DIAMANS ET BIJOUX PERDUS
« Il a été volé chez madame du Barry, au château de Lucienne, près Marly, dans la nuit du 10 au H janvier 1791, les diamans et bijoux: ci-après: Une bague d'un brillant blanc, quarré long, pesant 35 grains environ,
(1) C'est l'annonce du vol fait chez madame du Barry dans la nuit du mois de janvier 1791. Cette rarissime affiche se trouve aux Archives nationales, dans le dossier W* 300.
montée en cage; une dite d'un brillant, pesant environ SO grains; une dite d'un brillant de 26 à 28 grains; une dite d'un saphir quarré long, avec un Amour gravé dessus, et deux brillans sur le corps; un baguier en rosette verte, renfermant 20 à 25 bagues, dont une de grosse émeraude; pendeloque montre à jour pesant environ 36 grains, d'une belle couleur, mais très-jardineuse, ayant beaucoup de dessous; une d'un onyx représentant le portrait de Louis XIII, dont les cheveux et les moustaches sont en sardoine; une d'un César de deux couleurs, entourée de brillants; une d'une émeraude quari'é long, pesant environ 20 grains; une d'un brun puce, pesant 14 à 16 grains; une d'un Bacchus antique, gravée en relief sur une cornaline brûlée; une d'une sardoine jaune, gravée par Barrier, représentant Louis XIV entouré sur le corps de roses de Hollande fort vilaines; une d'un gros saphir en cœur, montée à jour et entourée de diamants sur le corps et sur la moitié de l'anneau ; le saphir en cœur de Louis XIII et l'émeraude quarrée sont montés de même et garnis de diamans, de roses, de brillans. Plus dans ce baguier il y a un bonus eventus antique , gravé sur un onyx sur le papier ; un brillant blanc pesant 29 grains ; un dit pesant 25 grains ; un dit forme pendeloque pesant 28 grains ; un dit rond pesant 23 grains ; un dit idem pesant 24 grains ; un dit qualité inférieure , quarré long pesant 23 grains ; trois dits ide77i, pesant chacun 28 grains et demi ; un brillant en épingle, forme longue , pesant 30 grains ; un brillant , forme lozangc , pesant 35 grains ; deux brillans trèsbeaux en boutons d'oreille, pesant chacun 50 grains; deux brasselets ensemble de 24 grains, pesant 15 à 16 grains chaque ; Une rose montée à jour de 258 brillans blancs , dont uti gros au milieu ^ cristallin j pesant 24 grains environ; un Collier de 24 beaux brillans montés en chaton à joilr, de 15 à 20 grains chaque; huit parties de rubans en bouillon , chacune de 21 brillans à jour^ chaque brillant pesant depuis 4 grains jusqu'à 8; une
paire de boucles de souliers de 84 brillans , pesant 77 karats un quart; une croix de 16 brillans, pesant 8 ù 10 grains chaque ; soixante-quatre chatons, pesant 6 jusqu'à 10 grains; une belle paire de girandoles en gros brillans, de la valeur de 120,000 livres; une bourse à argent en soie bleue avec ses coulans , ses glands et leurs franges, le tout en petits brillans montés à jour; un esclavage à double rang de perles avec sa chute, le tout d'environ deux cents perles, pesant 4 à 5 grains chaque; un gros brillant au haut de la chute, pesant 2o à 26 grains, et au bas un gland à franges et son nœud, le tout en brillans montés à jour ; une paire de brasselets à six rangs de perles , pesant 4 à o grains chaque ; le fond du brasselet est une éraeraude surmontée d'un chiffre en diamans en deux L pour l'un et d'un D et B pour l'autre, et deux cadenas de quatre brillans, pesant 8 à 10 grains. Un rang de cent quatre perles enfilées , pesant 4 à o grains chaque ; un polirait de Louis XV peint par Massé , entouré d'une bordure d'or à feuilles de laurier; le dit portrait de 3 à G pouces de haut; un autre poi'trait de Louis XV peint par le même, plus petit, dans un médaillon d'or; une montre d'or simple de Romilly; un étui d'or à une dent émaUlée en verd , avec un très-gros brillant au bout , pesant environ 12 grains, tenant sur le tout par une vis; une paire de boutons de manches d'une émeraucke, d'un saphir, d'un diamant jaune , d'un rubis , le tout entouré de brillans couleur de rose , pesant 36 à 40 grains , montés en boutons de cou; deux bandes de cordons de montres, composés de seize chaînons à trois pierres, dont une grande émeraude et deux bi'illans de 3 à 4 grains de chaque côté , et trois autres petites bandes de deux chaînons chaque, pareils à ceux ci-dessus. Une barrette d'un trèsgros brillant, quarré long, pesant environ 60 grains, avec trois grosses émeraudes dessous, pesant de 8 à 10 grains, avec deux brillans aux deux côtés, pesant 1 grain chaque , montés à jour; il est à observer que cette barrette n'est
pas polie; une bague d'un brillant d'environ 26 grains, montée à jour, avec des brillans sur le corps; deux girandoles d'or formant flambeaux montés sur deux fûts de colonne d'or, émaillées en lapis, surmontées de deux tourterelles d'argent, de carquois et de flèches faites par Durand; un étui d'or émaillé en verd, au bout duquel est une petite montre faite par Romilly, entourée de quatre cercles de diamans, et de l'autre des armoiries; deux autres étuis d'or, l'un émaillé en rubans bleus, et l'autre en émaux de couleur et paysages ; dix-sept diamans démontés de toute forme, pesant depuis 25 jusqu'à 30 grains chacun, dont une pendeloque montée, pesant 36 grains; deux autres barrières de bracelets détachées également de quatre diamans chacune , pesant le même poids ci-contre ; soixante-quatre chatons dans un seul fil, formant colUer, pesant 8, 9 et 10 grains chacun, en diamans montés à jour; deux boucles d'oreilles de coques de perles avec deux diamans au bout; un autre portrait de Louis XIV de Petitot; un autre portrait de feu Monsieur, tous les deux en émail, ainsi qu'un portrait de femme également de Petitot; une écritoire de vieux laque superbe, enrichie d'or et formant nécessaire, tous les ustensiles en or; deux souvenirs, l'un en laque rouge et l'autre en laque fond d'or à figures, l'un monté en or et l'autre monté en or émaillé ; deux petits flambeaux d'argent de toilette , perlés et armoiries; une boîte de crystal de roche, couverte d'une double boîte travaillée à jour; pièces d'or portugaises ; guinées et demi-guinées d'Espagne ; une dite des Noailles,des Louis XV, frappées à peu près dans cette forme : dans chaque angle de cette pièce sont des fleurs de lis; une de M. Bignon, de M. de la Michaudière, de M. Caumartin, aux armes de la ville ; une de la régence ; plus quarante diamans, pesant un karat chaque; deux lorgnettes, l'une émaillée en bleu, l'autre en rouge avec le portrait du feu Roi, toutes deux montés en or; un souvenir en émail bleu avec des peintures en grisaille, re-
présentant d'un côté une offrande et de l'autre côté une jardinière avec un petit chien à longues oreilles; un reliquaire d'un pouce environ, d'un or très-pur, émaillé en noir et blanc; une petite croix montée dessus assez gothiquement, et une perle fine de la grosseur d'un pois au bas, et plusieurs autres bijoux d'un très-grand prix.
