‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 36 sur 88 · C. de Duras · texte numérisé non relu

C. de Duras

J'adresse la petite caisse à M. Pictet de Rochemonl à Genève.

Paris, 14 janvier [18«4].

Clara est accouchée avant-hier d'une fille K Je me préparais à vous le dire quand j'ai reçu votre lettre et vos reproches. Vous avez le droit d'être déliante, ma chère Rosalie, mais en cette occasion vous êtes injuste : je vous ai écrit à Lausanne et je vous ai envoyé une petite caisse que vous devez avoir reçue et qui vous prouvera que je suis loin de vous oublier. Vous y trouverez la seule chose que j*aie jamais fait imprimer. Je ne conçois pas qui a pu vous dire que j'étais l'auteur de cette traduction à'Éliza Rivevs.Si vous l'aviez lue, vous ne m'en accuseriez pas. On a gâté un joli roman, — d'ailleurs je suis l'ennemie des traductions. Il ne faut pas entreprendre ce qu'il est impossible de bien faire. Ce qui est beau dans un ouvrage est justement ce qu'on peut le moins traduire, c'est ce qui porte l'empreinte du génie original, de la nature et de la langue; la force diminue, — la grâce se perd, — ^la finesse disparaît. Une traduction ressemble à un déguisement, à travers lequel on cherche à reconnaître quelqu'un de sa connaissance. Je ne suis point coupable de celle d^Eliza Bivers-, qu'on m'attribue. Mais voyez ce que c'est que d'imprimer 30 exemplaires pour ses amis î On passe pour auteur et on vous charge de toutes les fautes que vous n'avez pas commises en attendant qu'on vous accuse de celles dont vous êtes responsable.

Quel charmant tableau vous me faites de la vie que vous menez ! Il me fait envie : cet intérieur si doux, ces occupations variées, — cette régularité dans les heures, ce désir de se plaire, ces goûts communs. Il est presque honteux d'être malheureux quand on voit que le bonheur est ainsi sous la main, qu'il ne faut qu'apaiser son âme pour l'atteindre, ne pas la laisser égarer dans des chimères qui deviennent à la fin des besoins et dégoûtent^ de tout le reste. L'âme est comme le corps; il faudrait la rendre sobre, mais cela est bien difficile. Je me suis accoutumée

1. Le duc de Rauzan est dénommé, dans Tacle de naissance de ceUe fille, marquis de Duras-Chastellux, duc de Rauzan.

2. Boman de Madame Brunlon, traduit de l'anglais par la comtesse Mole, avec une préface de M. de Barante.

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MADAME DE DURAS Et SA ^ILLE FÉLIGIÉ 281

à ne manger qu'un petit morceau de poulet pour ménager mon estomac et je n'ai pas le courage de sevrer mon âme de toutes les pensées qui la déchirent. C'est cependant le seul moyen de retrouver le bonheur, ou du moins la paix.

Parlez-moi donc avec un peu plus de détail de ce qui vous intéresse, de ce dont vous me dites quelques mots que je ne comprends pas dans votre lettre. Qui est-ce qui vous fait de la peine? Racontez-moi cela, et pensez que d'avance je vous donne raison, car il y a des cœurs qui n'ont jamais tort.

Si je commençais à vous parler de Paris, je ne finirais pas. Je vous ai dit ma vie, c'est toujours la même chose. Jeudi j'ai eu un concert ; cela m'arrive trois ou quatre fois par hiver, pour rendre des politesses. M"' Pasta vous charmerait. Son chant ne ressemble à aucun autre, tout est si vrai dans son accent qu'elle fait comprendre Téloquence et le pouvoir irrésistible de la musique.

Adieu. Clara va aussi bien que possible, et sa petite fille aussi. Nous aurions voulu un second garçon.

Paris 6 février [1824].

