‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 18 sur 88 · HUMBOLDT · texte numérisé non relu

HUMBOLDT

Chateaubriand rendit compte de l'ouvrage de M. de Humboldt, qu'il appelle ce notre illustre ami ».

«... Le savoir de M. le baron de Humboldt est prodigieux ; mais ce qu'il y a peut-être de plus étonnant encore, c'est le talent avec lequel l'auteur écrit dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle. Il a peint avec une vérité frappante les scènes de la nature américaine. On croit voguer avec lui sur les fleuves, se perdre avec lui dans la profondeur de ces bois qui n'ont d'autres limites que les rivages de l'Océan et la chaîne des Cordillères ; il vous fait voir les grands déserts dans tous les accidents de la lumière et de l'ombre, et toujours, des descriptions se rattachant à un ordre de choses plus élevé ramènent quelques souvenirs de l'homme, ou des réflexions sur la vie.

« C'est le secret de Virgile. . . Pour louer dignement ce voyage, le meilleur moyen serait d'en transcrire des passages ; mais l'ouvrage est si célèbre, la réputation de l'auteur est si universelle, que toute citation devient inutile. M. le baron de Humboldt, bien que protestant de religion et professant en politique les sentiments d'une liberté sage que tout homme généreux trouve au fond de son cœur; M. de Humboldt, disons-nous, n'en

1. Probablement le dernier des quatre volumes in-4« (1814-1817) intitulé : Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent , pendant les années 1 799 , 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804.

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rend pas moins hommage aux missionnaires qui se consacrent à l'instruction des sauvages... La sage économie de ses jugements et la pompe de ses descriptions décèlent un maître qui domine également toutes les parties de son sujet et de son style. »

Chateaubriand à Madame de Duras.

[Janvier 18181.

J*ai bien quelque chose de cassé dans la jambe, mais elle est si enflée qu*on ne sait encore ce qu'il y a. C'est en marchant dans la rue que cela m'est arrivé. Je suis tombé par la violence du coup et de la douleur, comme si une balle m'eût traversé la jambe. Ne sortez pas, si vous êtes malade, d'autant plus que je serai, je pense, obligé de me coucher.

Madame de Dwas à Madame Swetchine.

29 Janvier 1818.

... M. de Chateaubriand s'est cassé un muscle de la jambe : le voilà pour quarante jours sur son canapé. Je vais le voir : mais vous n'avez pas l'idée du vide que fait dans ma vie de ne plus le voir une heure ou deux le matin dans ce cabinet, à penser tout haut avec moi. Je suis triste à mourir. Il n'y a rien de si intérieur que le bonheur; et, pourtant, que sont les objets extérieurs sans lui ? C'est la lumière qui les éclaire : tout est terne et sans vie quand il se retire...

2 février 1818.

... M. de Humboldt se porte bien. MM. Benoist, d'Harcourt, tous nos amis sont là. Je vois de plus M. de Villèle, qui est aussi spirituel dans la conversation qu'à la tribune. Vous sentez bien que mon goût est de l'autre côté... En fait d'ultras, je n'aime que trois ou quatre hommes politiques distingués, les généraux ; mais leurs soldats m'ennuient à mort, et je ne les vois guère. Si M. de Chateaubriand était longtemps malade, je deviendrais

ministérielle par Tennui et la déraison de ce qui entoure sa chaise longue : Adieu. Je vous embrasse.

Le cher frère avait donc l'habitude de venir tous les jours dans le cabinet de M"* de Duras. En parlant de ces visites, un mot vient à celle-ci, rare sous sa plume, le mot de bonheur. C'était un bonheur, assurément, mais combien relatif, à n'en juger que par ses déclarations à Chateaubriand lui-môme. Un peu plus ta'rd^ quand il sera ambassadeur à Berlin, elle lui écrira : « Je me sens bien plus en disposition de causer avec vous à cœur ouvert en votre absence qu'en votre présence. Quand je vous vois, cela me distrait. Et puis j'ai peur que ce que je vous dis ne vous plaise pas. Je ne vous vois pas bâiller, me faire celte mine renfrognée qui m'épouvante, ni faire de grandes promenades dans ma chambre. Et pourtant, ce sont les bons jours. » Les voilà, l'un et l'autre, dans la familiarité du téte-à-tête : lui, taciturne, « bâillant son ennui », faisant de grandes promenades, et quelquefois dictant; elle, parlant avec quelque timidité, craignant de lui déplaire, ou « écrivant sous sa dictée les grandes pages futures ». Telle est la physionomie de ces entrevues presque quotidiennes dont le souvenir, malgré ses épreuves de santé et de cœur, et malgré les fréquentes maussaderies du cher frère, mettait au bout de sa plume le mot de bonheur.

