‹ La duchesse de Berry et la révolution de 1830Chapitre 1 sur 6 · ET · texte numérisé non relu

ET

LA REVOLUTION DE isso

LE GOMMERjGEMENT DE l83o.

L'année i83o commença aux Tuileries avec le même cérémonial et les mêmes protestations de dévouement que les années précédentes. Le i®"" janvier fut à la fois une solennité nationale et une fête de famille. Charles X était bien loin de se figurer que c'était le dernier jour de l'an qu'il passait dans le château de ses pères^ et ses adversaires les plus acharnés eux-mêmes ne croyaient pas que sa chute fiit si prochaine. En recevant du haut de son trône les hommages des grands corps de l'État, il avait encore tout le prestige d'une souveraineté qui semblait être placée au-

dessus des atteintes de la Révolution, car, d'après la Charte, les ministres étaient seuls responsables, le roi ne l'était point. Le vieux monarque se persuadait alors que, pour maintenir son trône, il n'aurait pas besoin de faire des coups d'État. « Vous avez bien raison. Messieurs, disait-il aux membres du conseil municipal, de déclarer que le bonheur des rois et celui des peuples sont inséparables; on ne peut détruire l'un sans détruire l'autre. J'espère qu'avec l'aide de la Providence, tout se passera comme nous pouvons le désirer, et comme doivent le désirer tous les Français. On sentira combien le maintien du trône et celui des libertés publiques se lient intimement. De là dépend le bonheur de la France. » Selon un antique usage, une députation des villes de Pontoise et de Beauvais fut admise à présenter un mouton au souverain. Les joailliers-bijoutiers de sa chambre lui mirent sous les yeux les bijoux et objets d'argenterie donnés en présent à la Dauphine, à la duchesse de Berry, au duc de Bordeaux et à Mademoiselle. M. Giroux lui mit également sous les yeux diverses étrennes des Enfants de France. Les jardiniers des jardins royaux lui présentèrent les fruits de leur industrie, et les capitaines des chasses les produits de leur tir.

Le 5 janvier, il y eut au château des Tuileries un dîner de famille. On tira le gâteau des rois. La fève échut au duc de Bordeaux. Qui fut choi-

sie pour reine par le petit prince? M"^^ la duchesse d'Orléans. Il ne se doutait pas qu'avant la fin de l'année elle serait reine effectivement.

Il y avait déjà plus d'un légitimiste qui, à son insu, peut-être même malgré lui, préparait cette nouvelle royauté. Comme MM. Thiers et Odilon Barrot en 1848, M. de Chateaubriand, en i83o, faisait de la révolution sans le savoir. Il croyait ne travailler qu'au renversement d'un ministère, et, en réalité, il travaillait à la chute d'un trône. Lors de l'arrivée du prince de Polignac au pouvoir, il avait donné sa démission d'ambassadeur de France à Rome, et peut-être commençait-il déjà à s'en repentir. « Quand les hirondelles approchent du moment de leur départ, a-t-il dit dans les Mémoires cT outre-tombe, il y en a une qui s'envole la première pour annoncer le passage prochain des autres; j'étais la première aile qui devançait le dernier vol de la légitimité. Les éloges dont m'accablaient les journaux me charmaient-ils? Pas le moins du monde... J'avais au fond de la conscience une certaine crainte d'avoir déjà poussé trop loin l'opposition; j'en allais forcément devenir le lien, le centre et le point de mire; j'en étais effrayé, et cette frayeur augmentait les regrets du tranquille abri que j'avais perdu. »

L'auteur du Génie du Christianisme ne devait-il pas s'apercevoir que son royalisme faisait fausse route, quand, le i""" janvier i83o, il rece-

vait la lettre suivante de M. Thiers, cet ennemi systématique et acharné de Charles X? « Monsieur, ne sachant si le service d'un journal qui débute sera exactement fait, je vous adresse le premier numéro du National. Tous mes collaborateurs s'unissent à moi pour vous prier de vouloir bien vous considérer, non comme souscripteur, mais comme notre lecteur bénévole. Si, dans ce premier article, objet de grand souci pour moi, j'ai réussi à exprimer des opinions que vous approuviez, je serai rassuré et certain de me trouver ,dans une bonne voie. Recevez, Monsieur, mes hommages. » Et cependant M. de Chateaubriand avait pour la nouvelle feuille une bien médiocre sympathie, car il ajoute, après avoir cité cette lettre : « Le patron du National, M. le prince de Talleyrand, n'apportait pas un sou à la caisse, il souillait seulement l'esprit du journal en versant au fonds commun son contingent de trahison et de pourriture... Je dirai comment j'ai connu les rédacteurs-, mais, dès à présent, je dois mettre à part M. Carrel; supérieur à MM. Thiers et Mignet, il avait la simplicité de se regarder, à l'époque où je me liai avec lui, comme venant après les écrivains qu'il devançait*, il soutenait avec son épée les opinions que ces gens de plume dégainaient. »

