CHAPITRE XI
de la cour, ou même un simple gentilhomme qualifié qui voulût affronter une pareille exorbitance de chairs, de ridicules et de moustaches. »
a II y avait à Paris, d'un autre côté, car c'était dans une des chambres d enquêtes, un certain conseiller sans barbe qui s'appelait M. de Giac, et qui était l'homme de justice le plus pédant, le plus risiblement coquet et le plus ennuyeux. Il avait l'air d'un squelette à qui Ton aurait mis du rouge de blonde et des habits de taffetas lilas. Il pinçait de la mandoline en se pinçant la bouche et jouant des prunelles. Il avait la prétention d'avoir composé la musique et les paroles d'un opéra tragique, mais par habitude, il ne fabriquait que des pièces fugitives, et c'était de la poésie d'autant plus légère qu'il n'y avait rien dedans. »
Ce Giac, très mince personnage, avait été nommé, en août 1773, surintendant de la maison de la dauphine, grâce à M"*'^ de Chaulnes et de Noailles qui extorquèrent par surprise le consentement de cette princesse. Au moment où celle-ci allait chez le roi, elle fut pressée vivement par les deux solliciteuses qui lui assurèrent qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour soustraire cette charge à la main de la
20i LA DUCHESSE DE FALLARY.
Dubarry. Dix minutes plus tard, Louis XV accordait la grâce demandée. Les conseillers d'État poussèrent des clameurs, les ministres s'en mêlèrent, mais le consentement du roi était formel, on ne pouvait y revenir.
La nouvelle situation de Giac ne devait pas en imposer à ses collègues. Voici ce que narre Mercy-Argenteau W :
« Le 24 novembre (1773), les membres du conseil d'État présentèrent au roi une requête par laquelle ils demandaient que le sieur de Giac fût rayé du tablea u des maîtres des requêtes, par conséquent exclu du conseil. Le grief allégué contre le sieur de Giac consistait en ce que ce maître des requêtes, prêt à épouser la duchesse de Chaulnes, avait contracté cette liaison dans le temps où il était rapporteur d'un procès de ladite duchesse contre son fils, lequel avait perdu ce procès, d'où il résultait que, le sieur de Giac s'étant ainsi exposé aux soupçons de séduction et de connivence, l'ordre de la justice exigeait qu'il fût privé de sa charge dans la magistrature. Le roi acquiesça à cette demande et donna ordre au cliancelier de faire
(1) Correspondance secrète entre Marie- Théréie et le comte de Mercy-Argenteau^ t. II. Paris, 1875.