CHAPITRE DIX-SEPTIEME
Madame du Barry descendait la première. On l'entendait sur l'escalier de l'échafaud, éperdue, désespérée, folle d'angoisse et de terreur, se débattre, supplier, demander grâce à l'exécuteur, demander : ^Encore une minute, monsieur le bourreau!» puis, sous le couteau, crier : « A moi! à moi! » comme une femme assassinée par des voleurs (1).
d'hui contre la nommée Jeanne Vaubernier femme Dubarry, qui a été condamnée à la peine de mort pour les causes énoncées audit jugement, et de suite l'avons remis à l'exécuteur des jugemens criminels et à la gendarmerie qui l'ont conduit sur la place de la Révolution de cette ville où, sur un échalîaud sur ladite place, la ditte Vaubernier f. Dubarry a en notre présence subi la peine de mort, à quatre heures trente minutes de relevée, et de tout ce que dessus avons fait et rédigé le présent procèsverbal pour servir et valoir ce que de raison, dont acte.
" Deguaigue.
« Enregistré gratis à Paris, le 22 frimaire, II' de la Bépublique française me et indivisible.
« Suvée. »
Tribunaux révolutionnaires, 'W" 300.
(1) Madame Curtius faisait voir au boulevard du Temple, en 1803, un buste en cire de madame du. Barry, qu'elle donnait comme ayant été exécuté d'après un moulage que son mari avait été autorisé à prendre sur la tête de la guillotinée, au cimetière de la Madeleine.
Je reviens au buste en plâtre plein de Caffieri de la bibliothèque de Versailles, buste qui est pour moi le seul qui donne l'idée de la beauté de la du Barry et du caractère de sa beauté. Le buste de Pajou, l'image officielle en marbre de la favorite, avec son nez bourbonien, ses yeux à fleur de tête, l'ensemble de sa physionomie moutonne, ne trahit rien de la perfection et de la mignonnesse éveillée que révèle l'admiration des contemporains. Je dirai plus, le nez que lui donne Pajou dans sa sculpture n'est pas le nez de son portrait de Drouais , le nez de son portrait de Cosway, et la gracieuse effronterie de son visage ne s'explique que par le nez qu'elle a dans le buste de Caffieri, un nez un peu relevé, un nez à la Roxelane avec une légère et presque insensible courbe aquiline. C'est seulement ainsi qu'elle apparaît avec cette mutinerie de jeune nymphe dont il n'existe rien dans le buste de Pajou. Je sais que quelques personnes , déroutées par le peu de ressemblance du buste de Caffieri avec le buste de Pajou, ne veulent pas voir dans ce plâtre le portrait de la favorite. Il faut cependant dire que le donateur, M. Ferrand, artiste peintre, le donnait, d'après une tradition, comme un portrait de madame du Barry ; que , d'un autre côté , la Revue des Documents historiques a publié une quittance qui atteste de la manière la plus positive l'exécution d'un buste de la comtesse par Caffieri (1); qu'enfin la date
(1) Voici la quittance republiée par Guiffrey dans son livre intitulé les Caffieri, Morgand et Fatout, 1877 : « Je reconnais avoir reçu de
J.-J. Caffieri, 1110, le moment de la grande faveur de la maîtresse déclarée, rend très-acceptable le modelage de la du Barry cette année. Pour moi, je le répète, jusqu'à ce qu'une preuve positive vienne démontrer que c'est le portrait d'une autre femme, je persiste à être convaincu que c'est le portrait de la du Barry tel qu'il se dégage des mémoires, des poésies du temps, et je demande que des épreuves en plâtre soient tirées de ce buste inconnu, des épreuves destinées à venger la beauté de la favorite de la calomnie de Pajou.
J'ai passé chés vous, monsieur le duc, pour vous faire mes remercîments sur le vif intérêt que vous avez mis à la grâce que le Roi vient d'accorder à mon frère ; je crois vous devoir, monsieur le duc, celle de lui avoir fait conserver sa compagnie de dragons, grâce que mon frère prise infiniment, ainsi que moi, puisqu'elle le met à même de continuer à montrer son zèle pour le service du Roi.
