ACTE CINQUIÈME
LE DUC
Vous n’êtes pas allée au château !... après l’ordre... après la prière que je vous avais si instamment faite de vous y montrer!... Mais alors, d’où venez-vous, à cette heure?... Car, si je ne me trompe, vous rentrez ?
Oui, je rentre... je ne pouvais aller au bal toute seule...
LE DUC
Nous avions parlé de la duchesse de Velasquez, du marquis de Santa-Fé.-
La duchesse... oui... M. de Santa-Fé, oui, oui!... j’ai envoyé chez la duchesse;... son père est gravement malade. Le marquis... était déjà rendu au château... j’ai... été... je voulais... je... mais pardon, monsieur le duc, je... me sens un peu indisposée...
LE DUC, allant à la duchesse.
Indisposée!... qu’esl-ce donc?... mais je comprends... le désappointement, la contrariété, la fatigue de toutes ces démarches sans résultat. (U conduit la duchesse près de la table où il la fait asseoir.) Une tasse de thé vous remettra.
Il verso du thé dans une tasse.
LA DUCHESSE, jetant d’instant en instant des regards effarés snr le canapé, à part.
J’en mourrai! j’en mourrai!...
■ , LE DUC
Cette toilette de bal vous sied à ravir !... Votre front est un peu fatigué, un peu pâle, mais ce diadème de pâleur va admirablement à vos cheveux si beaux. (En parlant il a sucré le thé, et offrant la tasso à la duchesse :) Buvez, Duchesse !... Buvez , donc I (La duchesse prend la tasse qui tremble dans ses mains, y mouiNe ses lèvros, et d’une main défaillante la replace sur le guéridon.) (La duc reprenant :) Vous êtes mieux, n’est-ce pas?
LA DUCHESSE, balbutiant*
Non !... oui!... oui !...
LE DUC
Ah ! eh bien, nous allons réparer la faute grave que vous avez commise en n’allant pas cette nuit au château. Nous allons nous y rendre.
Au bal de la cour, moi !
LE DUC
La nuit est bien avancée, mais le bal doit se prolonger jusqu au jour !
Moi, au bal ! moi, dans la joie, los lumières, les fleurs!... mais, monsieur, çegardez-moi donc !
LE DOC
Il importo à ma position qu’on vous voie cette nuit, (appuyant) cotte nuit ! chez le roi ! et qu’on vous y voie belle et riante.
Belle et riante !
LE DUC
Vous êtes belle, vous serez riante !
Far grâce, monsieur le duel...
LE DUC
Allons! allons ! je ne suis pas un ambitieux impitoyable... attendons encore un instant, puis nous irons au bal, (d’un ton effrayant.) Car nous irons !
LA DUCHESSE, à part.
Je ne sais plus que faire... Je devrais partir peut-être... et le comle se trouverait seul ici... (Regardant sur le canapé.) Mais je ne le verrais plus !...
Au château nous apprendrons les nouvelles qui me touchent... 11 se passe tant do choses !... à Paris surtout!... on ne peut quitter Paris ne fut-ce que quelques heures, (D’an ton biiarre) sans retrouver de l’imprévu a son retour.
LA DUCHESSE, b part.
Que veut-il dire ?
LE DUC
Par exemple, je quitte Paris hier, moi : cette nuit, je reviens et au dernier relais, j’apprends d’un voyageur qui changeait' de chevaux en mémo temps que moi, l’histoire d’un mari, qui a fait semblant de partir et qui est revenu au milieu de la nuit, pour s’assurer de l’infidélité de sa femme... Cette ruse est vieille... comme le mariage ! mais, dans l’aventure racontée par ce voyageur, une particularité vient rajeunir ce vieux fond.
LA DUCHESSE, à part.
Mon Dieu !
LE DUC
Vous allez connaître cette particularité.
La porto dn fond s’ouvre brusquement ; Aspinal haletant parait sur le senil.