Chère Rosalie, je ne puis vous dire le bien que m'a fait votre dernière lettre et la peine et le remords que je sens de m'ôtre privée de ce bien pendant si longtemps. Il y a dans votre âme quelque chose qui tranquillise la mienne. Vous êtes arrivée où j'arriverai peut-être, si Dieu m'en fait la grâce ; mais du moins je marcherai par le même chemin que vous et la souffrance m'enseignera les mêmes leçons. Il faut pour cela que les cœurs se ressemblent ; c'est comme ces plantes de la même nature et qui reçoivent la même influence du même climat. Cependant mon caractère a quelque chose de raide et de violent qu'heureusement pour vous vous n'avez pas. Tout est plus passionné en moi ; je ne puis me résoudre à reconnaître l'impossible. C'est ce qui m'a tant fait de mal. J'ai été irritée, aigrie, blessée, mais j'ai toujours lutté, et le découragement pour moi n'a été que du désespoir.

Mais je veux vous parler d'autre chose. Ce sera pourtant encore de moi. Vous jugez Ourika avec votre cœur et après de longues années d'expérience de souffrir; mais lorsque ce besoin des affections naturelles devient aussi impérieux qu'il était dans Ourika, il n'y a que Dieu qui en puisse tenir lieu. M"* de Beauvau était tout pour elle, mais elle n'était pas tout pour M"® de Beauvau. Et l'amour ? Et l'amour devenu coupable ? Il me semble qu'il n'y avait qu'un cloître pour la tirer de là, et en réfléchissant à combien de douleurs cet entier dévouement de soi à Dieu est le

remède, je ne conçois pas que la vie de la plupart des honnmes ne finisse pas là. C'est le port dans la tempête. Cette petite Zoé est toujours avec M"' de Laval ; elle fut ramenée avec Ourika. C'est à elle que j'ai pensé en disant : « pour la rendre heureuse, il <c eût fallu en faire une personne conmiune,... etc. ».

Du reste on est commun quand on est heureux. Non, sans doute, on a raison, mille fois raison d'être comme il faut être pour ne point souffrir, et c'est une maladie de notre nature de nous croire distingués parce que nous sommes malheureux.

J'ai vu M. Henri d'Ariens ; il est à merveille ; j'espère qu'il reviendra, je \y ai engagé. J'aime ceux qui me parlent de vous. Je vais répondre à M"* d'Ariens, et mettrai ma lettre dans celle-ci. Elle est trop bonne de se souvenir encore de moi. Je n'ai point vu Vaucluse ; je passai tout auprès, mais M. de Duras ne voulut pas s'arrêter ; et je ne suis nullement curieuse. Je craignais que ce petit dessin ne fût mal ; on m'avait promis des merveilles.

Clara va très bien et sa fille aussi. Elle descendra dimanche. Je travaille à lui donner une petite fête. 11 y aura un proverbe d'un M. Le Clerc (le Savetier et le Financier) et j'ai essayé défaire des couplets, mais ils sont si bêtes que je n'ose les dire. 11 m'est impossible de faire un vers, je ne trouve aucune rime.

La pauvre M"** de Noailles est morte. Quelle perte pour le duc de Noailles M De si longs soins, une si longue affection, ces deux vies si liées l'une à l'autre... Je dirais qu'il en mourrait si je ne savais comment se consolent les vieillards. Alexis et M. de Montagu sont partis cette nuit pour l'aller chercher. On dit qu'il n'aimait plus sa maison de Rolle, C'est très heureux, elle lui serait un désert.

Je suis bien aise de vous savoir à Lausanne avec vos amis, avec ces cœurs congenial au vôtre. J'aime cette expression. — M. d'Ariens me parle de cette belle vue qui m'est si présente que je la dessinerais, ou plutôt je la peindrais, car la couleur est une grande partie de sa beauté : ces charmantes nuances du côté de Vevey, ces vapeurs bleuâtres, que cela doit être beau à présent, par ces jours de brillant soleil, à 4 heures du soir ! Les souvenirs sont un bien inépuisable ; on n'a pas besoin de voyage pour que les impressions soient nouvelles, il suffît de vivre. Adieu, chère Rosalie. Ecrivez-moi, et pensez que vos lettres m'apportent souvent ici ce qui me manque et ce que je cherche sans le trouver. Je ne sais pour quoi j'étais née, mais ce n'est pas pour la vie que

\. Jean-Louis-Paul, duc de Noailles, 26 octobre 1739-26 octobre 1824, veuf le 22 juillet 1794 d'Henrietle-Ânne-Louise Daguesseau, et, en janvier 1824, de Wilhelmine-JusUne de Mosheim, veuve d'Alexandre, comte Golookin.

je mène. Je ne prends du monde que ce qui n'est pas lui, et, quand je reviens sur moi-même, je ne conçois pas ce que je fais % tant je m y sens étrangère.

