‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 33 sur 88 · M- de Cl · texte numérisé non relu

M- de Cl

mais ne me poussez plus comme cela, vous me martyrisez [?]. A demain.

6 heures.

Puisque vous n'allez pas [à l'Opéra], je n'irai sûrement pas. Je vais me coucher, car je souffre horriblement. Je vous renvoie le billet, il fera un heureux. A demain, avant le Conseil, un moment.

Ce mercredi, il heures.

C'est fait. Ainsi, n'en parlons plus.

Dimanche matin, 22 février 4824.

Il faut que vous veniez rue de l'Université si vous voulez me voir aujourd'hui. Je paie mon voyage par une grande fièvre de rhume. En gardant aujourd'hui le coin du feu, j'espère pouvoir sortir demain. Comme vous êtes souffrante, vous craindrez peutêlre de braver cet horrible froid. Dans ce cas, à demain, écrivezmoi.

Je vous ai déjà écrit. Oui, j'ai vu Villèle deux heures. Nous sommes à merveille *. J'essayerai de vous voir un moment à midi.

Samedi, 4 heures et demie.

Le travail m'a entraîné. Faites-moi dire des nouvelles de vos yeux. A demain.

Vendredi malin.

Je ne sais, chère sœur, si je pourrai vous voir aujourd'hui. Si je ne suis pas chez vous à une heure, ne m'attendez pas. Alors il serait possible que je puisse aller vous voir à 7 heures et demie, ce soir après dîner.

Vendredi matin.

Je ne vous ai pas vue hier. Je ne vous verrai point encore aujourd'hui. Les Conseils et les courriers m'accablent. A demain. Je suis désolé.

1. Allusion peut-être à la « vive explication » que Villèle eut avec Chateaubriand le 27 mai et dont il a parlé dans ses Mémoires, t. V.

à54 LA DUCHESSE DE DURAS ET CHATEAUBRIAND

Samedi.

Ce bon homme s'était mis dans la tête d'être ambassadeur à Londres. Depuis ce temps, il me tourne le dos et ne me parle plus.

Voilà le portefeuille. Serrez-le bien, et ne mêlez pas les manuscrits, etn*en parlez à personne.

Vendredi.

Toutes ces questions sont misérables. Tenons-nous en à la septennalité, et voilà tout. Si je puis, j'irai vous voir, mais je ne vous en réponds pas.

Je n'ai pas pris la chose de cette façon. Ainsi l'article ne peut me servir. Le pauvre Eliçagaray ! Mais vous verrez qu'il aura dit quelque chose de cela. — Non, je ne crois pas ; mais vous même, vous paraissez n'être plus assurée, depuis mon billet. Estce vous ou moi qu'on attrape? Nous verrons bien.

Lundi soir.

L'affaire du Portugal paraît se confirmer. On dit que le Roi a rejoint son fils.

Il y a un Conseil. A demain.

Samedi.

Je ne pourrai pas à 4 heures. Il y a Conseil. A demain donc. Rien de nouveau ce matin. Mais tout va bien.

Jeudi, 2 heures et demie.

Il me sera absolument impossible que j'aille chez vous en sortant du grand combat, parce qu'il faut que je revienne écrire cette nouvelle et fermer les dépêches. Je suis désolé, mais le temps me manquera absolument. Je vous écrirai. A demain.

5 tieures et demie [1824].

Vous savez ce qui est arrivé à la Chambre des Pairs. L'amendement de Roy n'a été rejeté qu'à la majorité de deux voix, et nous

étions qtuitre ministres votans. Je ne sais pas à quoi se décidera Villèle. Il était en sortant très animé. Je n'ai pu aller vous dire cela. J'ai été obligé de rentrer pour mes dépêches. Brûlez

Dimanche.

Il y a eu Conseil aujourd'hui. Hier, j*ai travaillé à mes discours, et le soir, je voulais aller vous voir. Je n'ai pas eu le courage de m'habiller. A demain.

Je ne puis vous voir. Je travaille pour la Septennalité. Je veux répondre à Royer-Gollard et à Foy. J*irai à la Chambre. Je crois qu'il faut faire par mes paroles passer une loi, quand mon silence a été si fatal à l'autre. Si je puis, à cinq heures, je vous verrai.

Je n'oublierai rien. Je vous verrai à une heure.

Mardi matin.

Comme vous m'écrivez ! J*irai vous dire à onze heures et demie d'où me vient la nouvelle. Elle est sûre. C'est Capelle qui, en gémissant, l'a donnée comme officielle.

8 heures et demie.

A minuit ? chère sœur ! Qu'est-ce donc ? Je vais courir chez vous. Mais dites-moi seulement à présent si c'est bon ou mauvais.

J'ai répondu, il y a deux jours, auch[evalier]Le Dhuy(?)Jerai vu ce matin. Vous êtes injuste. C'est toujours votre habitude. Je serai chez vous dans une heure au plus tôt.

