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11 est poli de toujours promettre, m'a-t-on dit dans ma jeunesse. Vous n'aimez guère ce raffinement de civilisation. Je déteste, m'avez- vous dit, les tromperies, et je respecte cet amour du vrai, seule source de tout ce qui est 'beau et élevé. Je préfère donc vous demander mille pardons de ne pas vous voir ce soir. Je dîne dans un quartier très éloigné, à l'Arsenal, et je voudrais aller de là chez M. Arago. C'est trop pour un malheureux qui n'a pas d'organes de locomotion. J'aurai le bonheur de vous ofîrir demain mes tendres hommages^ et vous êtes incapable de me gronder. Je vais apprendre même à dire non pour ne pas vous ennuyer si souvent de mon écriture microscopique. Je vous donne un amiuaire qui est très intéressant. Rendez-moi mes amours.
J'espère que vous avez eu le petit billet qui vous exprime mes regrets pour le dîner de dimanche. Je passe ma vie en privations.
Mille grâces! Je voudrais sortir demain, mais je crains que mon maître ne le veuille pas ; je pense que cela est tout fermé et je remue le genou sans la moindre douleur.
Que cela est vrai, ce que vous dites des limites précises qu'on veut assigner à chaque talent, à chaque caractère ! Les plus grands et les plus beaux talens ont le plus de ce vague qui tient aux imperfections primitives de la nature humaine. Les caractères sont comme les nuages : de loin ils paraissent avoir des surface, des contours déterminés. Elevez- vous avec moi sur les montagnes, entrez dans ces nuages qui ont des formes de loin, et vous vous trouvez dans un océan de vapeurs, dans lequel tout est vag^e et sans bornes.
L'amitié fait sentir ce que Ton éprouve sur ces montagnes : on
se rapproche : on trouve ce vague ; mais l'admiration et les affections ne s'en conservent pas moins. Quel plaisir m'a fait votre jugement sur M. Arago ! Je 1 avais deviné le premier, à Paris, à Tâge de vingt-trois ans.
P. S. — De grâce, envoyez-moî le Moine. Vous me traitez mal *•
Ce Dimanche [1824].
Vous n'êtes point encore partie, peut-être, et déjà je m'occupe de ridée de vous voir sur votre plateau de Saint-Germain. Je sais que je serai doublement bien vu si je vous amène M. Arago, un des hommes les plus agréables de nos temps parce qu'il est bon, simple et spirituel à la fois. 11 n'est pas libre mercredi. J'ose vous demander de venir avec lui mardi. Un simple mot suffit : si ce jour vous contrarie, vous ne le prononcerez pas.
J'envoie m'informer à votre porte si le soleil d'hier vous a appelée à Saint-Germain. Je suis revenu ce matin de mon grand voyage de Belgique dans lequel j'ai passé trois jours très agréablement. M°** de Bérenger est infmiment mieux que l'année passée. Je lui ai trouvé assez de force pour se promener à pied dans les champs labourés, car elle a aussi le préjugé des promenades de campagne. Elle m'a chargé de mille choses pour vous. Outre le charme qu'elle a par elle-même, elle a celui de savoir parler admirablement de vous et de la supériorité de ce talent que vous puisez dans votre âme. J'aurai le bonheur de vous voir demain, j'ai trouvé bien des feuilles (épreuves) amoncelées et je dois travailler pour mon courrier prussien de demain.
Daignez de grâce prier la belle duchesse [Clara] de remercier M. de Rauzan au nom de M. Marchangy : il aime tant à obliger.
Ce jeudi.
1. Le Moine fat composé en 1822. — Il y a, dans cette lettre, quelques allusions à des remarques de M** do Duras sur les défauts de Chateaubriand.
J*étais venu ce soir sans avoir vu voire aimable billet. Je le trouve en rentrant et je me hâte de vous dire que j'accepte avec plaisir rengagement pour lundi. Vous voulez généreusement me dédommager de mon absence à Liège.
Novembre [1814].
