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Ala^Deesse il prornet la Tictoire.
Le sein palpite ; un feu séditieux Brille, s'allume, étincelle en vos yeux. Un vif éclat colore le visage :
Des sens émus ce désordre est l'ouvrage. Notre héroïne, éprouvant ces combats, Voulait en vain s'armer d'un œil sévère , Ou se couvrir des voiles du mystère ; Tout décelait son timide embarras.
Ce n'était plus un secret que sa flamme. Déjà Le Mière avait lu dans son ame : Non qu'il osât ni témoigner ses feux, Ni déranger ce téte-à-téte heureux ; Et cependant le feu qui le dévore Dans son dépit se manifeste encore.
Mais dédaignant de s'en apercevoir, Ivre d'amour, la stupide Immortelle, Par un regard où la flamme étincelle , Du général encourage l'espoir , Et le conduit à son galant boudoir.
Lieu favorable à l'amoureux mystère, Et décoré par la main des plaisirs, Où la beauté cesse d'être sévère , Où tout l'invite à flatter ses désirs , Et dont l'aspect, même à la plus austère, A quelquefois dérobé des soupirs.
rjo LADUNCIADE,
La déité , daus ce lieu de délices, A de son goût prodigué les caprices.
Tous les objets dont il est embelli Sont répétés par le cristal poli De cent miroirs, dont le reflet magique Etonne l'œil abuse' par l'optique.
Ici, le nain paraît être un géant; Là, le cvclope a les traits d'un enfant : Et d'un art faux la bizarre imposture De toutes parts y masquait la nature.
Sur les lambris, mille artistes rivaux, Favorisés des regards de leur reine, Ont déployé le feu de leurs pinceaux.
Le général voit sou Aristomène, Dont le succès affligea Melpoznène.
11 voit l'aspic qui , par uu sifnemeut, De Cléopâtre a fait le dénoûment, Et ce tyran , de mémoire abhorrée , Qui but la mort dans la coupe sacrée.
Tel de Didon le fugitif amant, Sur les lambris du temple de Carthage > Considérait avec étonnement De ses exploits l'intéressante image , Daus le boudoir , ainsi notre héros De son théâtre admirait les tableaux.
CHANT SIXIEME. 71 On y voyait l'aveugle Be'lisaire , Etnbe'guitié du bounet doctoral Dont l'affubla son .Apollon moral.
Auprès de lui, l'auteur de sa misère, Justinien, qui l'écoute à regret, Paraissait dire : Ah ! que n'est-il muet !
D'autres sujets, empruntés de la fable, Ornaient encor ce séjour délectable.
C'était Protée , et ses pesants troupeaux. Non loin de là , sous l'amant qu'elle adore, Pasiphaé travaille au Minotaure.
Enfin d'Alcide on voyait les travaux:
Par la vigueur de ses amours rapides Il étonnait toutes les Dauaïdes.
O Marmontel ! un spectacle si doux Témoigne assez ce qu'on attend de vous ! Taillant guerrier, soyez le digne émule, Et , s'il se peut, l'heureux vainqueur d'Hercule. Qui , plus que vous, brave athlète d'amour, Doi t mériter l'honneur de ce grand jour ? Vous savez bien que lorsqu'une déesse Veut d'un, mortel éprouver la tendresse, Si toujours prompt à flatter ses désirs, Toujours nouveau dans sa brûlante ivresse ,
"2 LaDUNCIADE,
Il la conduit de plaisirs eu plaisirs;
S'il vient à bout d'étonner sa maîtresse ;
S'il porte au moins ses amoureux exploits
Au nombre heureux forme' de trois fois trois,
Le destin veut qu'avec elle il partage
Le noble don de l'immortalité :
Ce don sublime est le prix du courage.
Jeune Adonis, ta fragile beauté,
!Xi la déesse , objet de ton hommage ,
Ni ses baisers, n'ont pu du sort jaloux
Eu ta faveur adoucir le courroux :
Et Marmontel , du beau feu qui le guide,
Se promet bien un bonheur plus solide.
Toi qui traças de si galants tableaux , Législateur d'Amathoute et de Gnide, Gentil Bernard , préte-moi tes pinceaux , Car mon sujet demande un autre Ovide.
Le général s'élance dans les bras De sou amante : « O vous que j'idolâtre , « Lui disait-il, ma chère Cléopâtre!
« Cessez enfin d'inutiles combats; « A mes transports livrez ce sein d'albâtre, « Quittez , quittez ce timide embarras. » D'un œil avide où la volupté brille,
CHANT SIXIÈME. fê
De la déesse il parcourt les appas :
Stupidité , qui riait aux éclats , Se laisse aller sur un sofa jonquille,
O Baculard ! (Dorât en fut jaloux) Vous concouriez à des plaisirs si doux : Je vis fouler par l'auguste derrière Tous vos écrits si bien mis en lumière , Si décorés par l'élégant burin Des Gravelot, des Longueil, des Cochin.
Le beau volume , aux jeux d'amour propice , Sous l'Immortelle officieux coussin , A mon héros rendit un doux service.
Enfin , il touche au terme de ses vœux ; Il s'oriente, et, sans que rien l'arrête, Il s'établit dans sa noble conquête , Et des mortels se croit le plus heureux. De cent baisers il couvre sa maîtresse, Qui les reçoit avec des yeux distraits ; Cette indolence a pour lui des attraits, Et redoublait son amoureuse ivresse.
Déjà pourtant aux charmes du plaisir Stupidité se montre plus sensible.
Sou feu caché 3 trahi par un soupir ,
Encourageait son amant invincible.
Il franchissait l'instant déterminé Par qui sa gloire allait être certaine. Huit fois de suite il s'était couronné D'un beau laurier dans les bras de la reiue. 11 atteignait au nombre fortuné; Mais un malheur dérangea sa neuvaine.
Le sort jaloux voulut que Marmontel N'eût pas l'honneur d'être un sot immortel. Il faut , lecteur , qu'ici je vous confie Ce qui causa cette étrange avanie.
Le Mière alors, dans un sallon voisin, S'était glissé sans nul mauvais dessein, 3iais seulement ayant la fantaisie De combiner un plan de tragédie.
Depuis longtemps il méditait en vain , Quand, tout-à-coup poussé par le destiu, Dans son accès, se croyant roi de Perse, Il déclama quelques vers d'Artaxerce, Du mieux qu'il put contrefaisant Le Kain , Criant, beuglant, et se trouvant divin,. Du général , ô soudaine merveille!
Ces vers à peine avaient frappé l'oreille, Que sans vigueur au terme du combat, L'œil éteint, pâle, et plus froid que Dorât,