Vendredi matin.

Rien, rien absolument. C'est à mourir. J'en deviens fou. L'incertitude est pour moi le plus grand des supplices. J'irai vous voir aussitôt que je serai noyé. Nous allons manger les cerises.

La concision expéditive de ces billets si vivants laisse deviner quelque chose des lettres auxquelles ils répondaient.

M"* de Duras avait témoigné sa détesiation de la guerre d'Espagne, que Chateaubriand voulait et préparait depuis plusieurs mois. Ehi jour où les hostilités furent déclarées, elle en suivit les diverses phases avec la double ardeur de son caractère et de son patriotisme, avec la double anxiété de son amour de mère et de sa passion d'amie. Elle voyait bien que les destinées de la vieille monarchie y étaient engagées à fond. Raffermie et rajeunie par la victoire, la royauté, en cas de revers et d'insuccès final, ne résisterait pas à l'assaut des partis opposés; elle serait vaincue dans la personne du Prince généralissime, et ce serait la fin de la maison de France.

Et puis, le ministre des Affaires étrangères n'était-il pas en cause plus qu'aucun de ses collègues ? La responsabilité de cette guerre impopulaire ne pesait-elle pas sur lui ? Au sort du cher frère était lié le sort de son collaborateur le plus intime, le duc de Rauzan. Et le mari de Félicie, général Auguste de La Rochejaquelein, n'était-il pas au feu, et plus exposé que d'autres, parce qu'il avait à cœur de soutenir la glorieuse légende de son nom, et que sa bravoure de « Balafré », à la Grande Armée, le vouait aux actions d'éclat sous le drapeau fleurdelisé.

c< Je suis malade », écrivait-elle à Chateaubriand, a Ditesmoi des paroles de tendresse. » — <c Donnez-moi quelques bonnes nouvelles de la guerre pour me guérir, d Parmi tant de bonnes nouvelles, qu'il se hâta de lui communiquer, il y eut celle-ci, au commencement de septembre : <c M. le général de La Rochejaquelein a reçu la croix de commandant de la Légion d'honneur pour sa belle conduite à la Corogne. » Le général Bourke était entré le 21 août au matin, avec ses troupes, dans la place conquise.

Puis revenait sous la plume de Fardente Claire, la plainte jalouse contre l'assiduité du cher frère à l'Abbaye. Puis, M"" Récamier partie, ce furent des reproches violents à propos de la nouvelle passion du ministre pour M"' de Castellane, passion folle et trop peu dissimulée. M""' de Duras n'en pouvait douter, ayant été avertie par le mieux renseigné des hommes, le boiteux^ qui d'ailleurs parait s'être intéressé très particulièrement à cette dame : il en reparlera à M"* de Duras dans une lettre de 1826. Et voilà donc pourquoi les visites du cher frère se faisaient plus rares. Or, ces reproches, elle les renouvelle à plusieurs reprises, et avec une sorte de «r violence », malgré les colères de l'intéressé

qui répond par des paroles équivoques, autant dire par des négations et des mensonges. « M"* de Castellane n'est point ici. Cette violence est trop peu fondée. Je vous parlerai de Talleyrand. » Quelles représailles et quelles révélations s'annoncent dans les menaces de ces derniers mots, les Mémoires d'outre^ tombe pourraient le dire à qui serait curieux de l'apprendre'. « Votre rivale n'est pas à Paris. Ne vous tourmentez plus. » — « Votre ennemie n'est pas arrivée. Bon Dieu ! ne recommencez pas vous-même, vos tracasseries. Je vous verrai vers quatre heures. » M"* de Castellane était à Rueil, en attendant qu'elle allât au bord de l'Océan où le volage René était impatient de la rejoindre.

— Êtes-vous donc brouillé avec Villèle ? — Ne faites pas la sottise de vous démettre à propos d'un ruban ou d'un cordon ! — Comment s'est passé l'entretien avec le Président f — Ne parlerez-vous pas en faveur de la septennalité, votre silence sur la conversion des rentes ayant été si funeste? — En aurez-vous le temps?

Partagée entre sa parfaite estime pour Villèle et sa profonde affection pour Chateaubriand, elle se désolait de les savoir divisés, et ne pouvait prévoir la rupture, quelle qu'en fût la suite, sans craindre et sans souffrir. Aimer et souffrir, c'était toute sa vie. « Peut-on aimer sans souffrir », écrivait-elle à Rosalie? « Vivre, n'est-ce pas toujours souffrir ? »

1. n y a de plus ceci que Tallcyrand se pennettait des mots sur Chateaubriand, celui-ci par exemple, que le maréchal de Castellane a consigné dans son Journal : « 10 mars 1838. M. de Chateaubriand se plaint de surdité. U se croit sourd depuis qu'il n'entend plus parler de lui. »

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