Dès les premiers jours de i83o, il y avait des inquiétudes dans l'air -, mais, si vives que fussent les passions politiques et si ardentes que fussent

les polémiques des journaux, on ne croyait pas encore à une révolution prochaine. On considérait généralement le ministère comme très menacé, on ne lui prédisait que quelques mois, peut-être même quelques semaines seulement d'existence, mais le trône semblait encore solide. Le 7 janvier, parut au Moniteur l'ordonnance royale qui convoquait les Chambres pour le 2 mars, ce qui paraissait sinon faire disparaître, au moins ajourner toute arrière-pensée de coup d'État. Les républicains ne levaient pas encore la tête, et les bonapartistes savaient que le gouvernement autrichien n'était nullement disposé à leur rendre le Jils de Vhomme^ comme le poète Barthélémy appelait le duc de Reichstadt. Toutefois les observateurs perspicaces commençaient à s'apercevoir que, dans toutes les classes de la société, les gloires impériales redevenaient à la mode. On pouvait le constater dans le salon de la comtesse de Flahaut. Son hôtel, situé au coin des Champs-Elysées et de la rue qui, après s'être successivement nommée rue d'Angoulême, rue de la Charte, rue de Morny, porte actuellement le nom de La Boëtie, était le rendez-vous des personnalités mondaines les plus en vue.

Le comte d'Haussonville a dit dans son livre intitulé Ma Jeunesse : ^ M""^ de Flahaut était Anglaise et fille de l'amiral Keith. Elle s'était éprise, en i8i5, du brillant comte de Flahaut, l'un des aides de camp de l'empereur Napo-

lëon V% lors de la bataille de Waterloo, où il s'était héroïquement battu. Sa qualité d'étrangère lui permettait d'attirer chez elle des personnes qui ne se seraient pas aussi naturellement rencontrées ailleurs. Les concerts et les bals qu'elle donnait fréquemment, grâce à sa grande fortune, étaient fort recherchés. Le faubourg Saint-Germain était loin de lui tenir rigueur. M. de Flahaut, malgré son passé impérialiste et ses liaisons actuelles avec le groupe de Lafayette et de Casimir Périer, passait avec raison pour un homme de la meilleure compagnie et un très agréable maître de maison. Il attirait volontiers chez lui la jeunesse de tous les camps et donnait des fêtes dont il faisait particulièrement les honneurs au duc de Chartres, fils aîné du duc d'Orléans. » Il y avait, chez le général de Flahaut, un petit cénacle d'élégants qui se piquaient de donner la mode, entre autres les frères Montebello, MM. Charles Laffîtte, Achille Fould, Walewski et de Morny. Le comte d'Haussonville a dit de ces deux derniers : « Ils se sont, toujours montrés attentifs et très aimables pour moi. Ils avaient tous deux des manières distinguées et gracieuses. Ils étaient sans apprêt, doués d'un air comme il faut qui était chez eux comme un don natif. » L'effet que le jeune comte Walewski produisait sur les plus grandes dames du faubourg Saint- Germain était un signe des temps. Aucun grand seigneur de la haute société légitimiste ne fut

plus à la mode pendant l'hiver de 1 829-1830. Écoutons encore M. d'Haussonville nous raconter ainsi les débuts mondains de l'homme qui devait être, vingt-six ans plus tard, le ministre des affaires étrangères de Napoléon III et le président du Congrès de Paris : « Les débuts du comte Walewski dans le monde ont eu lieu, chose singulière, sous les auspices de ce qu'il y avait de plus exclusif et de plus pur dans la société aristocratique de Paris. Ce fut comme un mot d'ordre parmi les dames les plus recherchées du faubourg Saint-Germain de faire le plus bienveillant accueil au jeune homme dont les traits rappelaient d'une façon frappante, mais avec une physionomie avenante et douce, ceux du masque célèbre. Devant cet -empressement féminin à lui complaire, M. Walewski demeurait, ce qui n'était pas sans mérite, parfaitement modeste. Il laissait, sans se rengorger aucunement, les plus huppées, celles qui étaient en passe de se considérer comme les plus jolies ou les plus spirituelles, se mettre en frais pour lui, soit de brillantes toilettes, soit de bel esprit, chacune employant les moyens de séduction qui lui allaient le mieux. Il se livrait ainsi tous les soirs, dans les salons à la mode, une véritable course au clocher entre une savante marquise, qui affectait de parler à chaque ambassadeur la langue de son pays, et une belle duchesse qui était alors à Paris un type de souveraine élégance. Entre ces

dames, les paris étaient ouA^erts et les chances paraissaient douteuses, Walewski ayant soin de partager également entre elles ses discrètes attentions. »

