle ne me donnoit que trois jours pour sortir de sa maison (1). »
(1) Les délations de Zamore ne le mirent pas à l'abri des persécutions des sans-culottes, qui ne lui pardonnaient pas son passé. M. Dauban a relevé aux Archives nationales, sur un des registres consacrés à la correspondance de la police, la mention suivante à la date du 9 nivôse an II (29 décembre 1793) : Arrestation par la commune de Sever, département de Seine-et-Oise, du nommé Zamor, élève de la du Barry.
L'accusée : « // est faux que je recevois chez moi des aristocrates ; quant aux avis que le témoin dit m' avoir donnés, je n'en avois point à recevoir de lui; à l'égard de son expulsion, elle a eu lieu rapport aux fréquentations des po'sonnes quil vient de vous nommer. »
Jean Thénot, âgé de vingt-cinq ans, instituteur à Luciennes, « dépose avoir servi pendant cinq ans en qualité de domestique (il étoit sorti de chez madame Dubarry depuis trois ans) et lui avoir entendu dire en 1789, à l'époque de la mort de Foulon et de Berthier, que le peuple étoit un tas de misérables, de scélérats. »
L'accusée interrompant le témoin : — « Dans quel endroit mavez-vous entendue tenir un pareil propos ? »
Le TÉMOIN : «C'était en allant à votre melonnière.»
L'accusée : «Ze fait est faux, c'est une atî'oce perfidie. »
Vient le tour des femmes de chambre.
Henriette Picard, femme Couture, âgée de vingttrois ans, au service de l'accusée, dépose l'avoir accompagnée dans ses voyages à Londres avec le valet de chambre Prétry, Maréchal domestique, la femme Roussel et le ci-devant chevalier d'Escourt; a vu des Français émigrés venir chez l'accusée pendant son séjour à Londres.
Marianne Labitte, veuve Gottet, âgée de quarantesept ans, tapissière à Luciennes, dépose qu'il est à sa connaissance que, lors de l'arrestation de Brissac, l'accusée passa la nuit à brûler des papiers.
L'accusée : « Je nai brûlé aucuns papiers, n