CHAPITRE HUITIEME
•^'ent, l'or, dont sa table s'enorgueillit, dont sa toilette se pare (1). Lisez le mémoire (2) de ce grand ilessinateur et de ce grand sculpteur d'argenterie, Roettiers , dont l'association avec Germain valut au dix-huitième siècle les merveilles de sa vaisselle plate, ces modèles, ces ciselures dont il ne reste plus que çà et là un débris, un exemple : le mémoire <lécrit tout au long, il dessine pour ainsi dire avec les mots techniques, tout ce service de madame du Barry, de la façon la plus finie et po7'tée au plus haut deg}'é pou?' le poli, sur lequel le plus habile compagnon orfèvre de Roettiers passa pendant des mois entiers la moitié de ses nuits. Un entrelacement de myrte et de laurier est la marque et comme la devise de toutes les pièces. Les flambeaux à girandoles, avec leurs têtes de béliers et leurs guirlandes de lauriers, figurent les quatre Éléments; des jeux d'enfants, dans des trophées de flèches et de carquois, surmontent les pots à oille.
Bientôt l'argent n'est plus assez riche et magnifique pour madame du Barry : elle se prend à avoir l'envie et l'insolence d'un service tout en or, dont les emmanchements seront de jaspe sanguin. Roettiers livre des cuillers à sucre en or oîi des amours balancent
(1) M. Paul Lacroix m'apprend qu'il existe chez le successeur de Lepot d'Auteuil, le notaire de madame du Barry, un inventaire détaillé <le tous les meubles appartenant à madame du Barry. J'indique ce document aux publicateurs de pièces, trouvant que les nombreuses descriptions d'objets d'art industriel données ici et à l'appendice sont suffisantes pour une histoire générale de madame du Barry.
(2) Voir ce mémoire à l'appendice.
i;8 LA DU BARRY.
des guirlandes de roses, une cafetière d'or ornée de pieds et de rinceaux antiques, un pot au lait d'or au bec creusé de canaux dans lequel se jouent les feuilles de myrte, au couvercle à gaudrons saillants, couronne d'un groupe de roses.
Enfin, c'est toute une toflette en or dont le désir lui sourit, et dont Roettiers reçoit la commande. Tout Paris en parle; on dit que le gouvernement a fait avancer à Roettiers les quinze cents marcs d'or qu'il demande pour se mettre à l'œuvre (1). Les curieux se pressent chez l'orfèvre; et les plus favorisés content qu'ils ont vu le miroir surmonté de deux Amours tenant une couronne. Mais le scandale, ou plutôt l'excès de la dépense, arrêtait le travail; et l'on trouve, dans les comptes de madame du Barry, une indemnité à Roettiers pour une toilette d'or commencée.
Toutes ces belles choses, tant de richesses, ce mobilier de raillions, ces rares objets, ces bagatelles et ces merveilles, demandaient un temple qui fût à leur taille, un nid, un pavillon de fée qui fût dans sa grâce, dans le joli de ses détails, dans la miniature de ses proportions, dans la délicatesse de sa magnificence, la digne petite maison des petits arts du dix-huitième siècle. Ce temple sera Luciennes, élevé en trois mois, comme au commandement
(1) Anecdotes sur M. la comtesse du Barri, 1775.