CHAPITRE X
Le duc et la duchesse de Chaulnes. — Leur fils le duc de Picquigny. — Sa jeunesse. — Procès entre M™« de Fallary et les Chaulnes. — La déconfiture de Vauvray. — 11 se console. — Ricome de la Figarède. — Sa succession. — Les deux d'Haraucourt. — Mariage caché du marquis. — Bonté de cœur de la duchesse de Fallary. — Projets matrimoniaux du chevalier.
L'âge venait pour la duchesse. « Ceux qu'elle avait enchaînés à son char bientôt ne laisseront plus tomber sur elle qu'un regard de complaisance! Ceux qu'elle a rebutés triompheront en voyant ses attraits flétris ! Ce monde, qu'elle a trompé et dont elle était l'idole, à peine se souviendra d'elle! Bientôt elle ne devra plus à la politesse que ce qu'elle devait à l'amour.... Que fait-elle? Il se présente à elle deux ressources, la dévotion et le bel esprit, mais ces deux états sont surannés, que fait-elle alors? Elle intrigue. » {Tableau de Paris.)
Elle intrigue, ou elle plaide. C'est ce que fit M'"® de Fallary. Ses ressources variées étaient suffisantes
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.... pour vivre honnêtement Mais vivre sans plaider, est-ce contentement?
(Les Plaideurs,)
L'entêtée procédurière, tout en continuant la lutte contre les Béthune et quelques autres, venait de trouver un nouveau champ où donner libre cours à sa manie. Par contrat du 22 novembre 1745, elle s'était assuré une rente viagère de 5,000 livres au capital de 50,000 livres sur le duc et la duchesse de Chaulnes W. Déterinination malencontreuse.
C'était un fort grand seigneur que M. le duc de Chaulnes. Il réunissait les dignités de lieutenant général des armées du roi, pair de France,' commandant des chevau-légers, gouverneur de Picardie, membre honoraire de l'Académie des sciences, et cette dernière était peut-être celle dont il était le plus fier. Savant de valeur, aimant le travail, dépensant largement par amour de la science, il vivait de physique et d'histoire naturelle et avait fait construire une machine électrique, la plus grande qu'on eût vue. Sa société préférée était celle des Clairaut et des Mairan, ses collègues de l'Académie, qui rendaient justice à ses connaissances étendues,
(1) Étude de M* Legay, notaire à Paris.
à son aimable caractère, à sa conscience droite, autant que Louis XV qui le nommait Vhonnéte homme.
Le 25 février 1734, cet être calme et pondéré avait épousé une femme endiablée, Anne-Marie- Joséphine Monier, fille du trésorier des états de Provence. La voici dépeinte par des connaisseurs :
« Elle est radicalement folle, écrit M"" du Deffand; elle ne connaît point d'heure pour ses repas. Elle a déjeuné à Gisors à huit heures du matin avec du veau froid ; à Gournay elle a mangé du pain trempé dans le pot pour nourrir un Limousin, ensuite un morceau de brioche, et puis trois assez grands biscuits. Nous arrivons, il n'est que deux heures et demie, et elle veut du riz et une capilotade; elle mange comme un singe, elle ne cesse de bavarder. Sa prétention est d'avoir de Timagination et de voir toutes choses sous des faces singulières, et, conmie la nouveauté des idées lui manque, elle y supplée par la bizarrerie de l'expression. »
.... « Elle ne suivciit rien, était incapable de réflexion, dit Senac de Meillan. Elle dépensait son esprit comme les prodigues leur argent.... Elle dissertait sans cesse sur l'esprit, c'était son domaine. L'esprit était tout pour elle et