Née le 4 décembre
Paris, ce 9 février 1825.
Votre proposition, Madame, a réveillé en moi de pénibles souvenirs : je ne puis Taccepter. Je ne sais ce que je deviendrai, et il est possible que ma vie ne s'achève pas en France. Cette vie a été trop agitée, cl ce qui m'en reste est trop court pour faire des projets. C'est à vous. Madame, qui avez tant et de si ûdb\es amis, de venir vous placer au milieu d'eux pour ne plus les quitter. Moi, qui ne méritais pas de rencontrer des ingrats puisque j'ai fait si peu de bien, je subirai mon sort jusqu'au bout. Que le vôtre soit heureux. Madame ! Que justice soit faite à votre bonté, à votre générosité, à la douceur et à l'élévation de votre âme, comme elle a été faite à votre beauté !
N'est-ce pas comme s'il lui donnait congé ? « Vous qui avez tant et de si fidèles amis, venez au milieu d'eux pour ne plus les quitter ! . . . »
Après cette lettre, pourquoi chercher à expliquer l'absence de toutes relations écrites autrement que par une interruption totale? Ce fut le silence, le parfait silence entre eux, jusqu'au jour où M"® Récamier prévint Chateaubriand qu'elle était rentrée dans sa cellule et qu'elle désirait le voir. Les visites de Chateaubriand à l'Abbaye redevinrent quotidiennes. Mais de lettres connues ? point. Pourquoi ? M°** Lenormant répond dans les Souvenirs de Af "*• Récamier : « Par un accident que je déplore, et que je ne peux m'expUquer que par la cécité dont M"*' Récamier fut atteinte pendant les dernières années de sa vie, les lettres, en petit nombre, que M. de Chateaubriand lui adressa à cette époque si grave de sa vie manquent toutes à la collection. » De son côté, Sainte-Beuve suppose que « ces lettres, après son renvoi du ministère, devaient renfermer trop d'éclats de colère et de haine vengeresse, ce qui, sans doute, les aura fait, dès longtemps, supprimer ». 11 n'y eut ni perte ni suppression, après le renvoi et jusqu'au mois de juin 1825, c'est-à-dire pendant l'année qui suivit la fameuse destitution, 6 juin 1824 ; mais rareté, et finalement, interruption.
Et, d'autre part, le feu de la passion première, allumé en 1818-1819 — si jamais il y eut feu du côté de Chateaubriand —
était tombé depuis des années. Restait l'amitié, devenue pour lui cette chose idéale, synonyme de bonheur, Thabitude. On lit dans René : « Si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans Thabitude. » Il visitait M"' Récamier tous les jours, à la même heure. Et « cette perpétuelle assiduité de l'ancien propriétaire » de la Vallée-aux-Loups n'était pas sans « déplaire » fortement au propriétaire actuel, M. de Montmorency, et sans l'inquiéter beaucoup. Il en faisait Taveu à M"* Récamier dans une lettre datée de Bonnétable, le 30 juillet 1825. Donc, des visites, oui; mais, encore un coup, point de lettres. La raison en est peut-être que M"* Récamier montrait à ses amis et amies les lettres qu'elle recevait de Chateaubriand ; telle, M°* de Bérenger ; tel, Adrien de Laval. Elle les montrait soit par un sentiment d'admiration, et pour le communiquer autour d'elle ; soit pour s'en faire un titre de gloire et par coquetterie, pour stimuler, comme d'un aiguillon, les autres amitiés rivales. Il est certain qu'à une époque décisive de sa vie politique, Chateaubriand eut à se plaindre de certaines indiscrétions commises par M°* Récamier et qu'il en redouta les suites.
A Madame Récamier.
14 ma! 1822.
J'ai donné hier mon premier dîner diplomatique avec plein succès. Le 26, le duc d*York vient dîner chez moi, et le Roi en meurt d'envie. Les jalousies diplomatiques Tempêchent seules de venir, et peut-être passera-t-ii par-dessus. Je constate avec plaisir cette faveur croissante, parce que tout ce qui m'élève me rend nécessaire. — Londres, 24 mai. Je me tue à chercher ce que vous pouvez avoir. Je m'examine et je ne trouve rien à me reprocher. Je vous ai parlé des jalousies de M°*® de Duras, jalousies que j'ai cru entretenues par Adrien [de Laval-Montmorency]. En quoi cela peut-il vous affecter? Je vous ai priée, je crois, de vous méfier un peu d'Adrien, qui aime les tracasseries et qui vit de petites choses.
Est-ce une injure ou un tort?
Et, dans les Mémoires <ï outre-tombe * : « J'avais écrit dès le