chapitre: X
Vauvray, et de ses deux frères. Ces derniers se réconcilièrent par raison, elle se réconcilia par bon cœur, de si bon cœur même qu'elle voulut immédiatement leur prouver ses bonnes intentions.... en les mariant.
De prime abord, l'idée leur sourit; après réflexion, le chevalier seul, qui avait passé Tàge des bêtises, persista à faire cette dernière. Ses soixante-trois ans lui semblant légers, il s'adressa à son oncle La Blache, dont la sagesse ne s'émut pas de cette bizarre prétention.
Saint-André, !•' janvier 1763.
Mon très cher oncle,
Nous recevons avec bien de la reconnaissance les nouvelles marques d'amitié que vous voulez bien nous donner en voulant nous tirer l'un ou l'autre du célibat où nous nous étions consacrés; mon frère est résolu irrévocablement d*y rester et moi je suis destiné, par conséquent, à donner postérité, si vous me donnez une femme qui en soit susceptible, bien résolu que je suis de ne me marier que de votre main et que vous dictiez le contrat. H faut, pour cela, vous instruire de notre position présente dont voici en précis le détail sur lequel il n'y a rien à retrancher.
La terre de Saint-André vaut au moins 10,000 livres de rente et Ton nous en a offert plus d'une fois à Lyon 350,000 fr.; ladite terre me sera cédée en toute propriété par mon frère ; le château est
meublé très convenablement, les domaines, réparés à neuf, et notre mobilier, avec Vargenlerie et les bijoux, valent au moins 40,000 fr. J'ajouterai à cela 2,000 livres de renies viagères sur M. le duc de Choiseul, minisire de la guerre, et 600 fr. de pension de la cour, l'un et l'autre objet provenant du fruit de mes services au régiment de Navarre. 11 faut ajouter à cela les 43,000 fr. placés par nous sur le clergé de France qui nous viennent du surplus de la dot de M™* de Falaris et qui nous sont dévolus en toute propriété après elle.
Vous voyez que, quoique cadet, je deviens un assez bon parti et sans aucune dette. Si ma sœur qui, selon ce que vous nous marquez, a eu la première idée d'un établissement pour nous, voulait joindre au contrat quelque bienveillance de sa part, dont vous pouvez seul lui faire la proposition, elle ne doit pas douter de notre reconnaissance.
11 faut à présent que les parents de la demoiselle que vous avez en vue veuillent mettre vis-à-vis de ce qui est énoncé ci-dessus, nous imaginons que ce pourrait être M"* de Valerno à qui la renommée ne donne pas une jolie figure, mais je passerai facilement sur cet inconvénient à regard du visage pourvu que la taille ne soit pas défectueuse et qu'elle joigne un bon caractère.
Le chevalier d'Haraucourt.
Si cette affaire vient à manquer, j'en suis d'avance tout consolé, vivant très content et fort à mon aise.
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M"* de Valerno ne se décida pas à accepter ce candidat qui, âge mis à part, n'était point un trop mauvais parti. Au milieu des prétentions modérées de celui-ci pointait un peu de suffisance quand il se disait destiné à donner postérité à condition d'avoir une femme qui en fût susceptible et beaucoup de confiance quand il espérait voir sa sœur Fallary répondre par un acte généreux à son ingratitude passée. ,
Son bon sens n'était cependant pas totalement disparu, comme le prouve le pcst-scriptum cidessus. Peut-être, en terminant sa lettre, levat-il les yeux et s'aperçut-il dans un miroir?