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CHAPITRE HUITIEME

robes de 1,000, de 2,000, de 3,000, de 3,000, de 10,000 livres, fournies par les marchands ordinaires de soieries : Buffaut, Lenormand, Assorty, Barbier, Bourjot. Voilà revenant de chez sa couturière, madame Sigly, les robes fond argent semé de bouquets de plumes, les robes fond blanc à guirlandes de roses, les robes rayées de grosses lames d'or courant dans les fleurs et les œillets, les robes fond mosaïque guilloché d'or et encadré de myrte, et les robes d'amazone de gourgowant blanc qui coûtent 6,000 livres!

Mais l'or et les branchages ne suffisent : la broderie vient jeter sur la soie la pluie fleurie de ses dessins. Davaux, le brodeur de madame la comtesse, lui brode en plein, sur les dessins de Michel de Saint- Aubin, des robes de soie blanche en soie nuée et paillons de couleur.

Puis ce sont les garnitures ruineuses, tout ce qu'une robe d'alors portait d'agréments, les mille imaginations de ce grand artiste de la fanfreluche, Pagelle, le modiste des Traits galants de la rue Saint- Honoré : les blondes d'argent, les barrières de chicorée relevées et repincées avec du jasmin, les petits bouquets attachés avec de petits nœuds dans le creux des festons, et les guirlandes, et les bracelets, et la palatine, et les pompons, et les glands de cour, qui font monter une robe au prix de 10,300 livres. Puis, les robes finies, les dentelles commencent, les dentelles, ce luxe de la femme ; et comptez les garnitures de peignoir à 2,300 livres, les déshabillés

d'Angleterre à 4,000 livres, les manchettes à 600, les coiffes de point à l'aiguille à 1,400, les toilettes de point d'Argentan à 9,000 (1) !

De la toilette, de cette grande affaire et de cette grande ruine de madame du Barry, l'inventaire de ses folies vous mènera à ses autres caprices, à ses tentations, à son goût des babioles, à son amour des jolis riens. Vous la suivrez dans ses achats de porcelaine à la manufacture du Roi. Les vases à oreilles et à têtes de bouc, les corbeilles losangées, les marronnières, les théières à rubans verts et à hachure d'or, les groupes de biscuit, les cuvettes bleu royal, à mettre des fleurs, avec treillages et oiseaux, dont des douzaines se perdaient au feu avant la réussite; les déjeuners à personnages chinois livrés le matin du jour où le Roi soupait à Luciennes, et qui avaient demandé deux mois et demi de travail au premier peintre de la manufacture, et le service à petites roses et guirlandes de trois cent vingt pièces, le service ordinaire des soupers, tout le sèvres de madame du Barry vous est additionné et montré.

Bientôt, dans ce prodigieux inventaire de tant de prodigalités, dans cet état de dépenses où semblent alignés, par l'intendant d'une Cléopâtre, le coût et le détail des perles fondues par les fantaisies d'une femme, vous rencontrerez les métaux précieux, l'ar-

(1) Voir à l'appendice quelques fragments de ces comptes. — L'estimation des étoffes, dentelles, etc., après la mort de madame du Barry, s'élevait à plus de 200,000 livres.

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