Un bien joli trait : « quand je vous vois, cela me distrait [de causer]. » Le voir et l'entendre, ou même le voir seulement, lui suffit. Elle ne pense plus à ce qu'elle pourrait dire : elle admire, elle aime, elle est heureuse.

Cette habitude* des « grandes promenades dans la chambre » et cette mine renfrognée qui épouvante, Chateaubriand les avait héritées de son père, et il s'en était souvenu en écrivant les <c Mémoires de sa vie » que M"" de Duras avait lus récemment. Elle retrouvait le fib dans les manies du rude châtelain de Combourg.

... <c Après le souper... mon père commençait alors une promenade qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher... 11 arrivait que mon père, interrompant sa promenade, venait quelquefois s'asseoir au foyer pour nous faire l'histoire de la détresse de son enfance et des traverses de sa vie... J'écoutais avidement mon père. Lorsque j'entendais cet homme si dur à lui-même regretter de n'avoir pas fait assez pour sa famille, se plaindre en paroles

courtes mais amères de sa destinée, lorsque je le voyais à la fin de son récit se lever brusquement, s'envelopper dans son manteau, recommencer sa promenade, presser d'abord ses pas, puis les ralentir en les réglant sur les mouvements de son cœur, Famour filial remplissait mes yeux de larmes... Lucile et moi nous tenions sur son passage, tremblants de respect et de frayeur ; nous Tembrassions en lui souhaitant une bonne nuit... »

Chateaubriand à Madame de Duras.

Lundi, 6 heures et demie {juillet 1818].

Je vous ai vue sortir de chez vous et de chez moi, sans pouvoir vous joindre. Ma malade n'est pas bien, ni moi non plus. Je vous verrai demain matin. Je ne sais rien de nouveau, sinon qu*on est venu s'excuser de la Coi*re$pondance privée et protester de l'innocence du ministère.

M"' de Ch[ateaubriand] au contraire est un peu mieux. Gomme j'étais resté auprès d'elle ces jours derniers, j'ai été obligé de courir aujourd'hui pour mes affaires, et je n'ai pu aller vous voir. A 9 heures ce soir, je serai dans mon lit. Je ne sais rien de nouveau, pas même sur Mole.

A demain.

Ce [mercredi] 22 juiUet 1818.

Vous verrez l'apparition de Canuel. L'effet a été grand et change entièrement la face des choses. Espérons que les calomniateurs seront enfin confondus.

La pauvre vallée est vendue. C'est Mathieu qui en est devenu le possesseur. Me voilà nu comme Job. Je suis malade. Revenez, vous guérirez tous mes maux. J'ai reçu votre petit billet. Mes respects à Lady Clara et mes hommages à M""" de T[almont].

Ce dimanche [26 juillet 18181.

Je vous ai écrit à Ghaudey. La lettre sera arrivée après votre départ.

La vallée est vendue et Mathieu en est le maître ; je ne veux plus rien en France. Mercredi j'irai dîner avec vous ou vous voir après-dîner.

Madame de Duras à Madame Swetchine.

Samedi, 19 aoiH [1818].

Je vais à Paris le 23 au soir. Lord Wellington est arrivé, mais je n*espère rien. C'est égal, il faut agir de môme ; mais tout ce que je ferai sera détruit par ce qu'écrit mon pauvre ami. 11 est poussé à bout ; et jugez ce qui sortira de sa plume lorsqu'il ne ménagera plus rien et qu'il écrit dans le lieu où Ton a les opinions les plus exagérées. Il ne faut rien espérer : il y a des caractères et surtout des sortes de talent qui sont toujours opprimés ou qui se figurent l'être : il avait fallu forcer la nature pour tirer de là M. de Chateaubriand. Enfin il restera pair de France, mais s'il pouvait perdre cela, soyez sûre qu'il le perdrait.

a II est poussé à bout. » Oui, vraiment, poussé à bout par le ministère, plus particulièrement par Decazes et par l'ancien ami Pasquier. Un de ses domestiques avait été acheté par la police ; et désormais le métier de ce serviteur consistait à espiofiner son maître, à rapporter^^ui il recevait, ce qui se disait jihez lui, ce quTJn lui écrivait,yce qu'il écrivait lui-même. Un jour, ce vendu prétendit avoir trouvé sur le bureau de M. de Chateaubriand une lettre qui prouvait une conspiration et qui contenait les noms des conspirateur!. Chateaubriand était complice. Pasquier le déclare avec une conviction absolue dans ses Mémoires. « Autre preuve de complicité », ajoute-t-il, <c M. de Chateaubriand prit la défense de VitroUes », auteur d'une certaine Note secrète qui se rattachait au complot. Des poursuites furent intentées. Justement indigné de la trahison installée policièrement à son foyer et de l'ignoble accusation portée contre lui. Chateaubriand élève sa grande voix. Les Remarques sur les affaires du moment^ datées de Paris, 31 juillet 1818, sont comme un long et furieux rugissement.

