ACTE TROISIÈME
" LA DUCHESSE, sans l'écouter la prend par la main.
Approche !
INÈS
M. de Clavière ici?... A cette heure!
LA DUCHESSE, la faisant avancer davantage.
Approche, te dis-je et regarde!... Est-ce là un évanouissement?... Le sommeil?... Regarde!...
INÈS, après avoir examiné attentivement Clavière, regarde la duchesse palpitante, regarde encore une fois Clavière, et tombe à genoux, en, joignant les mains et disant :
Prions !
, Mort?...
INES.
$Iort !
Non!... tu mens!... je ne veux pas!... ou je meurs, moi
aussi ! (Arrêtant Inès qui fait un mouvement pour sortir.) OÙ VfcSlu ?
INÈS
La main de Dieu s’est appesantie, son châtiment est ici, je le reconnais, et je m’éloigne!...
LA DUCHESSE, la retenant de vive force.
Tu te trompes, te drs-je!... Regarde mieux!
INÈS
Inutile!... Que celui qui vous a frappée vous relève; moi, je ne puis rien, je ne suis rien !
Malheureuse!... mon honneur, c’est le tien! Tu es ma sœur!
INÈS
Votre sœur en Dieu, mais...
Non, non! mon père eut une fille naturelle, cette fille, c’est toi!... Chrétienne, méprise-moi donc, ferme-moi les bras, mais, sœur de mon sang, ouvre-lesmoi, et (Montrant ciavière.) Sauvons-le, Inès, sauvons-le!
INÈS
C’est vous qu’il faut sauver, ma sœur, car aucun art ne peut plus rien pour lui, à moins d’un miracle !
LA DLCÎtESSE.
C’est impossible! Tout espoir ne peut être perdu!
INES, cherchant à l’éloigner du divan.
Ne songez plus qu’à une chose !
Et quelle autre chose que lui y a-t-il pour moi au monde?
INÈS
Il y a l’honneur de M. le duc qui veut qu’à tout prix vous fassiez disparaître ce témoignage terrible de votre faute !
LA SUCIIESSE, sans ccoutcr Inès.
Mon Dieu ! Elle dit que vous seul pouvez par un miracle... Eh bien, faites-le, ce miracle, vous m’en devez bien un pour tout ce que j’ai souffert! faites-le, Seigneur, etjo renonce aux orgueils, aux jofes de ce monde; j’en sors à l’instant, et j’entre avec Inès au couvent, et tout le reste de ma vie...
(S arrêtant en regardant Clavièro, et avec un cri de douleur.) Ail'! Dieu ne m’entend pas!
INÈS
Ma sœur! ma sœur, si M. le duc entrait en ce moment, il vous tuerait!
Ah ! tant mieux 1
INÈS
Et votre fille?
Ma fille!... Tu as raison ! je suis la vie pour cette enfant!., conseille-moi donc! secours-moi donc!... je n’ai pas une idée.
INÈS
Il faut pourtant faire disparaître d’ici...
O mon Dieu!... Et comment?
INÈS
Je vais appeler.
Appeler!... Les gens de M. le duel... n’appelle personne.
INÈS
Mais que pouvons-nous? deux femmes seules I
Je cours me jeter aux pieds du roi.
INÈS
Y songez-vous, au milieu d’un bal?
Rien n’est donc possible ! rien ! t ! ^
INES, après un temps.
Si! il y a un moyen!... un moyen horrible!... et il n’y en a * pas d’autre !
Un moyen... horrible?
INÈS
Vous vous êtes souvent rencontrée avec le minisire de h police...