Adieu, je vous embrasse.

Paris, 6 avril [1824].

Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, ma chère Rosalie, et je me le reproche. Vous m'accuserez peut-être, etmoijeme prive de recevoir de vos lettres et de lire ces'douces paroles d'amitié qui me font tant de bien. Je n'ai pas d'autre raison à vous donner que rincertitude de mes projets. Vous me disiez, dans votre dernière lettre : « Ne nous verrons-nous plus ?» Je voulais vous dire : nous nous verrons cet été. J'étais tentée d'aller en Suisse et de vous proposer de venir ici ou à Andilly, ou aux bains de mer, où je dois aller. M. de Duras doit faire un voyage ; la Chambre des Pairs le retient ; enfin tout est vague et incertitude dans ce que je puis faire ou vous proposer ; il faut donc attendre mais nous dire que quand on veut se voir on se voit. Je ne connais d'invincible que les sentimens ; les autres obstacles sont comme les fantômes de cette forêt dans Le Tasse ; quand on les attaque, ils disparaissent.

Voilà Ourika imprimée. Vous aurez deviné ce qui m'a décidée. On en a fait cent comédies plus ridicules les unes que les autres, et ceux qui ne connaissaient pas l'oyvrage auraient pu croire que j'étais l'auteur de tout cela. J'ai voulu n'être responsable que de mes propres fautes; mais toute cette publicité m'a été désagréable, et je ne conçois pas qu'on se soucie des éloges des gens qu'on ne connaît pas. Je ne suis pas encore assez auteur pour priser cette gloire.

Il y a longtemps que je n'ai vu votre cousin, j'ai voulu le prêcher, mais il n'est pas près de retourner à Lausanne. Il va en Angleterre. Il aime à voyager. J'aurais voulu causer avec lui, mais, quand il est venu, il y avait toujours du monde chez moi. J'en ai été contrariée. Je n'ai pas pu non plus l'entendre chanter. Il est agréable de manières, et, certainement, il a de l'esprit.

Rien de nouveau dans ma position ou dans ma vie. C'est toujours de même, mais vous savez par expérience que les mêmes peines pèsent plus ou moins suivant les temps ; la disposition intérieure varie sans motifs réels. Eh bien! la mienne est meilleure en ce moment, mais je serais bien en peine de dire pourquoi ; demain peut-être ce sera tout différent. Il n'y a d'immuable que

ces âmes qui ont étouffé le naturel et Tont remplacé parle devoîr et la raison. Ma chère Rosalie, je suis une pau\Te girouelte, je tourne à tout vent et même sans vent : une mine fâchée, quelque marque d'oubli, un petit tort de ceux que j'aime, et me voilà démoralisée pour huit jours. Que dites- vous de ce mot ? On en voit bien d'autres. La langue française n'est plus reconnaissable. Le dictionnaire est doublé et n'y gagne pas. Ils se sont donc battus Tautre jour au comité pour la définition du mot : genre romantique. Enfin ils ont trouvé que c'est une sorte de littérature qui affecte de choisir des sujets dans le moyen âge ! Que pensez- vous de cette trouvaille ?

J'ai proposé à M. Guvier de dire que la définition du romantique c'est d'être indéfinissable, c'est un genre indépendant qui prend les beautés où il les trouve, qui ne croit qu'à lui-même : c'est le protestantisme de la littérature ; aussi y a-t-il bien des sectes. On s'égare quand on ne reconnaît pas d'autorité, etc . Je laisse le reste à l'abbé de Lamennais.