«... Deux, trois colonels devaient échelonner leurs régiments,

de Saint-Cloud à Vincennes, le jour où un crime devait être commis. En conséquence de ces infâmes calomnies, le juge se trouva forcé d'envoyer un mandat de comparution à Tun de ces colonels, afin qu'il vienne déclarer ce qu'il pourrait savoir d'une conspiration contre le roi. Ce brave militaire reçoit le mandat l'anniversaire du jour où son père et son grand-père périrent les premiers pour la monarchie !

«Qu'un autre colonel [LaRochejaquelein] ne prétende point en appeler aux cendres de ses deux frères, qu'il ne vienne point montrer sur son visage les blessures qu'il obtint au service de la patrie, ni, sur son corps, celles qu'il reçut pour son roi dans les Cent-Jours ; qu'il cesse d'étaler l'orgueil d'un nom qui représente l'honneur de la vieille France et qui reste comme un immortel débris d'un grand naufrage. Il est un conspirateur contre le Roi! Il devait... Je n'oserais achever le blasphème dans ce pays qui voit encore les ruines des chaumières de la Vendée... Sous le voile de l'anonyme, calomniateurs sans périls et par conséquent doublement lâches,... ils osent tout, excepté signer leur nom, ce qui prouve au moins qu'ils rougissent de quelque chose. »

<c Avant d'aller plus loin, je demanderai à ceux qui donnent si facilement des brevets de conspirateurs aux meilleurs serviteurs du Roi, s'ils sont eux-mêmes des hommes si fidèles? N'ontils jamais abandonné Bonaparte.^ N'ont-ib point, pendant les Cent-Jours, manqué à d'autres serments ? Où étaient-ils alors ? Etaient-ils à Gand, dans la Vendée, sur les bords de la Drôme ? Quelles places occupaient-ils? Vous qui osez nous appeler des conspirateurs, héritiers de tous les gouvernements de fait, êtesvous bien descendus dans le fond de votre conscience? Au mot de trahison, ne devriez- vous pas rougir ? Quand vous accusez, ne vous condamnez- vous pas? Vous parlez de Biron? Ah! du moins, il avait servi longtemps son maître avant d'être coupable, et vous, vous n'avez jamais su que trahir les vôtres... »

Voilà pour Decazes, Mole, Pasquier, et autres ministres.

<c Jugez ce qui sortira de sa plume lorsqu'il ne ménagera plus rien. » En effet ! S'il ne ménage plus rien, dans les Remarques publiées en brochure, et bientôt dans les articles du Conserva-teur, il est juste de ne pas oublier à quelles ignobles provocations il s'était vu contraint de répondre. Lui du moins frappait en face, en plein soleil, et visière levée. Mais eux ? Ils achetaient

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ses domestiques, les transformaient en espions, et leur enjoignaient de fouiller dans ses papiers : avec ce système, ils arrivaient à ce beau résultat qu'on leur remettait aux mains des pièces fabriquées.

a II écrit dans le lieu où Ton a les opinions les plus exagérées. » Quel lieu ? A Montboissier ? A Montgraham ? A Noisiel? Lui-môme semble répondre dans ses Mémoires :

«J'étais à Noisiel dans Tété de 1818, lorsque mon libraire me vint voir. Je lui fis part de Tidée qui m'occupait. Il prit feu, s'offrit à courir tous les risques et se chargea de tous les frais. » L'idée qui l'occupait, c'était de fonder un journal royaliste, le Conservateur. Or c'est à Noisiel, chez la duchesse de Lévis, que furent rédigés les premiers articles : ils sont en effet des plus vifs et ne ménagent personne dans le camp ministériel. Les billets suivants à la duchesse de Duras se rapportent à la création et à l'apparition de ce journal que Chateaubriand allait illustrer.

Je suis désolé, mais cela m'est tout à fait impossible; je décide aujourd hui la grande question du Conservateur et je dîne pour cette affaire capitale avec les intéressés. Demain, j'aurais été à vos ordres. Tâchez de retenir M"* de N... jusqu à lundi. Vous pouvez tout ce que vous voulez.

Lundi, 4 heures 1/2 [5 octobre 18181.