« S'adresser à Lucienne, près Marly, chez madame du Barry; et à Paris chez M" Rouen, notaire, rue des Petits- Champs ; à M. Rouen, marchand orfèvre jouaillicr, rue Saint-Louis, au Palais; et au clerc du bureau, rue des Orfèvres. — Récompense honnête et proportionnée aux objets que l'on rapportera. »
DÉCLABATIO.N DE MADAME DC BARRV, FAITE ENTRE DEUX GUICHETS DE LA CONCIERGERIE, APRÈS LE JUGEMENT QUI LA CONDAMNAIT A LA PEINE DE MORT (1).
Cejourd'hui 18 frimaire, l'an second de la Répubhque française, une et indivisible (8 décembre 1793), dL\ heures du matin ; sur ce qui nous a été annoncé que Jeanne Vaubernier, femme du Barry, avait des déclarations importantes à faire ;
Nous, François-Joseph Denisot, juge au tribunal révolutionnaire ; assisté de Claude Royer, substitut de l'accusateur pubUc près ledit tribunal, et de Jean-Baptiste Tavernier, commis greffier, nous nous sommes transportés en la maison de justice de la Conciergerie, où nous avons trouvé le citoyen Dangé , administrateur de police , et ladite Jeanne Vaubernier , femme du Barry , laquelle nous a dit :
(1) Cette déclaration n'existe plus aux Archives nationales, dans les deux dossiers W« 16 et W« 300 consacrés à madame du Barrj-. Je la donno <!'nprps la copie qu'a dû en prendre dans le temps madame Guenard et qu'elle a imprimée dans ses Mémoires historiques de Jeanne Gomart de Vaubernier Dubarry. Lerouge, 1803.
1° Que dans l'endroit où l'on resserve les instruments de jardinage, en face de sa glacière, à Luciennes , se trouve enterré un nécessaire d'or, composé d'un plateau de porcelaine, monté en or, une théière en or, une bouilloire, un réchaud à l'esprit-de-vin , un pot au lait, une grande cafetièi'e à chocolat, une autre petite cafetière, une écuelle sous couvert et son assiette, trois petites cuillères, une petite passoire à théière, cent jetons à ses armes et au chiffre D B; le tout d'or et d'un travail très-précieux; observant que les manches desdits sont en jaspe sanguin et montés en or.
2° Dans une boîte ou corbeille enterrée dans le même endroit, quinze cent trente et un louis d'or de Aingtquatre livres chaque ; une chaîne de diamants avec ses deux glands et la clef montée à jour; deux chaînes d'oreille, composées chacune de neuf ou dix pierres, celles de devant fort grosses; trois anneaux, un de diamants blancs, un en rubis et en diamants blancs, un enémeraude et diamants blancs ; une très-belle pierre gravée, montée avec chaînes d'or pour collier; deux colliers de corail, dont l'un monté en or; un collier de perles fines; des chaînes d'oreille aussi en perles fines; un collier de perles d'or et deux ou trois chaînes d'or pour cou ; un portrait de Louis XV entouré d'un cadre d'or.
3° Dans une petite boîte de sapin, remise à l'épouse du nommé Déliant, frotteur, demeurant à Luciennes, une montre à répétition enrichie de diamants ; un petit paquet de quatorze ou seize diamants de 5 à 6 grains chaque ; un paquet de petits rubis; deux petits diamants plats pour monter en bagues; un autre portrait de Louis XV, dans un laboratoire, monté et plaqué en or; un petit enfant en forme de tirelire, en or émailié bleu; seize demi-guinées neuves et deux guinées enveloppées dans du papier; une paii'e d'éperons d'or avec des chiffres appartenant à feu M. de Brissac; une petite boîte de carton renfermée dans celle ci-dessus, dans laquelle est une chaîne en émeraude
en diamants, dont un grand pesant SO grains; les glands de laquelle chaîne se trouvent dans la boîte énoncée au deuxième article; observant que dans l'article deuxième ou troisième il se trouve un crayon d'or enrichi de diamants ; une boîte pareillement remise à la femme Déliant, renfermant un moutardier d'or, un petit plateau et deux gobelets d'or, et plusieurs autres objets qui ne reviennent pas à sa mémoire; deux caves remplies de flacons de cristal de roche , dont l'une lui appartient et l'autre à feu Brissac; lesdits flacons garnis en or; un autre gobelet de cristal avec un couvercle d'or , appartenant audit feu Brissac; une petite écuelle de vermeil avec son plateau.