Parlez-moi de vous, de votre santé, de vos occupations. Que faites-vous ? Que lisez-vous ? Faites-vous encore des vers ? Je le veux bien, pourvu qu'ils ne soient pas contre moi. Je ne suis point en train d'écrire, cela me prend par accès. Je suis comme possédée de quelque chose; j'y pense toujours; je suis obligée de me contraindre pour être à la conversation et parler de sujets indifférents; puis, tout à coup, tout déménage, il ne reste rien, et, si je veux écrire, il ne me vient rien du tout.

Avez-vous lu les Mémoires de Montpensier [1824] * ? Rien n'est plus intéressant, plus vrai, plus touchant. Ils ont eu un double intérêt pour moi : j'avais connu en Angleterre ce jeune prince qui n'était pas prince du tout, mais le meilleur enfant du monde.

Adieu, ma chère Rosalie, donnez-moi de vos nouvelles et recevez les tendres assurances de mon amitié.

Cl. D.

On croit que votre cousin [Benjamin Constant] sera admis à la Chambre des députés.

14 janvier.

Chère Rosalie; je reçois votre bonne lettre, et je trouve un plaisir infini à vous répondre tout de suite et causer ainsi avec vous,

1. Antoine-Philippe d'Orléans, duc de Montpensier, né le 3 Juillet 1775, mort le 18 mai 1807 ô Salthill en Angleterre.

i — de loin, il est vrai, par la distance, mais de près par le cœur. Rien n'est plus doux que de se surprendre dans un rapport intime de pensées et d'occupations. Croiriez-vous que je pourrais vous envoyer un passage que j'écrivais il y a quatre jours dans un autre de ces petits ouvrages et qui est presque mot pour mot l'idée de Bonstetten. Vous croyez bien que ce nom est parvenu jusqu'à moi, quand ce ne serait que par les lettres de Mûller, et on connaît mieux un homme par les sentimens qu'il inspire, presque, que par lui-même. Voilà ce qui fait peut-être que tout le cœur se révolte de ne pas obtenir ceux qu'on croilf mériter. J'entrevois le côté où vous pencheriez sans votre amitié pour moi, et cela m'afflige. Croyez-moi, Rosalie, les physionomies ne sont pas toujours sincères ; elles montrent ce qu'on aurait dû être, plus que ce qu'on est ; et il y a une sorte d'infidélité à sa nature qui vous laisse souvent ce que vous étiez lorsque les passions ou l'intérêt vous ont fait changer. Vous parlez de retour» Mais où est le retour ? 11 n'en existe pas plus que de confiance. Félicîe ne vitelle pas avec la femme fausse et méchante à laquelle elle m'a sacrifiée ; elle habite et règne chez elle, elle s'est déclarée sa fille. Ne sest-elle pas mariée sans mon consentement en me menaçant de sommations respectueuses. Elle se contentait du consentement de celle qu'elle a adoptée à ma place. Ne couvre-t-elle pas tous ces procédés du voile de la présence de ma belle-mère qui a 80 ans et beaucoup de crédulité, peu de lumières, mais d'une grande vertu et en grande considération dans le monde ? Ce travail fait pour l'établir chez sa belle-mère, il y a quelques années, me fut soigneusement caché ; je 1 appris par le public.

Voilà les calculs et les détours que couvre cette physionomie angélique, expression d'une âme qui lui ressemblait avant de s'être livrée à des gens à idées étroites et communes, dont la grande séduction a été les louanges outrées dont ils enivrèrent l'orgueil d'une enfant de quinze ans. L'orgueil était son défaut et je le partageais^ je l'aimais tanti — Ah ! ma chère, no me parlez plus ainsi, il y a d-es choses trop douloureuses à dire, — et ne parlez plus du bonheur de Clara. Elle a souffert avec moi tout ce que j'ai souffert, cet ange pour lequel j'avais été injuste, que j'aimais moins peut-être que sa sœur, dont j'avais diminué la fortune pour marier Félicie ; elle a été pour moi une garde, une compagne, un soutien. A peine sortie de l'enfance, son cœur lui a enseigné la raison ; seule contre tous, elle a été inébranlable parce qu'elle était juste. S'il y a des anges sur la terre, Clara en est un, et Dieu seul peut la récompenser de ce qu'elle a été pour moi, car la terre est trop au-dessous de telles vertus. Ne parlons plus de tout cela, ce sujet me fait mal. Vous êtes loin et Voua me