Malgré les préoccupations politiques, malgré l'extrême rigueur d'un hiver exceptionnellement froid, l'animation était très grande dans les salons et les théâtres. Aux Tuileries, où elle habitait le pavillon de Marsan, la duchesse de Berry donnait, une ou deux fois par semaine, des soirées que Charles X honorait de sa présence, et qui avaient d'autant plus de prestige mondain que les invitations y étaient moins nombreuses. Il faut le reconnaître, la charmante princesse avait beau être la grâce, la politesse, la bienveillance mêmes, la bourgeoisie opulente, hère de ses capitaux, lui en voulait de s'entourer exclusivement des sommités de l'aristocratie. La société du petit château, comme on appelait alors le pavillon de Marsan, soulevait des colères analogues à celles qu'avait fait naître, du temps de Marie-Antoinette, la société du Petit-Trianon. Rien n'est implacable comme les vanités féminines. Les femmes à la mode de la Ghausséed'Antin étaient exaspérées de se voir exclues du faubourg Saint-Germain et de la cour. Quel crève-cœur pour ces élégantes de n'avoir pu se faire inviter au fameux bal costumé de 1829, où la duchesse de Berry était en Marie Stuart ! Les femmes de la haute bourgeoisie et surtout de la

haute finance ne pouvaient s'habituer à la supériorité des grandes dames. Il est vrai que celles d'entre elles qui, grâce à leur fortune, épousaient un homme portant un grand nom, se montraient peut-être parfois plus infatuées d'un blason tout nouveau pour elles que les femmes qui appartenaient, et par leur mariage et par leur naissance, aux plus illustres familles de la noblesse française. On ne saurait s'imaginer combien les personnes les plus libérales, même les plus révolutionnaires, se laissaient encore fasciner par l'éclat des titres. C'était une situation à part, même en i83o, que celle de iils aîné de pair de France, et il n'y avait point de notaire à Paris qui n'eût quelque fille de banquier à offrir, avec une très grosse dot, à l'héritier d'un siège à la Chambre des pairs.

Au fond, les libéraux, si jaloux des anciennes familles, ne s'acharnaient contre la vieille aristocratie que dans l'espérance de constituer à leur profit une aristocratie nouvelle. Ce qui les poussait à la révolution, était-ce le sentiment démocratique, le grand principe de l'égalité? Non, c'était l'intérêt personnel, c'était surtout la vanité. Traitaient -ils leurs inférieurs, leurs fournisseurs, leurs domestiques, d'une manière plus polie, plus humaine, plus chrétienne, que ne le faisaient les grands seigneurs.? Devaient-ils, après leur triomphe, se montrer plus généreux, plus bienveillants, plus justes, envers les prolétaires

que la noblesse envers le tiers état? En aucune manière. Ce qui déplaisait surtout aux élégantes de la Chaussée-d'Antin dans le règne de Charles X, c'était la pensée qu'elles ne pouvaient y occuper le premier rang. Il ne devait y avoir à leurs yeux de gouvernement convenable que celui où elles seraient reçues à la cour, et où leurs maris pourraient endosser un bel uniforme d'officier de la garde nationale. En attendant la réalisation de ce rêve, elles s'amusaient autant qu'elles le pouvaient dans leur société, qui ne laissait pas que d'être animée et même brillante. Elles se faisaient surtout remarquer dans les grandes fêtes de chanté. Jamais hiver n'ayant été plus rigoureux, on cherchait à remédier aux souffrances des pauvres en combinant l'aumône et le plaisir. Mais, même au bal de bienfaisance qui fut donné à l'Opéra le 1 5 février, on pouvait apercevoir le signe des jalousies qui devaient être une des causes principales de la Révolution prochaine.

C'était le roi qui avait fait les frais du bal. Voulant que l'argent des souscripteurs revînt tout entier aux pauvres, il s'était chargé de toute la dépense. Les musiciens du 5^ régiment de la garde, qui exécutaient des fanfares à l'entrée, avaient refusé toute gratification, ainsi que le service des pompiers, de la garde royale et de la gendarmerie. Sans cesse circulaient dans la salle des domestiques avec des plateaux chargés

de glaces et de rafraîchissements qu'on offrait gratuitement à tout le monde. C'était le roi qui payait. Et cependant, malgré le conseil du vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, il s'abstint de paraître à, ce bal, où on lui aurait fait une ovation, et, en face de sa loge, qui resta vide toute la soirée, celle de la famille d'Orléans attirait l'attention générale.

