‹ La Du BarryChapitre 139 sur 154 · CONVERSATION ORIGINALE · texte numérisé non relu

CONVERSATION ORIGINALE

ET QUI POURRA SERVIR A L'hISTOIRE DD DIX-HUITIÈME SIÈCLE (1).

*** Le comte du Barry avait une ordonnance de i 7,000 livres sur le Trésor royal. Quoiqu'il n'osât en espérer un

(1) Cette pièce inédite, qui peint assez bien sur le vif l'immoral Gascon qu'était le comte Jean, m'est communiquée par M. Maurice Tourneux, le savant éditeur de la Correspondance de Grimm, publiée par les Garnier. Les trois étoiles placées en tête indiquent que c'est un article communiqué par madame d'Épinay à Meister, qui rédigeait la Correspondance à la place de Grimm. Cette conversation a été écrite en décembre 1775.

prochain payement, il l'avait néanmoins sollicité auprès de M. Turgot et de M. de Vaines, Son titre ayant paru incontestable, elle fut acquittée sur-le-champ. La reconnaissance du comte du Barry, ou peut-être son étonnement, l'engagea à passer chez M. de Vaines pour lui faire ses remercîments. Celui-ci se crut trop heureux d'avoir une si belle occasion de le faii'e jaser. Voici leur conversation et comment débuta le comte avec son accent languedocien.

— Monsieur, je viens vous rendre grâces du payement de mon ordonnance sonica. Jamais ce gueux d'abbé Terray n'en a tant fait pour moi.

— Cela est bien étonnant, monsieur, avec autant de crédit que vous en aviez.

— Moi, du crédit! Point. Quand une fois j'ai eu mis cette coquine sur le trône, elle m'a tourné le dos.

— Comment! elle n'a rien fait pour vous?

— Pardonnez-moi, du pis qu'elle a pu.

— Et comment faisiez-vous donc?

— Ah! je vais vous le dire. J'avais son valet de chambre et sa femme de chambre qui m'étaient vendus, je payais bien et ils m'instruisaient de tout. Un jour entre autres, j'appris à la minute que cette créature avait eu l'ingratitude de dire à ce coquin d'abbé en présence du roi : « Je vous défends, l'abbé, de rien donner au comte du Barry; mais pas une obole; je ne prends aucun intérêt à lui, et je ne veux pas qu'aucun des miens soit à charge à l'État... » Savez-vous, monsieur, ce que je fis? Je revins à Paris comme un trait, j'allai attendi-e l'abbé chez lui, et dès qu'il fut arrivé : <■' Eh bien, lui dis-je, cette coquine de làhaut a-t-elle bien joué son rôle? A-t-elle montré devant le Roi bien du désintéressement? L'a-t-elle prononcé là comme il faut qu'elle ne voulait pas que l'on fît rien pour moi?... » L'abbé en fut la dupe, et j'en tirai cette fois quelques mille pistoles, mais peu de chose, une misère. Une seule fois je tirai de lui 300,000 petits écus ; en vérité, je crois que c'est tout.

— Cependant VOUS êtes riche?

— Riche, non; j'ai 75,000 livres de rente viagère que j'ai abandonnées à mes créanciers pour quatre ans, et je me suis réservé 2,000 livres par mois que me fait le Roi sur le Trésor. Comme j'aime la république et le poisson, je compte aller passer ces quatre ans à Marseille.

— Madame du Barry a de l'esprit sans doute?

— De l'esprit, point; mais il y a chez elle de grands rapports entre le physique et le moral. Le matin, quand elle se lève, elle est belle, jolie, fraîche comme rosée; il en faut convenir, elle est ravissante . Vers les onze heures ses joues tombent, son teint se fane , il lui vient des taches jaunes sous les yeux; ce n'est plus qu'une rose sèche, un vrai gratte-cul. Aux lumières son visage se ranime, elle reprend sa beauté. Eh bien, son esprit est tout de même, elle a de certaines lueurs, de la mémoù'e, assez d'adresse pour placer à propos ce qu'elle a entendu ; il lui tombe même quelquefois comme du ciel des choses charmantes. Et puis, je lui avais composé un petit collège académique, l'abbé Arnaud, Marin, Turpin, la Morlière et quelques autres beaux esprits qui la tenaient au courant de la moyenne littérature et qui lui apprenaient à fronder la philosophie ; elle s'en tirait assez bien.

— N'avez-vous pas perdu madame votre femme?

