‹ La Duchesse d'AbrantesChapitre 1 sur 8 · VI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

VI NOTICE BIOGRAPHIQUE

ancienne société française où Ton savait allier les grâces de l'esprit à la simplicité des moyens pédagogiques, la duchesse d'Abrantès nous retrace ce qu'elle a vu avec une vivacité d'émotion prodigieuse. Peu soucieuse de la forme (la duchesse l'avouait ingénument, elle ne relisait même pas ses brouillons), mieux qu*aucun écrivain elle a l'art de peindre son temps. Les nombreux détails qu'elle groupe sont le charme de son récit. Pour nous parler des héros de l'épopée impériale qui furent les amis de son mari avec une finesse d'esprit qui n'épargne pas les traits malicieux, elle conserve ce ferme jugement, cet admirable bon sens qui caractérisaient les femmes du siècle dernier. Enthousiaste et vibrante, elle marche au milieu de cette grandiose époque, partageant aux côtés de son glorieux époux son amour pour la France, soucieuse par dessus tout de gloire et de grandeur. La victoire l'exalte, les revers la frappent au fond du cœur; pour nous transmettre sa pensée elle trouve avec un naturel charmant des expressions qui atteignent au lyrisme ou de ces simples mots qui dénotent une sensibiUté profonde ; même après avoir connu l'amertume des jours

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néfastes, elle conserve sa bonne humeur, la notjle sérénité des heureuses années de la jeunesse. Elle nous racontera la façon pleine de galanterie où, pendant une promenade au Raincy, le général Junot lui apprend qu'elle est désormais la châtelaine de cette splendide demeure. « Il est des heures amères dans la \ie, s'écrie « la duchesse à ce souvenir, mais il est de ces (( minutes fugitives qui donnent pour une éter- « nité de bonheur. ^ A propos de la mort de Bessières, frappé pendant la campagne de 1811, elle nous le montre mettant pied à terre au défilé de Rippach et enlevant ses troupes l'épée à la main, a Les hauteurs furent emportées, l'en- « nemi défoncé et le défilé en notre pouvoir. « Ce fut en ce moment que Bessières reçut un « boulet en pleine poitrine qui le renversa sans « qu'il eût le temps de sentir le charme glorieux « d'une si belle mort. » Puis, lors de la scène douloureuse pendant laquelle le duc de Rovigo vient, au nom de l'Empereur, lui annoncer que Junot, alors gouverneur de l'IUyrie, celui qui couvert de blessures a traversé tant de champs de batailles, le brave des braves, vient d'être frappé d'une attaque de folie et qu'on le

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ramène en France parmi les siens, très souffrante alors, mère de jeunes enfants, la i.lncliesse. anéantie par cette épouvantable nouvelle tombe dans les bras de son frère: ((Etj(? (( pleurai, dit-elle, car il me fallait ou pleurei « ou mourir. » Si sa manière n'échappe pas complètement au genre ampoulé de l'époque, il garde sous sa plume une saveur originale.

Parlant du prestige, du charme de l'Empereur auquel nul ne pouvait se dérober : « Ce « n'était parfois qu'un regard, un sourire, mais « dans l'un était tout le feu du ciel, dans l'autre « sa douceur. » Par une recherche généalogique peut-être un peu subtile, la duchesse d'Abrantès nous apprend qu'un lien ancien prêtait une origine commune à la famille Bonaparte et à la famille des princes de Comnène dont était sa mère. Née en 1784-, la duchesse a connu Napoléon dans son enfance, à l'époque où celui qui devait occuper une si grande place dans l'histoire du monde était élève boursier à l'école militaire.

C'était chez son père. M. de Permon, qu'il sortait les jours de vacance. C'était avec madame de Permon, d'origine corse elle aussi, qu'il aimait

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à s'entretenir des souvenirs de sa jeunesse, de safamille dispersée parles persécutions locales, de la signora Lœtitia, sa mère, de ses frères et sœurs, de ses amis, de l'île bienheureuse et sauvage qui gardait alors le charme exclusif de « la patrie » pour l'âme de celui à qui il devait être donné d'étendre si loin les limites de la patrie française.

La duchesse d'Abrantès nous montre le jeune Bonaparte écolier rêveur et ombrageux. Le jeune officier, hanté par les plus vastes pensées et presque adolescent encore, jugeant les événements avec la lucidité du génie. La grande figure de Napoléon nous apparaît dépouillée de ses voiles légendaires, et c'est l'homme que nous voyons, le soldat, le héros, le souverain avec ses petits côtés humains, sa grandeur surhumaine, plus élevé dans l'esprit de ses contemporains par sa gloire que par sa puissance, traçant à grands traits la carte de l'Europe comme un peintre son tableau ; conquérant admirable, si grand dans sa simpUcité, si glorieux dans ses revers.

Elle nous montre Junot, le jeune sergent du siège de Toulon, « la Tempête » comme l'avaient

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