Le bal était magnifique. Le roi ayant fait mettre à la disposition des commissaires les décorations des Menus-Plaisirs, la salle et ses abords présentaient un aspect féerique. A l'entrée, des escaliers couverts de tapis; de chaque côté, des arbustes et des fleurs-, au premier palier, des glaces encadrées dans des guirlandes de verdure; dans la salle et dans le foyer, une profusion de candélabres et de lustres. Lisons le compte rendu du Jour?ial des Débats : « Des loges , l'aspect du parterre était fort curieux. C'était un mouvement et une diversité inexprimables. Des quadrilles de dames, des promeneurs , des spectateurs , tout le monde mêlé : pairs de France, députés, officiers, bourgeois, Anglais, Russes, Allemands; il y avait là des représentants de tous les ordres de l'Etat et de toutes les langues de l'Europe. Quelques jeunes Egyptiens, avec leurs riches costumes orientaux, se promenaient au milieu de toute cette foule en fracs et en pantalons étroits; ils semblaient fort émerveillés de cette fête; et, de fait, il n'y a,

je crois, que dans les contes arabes qu'ils en verront de plus belles. »

Les commissaires et les dames patronnesses avaient été choisis dans la haute aristocratie et dans la société libérale, la charité ne devant être d'aucun parti. A cette fête éclectique, le duc de Chartres choisit pour danseuses la duchesse de Guiche, M""" Alphée de Vatry, la princesse de Beauffremont et M^^"" Munster, fille d'un marchand de diamants. M^^® Delphine Gay, la future jYj^me Éniiie (^Q Girardin, composait sur ce bal une pièce de vers où elle disait :

Ce charitable jour est plus qu'un jour de fête, C'est un présage heureux, un destin qui s'apprête. Au nom du bien de tous nos débats vont finir. Ces partis opposés, qu'un même honneur enflamme, Bientôt comme aujourd'hui viendront se réunir, Et je sens, à l'espoir dont s'inspire mon âme, Qu'en chantant ce beau jour je parle d'avenir.

La naïve jeune fille se trompait du tout au tout. Jamais l'union des diverses classes sociales n'avait été plus éloignée. Ne voyait-on point les symptômes de leur rivalité percer jusque dans le récit du Journal des Débats? « Quelques personnes, disait cette feuille, prétendent avoir observé que la haute société se tenait plus volontiers dans les loges, laissant le parterre et la danse au second rang de cette assemblée d'élite. Quant à nous, dans un bal, ne jugeant de la

qualité qu'à la grâce et à l'élégance, nous n'avons remarqué aucune différence entre les loges et le parterre. On parlait aussi de quelques refus d'admission. Nous n'y croyons pas. Quand il y a dans une assemblée quatre à cinq mille personnes, il n'y a plus , guère lieu de faire de l'aristocratie et de l'étiquette... A une heure et demie du matin, l'orchestre du foyer a joué quelques airs de galop. Les spectateurs alors s'écartant ont laissé dans toute la longueur du foyer un passage, et comme une sorte de long corridor où le galop a pris l'essor. Le duc de Chartres était parmi les danseurs. » Très élégant et très joli garçon, le jeune prince avait eu beaucoup de succès. On eût dit que les beautés de la Chaussée-d'Antin avaient le pressentiment qu'il donnerait des bals qui remplaceraient ceux de la duchesse de Berrv, et où elles auraient le bonheur d'être invitées.

Cinq jours après le bal de bienfaisance de l'Opéra, il y avait aux Tuileries, après la messe, un chapitre de l'ordre du Saint-Esprit, tenu par le Dauphin. Le duc de Nemours, ayant atteint sa quinzième année, y était proclamé chevalier de l'ordre. Le soir, il assistait, avec la duchesse de Berry, le duc de Chartres et la fille aînée du duc d'Orléans, à un bal donné par le duc de Duras, premier gentilhomme de la Chambre. Voilà un bal auquel les belles élégantes de la Chaussée-d'Antin auraient bien voulu être conviées!

Le moment approchait où la session des Chambres allait s'ouvrir. Il existait un grand contraste entre la surface et le fond, l'apparence et la réalité des choses. C'était, a dit M. Guizot, la fermentation sous l'immobilité. On ne faisait rien, et on s'attendait à to,ut. On voyait le calme, et on prévoyait la tempête. « Personne n'agissait, a-t-il ajouté, et tous se préparaient pour des chances inconnues. Nous menions notre train de vie ordinaire, et nous nous sentions à la veille du chaos. On ne conspirait point, on ne se soulevait point, on ne s'assemblait point tumultueusement, mais on se préparait à tout. En Bretagne, en Normandie, en Bourgogne, en Lorraine, à Paris, des associations se formaient publiquement pour le refus de l'impôt, si le gouvernement tentait de le percevoir sans vote légal. Le ministère restait timide et inactit. »

