‹ La duchesse de Berry et la révolution de 1830Chapitre 2 sur 6 · L OPINION PUBLIQUE 3 I · texte numérisé non relu

L OPINION PUBLIQUE 3 I

des intérêts a parfaitement deviné cette haute vérité politique, car tout ce qui est arrivé dans le sens libéral a fait baisser les fonds, toute manifestation de la force royale les a fait hausser. Chose remarquable! il y a quelques jours, les discussions de l'Adresse avaient fait baisser la Rente, la réponse du roi l'a relevée. C'est ce qui fait dire que depuis longtemps les écus sont royalistes. Lorsqu'on songe aux nombreuses illusions du parti libéral depuis deux ans, on ne peut s'empêcher de reconnaître que ce parti a un bandeau sur les yeux. »

De son côté, le Constitutionnel écrivait : c( Ce sont ceux qui épaississent les ténèbres autour du trône, qui voudraient consigner . la vérité au seuil du palais, qui calomnient par d'infâmes impostures un peuple généreux, soumis aux lois, ennemi du parjure et fidèle à ses devoirs* ce sont ces hommes-là, couverts du masque d'un hypocrite dévouement, qui troublent l'harmonie des pouvoirs. »

A en croire les feuilles ministérielles, la situation n'avait rien de grave. On lisait dans la Gazette de France du 21 mars : « L'agitation ne règne qu'à la surface, l'écume bouillonne, et le fond de la société est resté calme. Les journaux de la révolution font du bruit, les journaux du tiers parti en font plus encore. Quelques oisifs de café s'en inquiètent chaque matin, et à une heure fixe, pour en perdre le souvenir jusqu'à la même

heure du lendemain. Ces cris, ces sarcasmes, ce factice tumulte , ce scandale par spéculation , est-ce l'opinion de tout un peuple ? »

Aux Tuileries, l'étiquette continuait à fonctionner de la manière la plus calme et la plus régulière. Charles X paraissait tranquille et même joyeux. Le dimanche 21 mars, après la messe, il reçut une foule de courtisans remarquablement nombreuse. Le Cojistitiitionnel écrivait le 24 : *.( La tête tourne à nos adversaires. Le bonheur les enivre. Les cent députés qui ont paru dimanche aux Tuileries, les voitures dont la cour était pleine, sont un texte admirable à exploiter par le mensonge pour épaissir le bandeau sur les yeux les plus intéressés à voir clair. Eh bien! ces voitures, fussent-elles mille, ont dé-, posé douze ou quinze cents courtisans sous le pavillon de l'Horloge. Qu'est-ce que cela prouve.'^ M""" de Sévigné disait autrefois que toute la France était là. C'était peut-être vrai sous Louis XIV; mais, aujourd'hui, la France est ailleurs : elle est dans les électeurs, les contribuables et leurs familles; et tout cela regarde en pitié un ministère qui se croit fort parce qu'il est téméraire et qu'il se jette tête baissée dans un abîme dont il n'a pas même sondé la profondeur. »

Cependant l'opposition organisait la résis- , tance avec une hardiesse qui augmentait de jour en jour : elle offrait à Paris des banquets aux

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