‹ La Du BarryChapitre 98 sur 154 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

homme ridicule, ce n'est que par un grand accord qu'on peut se servir mutuellement et rendre les efforts des méchants inutiles.

J'avois fait dire à Fiston d'aller à Louveciennes pow aider Salenave à faire les confitures pour la provision de ma maison, je ne sais pas pourquoi il n'y a pas été, car je ne ti'ouve pas qu'on les fasse bien chez moi, elles sont touJou7'S trop cuites. Morin dira à mademoiselle Roussel de mett7'e toutes mes dentelles qui sont dans raj'moi7'e de la chapelle dans une malle à l'abri de toute espèce d'attaque, ainsi que ce qui est susceptible d'être volé ou brûlé. J'espiere qu'on ne sera pas réduit à cette triste extrémité, mais enfin il faut tout prévoir. Je vois avec une peine mortelle que je resterais encore ici jusqu'au 14 d'aoust parce que mes coquins de voleurs ne seront jugés qu'à la fin de ce mois.

La C'"'" DU Barry.

Londres, 4 juillet (1)

Madame du Barry rentrée en France, l'Assemblée législative remplaçait l'Assemblée constituante, la Haute-Cour nationale entrait en fonctions à Orléans, le nouveau mode de décollation des condamnés î\ mort, appelé guillotine, était adopté; Brissac, commandant de la maison militaire du Roi, était décrété d'accusation; le 10 août succédait au 20 juin, une Convention nationale était formée, le Roi et la

(1) Lettre autographe signée. Dossier du Barry. Archives nationales W 16.

famille royale étaient enfermés au Temple, les prisonniers de l'Abbaye étaient égorgés, les prisonniers d'Orléans étaient massacrés, et, ce que nous n'avons pas encore dit, la tête de Brissac était jetée sur la table du salon de Luciennes (1).

Et quand un morceau de son amant lui était si férocement étalé sous les yeux, madame du Barry n'avait pas le loisir de se donner tout entière à sa douleur; elle devait songer à elle, il lui fallait s'occuper de défendre sa liberté, sa vie. Elle avait à se débattre contre les défiances, et les soupçons, et l'espionnage guettant depuis des mois les allées et les venues incessantes où, jour et nuit, Brissac poussait le galop de son cheval ou le galop du cheval de son aide de camp Maussabré vers Luciennes. L'impopularité croissante de Brissac avait enveloppé lentement et sans bruit la maîtresse du château. Les révolutionnaires voyaient en madame du Barry la complice de l'aristocrate qui recrutait cette garde constitutionnelle du Roi avec laquelle il espérait bien livrer la dernière bataille de la monarchie; si bien que le jour où Brissac quittait Orléans pour venir mourir près Versailles, il paraissait cet article dans le Courrier français, qui faisait croire à tout Paris que sa maîtresse était arrêtée et emprisonnée :

« La justice du peuple frappe également les traîtres qui se cachent sous les lambris dorés. Madame du Barry a été arrêtée à Luciennes et vient

(1) Courrier français, n« 259, 15 septembre 1792

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