Les préoccupations politiques allaient grandissant d'heure en heure, et cependant à Paris, ni le mouvement charitable, ni le mouvement mondain et théâtral ne se trouvaient entravés. Lors de la représentation extraordinaire donnée à l'Opéra, au bénéfice des pauvres, les artistes s'étaient généreusement associés à l'empressement du public en refusant toute espèce d'indemnité pour leur concours. « On aime à voir, disait le Moniteur, ceux qui cultivent les arts s'honorer par un désintéressement digne d'élo-

ges^ et des qualités estimables s'accorder si bien avec les talents. »

A l'Opéra, on jouait Guillaume Tell et la Muette avec un grand succès. Aux Italiens, deux cantatrices d'élite M"^ Sontag et M"'" Malibran, soulevaient des transports d'enthousiasme, et c'était la duchesse de Berry qui donnait le signal des applaudissements. Le 26 février, dans la matinée, à l'église Saint-Thomas d'Aquin, elle assistait, avec la duchesse d'Angoulême, à une assemblée de charité pour les aliénés pauvres. L'abbé Deguerry, aumônier de la garde royale, j)rononçait le sermon. Le soir du même jour, un grand événement littéraire se produisait sur la scène du Théâtre-Français : la première représentation de Hernani. Le surlendemain, on lisait dans le Moniteur : « Qu'il suffise aujourd'hui de constater le succès étourdissant d'un ouvrage monté avec un soin admirable, avec une grande richesse de décors, de costumes, et qui doit exciter une grande curiosité. Le jeu entraînant de Firmin dans le rôle de Hernani, la manière animée dont il a conçu son personnage, et l'incomparable talent de M^^^ Mars (dona Sol) dans le cinquième acte, l'intelligence et l'énergie de Joanny dans le rôle du duc, garantissent à cet ouvrage un long cours de représentations des plus productives. » Le Moniteur avait raison de dire que le succès avait été étourdissant ^ car il g'était produit un véritable tumulte, une sorte de

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rixe bruyante et acharnée entre les romantiques et les classiques. Cette bataille litéraire était comme le prélude de la bataille politique qui allait s'engager, dès l'ouverture de la session, entre les amis et les ennemis du roi.

La séance royale de l'ouverture des Chambres devait avoir lieu le 2 mars. La veille de cette solennité, Charles X se rendit des Tuileries à Notre-Dame pour y assister à la messe du Saint- Esprit. Deux escadrons de chasseurs, deux escadrons de gardes du corps avec leur musique, les hérauts d'armes, les pages précédaient sa voiture, où il avait à sa gauche la Dauphine, et sur le devant le Dauphin et la duchesse de Berry. Le maréchal Oudinot, duc de Reggio, et le duc de Mouchy étaient à cheval, l'un à droite, l'autre à gauche de la voiture du souverain. Un escadron de grenadiers et de gendarmerie fermaient la marche. Beaucoup de députés s'abstinrent d'assister à la messe. Les bancs de la gauche étaient vides, ceux du centre peu remplis, la

droite seule était presque au complet. A en croire les journaux dévoués au ministère, Charles X, en allant du château à la cathédrale, et en revenant de la cathédrale au château, excita l'enthousiasme de la population. Au fond, l'accueil avait été beaucoup plus froid qu'à l'ordinaire.

Le Constitutionnel publiait cet article : « La messe du Saint-Esprit a été célébrée aujourd'hui suivant l'usage. La religion a été appelée à consacrer, par l'éclat de ses cérémonies, l'ouverture de la session législative la plus importante jusqu'ici de nos fastes parlementaires, car elle va décider de la nature même du gouvernement. Aussi une inquiétude visible se peignait sur la physionomie des spectateurs témoins de la pompe du jour... Demain, un ministère odieux à l'immense majorité des Français va se trouver en présence de cette majorité parlementaire que ses organes insultent si lâchement depuis six mois. C'est demain que va se découvrir le mensonge qui l'a enfanté dans un jour de malheur. La faction avait dit : Il n'y a qu'un ministère roj^aliste — ce qui signifk, dans son langage, un ministère contre-révolutionnaire — qui puisse être en majorité dans les deux Chambres. Les chefs de la faction parlaient avec tant d'assurance, ils paraissaient si convaincus qu'ils ont porté la conviction dans les conseils de la couronne. Ainsi vint au monde le ministère Polignac, désastreux produit de craintes chimériques

et de ténébreuses impostures. Eh bien! ils avaient menti. »

