‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 41 sur 92 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

duc de Courlande. Il lui fallait comme intermédiaire un homme habile, honnête, sûr et considéré; c'est Falary qu'il désigna ! €harles- Léopold était vrai nient un incurable ingénu.

Le 9 mai 1739, l'ambassadeur d'occasion se mit en route chargé de lettres, de commissions et de bijoux — quelle imprudence ! — pour la princesse Anne. En Russie et en Courlande, on fut révolté de l'envoi de ce forban. Il était réservé à une femme de prendre la mesure de sécurité publique que les hommes n'avaient pu ou n'avaient osé tenter.

A la nouvelle du départ de Falary, l'impératrice donna des ordres précis, de sorte qu'en débarquant à Riga celui-ci trouva une escorte de douze grenadiers sous les ordres d'un major, qui l'attendait. Habitué à faire ses entrées dans les villes tantôt sur une rossinante, tantôt pieds nus, tantôt, comme à Leipsick, avec une suite hétéroclite composée de deux vieux cavaliers, d'un capitaine misérable et d'un valet de chambre portant une cocarde verte, il regarda comme extraordinaire ce déploiement de soldats, mais quand on lui eut dit que c'était pour lui faire honneur, il ne s'étonna plus de l'atten" tion prodiguée à un personnnage tel que lui.

Fier de son importance à la tête de ?a troupe

130 LV DUCIIRSSE DR PALLARY.

armée, il arriva près de Dorpt où se croisent les chemins de Moscou et de Saint-Pétersbourg, et s'aperçut soudain qu'on lui faisait prendre la route qu'il voulait éviter. Il commanda, menaça, mais aux premiers mots, le major lui exhiba un ordre impérial devant lequel il fallut bien céder.

Pendant ce temps, le grand-duc Charles- Léopold, instruit par la voix publique de l'esclandre qu'occasionnait l'envoi de son représentant, s'empressa d'adresser des excuses à l'impératrice, qui lui répondit le 12 août 1739 : « A propos du scandaleux Falary, j'ai fait prendre des mesures qui lui ôteront toute possibilité de faire du mal dorénavant. * Lâchant décidément son infâme serviteur, le prince non seulement approuva l'impératrice, mais lui recommanda de faire un exemple. Les deux hommes étaient quittes.

Le messager déchu fut conduit à Saint- Alexandre Newski où, pendant six semaines, on lui fit subir des interrogatoires à la suite desquels les lettres et les pierres précieuses dont il était porteur lui furent enlevées pour être remises à la princesse Anne. Quoiqu'il n'eût plus rien à voir à la chose, ni les unes ni les autres n'arrivèrent jamais f» destination. Le valet de

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chambre du grand-duc de Mecklembourg avec lequel il était venu fut renvoyé par mer et lui mené à Moscou, où on l'enferma à la stabode allemande, dans une chambre gardée sans cesse par des officiers. Au bout de quelques jours, il réclama du millet, désirant, disait-il, le faire sécher sur sa fenêtre puis le manger, ce qui ne parut pas extraordinaire chez un homme qui avait les goûts les plus divers. On lui donna le grain, au moyen duquel il attira les pigeons du voisinage, en captura un certain nombre et les relâcha ensuite après leur avoir attaché aux pattes et aux ailes des billets annonçant que le grand-duc de Mecklembourg était détenu à Moscou.

Cette nouvelle absolument fausse fit du bruit dans le public et parvint jusqu'à la cour. L'impératrice Anne avait une patience limitée. Elle condamna au knout les gardiens de Falary coupables de négligence, et le fit jeter dans un cachot où, le 10 septembre 1740, probablement à son corps défendant, il rendit son àme à qui de droit (0.

(1) Pour ce roman résumé de la vie de Falary, j'ai eu recours, en outre de celles déjà citées, aux sources suivantes : lue comte Henri XXIV de Reuss de Kôstritz et le duc Charles- Léopold de Mecklembourg-SchioeHn, par le D' G.-C.

132 LA DUGHESSB DB FALLARY.

Cette fin mystérieuse intrigua. A Pétersbourg, les gens du peuple crurent fermement que c'était le grand-duc de Mecklembourg qui venait de mourir sous un faux nom, dotant ainsi la Russie d'un nouveau masque de fer W. A Paris, les parents de Falary ne surent que penser d'un homme qui les avait tant de fois trompés et au sujet duquel il fallait s'attendre à tout, même à une bonne nouvelle. Cinq mois après son décès, ils n'étaient pas encore fixés, et le duc de Béthune réclamait en leur nom une confirmation ou un acte authentique que notre ambassadeur en Russie, le marquis de la Ché-

Frederik Lisch. Schwerin, 1848 (Bibliothèque grand-ducale de Mecklembour<j-Schwerin). — Archives du district de Nuremberg Délibérations du Conseil, 1732 et 1737. — Archives d'Haussonville. — Archives de la Bastille^ par François Ravaisson, t. XIII. — Archives du ministère des Affaire* étran^ gères : Correspondance du marquis de la Chétardie, ms. 35. — Le duc de Luynes, dans ses Mémoires^ t. HI, s'est trompé en annonçant, le 14 juin 1741, la mort de Falapy'à Constantinople. Il est probable qu'il se fit simplement Técho d'un bruit qui courait. D'autre part, l'un des plus éradits collaborateurs de V Intermédiaire des chercheurs y(\\i\ signe : duc Job, adonné, dans le numéroduSO janvier 1901, une biographie de Falary extraite du premier des ouvrages ci -dessus signalés, mais il a conclu faussement que l'aventurier n*était pas mort en Russie le 10 septembre 1740 et qu'il était revenu en France, où on l'avait perdu de vue.

(1^ Ij homme au 7nasqiie de fer. Mémoire par le chevalier de Taules. Paris, 1825.

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