‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 68 sur 92 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

même que pour suivre mon opposition faite à M"*^ de Flavacourt et sa petite-fille, M"° d'Eslampes, pour la maison qu'elles ont achetée rue de Varennes de M. le duc de Charost (c'était celle de Falary] sans avoir fait passer de décret.

11 faut que vous ayez encore la bonté de me mettre en règle, avant les trente ans qui courent, sur mon opposition faite au décret de la terre de la Chapelle, qu*a acquise de M. le duc de Béthune M. Ménage deMondésir; celle terre m'est toujours affectée pour 4,000 livres de rente viagère, quoique M. le duc de Charost paraisse en répondre par les contrats que je vous ai remis.

Et talonnée par Tinquiétude, la malheureuse femme ne cessait d'assaillir Courlesvaux, lui soumettant des aperçus de jurisprudence, lui dictant des protestations, lui soufflant des compromis de législation, lui citant les pandectes, surmontant le tout d'une fausse retenue qui lui faisait écrire : « Vous savez que je n'entends rien aux affaires ! » (Lettre du 7 juillet 1769.)

Les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Cette déconfiture, qui fouettait le sang de M""* de Fallary et lui donnait un regain de forces, minait lentement le duc de Chaulnes, dont la vitalité semblait s'eff'riter chaque jour. Les angoisses de la plaideuse redoublaient, non

pas à cause de l'état du moribond dont elle se souciait modérément, mais à cause de sa rente. Un nouveau coup lui fut porté lorsqu'elle apprit que le duc avait vendu au duc d'Aiguillon sa charge de lieutenant des chevau-légers. L'honnête mais calme Courlesvaux fut aussitôt prévenu :

15 septembre 1769 au soir.

....J'ai été avertie par des gens de la cour, mes amis; c'est ce que M. et M"»® de Chaulnes auraient dû faire ; il n'est pas dans les règles de la probité de me cacher cette vente, sur laquelle ma rente est hypothéquée.

Quelques jours après, le 29 septembre, le duc de Chaulnes mourut et il se produisit dans sa succession un furieux chaos, suivant l'expression de M™* de Fallary. Celle-ci se trouvait prise entre deux feux : d'une part, M"* de Chaulnes désemparée cherchait à se débarrasser de cette rente de 4,500 livres (*), véritable tunique de Nessus; d'autre part, le duc d'Aiguillon essayait de transférer cette dette qui grevait le brevet de retenue de lieutenant des chevau-légers qu'il venait d'acheter. Il fit

(1) La rente viagère faite par les Chaulnes se montait à 5,000 livres, dont 4.500 à la dachesse et 500 à la Figarède. A la mort de celui-ci, elle resta donc de 4,500 livres.

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proposer à sa créancière une délivrance d'iiypothèque sur les voitures publiques; la réponse à M* Courlesvaux ne se fit pas attendre :

Je ne veux aller ni en voiture, ni en fiacre, mon cher monsieur, ni renoncer à mon hypothèque pour une délégation sur un privilège de voiture qui peut éire supprimé d'un moment à l'autre. Une pareille proposition est une vraie dérision et je suis surprise que les gens d'affaires de M. le duc d'Aiguillon aient imaginé de nous la faire. Vous avez trop d'esprit et mes intérêts que je vous ai confiés vous sont trop chers pour que, si j'étais assez folle pour y consentir, vous ne m'eussiez détournée par vos sages conseils.

D'Haraucourt, duchesse de Fallary, au Roule, ce 29 septembre 1770.

Et les assignations succèdent aux oppositions. Le 26 juillet 1771, le conseil donne raison à la plaignante, niais M™* de Chaulnes, quoique condamnée, fait la sourde oreille. Alors la duchesse s'irrite, s'impatiente, crible son homme d'affaires de courts billets tantôt indignés, tantôt ironiques, tantôt stimulants, tracés de sa grande écriture nette et masculine.

30 mars 1771.

M;i rente de 4,500 livres n'a pas été payée depuis quinze mois ; cela crie vengeance î

12 août 1771.

M™* la duchesse de Chaulnes vous est fort obligée des ménagements que vous avez pour elle à mes dépens.

d'Haraucourt, duchesse de Fallary.

27 août 1771.

Je compte toujours sur votre amitié pour moi, quoiqu'elle ait élé quelque temps en léthargie.

Elle quémande des appuis de tous les côtés, auprès de M. de Monteynard, auprès de M. de la Vrillière, mêle les soucis de sa santé à la direction de ses procès, confond Thémis avec Esculape, associe les arrêts de la circulation à ceux du tribunal et ne sait plus si elle est atteinte de crampes judiciaires ou de citations hépatiques !

M"'* de Chaulnes avait une raison pour ne pas s'émouvoir outre mesure des agissements de son adversaire; elle était occupée à convoler en secondes noces. Courchamps nous raconte la chose dans ses Souvenirs de la marquise de Créqui :

« On supposait bien qu'elle éprouvait la tentation de se remarier, mais ses héritiers ne s'en inquiétaient guère, en se reposant sur la difficulté qu'elle aurait à trouver un homme

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