En revenant des bosquets idéologiques d'Auteuil, j'ai été forcé de m'aliter. C'est mon mal ordinaire et périodique, un peu de fièvre de rhume qui cède au repos. J'espérais pouvoir vous porter mes excuses moi-même hier soir, mais je me suis senti trop maussade pour me montrer dans un salon. Je n'ai pas besoin de vous exprimer tous mes regrets. Mes premiers pas seront dirigés, après quelques jours de tranquillité, sur la rue de Varennes, pour vous porter Thommage de ma reconnaissance et de ma constante admiration. Le nouvel écrit* de M. de Chateaubriand est plein de noblesse, de modération et de cette force qui naît de la modération même. Mais les nouveaux Mithridates se portent mieux que nous.
Je suis touché de votre aimable intérêt. Ma santé est presque entièrement rétablie, mais je préfère me tenir encore un ou deux jours en réclusion. J'ai bien vu que vous n'avez pas trop ajouté foi à cette indisposition « aux bains » et à ma retraite du monde. Je puis vous jurer cependant de n'avoir été ni à l'Académie, ni chez M. Arago, ni chez M. Gérard à qui j'ai refusé aujourd'hui encore son concert de Rossini et de M"* Pasta. J'ai souffert du rhume et de l'estomac. Ce dernier mot, qui n'est pas une fiction mythologique, me donne des droits à votre généreuse commisération.
[AvrO 18S5J.
Je n'ai point été assez heureux pour vous trouver avant-hier. Vous ne faisiez que de sortir. Vous aurez deviné que c'est la tem-
4. Première lettre à un pair de Francey Paris. 8 novembre 1824 : « ... Des MiUiridates politiques qui se seraient habitués à digérer les poisons nous placeraient dans un ordre de choses oit l'expérience ordinaire ne peut phis servir. »
pêlc qui m*a empêché de profiler hier de votre aimable invitalion. Au moment de sortir, j'ai eu toutes mes fenêtres cassées, mes manuscrits volaient aux quatre vents. Je n'ai pas eu le courage de quitter la maison avant que le mal ne fût réparé. Il y aura quelque tremblement de terre, quelque grande révolution de la nature avant les liquidations ^ Ce sera une fête pour les physiciens qui survivront et peut-être aussi cela donnera des mœurs aux peuples.
Vous seriez bien aimable en me faisant dire si vous restez ce soir chez vous ? Mes carreaux ne se casseront plus, et j'espérerais vous trouver en plus petit comité, vous voir et aussi vous entendre. Je crois d'ailleurs que Madame la duchesse a ordonné que j'aille dîner chez elle demain lundi.
Agréez mes tendres et respectueux hommages.
Je suis venu hier m'inlormer de votre santé parce que je veux vous amener ce soirM. Arago, dont je pourrais être un peu jaloux. 11 mériterait bien le bonheur de placer [Edouard] auprès d'Ourika. Depuis que je ne possède qu*un seul Édottard et le plus magnifiquement relié (sans une ligne que je réclame à la première page)^ je mendie pour mes amis.
M"* de Bérenger est cette Pauline dont M"* de La Tour du Pin citait à M"* de Duras une lettre où la psychologie de celleci, en tant qu'amie de Chateaubriand, était admirablement démêlée et caractérisée. On lit dans les Mémoires d'outre-tombe : « La grande et légère duchesse de ChAtillon (plus lard, M"* de Bérenger) s'est jadis appuyée sur mon bras. » — « Je rencontrais encore la duchesse de Châtillon, laquelle, pendant mon absence des Ceat-Jours, décora ma vallée d'Aulnay. » M°* de Chateaubriand l'appelait « la belle madame de Bérenger ».
1. Allusion au projet de loi a tendant à indemniser les anciens propriétaires des biens-fonds confisqués et vendus au profit de TEtat en vertu des lois révolutionnaires » ; — et, du même coup, allusion aussi à l'opinion de Chateaubriand sur ce projet, prononcée à la Chambre des Pairs le il avril 1825. Voir, dans les GKuvres, Ci)ini<ms et Discoure.