— Vous m'en voyez en deuil; j'ai retranché les pleureuses, parce que je ne la pleure pas. Une digne femme, ' belle et de mérite, n'ayant pas le sou ; elle priait le ciel toute la journée pour l'expiation de mes misères. Je l'estimais, mais je ne l'aimais pas. Elle était parente de Malesherbes; je vais de ce pas lui faire part de cette perte. En vérité, nous ne sommes pas heureux dans notre famille ; il n'y a que ce gueux qui a renié le nom de ses ancêtres qui ait fait fortune. Il a épousé la Fumel, qui lui donnera plus de 200,000 écus. Pour mon fils, j'ai fait une sottise. On m'a embâté de cette Tournon; elle n'avait rien, mais elle était parente du Soubise ; elle était belle, le roi

la dotait. J'avais conçu des espérances, tout cela s'est évanoui.

— Monsieur, et qu'est devenue madame de Murait?

— Ah! charmante créature! elle est reléguée à quelque troisième étage, je pense. Je l'estime, elle a du caractère. Figurez-vous que, tandis que je l'adorais, que je lui prodiguais l'or et les bijoux, elle me disait : « Je vous hais à la mort, je vous déteste, je vous exècre; il n'y a pas de Savoyard du coin de la rue que je ne vous préfère. » Oh! je lui rends cette justice, elle a du caractère, cette femme ; eh bien, cela meui-t de faim dans quelque coin.

Ils en étaient là lorsque M. d'Harvelay entra. Le comte court à lui.

— Eh! bonjour, monsieur d'Harvelay, n'esl-ce pas moi, je pense, qui vous ai fait banquier de la cour?

— Je ne le pense pas, moi, monsieur. M. de Vergennes, en entrant dans le ministère, a jugé à propos de me confier quelques détails.

— Apparemment que je confonds. Adieu, messieurs, je vous laisse et je cours chez Malesherbes.

Arrivé chez M. de Malesherbes, il lui fît part de la mort de sa femme comme sa parente et celle du chancelier de Maupeou.

— Comment cela? lui dit M. de Malesherbes.

M. du Barry entame la généalogie de sa femme.

— Mais vraiment, lui répond M. de Malesherbes, elle est beaucoup plus ma parente que celle de M. de Maupeou.

— Eh bien, reprend du Barry, j'accepte l'échange.

FOURNI A MADAME LA COMTESSE DUBARRY PAR BUFFAULT , MARCHAND A PARIS (1)

Pour son usage.

Septembre 1769. — Livré à madame Sigly (2) 14 aunes 1/4 gros de Tours fond gris lamé d'argent, broché soie et cordonnet rayé argent, à 60 livres 85o 1.

Septembre 1769. — Livré à madame Sigly 14 aunes 1/4 persienne blanche cannelée, rayée, satin blanc, brochée rozette, lamée or et chenille cerise, à 48 livres. 684 1.

Septembre 1769. — 15 aunes musulmane blanche rayée, satinée, rose, à lo livres 225 1.

Septembre 1769. — Livré à madame Sigly 20 aunes satin fond blanc à médaillons, broché, chenille, double fonds lilas et blanc, à 34 livres 680 1.

Septembre 1769. — 17 aunes fonds jonquille, canelé, rayé, satiné blanc, semé de bouquets nues variés, à 24 livres 408 1.

Novembre 1769. — Livré à madame Sigly, pour une robe sar le grand panier, lo aunes satin fond blanc rayé or, broché, bouquets de chenille nacarat et petite guirlande en soie citron, à 54 livres 810 1.

Juin 1771. — Pour six parasols en bois de palissandre, taffetas de différentes couleurs, garnis de blonde soye et argent, à 39 livres pièce 234 1.

(1) Je donne ici quelques fragments des comptes de madame du Barry d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale (supplément français, 8157, 8158). Ces comptes ne sont pas seulement intéressants pour l'histoire de la favorite ; ils renseignent sur la valeur des belles choses du temps et nous donnent le prix exact des objets les plus luxueux, les plus fastueux de l'industrie artistique du dix-huitième siècle. Je commence parles commandes de la toilette. Les marchands de soieries de madame du Barry étaient Bufifault, Lenormand, Barbier, Pourjot, Assorty. Son frangier, c'était Frémont; son galonnier, c'était Lejeune; son boutonnier, c'était Kiriel.

(2) Madame Sigly était la couturière que faisait le plus ordinairement travailler madame du Barry.

FOCIUNI A MADAME LA COMTESSE DUBARRÏ PAR LE NORMAJS'D, PROSPER LE DUC ET C*^, A PARIS.

Pour son usage.

Quartier d'octobre 1772,

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