CHAPITRE XII
Les la Blache. — Le mariage du vicomte. — Un héritage surveillé. — Méfiance de M*"® de Fallary. — Le titre de marquis d'Haraucourt. — Rapport de Chérin. -^ Autre rapport. — La succession de Pâris-Duverney. — Le comte de la Blache et Beaumarchais. — La duchesse change de logement. — Vauvray reparait. — Sa façon de rembourser une dette. — En ménage.
Un héritage est une fête où il y a toujours trop d'invités. Celui des d'Haraucourt n'en comptait qu'un seul, le vicomte de la Blache, et pourtant, de l'avis de la duchesse de Fallary, sa présence était encore indiscrète.
Jusqu'à la mort de ses frères, l'héritière évincée avait toujours conservé de bons rapports avec son cousin le marquis de la Blache et avec sa femme. M"*" de Roissy, petite-nièce de Pàris- Duverney. Ceux-ci divisaient leur vie entre le château d'Anjou et Paris, où ils habitaient rue
208 Lk DUCHESSE DE FALL\RT.
d'Enfer, près le Luxembourg, « le jardin le plus triste du royaume. » Le marquis était un homme doux, aimable et faible; la marquise était d'humeur vive et inconstante, et depuis leur mariage célébré en 1738, ces deux êtres avaient conservé en commun leurs vies, mais non leurs goûts.
Des trois fils qu'ils avaient eusO), les deux seuls vivants faisaient bonne figure à l'armée; Taîné, Alexandre-Joseph, était en 1770 maréchal de camp (2), après avoir débuté dans Royal- Dragons; le cadet, Jean, avait servi comme lieutenant dans le même régiment que son frère et était alors guidon des gendarmes Dauphin.
Absorbé par son métier et les distractions que peut rechercher un brillant officier de vingtsept ans, ce dernier témoignait à ses oncles d'Hnraucourt une affection aussi respectueuse que peu encombrante. Ses visites irrégulières et espacées ne prouvaient pas un tempérament intéressé de coureur d'héritage et, quand M™® de Fcdlary, toujours ombrageuse, demandait à son
(1) Le socond fils était au collège LiOuis-le-Grand lorsqu*!! mourut à Tâge de neuf ans.
(2) Petit-neveu d'un homme influent comme Pâris-Duverney et protégé de M""' de Pompadour, Alexandre do la Blache avait été nommé capitaine À seize ans.
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frère Gabriel ce que devenait leur jeune neveu, il lui répondait d'un air un peu piqué : « Voilà plus de trois mois que nous ne Tavons vu. »
La réflexion, sous une forme féminine, se présenta un beau jour. Le 23 mars 1772, le vicomte de la Blacbe épousait Catherine le Roy de Senneville.
La lune de miel semble avoir comporté Tamour réglementaire, au moins de la part de l'époux, et le chevalier d'Haraucourt écrivait bientôt avec sagacité à sa sœur, qui lui signalait cette particularité : « ....S'il commence à être jaloux, il a du temps devant lui pour sy préparer. » Tout en trouvant raffection conjugale agréablement normale, la jeune M™* de la Blache aiguilla son mari vers une carrière plus profitable, celle d'héritier. L'autre y prit goût, malgré des débuts qui ne furent pas heureux, car il escompta à tort les biens de Pàris-Montmartel , auxquels il n'avait aucun droit de prétendre. C'est alors qu'à l'aide de sa femme, il se découvrit une tendresse ardente pour ses vieux oncles d'Haraucourt, qui l'avaient déjà largement favorisé en lui donnant, comme cadeau de mariage, la terre de Saint-André-de-Briord et 2,250 livres de rente.
M"'^ de Fallary, dont le flair n'était pas atro-
phié, s'aperçut vite du manège et commença vis-à-vis de ses frères une contre-attaque qui réussit médiocrement. <r On vous a dépeint le vicomte de la Blache sous un fâcheux jour, lui écrivait le chevalier, je crois qu'on a fort exagéré. » La méfiance de la duchesse fut si bien justifiée qu'après la mort de son frère cadet, elle n'eut plus la possibilité d'approcher son frère aîné et même de communiquer avec lui. L'officier avait pris la garde. Elle fut fructueuse, puisqu'on 1775 il était mis en possession de tous les biens de ses oncles.
Cette succession le gratifia de deux choses d'inégale valeur : une fortune et un titre. Par une substitution signée en 1774, les deux vieux célibataires l'avaient jugé digne de porter à l'avenir leur nom presque ancien (il avait alors un siècle) de marquis d'Haraucourt.
Grand seigneur, de noblesse authentique, bien apparenté, fort en cour, ayant présenté sa femme au roi(*), l'heureux vicomte jugea que cette nouvelle qualité ne lui était pas inutile pour augmenter son prestige. Il adressa donc une demande — simple démarche à son avis — pour obtenir la permission de prendre les noms
(1) Archives nationales, O* 529.