Les billets de Humboldt font penser à ceux de Chateaubriand ; et fatalement s'impose un brin de comparaison.
Quel tour d'exquise et affectueuse politesse imprime aux siens l'illustre savant, même lorsque, d'aventure, il croit avwr à se plaindre ! Comme c'est bien le langage de Tamitié, d'une bonne et simple amitié !
Au contraire, même dans les remerciments que le «c cher frère » adresse à la « chère sœur », quelle absorbante personnalité ! Et dans les reproches, mérités ou non, quelle àpreté de mots et de forme ! El quelle impérieuse façon de s'excuser ou de s'annoncer !
Humboldt est reconnaissant qu'on veuille bien FaccueilUr et l'aimer un peu.
L'autre se sait attendu : il daigne se promettre ou se prêter pour une heure, et il annonce ses visites comme, de royales condescendances. C'est qu'en effet, avec M"* de Duras, et d'ailleurs avec les autres nobles amies, sans aucune exception, il se sait roi, et roi absolu, — tyran des cœurs.
Mais, d'autre part, qu'il y a loin de la spirituelle amabilité du savant, au moi superbe et passionné, au verbe étrangement fascinateur de René !
L'écriture « microscopique » de Humboldt apportait à M*" de Duras distraction, plaisir, repos.
La grande écriture, étrange et tourmentée de Chateaubriand, reconnue dès le premier regard, la prenait au cœur, l'agitait, souvent lui causait des <c impatiences », mais la faisait vivre double.
Ce qu'il y avait d'un peu amollissant dans l'air tiède et parfumé du salon à jamais « illustre » de l'Abbaye-au-Bois, ne se découvrirait à aucun degré dans l'ambiance de l'hôtel de la rue de Varennes. Ici, tout était plus large d'idées, plus libre d'allures, plus franc de critiques, plus ouvert à tous les horizons et à tous les souffles, même aux souffles d'orage, plus passionné d'intérêts généraux, plus aguerri aux désaccords. « Hier [1822J, écrivait M"* de Duras à Chateaubriand, Humboldt a été plus mauvais que je ne l'avais jamais vu. Je disais que j'espérais en la durée de l'Alliance européenne.
« Oui, me répondit-il, mais il faudra faire marcher une armée contre les universités d'Allemagne^
c( Non, lui répondis-je, mais seulement y exercer une sérieuse surveillance. »
Le billet suivant de Uumboldt doit faire allusion à quelque désaccord de ce genre survenu dans la soirée de la veille, ou de l'avant-veille, et qui laissait le champ libre aux discussions à venir :
Madame la duchesse sera-t-elie chez elle ce soir? Sa porte s*ouvrira-t-elle à un pauvre paria libéral ? Vous ne dédaignez pas l'hommage d'un paria si l'intention est pure, le cœur simple et la conversion possible. Je me fie à votre inépuisable bonté.
