CHAPITRE IIUITIKMK
d'une enchanteresse, par l'architecte Ledoux, que madame du Barry remerciera en le poussant à l'Académie (1). Ce sera un palais-boudoir oîi tout aura le fini et le précieux d'un bijou. L'industrie du temps semblera y avoir employé, jusque dans les riens, l'invention, la patience et le goût de mille petits génies. Les moindres ornements en seront uniques, exquis et recherchés; et, de pièce en pièce, les chefs-d'œuvre de la main-d'œuvre y montreront le suprême effort et le raffinement délicieux des élégances du dessin et des habiletés de l'outil. Les bois sculptés, les fleurettes, les feuilles d'acanthe, les branches de laurier, les oiseaux se becquetant dans les entrelacs du myrte, seront fouillés, refouillés et comme ciselés. Il y aura dans les dorures et dans les surdorures des meubles tant de feuilles d'or et tant de coups de brunissoir, tant de soins et de peine, que, pour le lit, le doreur demandera 5,945 livres (2). Et ce sera Gouthière qui travaillera amoureusement les bronzes (3). Il pétrira des feux,
(1) Mémoires secrets de la république des lettres, vol. VU.
(2) Voir à l'appendice ,1a description détaillée de ce lit fait, dans le principe, pour Thôtel de Versailles.
(3) Gouthière réclamait, après le décès de madame du Barrj-, 756,000 fr. La ciselure du bronze d'un seul piédestal était cotée 50,000 fr., la monture et l'ajustage des ornements de ce piédestal, 46,000 fr.; la dorure, 03.000 fr.; la pose, y compris le voj-age de trois ouvriers, 5.000 fr. Les trois autres piédestaux étaient sommés à 420,000 fr. Bien qu'il consentît k réduire sa note à 642,000 fr., en retenant certains objets non terminés et non livrés, Gouthière ne fut pas payé par l'administration, fut obligé •le solliciter une place à l'hospice et mourut dans la misère.
Son lils ayant formé opposition sur l'indemnité revenant à la succes- .sion du Barry, en vertu de la loi du 27 avril 1825, un jugement du tribunal de l" instance de Paris déclarait l'opposition valable pour la
des bras , des serrures, des espagnolettes et des boutons de porte qui ne perdraient pas au voisinage de ces petits bronzes gardés par le musée de Naples comme la plus charmante confidence de l'art antique.
Luciennes était un pavillon carré, avec cinq croisées sur tous les côtés, qui s'annonçait par un péristyle de quatre colonnes dont le fronton montrait une bacchanale d'enfants sculptée en bas-relief par Lecomte.
Le péristyle ouvrait sur un vestibule servant de salle à manger; et voici cette salle à manger de Luciennes, tout animée, toute pleine de monde, toute vivante, pour ainsi dire, dans la spirituelle aquarelle de Moreau le jeune, possédée par le musée du Louvre (1). Au milieu du plafond, dont des caissons dorés remplissent les deux bouts, volent des nuages, un Olympe et des jeux d'Amours. Les murs de marbre blanc sont coupés par des pilastres corinthiens aux chapiteaux, aux bases et aux tigettes de bronze doré. Entre les chapiteaux, des bas-reliefs, encadrés d'or, montrent dps Amours, le portrait de Louis XV, et les armes mariées du Roi et de madame du Barry. Quatre tribunes, où la mu-
somme de 80,000 fr., et la succession était tenue de payer 32,000 fr. à Gouthière fils. (Gazette des Tribunaux, 28 février 1836.)
1) Cette aquarelle, exposée sous le n" 1196, porte au dos avec les armes de madame la comtesse du Barrj', cette note manuscrite : >< Fête donnée à Louveciennes, le 27 décembre 1771. » Avec ce dessin de Moreau et la description de Villiers, il est facile de reconstituer le palais-bijou de la favorite.