4» Un coffre de velours bleu garni en argent doré , placé sous un escalier, dans une chambre formant garderobe, à côté de celle qu'elle occupait, dans lequel coffre il y a une douzame de couverts d'or armoriés, quatre cuillères à sucre, deux cuillères à olives, une cuillère à punch, le tout d'or; un étui renfermant douze cuillères à café en or; plusieurs portraits de femmes; deux cachets d'or, dont un de bureau et un petit; trois médailles, une représentant le Pont de Neuilly , la seconde l'École de Chirurgie , et la troisième l'Hôtel des Monnaies ; deux autres médailles représentant les mariages des ci-devant princes, aussi en or; une très-grande médaille d'or appartenant au feu Brissac, et quelques autres effets qu'elle ne peut désigner; plus deux poignards turcs montés en rubis et autres pierres.
5° Dans la chambre à côté de celle à coucher , servant de passage, dans la commode, une paire de boucles en or, garnies en perles, une petite boîte d'or unie ; une boîte d'écaillé blonde montée en or, avec le portrait d'une religieuse ; un bouchon de flacon d'or émaillé en bleu , avec un gros diamant. :
6° Dans une commode, dans la chambre à coucher, un pot à eau et sa cuvette de cristal de roche garnie en or; deux coupes de jaspe sanguin montées en or; un bracelet
antique monté en or , composé de différentes pierres ; un gobelet de cristal de roche et deux carafes et le plateau, le tout monté en or; vingt et une ou vingt-deux bagues de différentes pierres gravées, montées en or; une boîte montée en cage d'or , avec le portrait de l'épouse de Brissac ; un portrait de la fille de ce dernier, monté en or; un portrait du fils du même, aussi monté en or; un autre de son frère ; une boite d'écaillé blonde montée en or, avec une très-belle pierre blanche gravée, où est le portrait de Brissac et de la déclarante; une boîte de jaspe montée en or, émaillée ; une autre boîte de nacre de perles, montée en or ; un portrait on émail de la grand'mère de Brissac ; deux tasses d'or avec leurs manches de corail et quelques autres objets appartenant à Brissac.
1° Dans la cave à usage ordinaire , sous l'escalier , un grand seau, neuf douzaines et sept assiettes, dix-huit tlambeaux , dont trois à deux branches ; une douzaine de casseroles ; une grande et une petite marmite , le tout en argent ; dix-neuf grandes cloches d'argent ; soixante-quatre plats aussi d'argent, et autres objets d'argenterie dont l'état est chez elle.
8° Plusieurs figures de différentes espèces et en bronze. Une partie doit être dans un des bosquets près le pavillon ; une autre au-dessus du pavillon ; le tout légèrement couvert de terre.
9" Dans le jardin de Morin, valet de chambre, se trouvent cachés onze sacs de 1,240 doubles louis rapportés de Londres à son dernier voyage ; une boîte d'écaillé montée en or , sur laquelle est le portrait de Marie-Antoinette fait par Sauvage , dans laquelle se trouve une médaille d'or et quelques autres objets qui sont à la connaissance de Morin, qui a été chargé par elle de cacher tous lesdits objets contenus dans le présent article.
10° Observe qu'elle a en dépôt chez Morlan, A. Moncelet et Ranison et compagnie, banquiers, à Palmcr, à Londres, tous les articles relatifs au vol, excepté ceux soulignés en
marge et portés en l'imprimé de la récompense promise pour la découverte du vol en général, lequel a été paraphé par elle et par nous, ainsi que par le citoyen Dangé
11° Qu'elle a confié au citoyen Montrouy une seringue d'argent et trois canons aussi d'argent, une petite demiaune pliante en or; une bague nommée atriodes; un portrait de Brissac; deux couteaux à ôter la poudre, à lames d'or, avec deux petits cercles de diamants et manches noirs; un autre couteau émaillé, en or; une montre d'or et un petit cachet d'or avec une émeraude ; observant qu'elle a reçu dudit Montrouy deux cent cinquante ou trois cents livres à titre de prêt, ainsi que le coucher dont elle a fait usage pendant sa détention jusqu'à, ce jour.
Lecture faite des déclarations ci-dessus, a dit icelle contenir vérité et n'avoir autre chose à déclarer ; ajoutant que si c'est le bon plaisir du tribunal, elle écrira à Londres, et que, sans difficultés, elle recouvrera les objets concernant son vol, en payant toutefois les frais qu'a occasionnés le procès; et a signé avec nous, Denisot, juge; Royer, substitut de l'accusateur public ; Jeanne Vaubernier du Barry ; Dangé , administrateur de police ; Tavernier , commis-greffier.
PERQUISITIONS FAITES PAR ORDRE DU TRIBUNAL REVOLUTION- NAIRE DANS LE CHATEAU ET PAVILLON DE LUCIENNE A L'eFFET DE s'emparer DES BIJOUX OR ET ARGENT QUI Y ÉTAIENT CACHÉS, ET SOMMATIONS FAITES A MORIN, VALET DE CHAMBRE DE MA- DAME DUBARRY , DE DÉCLARER OU ILS SONT.
« Le 24 frimaire, l'an second de la République, une et indivisible (1).
« D'après l'invitation par nous faite au citoyen accusateur public près le tribunal révolutionnaire de Paris, est
(1) L'original des deux interrogatoires de Morin existe aux Archives nationales.
comparu devant nous , commissaires , juge-de-paix et maire dénommés aux procès-verbaux d'autre part, à dix heures du matin, Denis Morin, valet-de-chambre de la Dubarry, accompagné de Maximilien Brassan, Pierre Ducolet, gendarmes de la 1''^ division attachée aux tribunaux, et de Jean Auvray, huissier au tribunal, lequel Auvray nous a représenté les pouvoirs dont il étoit porteur, tant pour lui que pour les gendarmes susnommés.