On ne s'y heurtait pas non plus à la rigidité dogmatique, au zfele noblement convertisseur, au genre un peu mystique et illuminé qui caractérisait le salon très justement « célèbre » de M"** Swetchine. Celle-ci, que la question religieuse avait occupée ou même absorbée dès sa jeunesse, était entrée dans le catholicisme à la sueur de son front, et par droit de conquête : toute pénétrée de l'unique nécessaire^ elle en gardait la conviction toujours présente et Tardent prosélytisme : « dme t?euifiante^ » disait admirablement la duchesse de Rauzan en se rappelant ce que M°** Swetchine avait été pour sa mère et pour elle-même ; « eiii savait les paroles qui font du bien ; elle devinait les cœurs ; elle sanctifiait en charmant ». Il y avait en elle du confesseur» du directeur, du théologien, du prédicateur, mais sans prétention ni lourdeur, et plutôt avec une séduction étrange, faite d'estime affectueuse, de subtilité morale, et de grâce exotique. Séduite, M"' de Duras le fut dès la première entrevue. Elle admira l'étrangère qui la visitait; c'est-à-dire qu'elle Taima et lui ouvrit son cœur. Défiante d'ellemême et humiliée de sa pauvreté d'âme en se comparant à cette convertie, elle sollicita de M"* Swetchine, en des lettres d*une vivacité charmante, — passionnées déclarations d'amitié, — les conseils de sa sagesse et le réconfort de sa piété. Mais pour elle-même, si profonde et si sincère que fût sa religion, et au milieu des pratiques pieuses que l'épreuve lui avait suggérées, essayer de convertir et de diriger, au sens de l'âme, ne fut ni dans ses moyens ni dans ses visées à aucun moment de sa vie. Elle était trop femme du monde, et trop fille du xyiii* siècle, pour s'attribuer une mission de ce genre* Et, à un point de vue plus
général, elle se tint en dehors des coteries dévotes. Les manifestations <c d'un parti moitié intrigant, moitié religieux » ne lui inspiraient que des sentiments de défiance. <c Villèle en sera entraîné », écrivait-elle avec une clairvoyance que les événements ne devaient que trop confirmer. « Rien n'est moins populaire en France que la dévotion de métier. Il ne faut que quelques marques de faveur un peu éclatantes à ce côté dévot pour tout désorganiser. J'ai peur que Frayssinous n'en soit le signal. On verra derrière lui la Congrégation comme épouvantail. »
La femme qui parlait avec celte netteté de vue, cette fermeté de sens politique, cette verdeur de mots, était venue à la vraie dévotion par la souffrance ; le meilleur de son temps allait aux diverses pratiques de la piété. Mais elle n'acceptait pas que la religion s'inféodât à la politique, eUe n'usait pas, je suppose, de la formule le trône et t autel. Elle aimait trop Tun et l'autre pour ne pas les distinguer et les dégager — je ne dis pas les séparer.
Le monde au milieu duquel et par lequel la jeune Claire avait été élevée, elle Taima d'abord comme un foyer, comme une famille. Puis elle l'aima pour le divertissement qu'il procure et pour l'oubli de soi qu'il assure ou promet. Plus tard elle continua de l'aimer pour la liberté qui est sa maxime fondamentale, peutêtre un peu pour l'admiration qu'il lui témoignait. La solitude lui faisait peur. « Seule ! toujours seule ! » Elle le disait, avant même d'être seule, avec un accent de terreur et de désespoir. Et tel était, en réalité, l'avenir qui l'attendait. Un jour Humboldt lui écrira : « Je suis pénétré de la plus vive douleur lorsque mes idées se fixent sur votre existence. » Et un autre jour : « Vos souffrances privent toujours vos amis de vous voir; mais cet isolement ne doit pas m'empêcher de croire que vous ne preniez quelque intérêt à mon sort. » D'autres femmes, avec autant d'esprit, peut-être, et plus de beauté, attiraient moins et plaisaient moins, parce qu'un don leur manquait que M*"* de Duras possédait dans sa diversité et dans sa plénitude, le don d'une exquise, douloureuse, secourable et enthousiaste sensibilité.
M"* de Boigne recevait beaucoup : brillante de beauté, et très spirituelle, on la disait activement dévouée ; mais, en fin de compte, elle était sèche, raide, médisante à l'emporte-pièce, et vouée au « commérage » le plus cruel, comme en témoignent ses Mémoires. Un jour, dans le salon de M"* de Duras, elle
tint sur Chateaubriand des propos qui blessèrent au cœur la noble et ardente Claire. Mis au courant par son amie. Chateaubriand répondit avec une vivacité dont il est juste de lui tenir compte.
Quoi qu*en dise M°** de B [oigne], je puis aimer profondément, et je le sens en étant si malheureux de ce qui vous afflige. Chère sœur, je n*aî pas « le cœur dur », je ne suis point a glacé », je ne suis point « faux », etc.
