CHAPITRE IX
« La duchesse de Phalaris que je connais fort et chez laquelle je suis presque tous les jours, sans avoir été belle, plaît infiniment par son esprit et personne ne parle et ne conte aussi agréablement qu'elle fait.
« Elle était de toutes les parties de plaisir du duc d'Orléans, soupait et causait tous les soirs avec le prince, qui prenait ce temps pour se délasser des fatigues et des soins pénibles de la régence. Elle m'a juré, sans, me disaitelle, vouloir faire la vestale, qu'elle n'a jamais couché avec le duc d'Orléans, et qu'elle l'amusait tellement par ses contes qu'il ne pensait qu'à rire et à folâtrer quand ils étaient en têteà-tête, ce qui arrivait au moment qu'elle y pensait le moins, et qu'il allait tout seul chez elle lui demander sans façon un poulet.
« A même d'avoir des millions en actions sur la Compagnie des Indes et en billets de banque, elle a fait la faute de n'en point vouloir, à ce qu'elle m'a juré et protesté plusieurs fois. Aussi est-elle restée, après le régent mort, avec elle et Emilie, avec son petit patrimoine et les faibles avantages que lui a faits son mari.
« C'est cette même duchesse de Phalaris qui m'a dit qu'étant un soir à Passy chez le duc de
Lauzun à souper avec le duc et la duchesse de Châtillon, le duc de Lauzun, très âgé pour lors, leur jura et protesta sur son âme que tout ce qu on avait dit et écrit sur son mariage avec M"^ de Montpensier était faux et qu'ils ne s'étaient jamais épousés. (Il ajoutait qu'il n'avait tenu qu'à lui de le faire, mais il était très vain et très glorieux.)
« j'ai, pendant près de trente ans, beaucoup pratiqué et étudié cette dame qui faisait grand étalage de son titre de duchesse du pape qui s'achète 8 ou 10,000 livres; elle était elle-même, d'une conduite fort relâchée et médisait de toutes les femmes. »
M"'^ de Fallary n'était évidemment pas une société à produire dans les salons d'un archevêché, mais Rohan habitait Paris! L'excellent prélat, tout en rendant justice aux mères de l'Église, confessait que celles-ci ne formaient pas le lot le plus intéressant du sexe féminin ; il aimait voir souvent la duchesse, trouvant, selon l'expression de Madame, que les femmes galantes sont plus amusantes que les femmes vertueuses, et il cherchait tous les moyens d'être agréable à elle comme aux siens.
Avant la campagne d'Espagne, en 1733, il avait donné au chevalier d'Haraucourt un cor-