Nous voilà enfin arrivés. J'attends ce soir les actionnaires pour prendre une dernière délibération, après quoi le numéro paraîtra jeudi. Je ne pourrai donc vous voir ce soir, mais demain matin à déjeuner.

Ces billets prouvent que la chère sœur était tenue au couran de ce projet comme de tout ce qui « occupait » ou intéressait le cher frère. D'après sa lettre à M™* Swetchine, nous devons supposer qu'elle ne vit pas paraître le Conservateur sans crainte, ou plutôt sans effroi.

Remarquons en passant le petit coup de griffe qu'elle détache élégamment à sa cousine. Mais aussi pourquoi la duchesse de Lévis se permet-elle d'être calme et paisible, ou plutôt « froide

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et peu communicative » au gré de celle qui est épancheçient, vivacité, agitation, élan ? Ces oppositions de caractère se paient.

Ce qui devait perdre et enfoncer à jamais Chateaubriand fut ce qui le porta au pinacle : son génie d*écrivain et de polémiste^ soutenu par une obstination toute Bretonne^ fit le miracle. Comme il l'avait annoncé à son amie, le premier numéro du Conserca- ^^wr parut le jeudi 8 octobre 1818. Le 11, M"** de Chateaubriand écrivait, de NoisieK à Joubert : « Le Conservateur est-il arrivé jusqu'à vous ? M. de Chateaubriand est bien capable de ne vous l'avoir pas envoyé. Voilà un nouvel ultra lancé dans le monde, et, jusqu'à présent, fort bien accueilli du public. » Le duc de Lé vis figure parmi les collaborateurs, a Jamais plus vaillant chef ne fut entouré d'un plus brillant état-major ».

M"* de Duras n'approuvait pas les violences du Conservateur, Libérale, elle Tétait d'instinct et de tradition; libérale elle demeurait. Ce n'est pas Chateaubriand qui la convertira au royalisme ; c'est elle qui le ramènera au libéralisme. Si l'on néglige les splendides invectives du rédacteur en chef contre ses ennemis, on se rend compte que, peu à peu, au plus fort même de la polémique, les idées de Chateaubriand se modèrent, s'assagissent, et finissent par incliner au libéralisme constitutionnel : — triomphe de la raison, de l'éloquence familière et de l'amitié. M°® de Duras jetait chaque jour dans la balance quelques grains de son sens politique très droit, très fin, très éveillé. Son influence sur la destinée de Chateaubriand fut si grande et si intime qu'on la trouverait non seulement dans les titres qu'il obtint — président de collège électoral, pair, ministre d'Etat, restitution de ce titre, et dans les places qu'il occupa, ministre intérimaire de l'Intérieur à Gand, ambassadeur, etc., — mais encore dans les doctrines qu'il embrassa et contribua puissamment à acclimater en France. Cette influence de femme s'exerça d'une manière très efficace, encore qu'indirecte et discrète, et la marche générale des afllaires en reçut une impulsion qui se perd dans celle de Chateaubriand, en faveur des libertés publiques.

M"* de Chateaubriand poussait son mari dans les voies de Fextrème droite. La duchesse de Lévis s'entendait à merveille avec l'épouse, et, toute paisible que fût par tempérament la châtelaine de Noisiel, elle aiguillonnait aussi l'homme de génie dans le sens de l'ultracisme. M"" de Duras, si ardente de caractère et

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SI passionnée en tout, le modérait, le réfrénait, lui suggérait des pensées d'avenir et d'opportunité.

Chateaubriand à Madame de Duras,

Ce dimanche soir, 23 août 1818.

Je n'ai point du tout compris que vous ne reveniez que demain, et il n'y a point là de petite tromperie. Dans tous les cas, je crois toujours partir demain, parce que je ne veux pas être à Paris pour la saint-Louis : ce n'est pas aux fêtes du Roi que j'assiste : je Tattends quand il n'y aura plus personne au banquet.

Écrivez-moi pour me dire ce que vous faites, de manière que je puisse revenir à Paris quand vous y reviendrez.

Voici mon adresse : à Gournay-sur-Marne, par Vincennes.

Je ne vous ai point parlé d'Octave [de Ségur]. Je ne savais pas sa mort. Je plains Félicité [d'Aguesseau, mariée à son cousin germain, Octave de Ségur] ^

Dimanche, 13 septembre [1848].

J'arrive à Paris demain lundi. Vous verrez que toutes vos idées noires se dissiperont. Je travaille dix ou douze heures, et je veux aussi, comme Humboldt, me venger, mais par l'Histoire. Si je ne puis vous voir demain soir parce que M"' de Ch... revient avec moi, je vous verrai mardi matin. Soyez donc tranquille, au nom du ciel, et ne vous creusez plus la tête.