Je suis, monsieur le duc, avec des sentiments aussi distingués que reconnaissants, votre très-humble et très-ohéissante servante.
DUBARY.
Compiègne, le 10 (1).
M. Humbert la somme de mille livres pour avoir fini le buste en marbre de Louis XV appartenant à madame la comtesse du Barry, sans préjudice de ce que madame la comtesse du Barry me doit pour avoir fait son portrait. P^ait à Paris ce 5 novembre 1779. Caffieri. »
(1) L'écriture de cette lettre est très-curieuse. Ce sont les gros caractères informes d'un enfant qui commence à écrire, caractères qui ne ressemblent en rien aux petites pattes de mouches qui font reconnaître à la première vue les billets de la favorite, lorsqu'elle aura tout à fait appris à écrire. — Les quatre lettres que nous donnons ici, écrites par madame du Barry dans les premiers temps de sa faveur au ministre Choiseul, ont été communiquées par le duc de Choiseul, neveu du mi-
Je VOUS remercie, monsieur le duc, de l'accueil obligent que vous avés fait au sieur Nalet; vous connaisses depuis long-temps tout l'intérest que je prends à lui, je serai enchantée de le voir rétablir dans le poste qu'il a rempli pendant plusiew'S années ; j'en crois l'instant favorable, je vous serai infiniment obliffée si vous le mettez en même d'en jjrofiter; j'ai l'honneur d'être, avec une extrême considération, monsieur le duc, votre très-humble et très-obéissante servante.
La comtesse Dubarry.
Du château de Versailles, ce 30 juin.
Vous êtes trompé par vos entours, monsieur le duc, sans quoy il seroit impossible que vous m'eussiés écrit, il y a six mois, que le bien des affaires du Roy étant de remettre en fourniture les vivres de Corse, vous les rqndriés au sieur Nalet, des services de qui vous étiés content, dés que le sieur de Liste seroit arrivé; il paroit que ce régisseur a des projets différents des vôtres, puisqu'il est si lent à se rendre à vos ordres; vous sentes mieux que moi combien sa présence icy est peu nécessaire pour l'exécution de votre volonté, qu'il arrive ou n'arrive point vous pouvés donc passer le traité ait sieur Nalet, si vous persistes à croire qu'il est capable de bien remplir ses devoirs; n'en pai'lo7is plus, monsieur le duc; si vous avés changé d'opinion, je n'en resterai pas moins convaincue que vous avés eu intention de faire quelque chose qui m'eût été agréable. J'ay l'honneur d'être, avec une extrême considération, monsieur le duc,
Votre très-humble et très-obéissante servante.
La comtesse Dubarry.
Versailles, 16 décembre 1769.
nistre, à la Revue de Paris (novembre 1836), dans un article où il réfutait les faux mémoires publiés par Lamothe-Langon sous le nom de la comtesse du Barry.
Je prends, monsieur le duc, tout l'intérest possible à M. d'Arambal. Vous sçavés mieux que personne combien il est bon serviteur du Roy, et je désire que ma recommandation puisse ajouter à un titre qui vous est si précieux. Je xerray avec une satisfaction extrême tout ce que vous pourrés luy procurer d'avantageux. Je suis, monsieur le duc, avec une extrême considération, votre très-humble et três-obéissante servante.
La comtesse Dubarry.
Versailles, le 5 juillet 1770.
Le dépouillement des catalogues de lettres autographes ne donne guère que des signatures au bas de quittances et d'ordonnances de payements. Et je ne trouve pas une seule lettre un peu intéressante, sauf une lettre d'amour à lord Seymour donnée par Barrière à Janin, qui l'a vendue, sauf cette autre lettre datée du IS juillet 1780 où, demandant qu'on fasse des réparations indispensables au château de Luciennes, elle dit : « Les dégradations qui existent jettent sur les bâtiments un déshonneur qui blesse mon amourpropre. »