L'ouverture de la session qui devait être la dernière du règne, eut lieu le 2 mars, au Louvre, dans la salle des Etats. A une heure, une salve d'artillerie, tirée par le canon des Invalides,, annonça que Charles X sortait des Tuileries. Accompagné des princes de sa famille, il traversa la grande galerie du Louvre, le salon carré, la galerie d'Apollon, et s'arrêta quelques instants dans la salle qui précède celle des Gardes de Henri IV, pour recevoir les hommages des deux grandes députations de douze membres pour la Chambre des pairs, et de vingt-cinq membres pour la Chambre des députés. Ces deux députations furent conduites auprès du roi par le marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies. La Dauphine, la duchesse de Berry, la duchesse d'Orléans s'étaient déjà rendues dans leur tribune, où furent amenés le duc de Bordeaux, en uniforme de cuirassier, et sa sœur, Mademoiselle, l'un par son gouverneur, le général baron de Damas, l'autre par sa gouvernante, la duchesse de Gontaut. « L'intelligence précoce de ces enfants augustes, disait le Journal des Débats, l'intérêt qu'ils paraissent prendre chaque année à cette imposante cérémonie, ne sont pas ce qui présente le moins d'attrait aux nombreux spectateurs. » Le chancelier de France, marquis de Pastoret, se plaça en avant

de son siège à bras. Le prince de Talleyrand, grand chambellan , avait son siège particulier, garni de velours ponceau à franges d'or. Les ministres étaient sur des banquettes de chaque côté du trône. A ces mots prononcés avec force : « Le roi! » un mouvement se fit dans l'assemblée; tout le monde se leva spontanément, et l'on vit entrer Charles X, en uniforme d'officier général, suivi des princes de sa famille. Il fut salué par d'unanimes acclamations. On eût dit un retour de son ancienne popularité. Il prit place sur son trône, ayant à 'sa droite le Dauphin et le duc de Chartres, à sa gauche le duc d'Orléans et le duc de Nemours. Les princes étaient en habit de pair de France, et décorés du grand collier de l'ordre du Saint-Esprit.

Le visage du vieux roi était bienveillant et doux comme toujours^ mais avec un air de gravité solennelle et de résolution attristée. Il se fit un profond silence, et le souverain lut son discours. Il annonçait que la paix de l'Europe était consolidée et que la Grèce indépendante allait renaître de ses ruines. « Au milieu des graves événements dont l'Europe était occupée, ajoutait Charles X, j'ai dû suspendre l'effet de mon ressentiment contre une puissance barbaresque; mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l'insulte faite à mon pavillon. La réparation éclatante que je veux obtenir; en satisfaisant à l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du Tout-

Puissant, au profit de la chrétienté. » Il annonçait ensuite que le budget se soldait par un excédent des recettes sur les dépenses, et il terminait ainsi son discours : « Messieurs, mon premier besoin est de voir la France, heureuse et respectée, développer toutes les richesses de son sol et de son industrie, et jouir en paix des institutions dont j'ai la ferme résolution de consolider le bienfait. La Charte a placé les libertés publiques sous la sauvegarde des droits de ma couronne. Ces droits sont sacrés, mon devoir envers mon peuple est de les transmettre intacts à mes successeurs.

« Pairs de France, députés des départements, je ne doute pas de votre concours pour opérer le bien que je veux faire. Vous repousserez les perfides insinuations que la malveillance cherche à propager. Si de coupables manœuvres suscitaient à mon gouvernement des obstacles que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et l'amour qu'ils ont toujours montré pour leurs rois. »

L'Assemblée fut vivement impressionnée par ce langage. La droite et les centres éclatèrent en acclamxations. Il y eut même quelques membres de la gauche qui applaudirent ce chant du cygne de la royauté légitime. M. Guizot, qui venait d'être élu pour la première fois député, et qui assistait à cette séance royale, en a dit : « L'at-

titude du roi était, comme à son ordinaire, noble et bienveillante, mais mêlée d'agitation contenue et d'embarras. Il lut son discours avec quelque précipitation, quoique avec douceur, comme pressé d'en finir, et, quand il en vint à la phrase qui, sous une forme modéré.e, contenait une menace royale, il l'accentua avec plus d'affectation que d'énergie. En y portant la main, il laissa tomber son chapeau, que le duc d'Orléans releva et lui rendit, en ployant le genou. »

Le discours du trône une fois achevé, le chancelier, après avoir pris les ordres de Charles X, annonça que le roi permettait au duc de Nemours, prince du sang^ pair de France par droit de naissance, de prêter en sa présence le serment prescrit à tous les pairs du royaume. Le chancelier donna lecture de la formule du serment ainsi conçue : « Je jure d'être fidèle au roi, d'obéir à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume, et de me conduire en tout comme il appartient à un bon et loyal prince du sang, pair de France. » On remarqua avec quel accent énergique le jeune prince, alors âgé de quinze ans et beau comme le jour, répondit : — Je le jure î

A peine Charles X avait-il quitté l'Assemblée, qu'il s'établit à droite et à gauche des colloques animés au sujet de son discours. Les uns le portaient aux nues, les autres y voyaient une déclaration de guerre. L'agitation ne se produisait ni dans les masses, ni dans les rues; mais, dans le

monde politique, elle était très vive. La discussion de l'adresse fut des plus animées à la Chambre des députés.