A demain soir, ou après-demain matin.

Samedi maUn Léié de 1818].

J'ai appris hier au soir que vous étiez arrivée. A peine étiezvous partie l'autre jour, que j'étais à votre porte. J'ai été et je suis encore bien souffrant d'un rhumatisme dans la poitrine, qui m'étouffe. Je fais des remèdes, je ne dors point. Aujourd'hui, je vais un peu mieux. Si je puis sortir, j'irai vous voir vers quatre heures. Votre billet était bien injuste. J'étais revenu à Paris uniquement pour vous voir.

Je vais aller vous voir ce matin, entre onze heures et midi.

1. Sur la mort d*Oclave de Ségur, voir Mémoires de Madame de Roigne, l. l«, p. 311-

Ce mardi.

Je ne peux vous voir, chère sœur, il faut finir le terrible article. Revenez donc vite. Je souffre beaucoup, ce matin.

Lundi.

Chère sœur, il me sera impossible de vous voir ce matin. Je suis accablé de travail. Castelbajac est absent et je suis chargé de la lecture et de la correction de toutes les feuilles du Conservateur. J'irai vous voir à Andilly, aussitôt que je serai délivré.

Jeudi.

Voilà ce que je vous avais écrit hier. Je vous verrai aujourd'hui à midi ou à quatre heures.

Cette lettre contient en outre le billet suivant :

Mais ne fais-je pas encore l'article Conservateur cette fois? Je ne puis sortir. J'ai vu le Prince. 11 pleure. Il m'a tout attendri. C'est fort mal à vous. Je vous conterai cela. Il m'a dit qu'il irait, si vous l'exigiez, demeurer chez vous ! En vérité, vous avez tort.

Lundi.

J'étais prêt. C'est votre faute. Je vais, malgré vous, vous voir tout à l'heure. Et, si vous le voulez encore, « l'heure sacrée » sera pour vous.

Mercredi matin.

Chère sœur, j'ai été vous chercher hier, vous étiez partie. Avant-hier, toute ma journée fut prise par le comité du Conservateur, chez moi. Aujourd'hui je mène les grands et petits au Panorama. Mais si vous n'avez personne et que vous vouliez me donner à dîner, je serai chez vous à 6 heures et un quart. Sinon, j'irai vous voir à 7 heures et demie. Comment étes-vous ?

De Tautomnc de 1818 à 1820, Chateaubriand est absorbé par le Conservateur ; il néglige sa correspondance au grand déplaisir

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de ses amis qui se plaignent de son silence. M"** de Chateaubriand Texcuse en disant avec un joli sourire : « Depuis qu'il s'occupe de ce journal, il ne voit, ni n'entend, ni ne répond. » Je n'ai trouvé dans la collection des lettres conservées par M"** de Duras que quelques billets pouvant se rapporter à Tannée 1819.

Dimanche malin [11 avril 1819].

Je vous envoie, chère sœur, les bonnes demoiselles Brigg. Tâchez d'arranger cela. Elles ont une recommandation anglaise, et puis le bon chevalier de Clunoy [?] et tous les Glunoy du monde en répondront, sans compter moi. J'ai travaillé comme un nègre, je n'ai pu vous voir avec tous les jours saints *. Je suis désolé ; j'espère vou3 voir ce soir en sortant de chez M°** la duchesse de Vilain, où je dîne. Je crois avoir fait un très bon travail.

Samedi, 26 juin 1819.

Je suis toujours souffrant. Voilà un été et un automne qui s'arrangent mal. Vous partez quand j'arrive ; je m'en vais quand vous revenez. Mais quand les hirondelles seront envolées et que le temps de « l'humeur voyageuse » sera passé, nous nous retrouverons sous le toit accoutumé. A présent, je fais le tour du monde, surtout parce que vous n'êtes pas ici.

On parle de divisions entre les ministres, on parle de je ne sais quoi. Hier, le Conservateur avait deux articles de votre serviteur. Hier comme aujourd'hui est à vous. Brillant dit mille choses à Clara.

Lisieux. lundi soir 18 [1819].

Je vous écris de Lisieux, dans une auberge où je vais coucher, parce qu'il est trop tard pour entreprendre de nuit les deux heures de mauvais chemin de traverse qui me restent à faire pour arriver à Fervacques. Je vous écrirai de Fervacques. J'attends aussi une lettre de vous. Vos lettres au moins ne mettront pas dix jours à faire le voyage. Il faut que je vous quitte, car j'ai

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