(c Nous avons représenté au nommé Morin, en présence des témoins susdits, qu'il n'ignore pas ce qui est arrivé à sa maîtresse, la position critique où il se trouve lui-même, ayant toujours été reconnu pour confident; qu'il ne doit pas ignorer non plus la fin funeste du ci-devant chevalier d'Escourt ; que le meilleur parti à prendre pour lui comparant étoit de répondre aux interpellations qui alloient lui être faites, avec cette vérité, cette franchise, qui inspirent de l'intérêt dans toutes les circonstances ; qu'au reste toutes dissimulations ne serviroient qu'à le rendre coupable, d'autant plus que nous sommes instruits par les pièces entre nos mains, par des témoignages sûrs, par des déclarations formelles, des découvertes aux dépôts faits par la Dubarry.
« A ces premières observations, ledit Morin a répondu : qu'il avoit la confiance de sa maîtresse plutôt en apparence que de fait; qu'on ne le jugeoit jouir de la confiance entière de la Dubarry que parce que sa qualité de valet-dechambre le mettoit plus à portée de recevoir les ordres de sa maîtresse, et de donner les ordres de cette dernière à ceux attachés à son service ; qu'au surplus il étoit trop ami de la vérité pour se refuser à la fidélité d'aucunes déclarations, pour rien dissimuler sur tout ce qui pourroit nous donner des lumières à l'égard de la femme Dubarry.
« Nous avons ensuite interpellé de suite ledit Morin de nous déclarer ce qu'il faisoit avant que d'être avec madame Dubarry.
« A répondu qu'étant né d'un vigneron à Auteuil près
Paris, après avoir servi plusieurs autres personnes à Paris, il étoit entré par l'effet du hasard, le 5 juin 1768, au service du ci-devant comte Dubarry; que depuis cette époque il étoit toujours resté attaché à la maison de la Dubarrj', d'abord en qualité de laquais, pendant quatre ans, et en qualité de valet-de-chambre le reste du temps au service particulier de la femme du ci-devant comte Dubarry.
« Avons interpellé ledit Morin de nous déclarer ce qu'étoient devenus les statues de bronze et un buste en marbre représentant Louis XV.
« A répondu n'avoir pas connoissance de la statue de bronze, que seulement il sait que le concierge du pavillon avoit été chargé par la Dubarry de l'enlerrer dans un endroit qu'il ignore, sans doute pour empocher qu'on ne la mutilât; quant au buste, il a déclaré l'avoir déposé dans une serre avec d'autres marbres, à l'aide des nommés Déliant, frotteur, et Picard, terrassier, qu'ils avoient commandés pour cet effet.
« Avons demandé audit Morin ce que sont devenus les ditférens tableaux qui étoient dans la maison de la femme Dubarry.
« A répondu que d'après plusieurs avis donnés sur la né-* cessité de ne pas laisser en évidence aucuns tableaux qui puissent fatiguer la vue des fédérés, il avoit lui-même, à l'aide du nommé Déliant et un autre laquais, caché entre la croisée et la persienne de la salle à manger. Un tableau représentant Louis XV et Un autre le régent ; qu'il n'a pas d'autre connoissance à l'égard du portrait de Marie-Antoinette, que de l'avoir vu et laissé suspendu dans le cabinet de toilette de la Dubarry ; qu'en outre il avoit Caché luimême, à l'aide dudit Déliant et Prêtry, coiffeur de la Dubarry, un grand tableau sous cadre et sur son châssis^ représentant Louis XV en habit de chevalier, et ce dans une armoire de la chapelle, observant que tous ces dépôts n'ont été faits par lui que par les ordres de la Dubarry ;
que le cadre du susdit tableau a été porté au pavillon, que les armoiries qui en ont été détachées ont été renfermées par lui dans une armoire d'un anti-chambre à l'aile du bâtiment et dans laquelle armoire est aussi un tableau représentant une frégate nommée la Comtesse Dubarry.
(c A déclaré de suite, spontanément et sans interpellation, avoir enterré lui seul et sans l'aide de personne, dans la serre en face de la glacière, un coffre de bois de chêne bien ferré, qui renferme, à ce qu'il croit, un nécessaire d'or, dont la Dubarry avoit la clef, et ce dans un trou fait par lui seul ; déclare en outre avoir enterré dans un trou au même endroit, une petite boîte de bois, et à ce qu'il pense, sans en être certain, une seconde boîte dans le même trou, renfermant toutes deux des objets précieux dont il ne connoît pas la nature.
<( Avoir enterré par les ordres de la Dubarry, et d'après les sollicitations pressantes de cette dernière, dans deux trous pratiqués à gauche en entrant dans le jardin de lui comparant, savoir dans le premier trou environ cinq à six sacs d'argent, remis à lui par la Dubarry: le tout renfermé dans une boîte, observant qu'outre cette boîte il y a un gobelet de vei'meil appartenant à la femme Roussel, et qu'elle lui a donné à cacher; et de surplus neuf louis environ en écus de six livres, un louis d'or, une guinée et une demi-guinée en or, le tout renfermé dans un sac de peau, et appartenant à lui Morin; se rappelant, ce dernier, que, dans la même boite cachée dans le premier trou, il y a cent jetons d'argent armoiries appartenans à la Dubarry.
« Secondement, que dans l'autre trou dont il est parlé d'autre part, se trouve une petite boîte de bois fermant à crochet, dans laquelle sont contenus différens objets précieux qu'il ne peut désigner, n'ayant pas eu la curiosité de les regarder avant de les enterrer, malgré la possibilité qu'il en avoit.
« Interpellé ledit Morin de nous déclarer la quantité d'argent que pouvoit contenir le premier trou :
« A répondu, ne pouvant au juste en désigner la quantité, que ces sacs plus ou moins grands pouvoicnt contenir les uns 1,200 livres, les autres davantage.
« Interpellé si dans la boîte dont il s'agit il n'y avoit pas de louis en or :
« A répondu, qu'à la vérité il avoit d'abord mis dans cette boîte deux rouleaux composés chacun d'environ cinquante louis en or; mais que d'après les ordres de la Dubarry il les avoit retirés et les lui avoit donnés quinze jours environ avant qu'elle fût arrêtée ; qu'à cet effet il avoit été obligé de déterrer cette boîte, qu'il a ensuite reuiise dans le même trou.
