Lettre à Rosalie de Constant
Elle redoute ses jugemenls; et vraiment, elle n'avait pas tort d'en supposer, à son endroit, la sévérité outrée. Un passage de sa correspondance laisse entendre que tous, à un certain moment, même Chateaubriand, même le duc de Duras, prirent parti contre elle, — tous, Clara seule exceptée. « Seule contre tous, elle a été inébranlable, parce qu'elle est juste. » Et ailleurs : « Ne jugez pas ces peines ; il faut être mère pour les sentir. » Et dans une autre lettre, de date postérieure : « J'entrevois le côté où vous pencheriez sans votre amitié pour moi, et cela m'afflige. Croyezmoi, chère Rosalie, les physionomies ne sont pas toujours sincères. »
A la fierté, à la dignité, aux convenances, causes premières de son silence, il faut ajouter, comme motif principal, la défiance, a Je suis défiante », dit-elle. « Toutes mes défiances », écrit-elle encore : elle les devait à la triste expérience et au malheur. Voici le texte destiné au public. Plus étudié et plus développé, il n'est pas moins sincère; et même, grâce à Fim personnalité de la forme et du détour, il est plus intime ; l'analyse va plus loin ; l'âme s'y montre mieux, dans sa fierté blessée.
DI.\LOGDE d'oCRIKA ET DU MÉDECIN
Un jour, elle revint d*elle-môme au sujet où je désirais la conduire.
« Les chagrins que j'ai éprouvés, dit-elle, doivent paraître si étranges que j'ai toujours senti une grande répugnance à les confier : il n'y a point de juges des peines des autres^ et les confidents sont presque toujours des accusateurs. — Ne craignez point cela de moi, lui dis-je : je vois assez le ravage que le chagrin a fait en vous pour croire le vôtre sincère. — Vous le trouverez sincère, dit-elle, mais il vous paraîtra déraisonnable. — Et en admettant ce que vous dites, repris-je, cela exclut-il la sympathie? — Presque toujours, répondit-elle; cependant si, pour me guérir, vous avez besoin de connaître les pensées qui ont détruit ma santé, je vous les confierai quand nous nous connaîtrons un peu davantage »*.
La correspondance prouverait que, même dans les quelques indications de temps et de durée qui y sont contenues, le roman est le véridique récit des épreuves de l'auteur.