M"* de Montcalm, dont le cercle essayait de rivaliser avec celui de M"* de Duras, du moins quand vivait le duc de Richelieu, son frère, était, au jugement d'une amie qui la connaissait de longue date, « spirituelle, exigeante, ne donnant rien, et fort scandsdisée de ne pas recevoir tout ». Ainsi parlait M"** Swetchine. Et Villemain : <c Le salon de M"* de Montcalm était présidé avec une grâce plus inégale et moins affectueuse. »
Le salon de M"** de Duras n'était donc ni une cour rassemblée autour d'une reine de beauté, qui récompensait, par d'enivrants sourires, Tencens varié de ses adorateurs ; ni un quasi-oratoire, où les questions de dogme et de salut avaient le pas sur tous autres sujets ; ni un « bureau d'esprit », ni une académie, ni w le quartier général d'un parti politique », ni l'entourage d'un magique trépied: C'était tout simplement un salon : ce mot suffit, sans épithète spéciale et donc restrictive : un salon où tous les genres étaient admis, hors le genre ennuyeux; où toutes les opinions étaient respectées, à la seule condition de respecter les opinions opposées ; où tout pouvait se dire, sous la seule réserve du <c bon goût », tout ce qui était de nature à plaire, amuser, piquer la curiosité, instruire : — souvenirs, sentiments, systèmes, observations politiques et morales, vues et résultats scientifiques, littéraires, beaux-arts, nouvelles de la Cour et de la Ville ; — choses graves mêlées aux choses légères, — en des proportions essentiellement variables, — selon les jours, les événements, les caractères, les humeurs, — avec interruptions, reprises et brisures à l'infini. Si bien qu'il arrivait quelquefois aux diplomates d'être sur les épines en voyant leurs secrets devinés et révélés. M*^ de Duras raconte à Chateaubriand une scène amusante : Pozzo di Borgo et l'ambassadeur d'Angleterre étaient la veille dans son salon avec un cercle de huit à dix personnes autour
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d'eux. Elle demanda à Pozzo s'il avait lu les gazettes anglaises ; sur sa réponse négative, elle lui dit que TAngleterre avait obtenu du Danemark l'autorisation d'occuper Elseneur. Aussitôt Pozzo, assis sur le canapé, à côté de M"* de Duras, lui donne un coup de coude en clignant de l'œil et lui montre l'ambassadeur d'Angleterre à deux pas. Son air, son embarras, tout prouvait que la nouvelle était vraie,
a Liberté, c'est notre devise », disait M"* de Duras après M"* de Sévigné. Elle le disait de la vie de château sous TEmpire; et ce fut bien vraiment la devise et la pratique de son cercle sous la Restauration ; liberté de paroles, de goût et d'opinions.
Que la causerie fut générale, ou se divisât en de nombreux a parte, on y trouvait tous les plaisirs de la société. <c Une bienveillance mutuelle respirait sur tous les visages et s'exprimait dans tous les discours. » — a Des femmes aimables, — et beaucoup étaient jeunes — y venaient empressées — et suivies; dignes également de sentir et les grâces d'Alcibiade et la dignité de Platon. » C'était la fleur de la noblesse française ; c'était aussi l'élite de l'aristocratie étrangère; et la plus française de ces étrangères s'appelait la duchesse de Dino, nièce du prince de Talleyrand,
a En femmes, je vois tous les jours M"* de Sainte-Maure, l'amie de mon enfance. Puis, je vois encore bien d'autres femmes que vous ne connaissez point. » — « Ce serait trop long de vous les énumérer. » — « Hier, j'ai eu toute la terre chez moi. »
« Chaque heure, en fuyant, laissait un plaisir, et Theure du départ arrivait trop vite après la plus longue soirée. * »
Il y a un art de préparer ces soirées, art que M"* Récamier mit en pratique très agréablement, ce qui n'a pas empêché la critique de s'exercer sur cet ordre et ces lignes, sur ces placement symétriques. M"' de Duras n'avait eu qu'à consulter ses souvenirs d'enfance pour le pratiquer à son tour dans la libre perfection de jadis, sans alignement méthodique, sans régularité fastidieuse, sans raideur de choix ou de calcul. C'est dire que, dans son salon, il y avait des coins et des groupes à souhait. Celui de la jeunesse faisait quelque peu bande à part ; il était pré-