« Avons représenté audit Morin, que, d'après les connoissances que nous avions, il devoit se trouver une plus grande quantité d'argent que celle énoncée dans sa déclaration.
« A répondu qu'il étoit bien à sa connoissance qu'à l'époque du mois de septembre 1792 il avoit caché et enterré dans un coin de la commune, à l'aide des nommés Déliant, frotteur, et Salenave, chef d'offlce, la somme de dix mille francs en plusieurs sacs; mais que la Dubarry, instruite que plusieurs pai'tiouliers avoient été volés dans leurs caves, et ne trouvant point le lieu du dépôt assez sûr, avoit donné l'ordre aux dits Déliant et Salenave de lesretii'er; qu'en conséquence le comparant, aidé des cidessus nommés, avoit déterré les dix mille francs relatés d'autre part; mais que les sacs dans lesquels ils étoient étant pourris, ils avoient trouvé l'argent épai's, et i'avoient porté à la Dubarry, et qu'après l'avoir nettoyé, secondés de la femme Déliant, ils I'avoient compté, et avoient reconnu qu'il manquait dix louis sur ladite somme, suivant le compte qui fut fait par la Dubarry seule, observant que c'est par erreur qu'il vient de nous dire qu'ils i'avoient compté eux-mêmes ; ledit Morin a ajouté, sur l'interpellation à lui faite, que l'argent dont il s'agit avoit été déterré quelque temps avant le départ et le voyage de la Dubarry à Londres.
« Interpellé, le comparant, de nous dire ce qu'étoit devenu l'argent remis par lui, Déliant et Salenave, à la Dubarry :
« A répondu que d'après de nouveaux ordres donnés par ladite Dubarry à lui-même, ainsi qu'auxdits Déliant et Salenave, ils avoient tous trois enterré ladite somme, à l'exception des dix louis manquant, dans un trou pratiqué par eux dans la fourrière du château, après avoir enfermé cet argent dans deux pots de terre.
« A déclaré qu'à la môme époque, les susnommés ont aussi enterré avec lui deux coffres, dont l'un contenoit le nécessaire de la Dubarry, et l'autre beaucoup d'objets précieux, et ce chacun dans deux trous particuliers faits par eux dans ladite fourrière; a ajouté que lui-même et les susnommés avoient aussi enterré dans le même temps, et dans un trou creusé par eux dans l'orangerie, un troisième coffre contenant des bijoux, à ce qu'il présume ; les dits trois coffres fermés, et la Dubarry en ayant la clef.
« Que ladite Dubarry craignant que les objets ci-dessus ne fussent volés, ne trouvant pas le lieu du dépôt sûr par plusieurs circonstances, lui donna l'ordre, ainsi qu'audit Déliant, de les ôter de l'endroit où ils étoient ; qu'en conséquence le comparant avoit, dans le courant de juin dernier, déterré, avec ledit Déliant, les susdits coffres, deux pots de terre, et les avoient remis à la femme Dubarry.
« Avons interpellé ledit Morin, s*il savoit ce qu'étoient deventis les trois coffres dont il s'agit et les deux pots qui renfermoient l'argent.
(( A répondu avoir eriterré dans la serre le coffre qui bontenoit le nécessaire, ainsi qu'il l'a déclaré ; qu'à l'égard des deUx autres coffres, la Dubarry en avoit fait défaire iin par son menuisier sans que lui Morin sache ce qu'est devenu l'autre : quant à l'argent, il est resté dans les mains de ladite Dubarry, mais que sans doute les objets contenus dans les deux derniers coffres, ainsi que l'argent remis à
la Dubarry, faisoient partie des dépôts particuliers faits et ordonnés par elle,
« A déclaré de suite, et sans interpellation, que dans le grenier de la cuisine à lui appartenant près son jardin, il y avoit caché une croix, à pied d'argent, un calice et sa patène ; plus, que dans les bois de charpente posés contre les murs des champs, il y avoit un étui renfermant six cuillères à café en or.
« Et sur-le-champ ledit Morin s'étant offert pour aller lui-même dans son jardin et les lieux en dépendant indiquer les objets cachés dont il nous a fait la déclaration, nous nous sommes transportés de suite avec ledit Morin dans son jardin, où étant nous avons trouvé, dans un endroit qu'il nous avait déclaré à gauche à côté de la porte du jardin, dans un trou couvert, une boîte de sapin; et de suite ledit Morin nous a indiqué une autre place, non loin de la première , dans laquelle, après l'avoir fait creuser, nous avons trouvé une seconde boîte de sapin ; nous en avons de suite chargé deux de nous, nous réservant d'en faire l'ouverture au ci-devant château de la Dubarry.
« Ledit Morin, pour suivre l'objet de sa déclaration, nous a conduits dans un grenier attenant à sa maison, où étant nous avons trouvé d'après sa judication, et cachés derrière plusieurs bois, un crucifix d'argent, un calice avec sa patène en vermeil, provenant de la chapelle du cidevant château : nous avons trouvé dans le même moment, et dans le même endroit, une boîte à quadrilles, et à côté un rouleau de papier cacheté de manière à ne pouvoir l'ouvrir sans rompre la cire ; et de suite une petite boîte de chagrin ficelée d'une corde à moitié pourrie , cachée derrière les bois et chevrons appuyés contre le mur du jardin, et à côté de la maison dudit Morin.
« Nous nous sommes saisis de tous ces objets, et sur-lechamp sommes retournés dans le salon du ci-devant château, avec ledit Morin, où étant, nous avons fait en sa
présence la reconnoissance de tous les objets dont nous étions nantis.
« Ayant ouvert la première boite enterrée dans le premier trou, nous y avons trouvé et compté en présence dudit Morin : 1° un sac de 1,200 livres; 2° un autre sac de i ,248 livres ; 3° un sac de 1 ,200 livres ; 4° un sac de 1,200 livres; o° un sac de 900 livres :1e tout pour les avoir comptés en présence dudit Morin, la monnaie étant dans les cinq sacs dont il s'agit, composée d'écus de six francs neufs à l'effigie du ci-devant Louis XVI.
