ACTE TROISIÈME
CLAVIÈRE
Oui, et je pars heureux, si pour chasser mes doutes à jamais, vous m’accordez enfin ce que vous m’avez refusé toujours; uif baiser, Mariana, un seul dont le souvenir brûlera ma vie. "
r.A DUCHESSE.
Vous ne douterez plus?
CLAVIÈRE
Ah!
Vous partirez?.
CLAVIÈRE
Je vous le jure!... parlez! parlez!
LA DUCHESSE, vaincue.
Oui, oui, je le dois, je le veux, non-seulement pour vous dont la prière me trouve sans force, dont les doutes me désespèrent, mais pour moi, qui veux enfin goûter un instant à l’ivresse de dire mes tendresses comprimées.,
CLAVIÈRE
Elle m’aime!
LA DUCHESSE, s'exaltant peu à peu davantage.
Ali! Fernand! mon ami, mon bien-aimé, mon premier, mon dernier amour!... que vous m’avez fait de mal en blasphémant un cœur qui restera tout à vous, jusqu’à ce qu’il se brise pour avoir été séparé du vôtre !
CLAVIÈRE, ravi.
Elle m’aime toujours!
L’avoir oubliéo, moi!... cette soirée de douleur et d’extase où je me sentais mourir à vos paroles d’adieu. w
CLAVIÈRE
Ah! ,
L’air qui venait d’Afrique, ce soir-là, était plein de ces doux poisons qui font rêver les yeux et mourir le cœur^.. et cefc air chargé d'amour, il semble que nous le respirons encore!... Nous nous quittions!... il fallait nous quitter!
« Adieu ! il le faut!... il le faut, adieu ! » Et toujours les mains tendues, nous revenions l’un à l’autre, et toujours pourtant, même à l'heure d’un déchirement si cruel, je restais pure, je vous repoussais... Je m’en suis repentie, j’étais » folle!... Et vous doutez que jo vous aime, moi!... moi!...
Oui ! oui, je veux vous le dire encore une fois... la dernière!... (Avec désespoir.) La dernière, puisque vous allez partir, et après cela... Eli bien, après cela que le monde s’é-
croule, que le ciel tombe, que je’meure... qu’importe, nous nous serons aimés !
CLAV1ÈRE, d'une voix brisée, enivré.
Oh! je ne doute plus!
Emportez-lo donc ce mot que je vous ai crié tant de fois, à travers l’espace, au milieu des fêtes, dans mes solitudes, partout, sans cesse, le cœur gonflé do pleurs, l’àme consumée de regrets !... Fernand, je t’aime ! je t’aime! je t’aime !
CLAVIERS
Mariana ! ! ! '
Je suis à toi! rien qu’à toi! Emporte-le donc; je te le donne, ce premier, ce dernier baiser.
Elle va l’embrasser.
CLAV1ÈRE, épuisé.
Mon Dieu!... mon Dieu !... mon Dieu!!!
Il porte la main b son coeur, pousso un cri terrible et tombe à la renverse sur le fttnapé.
LA DUCHESSE, épouvantée.
Fernand, qu’avez-vous?... Fernand, répondez-moi!... O mon Dieu! comme il est pâle!... Fernand ! vous ne m’entendez donc pas?... Parlez-moi, je vous en prie!... mais vous tn effrayez, mon ami !... tElle court au guéridon, y prend un flacon «l vient le faire respirer b Fernand, puis elle le jet te à terre ) Fernand !
Elle soulève la tôle do ciavière.) Ah! quelle pâleur!... Fernand ?... quelle immobilité!... Fernand?... Son regard est fixe!... Fernand ! Fernand ! Fernand ! (Elle pose la main sur la poitrine.) Son cœur?... O mon Dieu!... vbilà que je no sons pas si son cœur bat toujours!... Est-ce que?... Oh! ce serait épouvantable!... Non! non, jo ne l’ai pas tué!... pourtant, cette blessure si
I irès du cœur... et tant d’émotion... (Lappeiant.) Fernand! ‘’ernand ! mon cher Fernand?...
On frappe au dehors, b la porte du fond, la duchesse reste saisie ; on frappe une seconde fois et on appelle : madame la duchesse? celle-ci *a ouvrir.
Al» ! Inès 1
SCÈXE YII