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feriez vous dire ce que je ne veux pas vous dire. Les années ont passé sur cette douleur, I habitude me la fait supporter, j'écarte les souvenirs; tout ce qui me force à aller les chercher au fond de mon cœur les renouvelle, non pas amortis, mais avec tout ce qu'ils ont d'amer et de douloureux, ie me dis, quand je me sens trop malheureuse, comme Notre-Seii?7iei» : « Pardonnez-lui, elle ne sait ce qu'elle fait. » Mais cette ignorance l'excuse sans me consoler et sans me rien rendre.

Pardon de vous parier si longuement de tout cela, n'y revenons plus.

J'ai donné votre livre à M. de Polier, qui m'a dit qu'il avait une occasion pour Lausanne. Ne traitez pas de chimère notre projet ; — ne croyez pas qu'on attrape toujours des rhumes à Paris. Je vous soignerai bien ; vous y serez dans une bonne saison... Enfm, laissons au temps à mûrir cette pensée. Seulement, familiarisez-vous avec elle.

Je viens d'être aussi bien enrhumée, je le suis encore. C'est, ditK>n, la saison. Vous savez qu'il faut trouver une raison à tous les maux et à tous les malheurs.

Nous avons le même temps que vous, avec le soleil de moins. Qu'il doit être beau le soleil, en hiver, sur vos belles Alpes ! Mais les bateaux à vapeur me gâtent le lac, je ne les vois point là. Rousseau n'eût jamais écrit la lettre de Meillerie avec un bateau à vapeur. Rien n'est si prosaïque.

Je suis désolée de Tétat de votre pauvre cousine ; il s'améliore, et il faut espérer que les bons soins qu'elle reçoit la guériront.

Pourquoi votre frère est-il un sauvage ?

J'entends d'ici tout ce qu'il dit de moi et des dames de la cour. Cela m'irrite toujours. Il n'y a pas une grande différence entre une situation et une robe ; la personne à qui elles appartiennent fait autant partie de l'une que de l'autre ; lorsque je vois cette manière commune de juger à des gens communs, — cela m'est égal ; — quand ce sont des personnes distinguées, cela m'impatiente.

Entendez-vous parler des piqûres ? On ne fait autre chose à présent que de piquer tout ce qui a des rhumatismes, et c'est tout le monde. On a d'abord raconté des guérisons miraculeuses, mais cela se réduit à rien. — A l'examen, le mal n'est pas passé, ou il est revenu. Du reste, l'opération est accompagnée d'un appareil très solennel. On attache un conducteur à l'aiguille; on prétend que le surplus de notre électricité va se perdre dans un vase d'eau salée. Moi qui n'en ai point à perdre, je garde toute ma pauvre vie dans la forme de rhumatisme, ou d'autre chose. Vivre, n'cst-il pas toujours souffrir?

Adieu, chère Rosalie, écrivez-moi. Je ne puis vous dire combien j'aime vos lettres et tout ce que j y trouve dVsprit, et de justesse, et de supériorité, enfin de tout ce que j'aime. Ma chère, je ne sais ce qu'est devenu l'esprit en France : il n'y en a plus; Tégoïsme, l'avidité d'argent, les petites ambitions, les platitudes le tuent, et on pense tant à ce qu'il ne faut pas dire qu'on ne dit rien.

Adieu. Cette lettre est trop longue. Je pense qu'au lieu d'envoyer ma lettre dans le paquet, il vaut mieux la faire mettre à la poste pour éviter le traînage des occasions.

Adieu. Je vous embrasse, chère Rosalie, de tout mon cœur.

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