‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 81 sur 88 · Château voisin de Chastellux · texte numérisé non relu

Château voisin de Chastellux

de sa fille à sa cousine donnait aujourd'hui de meilleures nouvelles et confirmait la résolution prise de venir ici...

Au Père Gagarin.

28 septembre 1843.

... Si je vous disais tous ceux qui demandent de vos nouvelles, qui s'enquièrent de vous avec l'accent d'un tendre intérêt, je ferais retentir dans votre solitude plus de noms qu'elle n'en comporte; aussi je les supprime, me bornant à vous citer les parolesd'une lettre de M™** de ïlauzan : « Que devient le prince Jean ? Noble esprit, cœur « d'or, âme des siècles privilégiés! » Il y a peu de jours précisément que je lui disais combien je trouvais ses médailles bien frappées et ressemblantes; ce n'est point un démenti qu'elle me donne ici...

Au même.

Paris, 15 janvier 1848.

... Avez-vous jamais rencontré un jeune artiste nommé Hermann, grand talent de musique, qui a été élevé entre M™« Sand, Litz et Daniel Stern f Dieu vient de toucher son cœur; de juif qu'il était, il est devenu catholique des plus dévoués et des plus fervents. M"*«de Rauzan a été sa marraine avec le docteur Gouraud...

A Monsieur de Montalembert.

Paris, iS septembre 1854.

... Mon cher ami, tout incident qui émeut fortement semble devoir retentir rapidement au loin, et Tidée ne se serait pas présentée à moi que vous ayez pu ignorer si longtemps une tristesse si grande dans le cercle de nos relations intimes. Lundi, 11 septembre, M. Gouraud est accouru me chercher pour aller près de M"*® de Rauzan qui venait d'être paralysée de tout le côté gauche de son corps. Elle rentrait de chez M"« de La Bédoyère (veuve du colonel) à qui elle était allée annoncer la mort de son frère (le comte de Chastellux) ; debout, seule dans sa chambre, elle sent qu'une moitié d'elle-même la quitte, elle appelle, et on arrive à temps pour la soutenir et la déposer sur son lit. Par une heureuse chance, M. Gouraud entrait chez elle presque en même temps, et a pu immédiatement agir. Il y avait à peine deux heures de l'accident quand je la trouvai étendue, la jambe, le bras sans autre vie que quelques mouvements convul-

sifs, tout ce qui l'entourait consterné, M. Gouraud frappé de la gravité du mal, mais affirmant qu'aucun danger imminent n'était à redouter et concevant dès les premiers instants une sorte d'espoir de voir effacer jusqu'aux effets de cette commotion terrible ; et depuis, des progrès lents, mais sensibles, n'ont pas cessé de justifier ses prévisions. La douleur n*a jamais quitté la partie atteinte, c'était un bon symptôme ; un peu de mouvement y revient, l'état général est satisfaisant, il y a tout espoir enfin d'un rétablissement complet, mais, hélas! sous une menace qui comprime toute joie. M"® de Rauzan n'a pas perdu connaissance un instant, ni même rien de sa liberté d'esprit. Dès le lendemain, elle a lu ses lettres; c'est par elle que j'ai su que vous vous étiez rendu à Chastellux. A cette occasion nous avons parlé et reparié de vous, mon cher ami, bien pensé à la peine que vous ressentiriez. C'est dans ces moments où l'on n'improvise rien, où l'on se montre ce qu'on est, que j'ai pu juger des dispositions sérieuses et religieusement préparées de M"»° de Rauzan. D'une vue claire et distincte, elle a mesuré le danger, et le premier moment a été de la terreur, et, presque immédiatement sa vie épargnée, elle n'a plus éprouvé qu'une immense reconnaissance ; au lieu de se plaindre, elle n'a plus fait que remercier, sans se démentir jamais, sans cesser de voir, dans l'appréhension qui ne la quitterait plus, une grâce d'avertissement pleine de vues de miséricorde*. Aftligée d'une part, mon cher ami, j'ai été bien consolée de l'autre; c'est précisément la veille de la triste réunion de Chastellux que M"« de Rauzan a été frappée : mari, etnfants, parents, amis, tous étaient absents ; c'est à moi qu'étaient dévolues la sollicitude et la douceur des soins, et j'étais rentrée à Paris de la surveille pour la bonne fortune que le bon Dieu me ménageait. . . »

A Madame de B,

Mars 1855.

... Si vous ne venez pas trop tard, j'aurai plaisir à vous conduire dans ce beau lieu de Fleury, grave et simple comme un château des temps historiques, c'est-à-dire des temps où l'histoire et les châteaux se reliaient par une foule d'affinités. Vous ne pouvez vous figurer toutes les attentions de M™® de La Rochejaquelein pour sa locataire. jusqu'à faire descendre de sa chambre dans la mienne un intérieur du cabinet de la comtesse Golowine à Pétersbourg.

A Monsieur de Tocqueville,

5 Juillet 1858.

... Par la plus aimable des condescendances, ltf"»« de La Rocheja- 1. M" la duchesse de Rauzan est morte à Paris le 11 novembre 1863.

queleÎD me loue son château de Fleury, à trois lieues de Fontainebleau et à même distance de Melun. Je dois y passer quatre mois seule, complètement seule. Votre livre inaugurera cette heureuse solitude dont je suis avide.

A la camtesêe de Me$nard.

Fleury. 8 septembre 1856.

M ... Je ne me suis jamais trouvée aussi bien qu*à Fleury; c'est la campagne et toutes ses conditions de paix et de tranquille bien-être. Ma journée n'est jamais assez longue; et je les verrais presque avec plaisir allongées de mes mauvaises nuits '.

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