« Ayant de suite ouvert la seconde boîte, en présence de Morin, nous y avons trouvé et compté successivement ; i° 99 jetons hexagones d'argent, armoiries d'un côté aux armes de la Dubarry, et de l'autre côté portant son chiffre; 2° 40 doubles louis d'or ; 3° un sac de 1,185 livres en gros et petits écus vieux ; 4° neuf louis moins six livres en argent blanc, un louis en or, une guinée, une demi-guinée, le tout renfermé dans un petit sac de peau à moitié pourri, lesquelles sommes et monnoies composant le quatrième article, ledit Morin nous a déclaré lui appartenir; 5° un gobelet d'argent vermeil, appartenant à la femme Roussel.
<t Ayant ouvert la boîte à quadrilles, nous y avons trouvé quatre petites boîtes en ivoire portant sur les couvercles les figures d'un carreau, d'un trèfle, d'un pique, d'un cœur, incrustés en or, lesdites boîtes renfermant des fiches en ivoire marquées et incrustées en or avec pareilles figures.
« Procédant après l'ouverture de la petite boîte de chagrin, nous y avons trouvé une douzaine de cuillères à café en or à filets, et armoiries des armes de la Dubarry.
« Nous avons sur-le-champ renfermé tous les objets sus-relatés avec nombre et nature d'espèces, dans un seul et même sac que nous avons ficelé et sur lequel nous avons apposé le scellé, en présence dudit Morin ; nous avons mis ce sac dans un autre beaucoup plus grand, y
avons renfermé la croix, les calices, patène et gobelet dont il est parlé ci-dessus, y avons de suite apposé le scellé, le laissant dans le salon où nous sommes, ne pouvant le mettre ailleurs, vu que nous serions obligés de lever les scellés mis sur les armoires, meubles et appartements de la maison.
:< Quant au rouleau de papier trouvé derrière des bois, nous avons interpellé ledit Morin de nous dire s'il l'avoit caché et s'il savoit ce qu'il contient.
A répondu n'avoir point caclié le rouleau dont il s'agit, et ignore absolument ce qu'il contient.
« Nous avons gardé par-devers nous ledit rouleau (1), nous réservant d'en faire l'examen particulier, et d'envoyer à qui il appartiendra les différons papiers y contenus.
« Et sur-le-champ avons à l'heure de dix heures du soir clos le présent procès-verbal, auquel nous avons vaqué depuis dix heures du matin ; et pour la continuation de nos opérations, avons remis et indiqué la vacation du lendemain 25 frimaire à huit heures du matin, où tous les susnommés demeurent prévenus et consentent de se rendre demain.
« Et sur-le-champ avons fait lecture audit Morin de ses réponses, déclarations, et de nos opérations, contenues au présent ; ledit Morin les a reconnues pour contenir vérité, y a persisté, et a signé avec nous.
« Signé à la minute, Villette, Faiquet, Huré, Houdon, BicAULT, D. Morin, et Lequoy, secrétaire de la commission. Pour copie collationnée et conforme à la minute certifiée par nous soussignés commissaires du conseil exécutif du directoire du district de Versailles, juge-de-paix, maire de Lucienne, et secrétaire de la commission à Lucienne,
(1) Note de Favrolle. — On n'a pu avoir aucune connaissance de ce qu'est devenu ce rouleau, quelques recherches que l'on ait pu faire; on présume que ce pouvait être les lettres de Louis XV à madame du Barry, n'en ayant point trouvé dans ses papiers.
le 2o frimaire l'an second de la République. Hoddon, jugede-paix ; BicAL'LT , maire ; Villette , Faiquet et Huré , commissaires ; Lequoy, secrétaire de la commission.
« Nota. La séance du 2o ne fut employée qu'à entendre une nouvelle lecture dudit procès-verbal, et à se consulter sur les interpellations qui restoient à faire à Morin ; après quoi l'on s'ajourna au lendemain. »
SUITE DES PERQUISITIONS FAITES PAR ORDRE DU TRIBUNAL REVO- LUTIONNAIRE DANS LE CHATEAU ET PAVILLON DE LUCIENNES A l'effet DE s'emparer Dï:S BIJOUX, OR ET ARGE.NT QUI Y ÉTAIENT CACHÉS,
(( Le vingt-six frimaire l'an second de la République française une et indivisible, par-devant nous, commissaires, juge-de-paix, maire, dénommés aux procès-verbaux contenus au présent cabier, est recomparu le nommé Morin, ancien valet-de-cbambre de la Dubarry.
« Avons de suite représenté audit Morin que les découvertes qu'il nous avoit fait faire de plusieurs dépôts, en nous indiquant les lieux où ils étoient placés et enteri'és dans son jardin, pouvoient donner quelques dispositions à croire la fidélité de sa déclaration à cet égard ; mais que cependant l'examen des différentes pièces entre nos mains, la comparaison des objets trouvés dans son jardin, avec les quantités, nature et espèces de tous les autres qui dévoient avoir été cacbés dans ledit jardin par lui, Morin, nous laissoient des soupçons très-grands sur la fidélité de sa déclaration, et nous donnoient tout lieu de penser que lui, Morin, avoit distrait de l'argent et autres objets des coffres et boites à lui confiés par la Dubarry, soit qu'il les eût cacbés dans son propre jardin, soit qu'il ait l'intention de les soustraire à notre connoissance.
« Nous lui avons observé, par exemple, qu'il devait se
trouver dans le jardin onze sacs de ^ ,200 livres, tandis que nous n'avons trouvé que six sacs de i ,200 livres environ chacun, conformément à sa déclaration.