Si les partisans de M. de Chateaubriand avaient voté avec le ministère, il aurait eu la majorité 5 mais ceux des royalistes qui faisaient, comme l'illustre écrivain^ de la révolution à leur insu, se coalisèrent avec la gauche, et la Chambre vota par 221 voix contre 181 la fameuse Adresse destinée à devenir si célèbre sous le nom d'Adresse des 221, qui, sous une forme courtoise et respectueuse, contenait comme résumé une menace contre la politique du roi, et qui fut, on peut le dire, la cause première de la révolution de i83o. Elle avait été discutée, le 1 5 et le 16 mars, en comité secret dans la vaste salle vide de spectateurs. « M. de Polignac, a dit M. Guizot, témoin oculaire, était à son banc, immobile et peu entouré même de ses amis, avec l'air d'un homme dépaysé et surpris, jeté dans un monde qu'il connaît mal et où il est mal venu, et chargé d'une mission délicate dont il attend l'issue avec une dignité inerte et impuissante... Evidemment, au moment où ils faisaient acte de volonté hardie, ni le roi, ni son ministre n'étaient à leur aise; il y avait dans ces deux personnes, dans leur physionomie comme dans leur âme, un mélange de résolution et de faiblesse, de confiance et de trouble qui, en même temps, attestait l'aveuglement de l'esprit et le pressentiment du malheur. »

La Gazette de France^ comme si elle eût déjà vu apparaître la catastrophe prochaine, écrivit : « 221 hommes ayant prêté serment de fidélité au roi ont sanctionné le premier manifeste de la révolution de i83o. Ils auront à répondre au roi qu'on n'a pas encore dépouillé de son autorité, et qui, entouré d'une armée dévouée, appu3^é sur une pairie fidèle, défendu par l'amour de tout son peuple, demandera compte, avec un front sévère, de sa prérogative attaquée, de la Charte violée. » C'est ainsi que les deux partis s'accusaient mutuellement de porter atteinte à la Charte.

Ecoutons encore M. Guizot. « Le surlendemain du vote de l'Adresse, le i8 mars i83o, ditil, nous nous rendîmes aux Tuileries pour la porter au roi. Vingt et un députés seulement s'étaient joints au bureau et à la grande députation de la Chambre. Nous n'étions en tout que quarante-six. Nous attendîmes quelque temps dans le salon de la Paix que le roi fût revenu de la messe. Nous étions là debout et silencieux. En face de nous, dans les embrasures des fenêtres, se tenaient les pages du roi et quelques hommes de sa cour, inattentifs et presque impolis à dessein. Madame la Dauphine traversa le salon, pour se rendre à la chapelle, précipitamment et sans nous regarder. Elle eût été bien plus froide encore que je ne me serais senti nul droit de m'en étonner et de m'en plaindre. Il y

a des crimes dont le souvenir fait taire toute autre pensée et des infortunes devant lesquelles on s'incline avec un respect qui ressemble presque à du repentir, comme si l'on en était soimême l'auteur. »

Charles X avait communié à la messe, ainsi qu'il était accoutumé à le faire dans les occasions solennelles ou difficiles de son règne. En revenant de la chapelle, il s'arrêta dans la salle du Trône, où, entouré des princes et princesses, des ministres, des grands officiers delà couronne, il admit les députés en sa présence. M. Royer-Collard, président de la Chambre des députés, donna lecture de l'Adresse, qui n'était déjà que trop connue du roi. Il y avait dans ce document des passages tout à fait^ respectueux, celui-ci, par exemple : « Accourus à votre voix de tous les points de votre royaume, nous vous apportons de toutes parts, sire, l'hommage d'un peuple fidèle, encore ému de vous avoir vu le plus bienfaisant de tous au milieu de la bienfaisance universelle, et qui révère en vous le modèle accompli des plus touchantes vertus. Sire, ce peuple chérit et respecte votre autorité. Quinze ans de paix et de liberté qu'il doit à votre auguste frère et à vous ont profondément enraciné dans son cœur la reconnaissance qui l'attache à votre royale famille *, sa raison, mûrie par l'expérience et par la liberté des discussions, lui dit que c'est surtout en matière d'autorité que l'antiquité

de la possession est le plus saint de tous les titres, et que c'est pour, son bonheur, autant que pour votre gloire, que les siècles ont placé votre trône dans une région inaccessible aux orages. Sa conviction s'accorde donc avec son devoir pour lui présenter les droits sacrés de votre couronne comme la plus sûre garantie de ses libertés, et l'intégrité de vos prérogatives comme nécessaire à la conservation de ces droits. »

