‹ La duchesse Martin: comédie en un acteChapitre 7 sur 44 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

JACQUES

Est-ce que c'est vrai qu'elle va avoir seize ans ?

LARIVIÈRE

Elle les a depuis quinze jours.

JACQUES, très gentiment arec on pen d'émotion.

Tiens, tiens, tiens...

LARIVIÈRE

Je ne vous reprociie rien, au moins, je n'ai rien à vous reprocher. Il y a huit mois enviion, les fenêlroi de cette maison s'ouvrirent tout d'un coup après être restées closes pendant des années... On apporta des meubles, le jardinier, qui pendant si longtemps avait été le seul et unique seigneur de ce domaine, annonça que le lendemain le maître arriverait... et le lendemain, en cITet, le maître arriva... c'était un jeune homme qui avait Tair bien fatigué.

JACQUES

Ahl

LARIVIÈRE

Il entra chez lui, s'enferma, mais il eut beau s'enfermer, les curieux se mirent en campagne et Ton sut bien vite tout ce qu'il y avait à savoir. Ce jeune homme se nommait le comte Jacques de Meuse; il avait un peu plus de trente ans; il arrivait de Paris; il s'était trouvé, fort jeune, maître d'une grande fortune, et cette fortunr il l'avait croquée en faisant toutes les folies imaginables. On compulsa de vieux journaux et là, à Taido rios initiales, on retrouva le nom des maîtresses le rccîl des duels, le chilTrc des perles au jeu... Tout avait été dévoré, tout, cxceplé celle maisonnclle et une

petite rente... Voilà ce que Ton apprit; l'enquête terminée, notre population paisible sut à quoi s'en tenir... Elle venait de s'enrichir d'un des plus beaux types de décavé... c'est bien le mot, n'est-ce pas?

Décavé, parfaitement... c'est le mot exact..

LARIYIÈRE.

Huit jours après votre arrivée, ce brave Saturnin accourut chez moi disant que vous étiez à la mort. .. C'était presque vrai, et il n'y avait là rien d'étonnant, il était assez naturel qu'après une pareille dégringolade... Je fis de mon mieux, je vous empêchai de mourir et 1 air de ce pays vous remit sur pied. . . Vint la convalescence et c'est alors que, sans m'en douter, je commenrai, moi, d'être fort imprudent; vous ne connaissiez personne, je vous amenai chez moi, et il se trouva que rilluslre viveur et le pauvre médecin de campagne se prirent l'un pour l'autre d'un goût assez vif. Nous causions, nous nous disputions, nous jouions aux échecs... Autour de nous Simonne riait, chantait et parfois, fille irrespectueuse, se permettait de renverser les échecs au moment où vous alliez être mat...

JACQUES

C'est vrai pourtant, que jamais, quand c'était vous qui alliez perdre...

LARIYIÈRE.

Elle ne bronchait pas dans ce cas-là!... Vous lui donniez des conseils sur sa toilette... jamais elle ne se fût parée du moindre ruban sans vous demander d*abord votre avis.. . Et la musique dont je ne parle pas. . . Ah î la musique!... Et je eo fals^^is attention à rien, moi»

SGËriE TROISIÈME 11

et je m'obstinais à ne voir en elle qu'une enfant. Mais hier soir..* quelqu'un venait do mai parler de vous, je veux dire que l'on venait de faire allusion à votre existence passée... Simonne vous défendit et elle le* fit avec une voix si singulièrement animée que j'en fus surpris... Je la regardai, elle vit que je la regardais et s'arrêta net. Je tournai et retournai cela dans ma tête pendant toute la nuit et, ce matin, j'envoyai uno dépêche à la tante de Simonne. Deux heures après, je reçus la réponse et Simonne va partir... Voilà l'explication de ma conduite et je vous la donne d'autant plus volontiers que je suis venu ici tout exprès pour vous la donner...

JACQUES, Bd lerant.

...Mademoiselle Simonne no partira pas...

LARIVIÈRE

Comment, elle ne partira pas!...

JACQUES

Non, la situation est grave, je ne dis pas le contraire, mais j'ai trouvé pour en sortir un moyen bien plus simple et bien meilleur. . .

LARIVIÈRE

Quel moyen?

JACQUES

Vous ne devinez pas?

LARIVIÈRE

Ma foi non...

LA DUCHESSE HÂRTIN

JACQUES

Je TOUS demande sa main, pardîeu ! . . . je vous demande sa main et vous me l'accordez. . .

LAEIVIÈRE.

Qu'est-ce que vous avez dit?. . .

Entre Simoane.

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