ACTE DEUXIÈME
LE DUC
Je me souviens do ces paroles madame ; mais je fus assez fou pour croire, (je l’avoue avec uno grande tristesse) que ce n’était là que des paroles, et votre mémoire fidèle doit vou»' rappeler ce que je vous répondis.
Mais c’est un supplico pour moi que d’assister...
LE DUC
Il le faut seïïora, j’ai pour vous, je vous le redis, l’estime la plus haute, et, vous ave/, d’ailleurs plus de droits que vous né pensez à connaître ce qui se passe entre Tellcz et Montemayor. A la dnchesse.) Je vous répondis, madame, qu’à défaut d'un amour impossible, je vous priais de tenir toujours un compte sévère du grand éclat et de l'antique dignité de mon nom.
N’en ai-je pas tenu compte?
LE DUC
Si. Je veux le croire. Mais, M. de Clavière est en France, il est à Paris, déjà vous vous êtes revus, et vous ne m’aimez pas, madame, et vous laimcrez toujours, venez-vous de mo dire...
LA DUCHESSE, l’arrêtant.
Je vous ai parléd'une seconde preuve de franchise que j’avais à vous donner: monsieur le duc, retournons en Espagne.
INÈS, courant à la diiclmsso et lui basant los mains.
Ah! madame, merci! Merci pour vous, pour M. le duc, pour moi, pour Dieu qui voit les âmes!
' CE DUC, à la duchesse.
Je dois croire que ce désir n’est pas uno crainte pour l’honneur de ma maison.
Non, M. le duc. Mais si la sainteté du devoir peut comprimer les sentiments dans une àme espagnole, ces sentiments ne meurent jamais; et dans ces luttes cruelles les plus héroïques volontés peuvent, être vaincues... Inès, priez M. le duc de nous ramenor en Espagne.
INÈS, avec élan.
Monsieur le duc, je joins à la prière de madame la duchesse, ma prière ardente !
Croyez-moi, monsieur, j’ai évité toujours, et je jure de toujours éviter tout péril, Inais je vous en prie par ce que j’ai de plus cher au monde : par la mémoire de ma mère et par votre honneur, retournons en Espagne.
LE DUO, après un temps.
Non! de telles paroles me suffisent, je vois que je puis
rester en France, remplir mes devoirs envers mon roi. (s’inclinant et portant froidement à scs lèvres la main do la duchesse.) Merci 1 (A part, en se relevant.) Mais je veille!
INÈS, d’un air plein do terreurs.
Et l’avenir!
UN VALET, annonçant.
M. (l’Aspinval.
' LE DUC
Introduisez M. d’Aspinval! Ma voiture?