C'était avec satisfaction que M. Royer-CoUard lisait ce passage respectueux, presque obséquieux pour le souverain. Mais il fut embarrassé et troublé quand, dans sa lecture, il en arriva à cet autre passage qui soulevait aux Tuileries un si profond ressentiment : « Sire, la Charte que nous devons à la sagesse de votre auguste prédécesseur, et dont Votre Majesté a la ferme volonté de consolider le bienfait, consacre comme un droit l'intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, elle est en effet indirecte, sagement mesurée, circonscrite dans des limites exactement tracées et que nous ne souffrirons pas que l'on ose tenter de franchir ; mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement, avec les vœux de votre peuple, la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous

condamnent à vous dire que ce concours n'existe plus. »

Quand il dut prononcer cette dernière phrase, que Charles X considérait comme injurieuse, M. Royer-CoUard, loin de prendre un air arrogant, adoucit le ton de sa voix, comme s'il était fâché de tenir au souverain un tel langage.

Quelques jours plus tard, le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld devait écrire, dans un rapport adressé à Charles X, le 24 mars i83o : « Jamais, me disait Royer-CoUard, ces jours derniers, le roi n'a été si beau, si digne, et si bien roi que le jour où nous lui avons porté l'Adresse: triste sans humeur, sévère sans colère -, j'en étais attendri aux larmes. Il m'en veut, me disais-je, et moi je reste convaincu que je lui ai rendu un immense service ; la session était devenue impossible avec le ministère actuel, et cependant le roi ne pouvait en changer en présence des Chambres. Aujourd'hui, le roi est debout, c'est à lui de bien faire, car il est encore le maître ; plus tard, il ne le serait plus, et les événements iraient plus vite que la volonté des hommes. Malgré tout, je le plains du fond de mon cœur, et sa dignité, comme sa tristesse, m'ont touché profondément. J'espère, du moins, qu'il m'aura su gré du ton respectueux avec lequel j'ai lu l'Adresse; c'était mon devoir. »

Charles X fît sa réponse d'une voix sonore,

mais qui laissait voir une vive émotion. « Messieurs, dit-il, j'ai entendu l'Adresse que vous me présentez au nom de la Chambre des députés. J'avais droit de compter sur le concours des deux Chambres pour accomplir tout le bien que je méditais. Mon cœur s'afflige de voir que les députés des départements déclarent que, de leur part, ce concours n'existe pas. Messieurs, j'ai annoncé mes intentions dans mon discours d'ouverture de la session ; ces résolutions sont immuables, l'intérêt de mon peuple me défend de m'en écarter. Mes ministre vous feront connaître mes résolutions. »

On dit que M. Royer-Collard, en sortant du château des Tuileries, s'écria : « C'est une chose vraiment grande et imposante qu'un roi sur son trône; je n'en ai jamais été autant frappé que je le suis aujourd'hui. » Il aurait dit plus tard : « Je croyais que le roi céderait -, si j'avais prévu sa résistance, je n'aurais pas voté l'Adresse. »

Le 19 mars i83o, lendemain du jour où' l'Adresse avait été présentée au souverain, les ministres portèrent à la Chambre l'ordonnance royale qui la prorogeait jusqu'au 3 septembre, prorogation qui était le signal d'une dissolution. Aussitôt les députés se séparèrent. Les uns crièrent : « Vive le roi ! » Les autres répondirent : ^ Vive la Charte ! » Quelqu'un cria dans une tribune. « Vive la Constitution î » Alors un député de la droite demanda au président d'ordonner

que les tribunes fussent évacuées. M. Royer- Gollard se contenta de répondre : « Monsieur, il n'y a plus de Chambre. » La dernière session parlementaire du règne de Charles X était finie.

l'opinion publique.

En présence du conflit survenu entre la Couronne et les Deux cent vingt et un, on se demandait avec anxiété, dans les deux camps, quel allait être le jugement de l'opinion publique. Les partisans de Charles X n'étaient nullement découragés. L'ordre régnait sur tous les points du royaume. Non seulement il n'y avait aucune panique financière, mais les fonds publics montaient sensiblement, ce que les feuilles royalistes constataient avec une vive satisfaction. La Gazette de France écrivait, dans son numéro du 20 mars : « Qu'on ne perde jamais de vue qu'une révolution seule pourrait faire triompher la démocratie, et qu'ainsi tous les calculs qui se fondent sur ce triomphe sont d'autant plus vains qu'on perdrait à cette victoire mille fois plus qu'on ne pourrait gagner. L'admirable instinct

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