SCÈNE VI
Les Mêmes, ASPINVAL.
ASPINVAL, avec joie.
Madame! madame!... si vous saviez !... (Voyant le duc,
s’arrêtant, à part.) Le duc!
LE DDC.
Monsieur d’Aspinval ! (a part.) Il m’a trahi !
ASPINVAL.
Monsieur lo duc... je...
LE DUC
Pardon, monsieur, je ne vous demande pas encore quel motif extraordinaire vous amène ainsi chez moi au milieu de la nuit.
ASPINVAL, souriant et d’un air étrange.
^Un motif extraordinaire, en effet, car...
LE DUC, l’interrompant encore et d’un air mystérieux.
Permettez, monsieur, vous interrompez un récit très-intéressant que je faisais à madame la duchesse. Écoutez-le vous-même, vous vous expliquerez ensuite. Prenez du thé?
ASPINVAL.
Mille grâces (a part.) Je parlerai toujours assez tôt pour lui, et quant à elle. (Ses yeux 'en cherchant les yeux de la duchesse prennent la mémo direction tfue les regards de celle-ci. En apercevant lo -canapé, il fait un geste d’étonnement qu’il réprime aussitôt.)
LE DUC, à qui cela n’a point échappé, mais qui ne le laisse pas voir et se contento de sourire, reprenant son récit.
Dèsque les amants croient lemariun peu loin... (a Aspinval.) Vous voilà déjà au courant... (Continuant) ils se réunissent (a la Duchesse.) Vous imaginez sans doute leur bonheur, l'ivresse qui les emporte et leur fait tout oublier... vous allez maintenant savoir la particularité nouvelle...
| ASPINVAL.
Mon Dieu, c’est toujours les mêmes particularités...
LE DUC
Non, oh non! pas cette fois; — vous allez voir. Le mari, revient et ne trouve que l’amant étendu sur un canapé. Il dort, se dit le mari : c’est moi qui l’éveillerai. Il passe chez lui, et prend des épées, mais jugez de sa surprise quand il veut tirer l’amant de son sommeil, de no pouvoir y parvenir : (Simplement) : je le crois bien : il était mort !
Ahf
LE DUC
Je vous demande pardon, Duchesse, pour cette histoire qui, sans doute, ne vous intéresse guères... Je veux seulement vous donner le temps de vous remettre assez pour m’accompagner au bal des...
ASPINVAL, k part.
Pauvre femme! quand elle va savoir... (liant) Il étaitmortl... Ensuite?
LE DUC
La femme après cela, sans doute, 1 avait perdu la tête : Ce qu’elle a pu faire de fou, d’impossible, dans son désespoir... on n’en sait rienl eo qu’on' sait mieux c'est ce qu’a fait le mari, pour qui sa honte n’était plus un doute, ce gentilhomme pour qui c’était un culte que son honneur conjugal...
LA DUCHESSE, avec an cri.
Monsieur le duc!... *
LE DUC
Dans un instant, j’ai fini et nous partons.
ASPINVAL.
Avant de nous dire ce que le mari a fait, veuillez entendre ce que fit de son côté un troisième personnage que vous avez oublié dans votre récit.
LE DUC
Je vous demande pardon, M. le comte, je n’ai rien oublié. Ce troisième personnage, ce «hevalier des grandes dames opprimées aura son tour.
v ASPINVAL.
Dans l’histoire, il le prend tout de suite, ce chevalier (ainsi que vous l’appelez) des grandes dames opprimées!... Chevalier, il l’a été de bien des gens et de bien des choses!., chevalier des hommes primitifs, ils ont voulu le manger: chevalier des peuples libres, ils ont voulu le fusiller!... chevalier de l’amitié, l’amitié lui a 'emprunté son argent, sa vie, son honneur, et lui a rendu de la haine. 11 n’a trouvé de la dignité, de la sympathie, de la reconnaissance que dans le cœur des femmes, et voilà pourquoi il n’a jamais souffert qu’on les menaçât devant J,ui! voilà pourquoi, il est venu dire au mari de votre histoire : Vous me regardez comme le chevalier de votre femme... soit! Prenez garde, alors, prenez garde !
LE DUC, soariaot.
Vous m’avez interrompu, comte, ce n’est pas poli. — J’achève. Que fit alors le mari, qui a horreur du scandale et qui