« A répondu à toutes ces observations qu'il juroit sur son honneur n'avoir jamais détourné aucuns des objets contenus dans les boîtes par lui enterrées; que siles'notes entre nos mains désignoient un plus grand nombre d'effets que ceux reconnus par nous , ces effets n'étoient nullement à sa connoissance ; qu'il avoit indiqué les seuls dépôts faits par lui dans son jardin, et nous a assuré qu'il n'y en avoit aucun autre,
« Pour parvenir à la découverte et à la connoissance de tous les dépôts , et pour convaincre ledit Morin que nous étions instruits par la déclaration de la Dubarry qu'il avoit été chargé lui-même de cacher bien plus de choses, nous lui avons fait lecture de la déclai'ation entière de la Dubarry, et entre autres de l'article ix, qui désigne plusieurs objets, et notamment une boîte d'écaillé montée en or, sur laquelle se trouve le portrait de Marie-Antoinette, fait par Sauvage.
« Avons interpellé le comparant de nous déclarer s'il avoit connoissance de ce qu'étoit devenue la boîte dont il s'agit, lui observant que lui seul nominativement avoit été chargé de la cacher avec les autres effets désignés en l'article IX.
« A répondu n'avoir aucune connoissance de la boîte que nous réclamons ; qu'en sa qualité de valet-de-chambre de la Dubarry il avoit bien eu la connoissance de tous les objets qu'elle déclare, mais qu'il ignore l'emploi que sa maîtresse a pu en faire ; ajoute ledit Morin que nonobstant les objets déclarés par sa maîtresse, nous devrions trouver deux couverts et une cuillère à café en or marqués de trois fleurs de Us en or incrustés ; deux couteaux à lames d'or montés en porcelaine de Sèvres ;
« Qu'il avoit dans sa chambre plusieurs effets appartenant ù la Duliarry, qui, n'étant pas en évidence, pourroient
échapper à notre découverte, et nous a offert sur-le-champ de nous y conduire pour nous donner toutes indications nécessaires.
« Sur quoi nous nous sommes transportés de suite au bâtiment dit des communes, et, montés aux mansardes, nous avons, après avoir fait la reconnoissance des scellés apposés à la chambre dudit Morin, levé ces mêmes scellés, et nous sommes ensuite entrés dans cette chambre , où étant, ledit Morin nous a indiqué et nous a fait trouver dans une petite armoire en placage, à gauche, à côté de la cheminée, huit mors k grandes bossettes d'argent à perles, marqués en relief des chiffres de la Dubarry; un mors plus petit, de la même nature; un autre en bossette, argenté ; un autre idem ; une paire de bossettes à filets et chiffres ; un bridon à galons d'or ; quatre chiffres en cuivre doré propres à mettre sur des voitures; cinq coupons de velours blanc propre à doubler le dedans d'une voiture.
« Dans une autre armoire, et cachée parmi du linge, une petite râpe à muscade en argent, renfermée dans un étui aussi d'argent, lequel est renfermé dans un autre étui en chagrin. Dans une petite boîte contenant de la ferraille, une main d'argent doré.
« Ledit Morin nous ayant indiqué un Ut de sangle sous les matelas duquel nous devrions trouver deux housses de siège de voiture en velours, brodées or et argent à franges, et au même endroit un surtout de drap blanc galonné en or, nous n'y avons trouvé qu'une peau d'ours.
« Plus, nous ayant indiqué une armoire en chêne sur laquelle il avoit caché deux housses de selle de femme de velours cramoisi, et une veste galonnée en or, nous n'y avons rien trouvé.
« Plus, sur une planche à l'endroit où il avoit placé un sac contenant 400 livres en argent blanc, à lui donné en dépôt par le nommé Laroche, ci-devant abbé, au mois d'octobre 1792, nous n'y avons également rien ti'ouvé.
« Plus, sur la même planche, à un autre endroit où no"s
devions trouver une paire de boucles d'argent appartenant à Béguin, volontaire, nous n'y avons point trouvé l'objet dont il s'agit.
« Étant sortis de la chambre dudit Morin , n'emportant avec nous que le seul et unique objet par nous trouvé sur les indications dudit Morin, nous avons refermé la chambre, réapposé les scellés à la porte, le tout en présence dudit Morin, et sommes entrés de suite dans une autre petite chambre à côté de la première, après avoir toutefois reconnu et levé les scellés apposés à la porte ; ledit Morin nous a indiqué une boîte de chapeau de femme dans laquelle nous avons trouvé, avec plusieurs paquets de graines portant leurs noms, nature et espèces, un gros paquet intitulé graines de panais, dans lequel nous avons découvert dix-sept aunes de galons d'argent pour livrées, et ce après les avoir mesurés.
« Interpellation faite audit Morin de nous dire s'il avoit connoissance d'autres objets cachés chez lui, a dit que non.
« Sortis ensuite de ladite seconde chambre, nous l'avons refermée, y avons réapposé les scellés, et à l'instant sommes retournés avec ledit Morin au salon du château, emportant avec nous les seuls objets découverts par nous sur l'indication dudit Morin.
« Interpellation faite au comparant de nous dire si, dans une maison rouge appartenant à la Dubarry, il n'y avoit pas de dépôts cachés :
« A dit n'avoir connoissance d'aucuns.
« Avons demandé audit Morin s'il savoit que la Dubarry eût donné dOO livres pour avoir un passe-port de la municipalité de Lucienne :
(( A répondu n'avoir jamais entendu parler de passe-port sollicité par sa maîtresse ; que seulement il se rappeloit avoir donné par ses ordres la somme de 100 livres, à titre de secours, au nommé Louis Ledoux, ex-maire de Lucienne.
« Interpellation faite audit Morin de nous déclarer tout
ce qui pourroit nous donner des renseignements sur la découverte d'objets appartenant à la Dubarry et non trouvés :
(c A répondu n'avoir d'autres déclarations à faire que celles consignées audit procès-verbal, a persisté à en assurer la vérité, et a signé après en avoir entendu la lecture.
« Signé à la minute : D. Morin, Villette, Hcré, Faiquet, Houdon, BicaclTjLequoy, secrétaire de la commission. »
Le 28 frimaire (18 décembre 1793), à la suite des déclarations de Morin, qui devait être condamné à mort et exécuté le 23 décembre 1793, les commissaires du conseil exécutif du directoire du district du comité de sûreté générale de Versailles adressaient cette lettre au citoyen accusateur public près le tribunal criminel de Versailles :
« Nous t'adressons ci-devant copie des déclarations, dépositions qui nous ont été faites par Morin dans les deux interrogatoires que nous lui avons fait subir les vingt-quatre et vingt-six courant. La présence de cet homme nous a été d'autant plus utile, que nous avons découvert, d'après ses indications, beaucoup d'objets précieux enterrés et cachés dans son jardin.
« La femme Roussel, femme de chambre de la Dubarr)' , nous paroissant avoii' été instruite de différents faits par Morin, et sa conduite nous donnant à soupçonner qu'elle auroit pu cacher elle-même les effets appartenant à la Dubarry, nous t'invitons à faire traduire ladite femme Roussel, dans le cas seulement où les différentes déclarations faites par elle au tribunal te donneroient à penser que la présence de cette femme pourroit aider les découvertes que nous sommes chargés de faire. »
Déjà le 21 frimaire (11 décembre 1793), trois jours après la mort de la du Barry, les commissaires s'étaient occupés des moyens de parvenir à la découverte des objets volés. Ils avaient commencé à mettre en arrestation le trotteur Déliant et sa femme, dénoncée dans la déclaration de la du Barry entre deux guichets, comme dépositaire de deux boîtes renfermant des bijoux, diamants et autres effets précieux. Les commissaires tiraient peu de renseignements de Déliant, déjà moribond, et qu'ils faisaient transporter à l'infirmerie de Versailles, où il mourait huit jours après. Mais la femme, après avoir avoué, que cinq ou six jours avant son arrestation, la du Barry lui avait mis dans son tablier cinq ou six paquets enveloppés de papier qu'elle avait cachés dans le fumier de la melonnière, remettait le lendemain à Gi'eive, pendant que les commissaires étaient occupés à faire fouiller le jardin de Morin, 193 louis simples en or à elle confiés par la du Barry quelque temps avant son dernier voyage en Angleterre.
Le 16 frimaire elle était interrogée par les commissaires. Elle déclarait que la du Barry, à l'époque de son dernier voyage en Angleterre, lui avait remis trois coffres contenant beaucoup d'objets précieux; que le lendemain de l'arrestation de la du Bai'ry elle les avait déposés dans la maison de la veuve Aubert, sa mère, mais qu'à la suite des perquisitions faites à Luciennes et dans ses dépendances, craignant qu'on ne trouvât chez sa mère les coffres déposés, elle les avait vidés et cachés dans le fumier, conti'e la melonnière, à l'exception de quatre rouleaux de louis simples, d'un gobelet d'or avec son couvercle, d'une bourse pleine de jetons d'argent et de quelques flacons ; que sa mère avait jeté le lendemain dans la pièce d'eau du Grand- Jet de Marly ces objets, à l'exception cependant de quatre rouleaux de louis qu'elle avait gardés pour elle sans en donner connaissance à son mari.
Présente ce jour-là au dépôt fait par Agathe Gournay d'une montre enrichie de diamants trouvée dans une pièce-
d'eau du jardin de Marly, la femme Déliant, prétextant des besoins naturels, se coupait la gorge avec un rasoir.
Les commissaires cherchaient à établir le compte de l'argent trouvé chez madame du Barry pour le remettre à la Trésorerie nationale. Avec le dépouillement des procèsverbaux ils arrivaient à une somme de 51,801 livres. Il y avait bien eu une somme de 3,143 livres en assignats trouvée dans la commode de la chambre à coucher de la du Barry, mais cette somme avait été mise, par les citoyens Lacroix et Musset, représentants du peuple, à la disposition du citoyen Greive pour subvenir aux dépenses du moment, et il ne restait plus sur cette somme que 29 livres. Et Greive n'avait pas dépensé que cet argent ; il avait encore mangé avec son monde 3,000 livres fournies par Vouland et Jagot, et il redevait encore aux dix-huit garnisaires qu'il avait installés à Luciennes 3,151 livres. Les commissaires, voulant mettre un peu d'économie dans la maison, regrettaient de voir « que le citoyen Greive, trop occupé sans doute de l'exécution des grandes mesures de sûreté générale dont il annonçait être chargé par sa qualité même, n'avait pas le temps d'entrer dans les 2:)etits détails », et ils réduisaient la garde de dix-huit hommes à six et faisaient arrêter le compte du boulanger, du boucher et autres fournisseurs dont ils envoyaient le bordereau à l'administration du district de Versailles, un bordereau qui montait à 2,749 livres.
La reconnaissance et le récolement de l'argenterie, des bijoux, des diamants donnaient un terrible travail aux commissaires, qui disaient dans leurs rapports : « Peut-être que le plaisir d'avoir fait les découvertes, la précipitation avec laquelle on a procédé à leur inventaire, ont fait négliger les formalités de la rédaction et l'exactitude dans la description et reconnoissance des objets, mais en général les commissaires ont aperçu un défaut d'ordre, et ils ne peuvent mieux le prouver que par le grand nombre d'effets qu'ils ont reconnu n'avoir pus été inventoriés. » Ils se plaignaient plus loin, doucement, d'avoir trouvé dans différents endroits de la
maison plusieurs étuis en chagrin et galuchat qui renfermaient sans doute des effets précieux et qui cependant ne « font pas pai'tie de ceux inventoriés et reconnus ». Et ils terminaient {)ar cette remarque amère : « Tous ces étuis ont été trouvés vides. »
La commission générale, aidée de deux autres commissions, faisait l'inventaire des étoffes invendables pour le moment en France , envoyait à Saint-Cyr, devenu un Hôpital militaire, le linge, la literie, le sucre, de l'eau-de-vic, faisait choix de cinquante-cinq objets maintenant conservés dans les musées ou les palais royaux (!) :
i. — Deux tableaux de Vien.